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BABY, FRANÇOIS, homme politique, officier de milice, fonctionnaire, juge de paix et homme d’affaires, né le 16 décembre 1768 à Detroit, fils de Jacques Baby*, dit Dupéront, et de Susanne Réaume (Rhéaume), dit La Croix ; le 5 septembre 1795, il épousa Frances Abbott, et ils eurent huit fils et quatre filles ; décédé le 27 août 1852 à Windsor, Haut-Canada.

François Baby appartenait à la plus puissante famille du district de Western, dans le Haut-Canada, et son oncle François*, qui veilla à son éducation et à celle de son frère plus âgé James*, fut un membre influent de la classe gouvernante du Bas-Canada. Grand, « droit comme une flèche [...] actif et alerte, aussi leste d’esprit que de corps » pendant toute sa longue vie et parlant couramment le français et l’anglais, François possédait à la fois les qualités personnelles et les liens de parenté qui en firent un candidat tout désigné pour remplir des fonctions politiques et administratives. Sa carrière politique commença en 1792, année au cours de laquelle James lui conseilla de se présenter dans la circonscription d’Essex aux élections du premier Parlement du Haut-Canada. Parce que la candidature d’un Baby dans Essex, dont la population francophone était importante, aurait compromis l’élection de l’arpenteur général David William Smith*, François fut apparemment persuadé de se présenter plutôt dans la circonscription avoisinante de Kent. Avec William Macomb, il y fut dûment élu député à la chambre d’Assemblée et il se peut qu’il ait été responsable de l’ordre, donné en 1793, de traduire en français les lois de la législature, « dans l’intérêt des habitants du district de Western ». En juillet de la même année, il fut parmi les 15 députés qui signèrent une pétition privée s’élevant contre « le grand désagrément » causé par le contrat qui accordait le monopole de l’approvisionnement de l’armée à des gros marchands comme Robert Hamilton*. Leur pétition donna du poids à l’opposition qu’on faisait au contrat, laquelle s’était répandue dans toute la province. En 1794, James, qui était devenu lieutenant du comté de Kent, nomma son frère lieutenant-colonel du 1er régiment de milice de Kent. Deux ans plus tard, François reçut sa première commission de juge de paix du district de Western, fonction qu’il remplit presque sans interruption pendant plus de 40 ans.

La position de la famille Baby, catholique et canadienne-française, était unique dans le Haut-Canada. Occupant des places de choix au sein de l’élite dirigeante, la famille entretint de bonnes relations avec les gouvernements qui se succédèrent à York (Toronto), la capitale provinciale. Par contre, dans l’établissement francophone du district de Western, on se montra souvent soupçonneux à son endroit. En 1795, après que François fut devenu le lieutenant adjoint d’Alexander McKee* dans le comté d’Essex, le vicaire général du Haut-Canada, Edmund Burke*, lui octroya le banc de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption réservé depuis le Régime français au plus haut fonctionnaire du gouvernement. Quand Baby prit possession du banc, un dimanche peu après son mariage avec une convertie anglophone, les fidèles réagirent et firent enlever ce « banc si distinctif ». Le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe* ordonna que le respect « témoigné précédemment envers le commandant français » continue d’être observé, mais la controverse se poursuivit. Baby finit par renoncer à ses prétentions en 1797, afin d’éviter d’autres affrontements.

