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DALTON, CHARLES, prêtre, franciscain, né en 1786 près de Thurles (république d’Irlande) ; décédé le 17 juin 1859 à Harbour Grace, Terre-Neuve.

On sait que Charles Dalton étudia en 1813–1814 au St Kieran’s College, à Kilkenny (république d’Irlande). En 1819, Dalton était prêtre franciscain. Étroitement associé par la suite avec le monastère de Clonmel, dont il fut gardien de 1824 à 1831, il se fit connaître en reprenant possession de l’abbaye médiévale de Clonmel qui était entre les mains des protestants depuis la Réforme. Recruté pour la mission de Terre-Neuve par le nouvel évêque Michael Anthony Fleming*, Dalton arriva à St John’s le 2 juin 1831. Il fut en fait parmi les 11 prêtres, avec Edward Troy* et James W. Duffy, que l’on fit venir d’Irlande entre 1831 et 1833. Venant de vivre le triomphe de l’émancipation des catholiques en Grande-Bretagne, ce groupe changea de façon marquée l’attitude du clergé à Terre-Neuve. Jusqu’en septembre 1833, Dalton occupa, avec Troy, les fonctions de vicaire au service de Fleming à St John’s ; il remplaça ensuite Thomas Anthony Ewer* au poste de curé de la paroisse de Harbour Grace.

Bien que sa superficie ait été réduite peu de temps auparavant à la suite de la création de la paroisse de Brigus, Harbour Grace demeurait une paroisse populeuse, englobant une grande partie de la baie de la Conception. Servie par deux prêtres auxiliaires, elle était la plus importante après St John’s, et le fait que Fleming ait choisi Dalton pour en être le pasteur était une marque de confiance. Fleming et Dalton semblent même avoir entretenu d’excellentes relations. Dalton fut le vicaire général de Fleming pendant un certain temps au cours des années 1830 et accompagna l’évêque dans plusieurs longs voyages, dont les visites épiscopales de la côte nord en 1834, de la côte sud en 1835 et un voyage de repos en Irlande en 1845. Dalton fut nommé exécuteur testamentaire de Fleming en 1843.

Les prêtres du diocèse de Fleming se distinguaient par une participation active à la vie politique terre-neuvienne ; Dalton ne faisait pas exception. Aux élections générales de 1836, il appuya ouvertement les quatre candidats libéraux élus dans la circonscription de Conception Bay et prit la tête d’une procession pour soutenir deux d’entre eux, Robert Pack, un protestant, et James Power. Le succès d’ Edmund Hanrahan* dans cette circonscription à l’élection partielle de 1840 fut également attribué à son influence. Dalton ne fut cependant jamais accusé d’intimidation et ne prit aucunement part aux actes de violence qui marquèrent la fin des deux campagnes. On ne possède pas non plus de preuves indiquant que lui ou ses vicaires aient même vaguement encouragé la violente attaque contre Henry David Winton dans sa paroisse en 1835, même si le gouverneur Henry Prescott* jeta le blâme sur le clergé catholique. En 1852, Dalton tenta vainement de recruter Thomas Ridley* et John Munn*, tous deux protestants, comme candidats dans la région.

À titre de membre du conseil scolaire nommé en vertu de la première loi scolaire de Terre-Neuve (1836), Dalton joua un rôle capital dans la querelle qui donna naissance aux écoles confessionnelles. Cette loi, appuyée par les catholiques, assurait l’enseignement public dans des écoles non confessionnelles. Toutefois, à sa première réunion, le conseil de la baie de la Conception adopta la version de la Bible de Jacques Ier d’Angleterre comme texte devant être lu sans commentaire en dehors des heures de classe aux « enfants des parents qui le désir[aient] ». Qualifiant cette mesure de discriminatoire, les membres catholiques du conseil scolaire s’opposèrent unanimement à l’utilisation de cette version et menacèrent de démissionner si le gouverneur ne renversait pas cette décision. Sur ce, Prescott réclama que le conseil de la baie de la Conception adopte le règlement de St John’s, lequel prévoyait que les enfants seraient retirés de l’école durant l’enseignement religieux. Mais le règlement ne fut pas adopté, car pour la plupart des membres protestants du conseil cela équivalait à voter pour le retrait de la Bible. Dalton et les autres catholiques demandèrent de nouveau que la mesure du conseil soit rejetée, précisant que sinon les enfants catholiques ne fréquenteraient pas les nouvelles écoles. Lorsque le gouverneur se rendit à cette demande, la majorité non catholique soutint qu’elle ne pouvait pas en toute conscience attribuer des fonds à des établissements où la Bible était écartée. Cette impasse ne fut finalement résolue que par la création de conseils protestant et catholique séparés en 1843.

Dalton était un ardent nationaliste irlandais et un admirateur dévoué de Daniel O’Connell. Adversaire résolu de l’union en Irlande, il exprima publiquement l’idée qu’O’Connell contribuerait grandement « à élever [leur] pays déchu du rang de province à cette place dans l’échelle des nations à laquelle sa position naturelle lui donn[ait] droit ». Dalton encouragea assidûment la quête à Terre-Neuve en faveur de la dissolution de l’union entre l’Irlande et l’Angleterre et y contribua lui-même généreusement. Il joua un rôle de premier plan en 1844 dans le mouvement de protestation contre l’emprisonnement de Daniel O’ Connell.

Dalton était un éminent défenseur des causes philanthropiques irlandaises. Il fit des dons personnels importants pour la restauration de l’abbaye de Clonmel, ainsi qu’au monastère franciscain irlandais de Capranica di Sutri, en Italie, et aux victimes de la disette de pommes de terre en Irlande, alors que sa propre paroisse souffrait du même mal. Ces largesses personnelles furent peut-être rendues possibles par le fait qu’il possédait un schooner de pêche.

