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BLAIN DE SAINT-AUBIN, EMMANUEL-MARIE, éducateur, chansonnier, conteur et traducteur, né à Rennes, France, le 30 juin 1833, fils de Charles Blain de Saint-Aubin et d’Emmanuelle-Sophie-Jeanne Delamarre, décédé à Ottawa le 9 juillet 1883.

Ayant commencé ses études secondaires en 1844, Emmanuel-Marie Blain de Saint-Aubin obtint, le 26 juillet 1851, à Rennes, le diplôme de bachelier ès lettres. Peu après, il prit le chemin de Paris pour y poursuivre des études supérieures, mais sa passion précoce pour le chant et la musique l’empêcha de les prolonger. En 1857, à l’âge de 24 ans, désireux d’apprendre l’anglais, il songea d’abord à se rendre en Angleterre, mais le bateau pêcheur sur lequel il s’embarqua dans le port de Nantes le conduisit aux îles Saint-Pierre et Miquelon. Pour vivre, il donna pendant quelques mois des leçons de musique et de grammaire, puis gagna l’Île-du-Prince-Édouard, où il ne tarda pas à se lier avec des familles anglophones dont la conversation lui permit de maîtriser en peu de temps les secrets de leur langue.

Blain de Saint-Aubin débarqua ensuite à Gaspé, Bas-Canada, où d’emblée il fut conquis par l’aménité des Canadiens français qu’il y rencontra et par la correction de leur langue. En 1858 ou 1859, il s’installa à Québec. Benjamin Sulte*, qui a bien connu Blain de Saint-Aubin, traça de lui un portrait plutôt élogieux. Il reconnaissait à ce Rennais devenu Québécois un immense talent artistique et littéraire et le raffinement d’un homme du monde. Les conférences de Blain de Saint-Aubin, « sans être remarquables », étaient « habilement tournées ». Ainsi, dans un exposé présenté le 3 juillet 1861, à Kamouraska, tout en se révélant un critique sévère pour les grands noms de la littérature française, tels Honoré de Balzac, Eugène Sue, Alexandre Dumas et George Sand, il admettait l’importance du roman, mais suggérait de demeurer sélectif dans le choix de ses lectures.

L’année 1862 fut pour Blain de Saint-Aubin une année faste : il obtint le poste de traducteur assistant à l’Assemblée législative du Canada-Uni ; de plus, le gouverneur général du Canada, Charles Stanley Monck*, l’invita à donner des leçons de français à ses enfants. Le 22 novembre 1864, Blain de Saint-Aubin épousait à Québec une musicienne, Charlotte-Euphémie Rhéaume, fille aînée de l’avocat Jacques-Philippe Rhéaume, futur député provincial de Québec-Est. Trois enfants naquirent de cette union. Ce mariage eût dû, normalement, le fixer encore davantage dans une ville où son talent de chansonnier et de versificateur lui gagnait un nombre toujours plus considérable d’admirateurs. Il composa, notamment, à cette époque un chant patriotique, la Mère canadienne, dédié au lieutenant-colonel Melchior-Alphonse de Salaberry* et mis en musique par Marie-Hippolyte-Antoine Dessane* ; le Courrier du Canada du 7 août 1865 reproduisit un de ses poèmes intitulé Honnête Homme et Chrétien [...], en hommage à la mémoire de sir Étienne-Paschal Taché*. Toutefois son poste de traducteur allait le requérir, lors du transfert du gouvernement à Ottawa en 1865.

L’Institut canadien-français de cette ville compta immédiatement Blain de Saint-Aubin au nombre de ses membres. C’est là que, le 11 janvier 1867, dans sa causerie sur le passé, le présent et l’avenir probable de la langue française au Canada, après avoir attiré l’attention de ses auditeurs sur le rôle joué par la chanson dans la conservation de la nationalité canadienne, il ajoutait qu’il n’était pas sans appréhensions sur les conséquences du régime confédératif en voie d’instauration, car, prophétisait-il, « la majorité anglo-saxonne voudra peut-être abolir l’usage de la langue française dans la législature confédérée ».

