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TROY, EDWARD, prêtre catholique, né vers 1797, probablement en Irlande, décédé le 2 avril 1872 à Torbay, T.-N.

On ignore tout de l’endroit où est né Edward Troy, de son milieu familial et de son éducation. Il fut ordonné prêtre à Carrick-on-Suir, dans le diocèse de Waterford et Lismore en Irlande, par l’évêque de St John’s, T.-N., Mgr Michael Anthony Fleming*. Quelque temps après, il s’embarqua pour Terre-Neuve où il arriva en mai 1831. Il exerça son ministère comme prêtre à la chapelle de la résidence épiscopale à St John’s tout en étant un des assistants de Fleming. Son zèle et son énergie ne tardèrent pas à se manifester. En octobre 1833, Troy présida à l’inauguration d’une église à Portugal Cove, et le Newfoundlander attribua à l’assistant de l’évêque le mérite de l’avoir achevée. Mais c’est surtout par ses activités politiques à St John’s qu’Edward Troy se fit connaître.

L’obtention d’une assemblée élue en 1832 avait surtout fait ressortir les nombreuses divisions qui existaient à Terre-Neuve. Le fossé ne faisait que s’élargir entre, d’une part, les Irlandais catholiques, dont la majorité étaient des pêcheurs et des ouvriers qui subissaient l’influence de leurs prêtres, et d’autre part, les gens instruits et à l’aise, catholiques aussi bien que protestants, et qui étaient surtout des marchands, d’origine anglaise en bonne partie. Le Patriot était devenu l’organe du premier groupe ; quant à l’opposition conservatrice et protestante elle était appuyée par le Public Ledger.

Troy croisa d’abord le fer avec le gouverneur, Thomas John Cochrane. Au début de l’année 1834, Le Patriot publia des lettres signées « Junius », dans lesquelles le gouverneur était accusé de fanatisme et d’injustice. Cochrane était à la veille de poursuivre en justice John Valentine Nugent, copropriétaire du Patriot, lorsque Troy admit être l’auteur des lettres. Le gouverneur intenta un procès en diffamation contre Troy, mais l’affaire se termina là lorsque Henry Prescott succéda à Cochrane. Il y a lieu de croire que Cochrane pensait devoir attribuer partiellement à un sermon véhément de Troy le fait d’avoir eu à quitter St John’s en novembre 1834, entouré d’hostilité et couvert d’éclaboussures.

Le second antagoniste de Troy fut le propriétaire du Ledger, Henry David Winton*. En décembre 1833, Winton avait vanté Troy pour avoir usé avec succès de son influence en apaisant la foule venue assiéger les bureaux de Winton parce que ce dernier avait dénoncé l’intervention de Fleming au cours des élections. Au début de 1835 cependant, le Ledger rapportait que Troy défendait à ses ouailles de s’abonner au journal, qu’il refusait les sacrements aux catholiques qui appuyaient les opinions politiques du Ledger et qu’il interdisait toute opération commerciale avec ces derniers, sous peine d’excommunication. L’attitude de Troy est mise à jour dans une citation rapportée par le Ledger d’un sermon prononcé par le prêtre : « Je leur inspirerai la crainte de Dieu et si cela n’est pas suffisant je leur inspirerai la crainte des hommes. » Il y avait un risque réel pour ceux qui refusaient d’obéir d’être ruinés financièrement et d’être réduits à la mendicité. Un tel emploi de l’autorité religieuse était considéré par le Ledger comme une tentative de tyrannie politique. Au printemps de 1835, même le journal officiel, la Royal Gazette, s’inquiétait pour la liberté de la presse et pour toute la colonie. Le 19 mai 1835, lorsque Winton fut assailli par des voyous qui lui coupèrent les oreilles, le gouverneur et d’autres personnes attribuèrent le crime aux diatribes répétées de Troy et d’autres prêtres.

