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BISAILLON (Bezellon, Bizaillon), PETER (baptisé Pierre), coureur de bois, né vers 1662 à Saint-Jean-d’Aubrigoux (dép. de Haute-Loire) en France ; il épousa Martha Coombe en Pennsylvanie en 1727, décédé le 18 juillet 1742 et enterré à East Caln Township, dans le comté de Chester, en Pennsylvanie.

Pierre était l’un des cinq frères Bisaillon qui émigrèrent en Nouvelle-France et s’adonnèrent au commerce avec les Indiens, occupation qui fut poursuivie par leurs descendants jusqu’au xixe siècle. À Montréal en 1686, Bisaillon s’engagea à accompagner le groupe d’Henri Tonty* qui partit à la recherche de René-Robert Cavelier* de La Salle. Entre 1687 et 1696, il s’associa pour une expédition de traite avec Gédéon Petit et le sieur de Salvaye, lesquels s’étaient enfuis à Albany pour échapper à l’accusation de commerce illégal avec les Anglais portée contre eux par le gouverneur Brisay* de Denonville. L’expédition fut un échec et ils rompirent leur association.

Aux environs de 1688–1689, Bisaillon se rendit en Pennsylvanie, « pauvre et miséreux », mais possédant l’inestimable connaissance des meilleurs endroits où trouver les pelleteries. Il s’y joignit à l’organisation de traite de Jacques Le Tort, un « éminent » réfugié huguenot de Bonnétable, France. Cette organisation, établie sur la rivière Schuylkill, près du site actuel de Spring City, était engagée par le docteur Daniel Coxe, qui se proposait de créer un empire de traite avec les Indiens sur la rive sud du lac Érié, par l’intermédiaire de sa société, la New Mediterranean Sea Company.

En vue d’atteindre cet objectif, entre 1687 et 1692, trois des employés de Coxe se rendirent dans l’Ouest, ouvrant de nouvelles pistes pour la traite avec les Indiens, lesquelles allaient bientôt faire entrer la Pennsylvanie en sérieuse concurrence avec New York et la Nouvelle-France. Aucun document ne mentionne le nom de ces pionniers, et les historiens diffèrent d’opinion quant à savoir si Bisaillon était au nombre de ceux-ci ou s’il était venu en Pennsylvanie après les avoir rencontrés en cours de route ; ce qui est certain, c’est qu’ils remontèrent le Mississipi de l’Ohio jusqu’à une « grande rivière jaune » en amont de laquelle ils s’aventurèrent.

Coxe abandonna ces visées en 1692, mais Bisaillon et d’autres coureurs de bois continuèrent à commercer à partir de « l’arrière-pays » de Pennsylvanie, au désespoir des marchands de fourrures de Philadelphie qui demandaient des droits de regard sur ces Français « qui commerçaient dans des endroits lointains et inconnus [...] et dont certains étaient ligués avec les Français et les Indiens alliés des Français ». Bisaillon acquit une certaine protection en devenant avec son associé, Louis Lemoisin, agent principal pour la Pennsylvania Company, dont le directeur, le colonel Robert Quary, était considéré comme « le plus grand marchand ou agent de la province ». Durant son service, Bisaillon dut se rendre à Iroquoia pour payer la rançon de l’un de ses frères qui avait été capturé par les Agniers au Canada en 1696.

Il continua d’augmenter ses contacts avec les Indiens. Alors qu’il était au service de Coxe, il avait commercé activement avec les Loups (Delawares) et les Minissens du voisinage, de même qu’avec des tribus plus éloignées, et lorsque des bandes de Chaouanons entrèrent en Pennsylvanie en 1692, Bisaillon retrouva parmi eux une vieille connaissance du Canada, Martin Chartier, qui avait été l’associé de La Salle, mais avait épousé une Chaouanonne et s’était intégré à sa tribu. Peter, nom sous lequel il était maintenant connu, était également en contact avec ses frères, Richard et Michel. Ce dernier, tout en demeurant Canadien, devint un personnage éminent et influent auprès des Illinois. Quant à James Le Tort, fils de l’ancien employeur de Peter, on sait qu’il visita le Canada en 1701 et fut emprisonné à Philadelphie en 1704 parce que l’on doutait de ses intentions. Il semble donc qu’un réseau de coureurs de bois entretenait des associations intimes sur un vaste territoire, indépendamment de la nationalité ou de la nature de l’emploi. Tandis que, d’une part, les colons anglais mettaient en doute leur loyauté, les fonctionnaires français, d’autre part, dénonçaient leur organisation commerciale. En 1702, Henri-Louis Deschamps* de Boishébert se plaignit de Michillimakinac de ce que les coureurs de bois consentaient à faire la traite avec Albany et Philadelphie. Quoique Détroit fût considéré à toutes fins utiles comme un satellite de l’organisation de traite de New York, Bisaillon et ses associés semblent avoir détourné une partie du commerce de Détroit à Philadelphie.