Dalton fit aussi beaucoup pour le progrès de sa paroisse. Dans la tradition des prêtres irlandais de son époque, il déploya une activité particulière dans la construction d’églises. Il avait déjà fait bâtir des églises à Carbonear en 1836 et à Spaniard’s Bay en 1844. Son entreprise la plus importante fut cependant l’érection d’une nouvelle église en pierre à Harbour Grace pour faire pendant à la cathédrale qui était en construction à St John’s. Dalton avait demandé des fonds dès 1844 et se rendit en Irlande l’année suivante dans le but de se procurer de la pierre pour les travaux. Des difficultés d’ordre financier s’ensuivirent, et la construction ne débuta pas avant 1852. La nouvelle église, pouvant accommoder 1 200 personnes, ouvrit officiellement ses portes l’année suivante. Agrandie et embellie par ses successeurs, elle devint le noyau de la première cathédrale de Harbour Grace, qui fut détruite par un incendie en 1889.

Les premiers couvents terre-neuviens situés en dehors de St John’s doivent pour une bonne part leur existence à l’encouragement de Dalton. Dès 1839, il avait acheté une maison et un terrain à Harbour Grace pour y établir un couvent. Mais ce n’est qu’en 1851 que fut fondé à Harbour Grace le couvent de l’ Order of the Presentation of Our Blessed Lady. Un deuxième couvent fut établi à Carbonear en 1852 [V. Mlle Kirwan, dite sœur Mary Bernard Kirwan]. Les écoles dépendant des couvents offraient un meilleur enseignement pour les jeunes femmes et complétaient les 11 écoles catholiques déjà ouvertes dans la paroisse.

Le nouveau diocèse de Harbour Grace fut créé en 1856. L’âge avancé de Dalton et sa mauvaise santé l’empêchèrent d’être considéré comme candidat au poste d’évêque ; ce rôle échut cependant à son neveu John Dalton*, qui était à sa charge depuis sa jeunesse et remplissait la fonction de vicaire à Carbonear. Charles devint pour sa part vicaire général du diocèse.

Charles Dalton servit habilement ses évêques et ses paroissiens pendant les 25 années mouvementées de son ministère. À une époque où religion et polémique étaient presque synonymes, il eut des amis de toutes les classes et confessions. Sa bonté, sa simplicité et son hospitalité à l’égard de tout le monde étaient ce qui impressionnait le plus ceux qui le connaissaient.

Raymond J. Lahey

Il se peut que le père Charles Dalton ait servi de modèle pour le père Terence O’Toole, l’inoffensif pasteur de « Bay-Harbour », dans le roman de Robert Traill Spence Lowell*, The new priest in Conception Bay (2 vol., Boston, 1858 ; réimpr. en 1 vol., Toronto, 1974).

AASJ, Fleming papers ; Mullock papers, diaries, 1851–1852, 1856.— Archivio della Propaganda Fide (Rome), Scritture riferite nei Congressi : America Settentrionale, 5 (1842–1848).— Basilica of St John the Baptist (Roman Catholic) (St John’s), St John’s parish, reg. of baptisms.— Cathedral of the Immaculate Conception (Harbour Grace, Nfld.), Reg. of baptisms (mfm aux PANL).— M. A. Fleming, Relazione della missione cattolica in Terranuova nell’America settentrionale [...] (Rome, 1837).— Liber Dubliniensis : chapter documents of the Irish Franciscans, 1719–1875, Anselm Faulkner, édit. (Killiney, république d’Irlande, 1978).— J. T. Mullock, The Cathedral of St John’s, Newfoundland, with an account of its consecration [...] (Dublin, 1856).— T.-N., House of Assembly, Journal, 1848–1849 ; Legislative Council, Journals, 1837.— Newfoundlander, 9 juin 1831, 14 févr., 18 avril, 29 juin, 8 août, 21 sept., 7 nov. 1833, 27 mars, 17 avril, 26 juin 1834, 31 mai 1845, 15 juill., 5 août 1847, 7 juin 1852, 1er déc. 1853, 20 juin, 1er août 1859.— Newfoundland Indicator (St John’s), 17 févr., 18 mai, 10, 27 juill. 1844, 4, 11, 18 janv., 31 mai 1845.— Patriot (St John’s), 1er sept. 1835, 12 janv., 8 oct. 1836, 24 juill. 1844.— Pilot (St John’s), 28 févr. 1852.— Public Ledger, 28 oct., 1er, 4, 8, 22 nov. 1836, 30 oct., 17 nov., 1er, 11, 29 déc. 1840, 17 mai, 29 août 1843.— Sentinel and Conception Bay Advertiser (Carbonear, T.-N.), 19, 26 févr., 12 mars 1839.— Times and General Commercial Gazette (St John’s), 6 juill. 1836.— Weekly Herald and Conception Bay General Advertiser (Harbour Grace), 27 oct. 1847, 28 juin 1848, 2 juin 1852, 30 nov. 1853.— Peter Birch, St. Kieran’s College, Kilkenny (Dublin, 1951).— Centenary of the diocese of Harbour Grace, 1856–1956, [R. J. Connolly, édit.] (St John’s, 1956).— Howley, Ecclesiastical hist. of Nfld.— Patrick Power, Waterford & Lismore ; a compendious history of the united dioceses (Dublin, 1937).

Bibliographie générale

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Raymond J. Lahey, « DALTON, CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dalton_charles_1789_1859_8F.html.

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Auteur de l'article:   Raymond J. Lahey
Titre de l'article:   DALTON, CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   23 juillet 2014