En juillet 1836 Mgr Fleming partit pour l’Europe en nommant Troy vicaire général ; celui-ci administra le diocèse pendant 14 mois. Il multiplia les attaques contre les catholiques dont les opinions politiques différaient des siennes. Les qualifiant de « catholiques orangistes » et de « chiens furieux », il alla même jusqu’à leur refuser la sépulture religieuse ; il souleva un tumulte général dans l’église et provoqua plusieurs procès lorsqu’il expulsa quelques fidèles au cours d’un office religieux. Durant les élections, à l’automne de 1836, Troy fit campagne pour des candidats à l’Assemblée. À la suite d’une réunion tumultueuse tenue le 23 octobre, lui-même et les candidats William Carson*, Patrick Morris* et John Kent furent poursuivis en justice pour avoir tenu une assemblée illégale et séditieuse. Bien qu’ils eussent été acquittés en janvier 1837, la presse protestante les accusa d’avoir tenté, de façon déplorable, d’intimider les électeurs. Les candidats « populaires » (radicaux) de Troy furent élus mais l’élection fut déclarée invalide. Aux nouvelles élections de mai 1837, Troy donna pour consigne à ses gens de voter pour les mêmes candidats et il participa aux campagnes victorieuses de ces derniers. Il suivit même de très près les débats de la nouvelle Assemblée. Le Ledger du 7 juillet 1837 écrivait : « nous avons, à l’occasion, jeté un coup d’œil du côté de la tribune de la presse et observé la stature robuste et vigoureuse du révérend père Troy ; appuyé sur ses coudes, il souriait ineffablement, ravi de suivre les débats de son parlement au-dessous de lui ».

La dernière période de la carrière politique de l’abbé Troy est centrée sur Henry John Boulton*, juge en chef depuis 1833. Les réformistes catholiques le jugeaient dur et peu équitable dans l’exercice de sa charge ; il avait été l’objet d’attaques constantes, particulièrement de la part du Patriot. En 1835, Boulton inculpa le directeur du journal, Robert John Parsons*, de mépris de cour ; il jugea la cause et déclara l’accusé coupable. Troy joignit les rangs de la Constitutional Society qui cherchait à faire destituer Boulton et, au nom de Fleming, il souscrivit au fonds constitué par la société en vue de payer l’amende de Parsons. En décembre 1837, une impasse entre l’Assemblée et le Conseil législatif, dont Boulton était président, et la sévérité continue dont ce dernier faisait preuve dans ses jugements, forcèrent l’Assemblée à envoyer Carson, Morris et Nugent en Angleterre pour réclamer la destitution du juge. Boulton traversa l’Atlantique pour aller se défendre. Mgr Fleming se joignit aux membres de l’Assemblée et, de Londres, il écrivit à Troy pour lui donner des nouvelles et aussi des instructions qui démontrent l’influence que Troy avait auprès des membres de l’Assemblée à St John’s. Troy fit campagne contre Boulton du haut de la chaire et au moyen de pétitions affichées dans la chapelle pour que les fidèles y apposent leur signature. Au mois d’août, quand la nouvelle parvint à St John’s que le gouvernement britannique avait destitué Boulton, Troy fit chanter un Te Deum. La conduite de l’abbé finit par soulever la colère et l’inquiétude dans l’île. Le ministère des Colonies avait déjà tenté de faire destituer Troy, en 1836 et en 1837, et, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, il avait obtenu que la congrégation de la Propagande demande à Fleming de contrôler les activités politiques de ses prêtres. Le désordre croissant à Terre-Neuve et le péril qui menaçait sa prospérité incitèrent le ministère des Affaires étrangères à faire finalement en sorte que Rome soit pleinement mise au courant de la conduite de Troy. On prit apparemment la décision de déplacer Troy de St John’s ; son nom disparaît des comptes rendus publiés dans les journaux et il semble probable qu’au début de 1839, Fleming ait ordonné à Troy de se rendre à l’île Merasheen, dans la baie de Plaisance.

Après 1839, il semble que Troy ait été en défaveur pour un certain temps. Sa présence n’est pas mentionnée lors de la pose de la pierre angulaire de la cathédrale de St John’s en mai 1841. Après 1848, il recommence à participer aux cérémonies religieuses annuelles les plus importantes à St John’s ; au cours des années 50 et 60, on note sa présence à d’autres cérémonies importantes, telle la consécration de la cathédrale en septembre 1855.