Même si sa profession lui laissait peu de loisirs, Blain de Saint-Aubin était assidu aux réceptions hebdomadaires données par George-Étienne Cartier* et Joseph-Philippe-René-Adolphe Caron*. Il y « organisait la musique, composait des couplets de circonstance et même des airs ». Il s’essaya même dans le genre plus élevé de l’hymne. À l’occasion du concours de poésie de 1869 institué par la faculté des arts de l’université Laval, il soumit au jury, présidé par l’abbé Louis Beaudet, un hymne pour la fête nationale des Canadiens français. Cet hymne, qui avait pour épigraphe « Croire et combattre », mérita une mention honorable de la part du jury.

Comme prosateur, Blain de Saint-Aubin publia dans l’Opinion publique, de janvier 1873 jusqu’à décembre 1881, des bluettes finement troussées sous forme de contes. Il confia à la Revue canadienne des traductions ; l’une d’elles portait sur les explorations géologiques effectuées au Canada en 1871, travail à propos duquel il exhortait les intellectuels francophones de l’époque à délaisser les polémiques stériles afin de mieux « étudier la géographie, la topographie et la géologie de [leur] pays, ses ressources agricoles, les meilleurs moyens d’y établir un vaste réseau de chemins de fer qui reliera l’Atlantique au Pacifique, et d’y développer un commerce qui étonnera bientôt même les descendants de l’Uncle Sam ».

Le critique littéraire chez Blain de Saint-Aubin n’était pas moins soucieux d’aider au progrès des lettres canadiennes-françaises en faisant connaître certains auteurs dans le milieu canadien anglophone. Toutefois le mérite principal du critique Blain de Saint-Aubin reste d’avoir fait connaître en France la production littéraire canadienne-française contemporaine au plus grand critique littéraire de l’époque, Charles-Augustin Sainte-Beuve. À l’occasion de la mort du critique français survenue le 13 octobre 1869, Blain apprenait aux lecteurs du Journal de Québec que « Sainte-Beuve était parfaitement au courant du mouvement littéraire en Canada ». Depuis plusieurs années, il lui avait expédié anonymement les ouvrages des auteurs suivants : François-Xavier Garneau*, Jean-Baptiste-Antoine Ferland*, Étienne Parent*, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, Antoine Gérin-Lajoie, Octave Crémazie*, Louis-Honoré Fréchette*, Léon-Pamphile Le May*, Henri-Raymond Casgrain*, Joseph-Étienne-Eugène Marmette*, Narcisse-Henri-Édouard Faucher* de Saint-Maurice. Un jour néanmoins, Blain de Saint-Aubin lui communiqua l’une de ses conférences sur la littérature canadienne, publiée comme article de variétés dans le Journal de Québec, en ayant soin, cette fois, d’indiquer son adresse. Courrier pour courrier, il reçut de Sainte-Beuve ce billet, daté de Paris, le 26 janvier 1869 : « Monsieur, et j’allais dire cher compatriote d’outre-mer, je reçois et lis avec intérêt l’article sur la Littérature canadienne en 1868. Rien n’est agréable comme de se sentir en communication de si loin par l’esprit, par des goûts communs et par la bienveillance : c’est le plus sûr des câbles transatlantiques. »

La profession absorbante de traducteur qu’exerçait pour vivre Blain de Saint-Aubin l’empêcha de donner le plein envol à ses facultés estimables de versificateur, de chansonnier, de conteur et de critique littéraire ; de plus, des ennuis de santé l’atteignirent avant la cinquantaine. C’est à peine après avoir franchi le cap du demi-siècle qu’il décéda subitement dans sa maison outaouaise le matin du 9 juillet 1883.

Philippe Sylvain

Nazaire Levasseur* a énuméré et caractérisé les chansons et les chansonnettes d’Emmanuel-Marie Blain de Saint-Aubin dans trois articles intitulés : « Musique et Musiciens à Québec », la Musique (Québec), 3 (1921) : 50–53, 66–69, 82s. À la liste de Levasseur, il faut ajouter : Chanson à Flora ; chanson contre Crémazie, mentionnée par Jeanne d’Arc Lortie, dans la Poésie nationaliste au Canada français (1606–1867) (Québec, 1975), 304 ; Chant patriotique, dans le Courrier du Canada, 24 janv. 1862 ; la Chanson de la Saint-Jean-Baptiste et Chanson du Jour de l’An 1866, dans le Canadien, aux dates respectives du 28 juin 1865 et du 3 janv. 1866 ; le Casque de mon père, Serrons nos rangs ; chant pour la Saint-Jean-Baptiste 1878 et À l’hon. J.-A. Chapleau à l’occasion du dîner qui lui a été offert le 9 octobre 1878, à St-Henri, dans la Minerve, les 19 mars 1870, 20 juin 1878 et 9 oct. 1878 respectivement ; et De l’enseignement de la musique, dans JIP, 4 (1860) : 26s., 43, 62s.