Le concessionnaire de la province, William Penn, s’inquiétait des rumeurs voulant que ce réseau d’arrière-pays conspire avec les Français ; il entreprit de restreindre les activités de Bisaillon. La loyauté de celui-ci fut reconnue de nouveau en Angleterre, mais ses multiples activités inquiétèrent les autorités de la Pennsylvanie, notamment lorsque la France et l’Angleterre entrèrent en guerre. Il dut donc fournir à quelques reprises entre 1700 et 1711 des garanties de sa fidélité ; il dut également subir un emprisonnement préventif au moins à une occasion.

Ces difficultés surgissaient lorsque le pouvoir était aux mains des patrons de ses compétiteurs. Lorsque, par intervalles, celui-ci revenait aux marchands avec lesquels il travaillait, Bisaillon était engagé par la province comme interprète des langues indiennes. En 1712, il réussit finalement à trouver une certaine sécurité en se mettant sous la protection du secrétaire de la Pennsylvanie, James Logan, lequel exerçait pratiquement un double monopole sur le pouvoir politique et le commerce avec les Indiens. Logan construisit un poste de traite à Conestoga sur la rivière Susquehanna ; et pendant six ans, Bisaillon, la famille Le Tort et la famille Chartier menèrent l’organisation commerciale de Logan, pendant que celui-ci dirigeait les affaires relatives aux traités entre les Indiens et la province. Même si le personnel changeait et que le nombre des compétiteurs augmentait, cette organisation fournit la base à partir de laquelle les commerçants de la Pennsylvanie allaient menacer le contrôle de la France sur la région de l’Ohio, lutte qui contribua à précipiter le déclenchement de la guerre de Sept Ans en Amérique.

Les Bisaillon étaient reliés directement aux origines de ce conflit par le biais d’une politique expansionniste anglaise adoptée par le Board of Trade en 1720. Ce dernier avait été fortement influencé par une longue argumentation du gouverneur de la Pennsylvanie, sir William Keith, fondée sur des renseignements concernant le Canada et la région de l’Ohio que James Logan avait obtenus directement de Michel Bisaillon. Celui-ci parlait avec grande autorité. Il avait travaillé avec Lamothe Cadillac [Laumet*] à partir de Détroit. En 1714, il avait été dénoncé par Jean-Marie de Villes*, missionnaire jésuite, pour avoir projeté d’introduire les Anglais « de la Caroline » chez les Illinois, et n’avait réussi à se sortir de cette dangereuse situation qu’en mobilisant avec empressement des centaines de guerriers illinois, en 1715, pour soutenir le Canada dans ses attaques contre les Renards et leurs tribus alliées.

Le Board of Trade, par l’intermédiaire des gouverneurs de New York, de la Pennsylvanie et de la Virginie, tenta de vigoureux efforts en vue de briser la domination française des tribus de l’intérieur. À cause de la complexité de la politique coloniale, cette politique expansionniste échoua temporairement, mais elle fut ravivée après que les commerçants de la Pennsylvanie eurent établi des contacts auprès des Indiens de la région de l’Ohio dans les années 1740.

Ces commerçants n’étaient pas français. En effet, James Logan avait graduellement remplacé par des colons anglais les Français de son organisation. Peter, le fils de Martin Chartier, se sépara si brutalement de Logan qu’il mena sa bande de Chaouanons à une alliance avec le Canada. Peter Bisaillon s’arrêta cependant au moment de sa vieillesse. Contrairement à plusieurs de ses collègues commerçants, il avait fait preuve d’astuce et de prudence, réussissant non seulement à acquérir mais à conserver dans la vallée de la Susquehanna, des terres considérables qu’il légua entièrement à sa veuve.

Francis Jennings

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Bibliographie générale

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Francis Jennings, « BISAILLON, PETER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bisaillon_peter_3F.html.

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Auteur de l'article:   Francis Jennings
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   18 décembre 2014