Les énergies de l’abbé Troy furent canalisées vers les activités paroissiales. Au cours des sept ou huit années qu’il passa à Merasheen, il construisit une église et un presbytère. Il fut nommé par la suite curé à Torbay où il passa les 25 dernières années de sa vie. Il y remplaça l’église en bois par une église en pierre qui fut consacrée en octobre 1863. En 1865, un couvent et une école, avec quatre religieuses de la Présentation, furent établis à Torbay. Michael Francis Howley*, dans son Ecclesiastical History of Newfoundland, attribue à Troy le mérite d’avoir propagé la foi catholique dans la région et il raconte l’avoir souvent vu revenir de St John’s transportant un sac de clous, après avoir parcouru les neuf milles qui le séparaient de la ville.

Un titre de propriété rédigé le 28 mai 1870 révèle que Troy concentra une bonne partie de son énergie à acquérir une terre à Torbay et à bâtir un presbytère permanent de façon à assurer la présence d’un prêtre catholique. Le récit qui accompagne ce document, dans lequel il raconte ses privations et ses réalisations, fait montre de l’énergie farouche, de la discipline, de l’abnégation et de la fierté qui étaient siennes : « [...] par suite de l’échec de la pêche qui entraîna une baisse de revenus pour la paroisse, je fus obligé de me contenter des aliments les plus pauvres ; n’ayant pas les moyens d’avoir du sucre sur ma table, j’étais réduit à utiliser de la mélasse [...]. À plusieurs reprises, je connus l’humiliation de ne pouvoir offrir le dîner ni même un verre de vin à des prêtres venus me visiter, mais je désirais tellement laisser une maison qui pourrait loger un prêtre résident que j’acceptais joyeusement ces privations ». Ainsi des années de labeur lui permirent de confier en fiducie à un groupe incluant son beau-frère, John Delaney*, receveur général des postes à St John’s, et son neveu, l’abbé Patrick Delaney, 10 acres de terre (la ferme de l’abbé Troy), une résidence et une remise avec ses dépendances. Avec le temps ses forces avaient diminué mais il exerça son ministère jusqu’à sa mort, survenue alors qu’il avait 75 ans.

Mgr Fleming avait fait l’éloge de l’abbé Troy comme du missionnaire le plus zélé de Terre-Neuve. La notice nécrologique que publia le Newfoundlander rend hommage à ses manières cordiales, à sa simplicité et à sa bienveillance qui lui gagnèrent la vénération des petites gens. Pendant plus de 40 ans, l’abbé Troy avait été un apôtre énergique et ambitieux du catholicisme à Terre-Neuve.

Phyllis Creighton

Archives of the Archdiocese of St John’s, Deed of land of Edward Troy (contient des renseignements autobiographiques).— PANL, Renseignements sur Edward Troy provenant de divers dossiers.— Newfoundlander (St John’s), 1831–1843, 1837–1838, 1845–1870, plus particulièrement 31 mars, 30 avril 1869, 5 avril 1872.— Public Ledger (St John’s), 1833–1840, plus particulièrement 24 févr., 27 févr., 6 mars, 17 mars 1835, 25 mars, 7 oct., 22 nov. 1836, 7 févr., 7 juill. 1837.— Royal Gazette (St John’s), 1833–1835, 18371838.— Newfoundland : return to an address of the honourable the House of Commons dated 12 July 1839 ; – for, copy of any addresses received at the Colonial Office from the Legislative Council or Assembly of Newfoundland, or from public bodies of individuals in that colony, relative to the state of affairs there (G. B., Parl., House of Commons paper, 1839, XXXIV, 525, pp.565–594).— Gunn, Political hist. of Nfd.— M. F. Howley, Ecclesiastical history of Newfoundland (Boston, 1888).— The new church at Torbay, Newfoundland Quarterly, XXI (avril 1922) : 12.

Bibliographie générale

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Phyllis Creighton, « TROY, EDWARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/troy_edward_10F.html.

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Auteur de l'article:   Phyllis Creighton
Titre de l'article:   TROY, EDWARD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   22 octobre 2014