Blain de Saint-Aubin est connu également pour ses talents de versificateur. Ainsi, il a écrit : Maman a toujours raison et le Cour et la Volonté, dans le Foyer canadien (Québec), 2 (1864) : 13s., 374s. ; le Souvenir, dans la Rev. canadienne, 2 (1865) : 249 ; Honnête Homme et Chrétien ; hommage à la mémoire de l’honorable colonel sir Étienne-Paschal Taché, dans le Courrier du Canada, 7 août 1865 ; Hymne pour la fête nationale des Canadiens français, manuscrit conservé aux ASQ, Lettres, N, 181. On peut également retrouver aux ASQ, Univ., Carton 29, no 66, le brouillon de la lettre de l’abbé Thomas-Étienne Hamel informant Blain de Saint-Aubin que cette pièce avait mérité une mention honorable ; et enfin « Elzéar Labelle ; In memoriam », la Minerve, 26 oct. 1875.

Les contes de Blain de Saint-Aubin, qui ont paru dans l’Opinion publique, janv. 1873-déc. 1881, sont analysés par Aurélien Boivin, le Conte littéraire québécois au XIXe siècle ; essai de bibliographie critique et analytique (Montréal, 1975), 68s.

Outre « De la lecture des romans », manuscrit conservé aux ASQ, Fonds Viger-Verreau, Carton 35, no 2, plusieurs conférences de Blain de Saint-Aubin ont été reproduites ou publiées dans les journaux et périodiques de l’époque. Signalons entre autres : « Passé, présent et avenir probable de la langue française au Canada », le Journal des Trois-Rivières, 22 janv. 1867 ; « Nos chansons et nos chanteurs », l’Opinion publique, 22, 29 déc. 1870 ; et « Quelques mots sur la littérature canadienne-française », Rev. canadienne, 8 (1871) : 91–110. Guy Bouthillier et Jean Meynaud, le Choc des langues au Québec, 1760–1970 (2 vol., Montréal, 1970–1971), 1 : 166, citent la page dans laquelle Blain de Saint-Aubin raconte son entrevue avec lady Monck. Dans l’introduction de cet ouvrage, les auteurs confessent qu’ils n’ont pu trouver un seul détail biographique sur Blain de Saint-Aubin.

Comme traducteur, Blain de Saint-Aubin a laissé plusieurs articles importants parmi lesquels on retrouve : N. P. Wiseman, « Du perfectionnement intellectuel ; discours prononcé par le cardinal Wiseman, à l’institution Hartley, Southampton, le 16 septembre 1863 », et « Exploration géologique du Canada (rapport des opérations de 1871) », parus respectivement dans la Rev. canadienne, 1 (1864) : 435–441 ; 10 (1873) : 188–197 ; ainsi que le texte de la conférence du révérend Æneas McDonell Dawson*, « les Poètes canadiens-français », JIP, 13 (1869) : 17–21.

L’article de Blain de Saint-Aubin intitulé : « M. Sainte-Beuve et la Littérature canadienne », se trouve dans le Journal de Québec, 19 oct. 1869.

Signalons enfin quelques études et articles où il est question de Blain de Saint-Aubin : Edmond Lareau, Hist. de la littérature canadienne ; « Emmanuel Blain de Saint-Aubin », BRH, 44 (1938) : 320 ; Benjamin Sulte, « Blain de Saint-Aubin », Canada-Rev. (Montréal), 2 (1891) : 52–54. Dans ce dernier cas, on y découvre le témoignage circonstancié d’une amitié de près de 20 ans. Mais il faut se défier de certaines assertions de Sulte, qui écrit trop souvent de mémoire. Mentionnons, enfin, que Levasseur a libéralement emprunté à Sulte pour ses articles parus dans la Musique. [p.s.]

Bibliographie générale

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Philippe Sylvain, « BLAIN DE SAINT-AUBIN, EMMANUEL-MARIE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/blain_de_saint_aubin_emmanuel_marie_11F.html.

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Auteur de l'article:   Philippe Sylvain
Titre de l'article:   BLAIN DE SAINT-AUBIN, EMMANUEL-MARIE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   2014
Date de consultation:   19 décembre 2014