Baby affirma que l’attachement de sa famille envers la couronne britannique était la véritable raison d’une telle opposition. Ce « sentiment patriotique et le souci de contribuer par ses propres efforts à la défense de la province » allaient motiver son enrôlement dans les forces britanniques à Amherstburg, au début de la guerre de 1812. Comme adjoint au quartier-maître général, il prit part aux batailles de Detroit, de Frenchtown (Monroe, Michigan) et du fort Meigs (près de Perrysburg, Ohio). À l’automne de 1813, il accompagna le major général Henry Procter* lorsqu’il effectua sa retraite du district de Western, après la défaite subie à Moraviantown ; plus tard, il allait témoigner au conseil de guerre qui fut tenu pour juger Procter. Baby combattit de nouveau à la frontière du Niagara en décembre 1813, et le lieutenant général Gordon Drummond loua son action « utile et inlassable » lors de l’embarquement des troupes à Black Rock (Buffalo, New York). Le 31 janvier 1814, Baby fut capturé par un parti américain sur la rivière Thames, « attaché honteusement et inhumainement avec des cordes », puis emmené aux États-Unis. Son sort suscita quelque inquiétude, puisque le cas des citoyens américains (né à Detroit, Baby était considéré comme tel) pris en train de combattre les États-Unis devait être déféré directement au président James Madison. Une note de protestation adressée au gouvernement des États-Unis aboutit toutefois à son retour.

En 1812, l’armée d’invasion du général de brigade William Hull avait occupé la propriété de Baby à Sandwich (Windsor) ainsi que la maison qu’il venait de faire construire. Baby réclama de l’ennemi des dommages s’élevant à £2 450, ce qui donne une idée de son aisance financière, mais il n’obtint rien. Ce ne fut pas avant 1824 qu’il reçut une compensation de £444 du gouvernement britannique. Encore plus humiliante pour lui fut la décision du gouvernement de lui accorder une concession en se basant sur le grade de capitaine qu’il détenait comme adjoint au quartier-maître général plutôt que sur celui de colonel de milice qu’il avait avant la guerre et qui lui avait été conféré en 1807, à l’époque où, pendant trois mois, il fut lieutenant du comté d’Essex à la place d’Alexander Grant*. Baby reçut 800 acres de terre et adressa en vain pendant des années de multiples pétitions au gouvernement pour les 400 acres supplémentaires.

L’élection de Baby, en 1820, comme un des deux députés de la circonscription d’Essex à la chambre d’Assemblée lui permit de reprendre sa carrière politique. Se faisant l’avocat de positions peut-être inattendues chez le frère d’un membre célèbre du family compact, qui avait lui-même reçu de nombreuses nominations à des fonctions gouvernementales, François Baby s’orienta de plus en plus vers le réformisme. En 1822, il vota contre l’expulsion de l’Assemblée du réformiste Barnabas Bidwell* et, l’année suivante, soutint l’éligibilité de Marshall Spring Bidwell* comme candidat à la place de son père. Il s’opposa avec force à l’union du Haut et du Bas-Canada qui, pensait-il, « se révélerait fatale aux deux provinces et peut-être à la mère patrie ». Mais ses propres efforts politiques semblent avoir été marqués par l’échec. Ainsi, les tentatives qu’il fit en 1824 pour obtenir les charges de juge de la Cour de surrogate et de greffier du comté d’Essex restèrent vaines ; de plus, aux élections générales de cette année-là, il partagea la deuxième place avec un autre candidat, ce qui eut pour conséquence qu’un seul député fut déclaré élu dans la circonscription d’Essex par le magistrat en fonction, William Hands. Baby ayant protesté, un nouveau décret de convocation des électeurs fut publié, et Baby fut élu à l’Assemblée l’année suivante. Il remporta encore une fois la victoire aux élections de 1828, mais la discorde qui éclata de nouveau dans sa paroisse, cette fois-ci à propos des finances de l’église, et le fait qu’on n’ait pas fourni un logement convenable à l’école des filles instituée par sœur Marie-Clotilde Raizenne* et aidée financièrement par les Baby, contribuèrent à son échec politique en 1830. Défait aux élections tenues à la fin d’octobre, il en rejeta la responsabilité sur son curé, Joseph Crevier, dit Bellerive, et sur le curé d’Amherstburg, Louis-Joseph Fluet, et il tenta de les faire remplacer tous deux. La défaite de Baby suscita la colère du vicaire général William John O’Grady* et de l’évêque Alexander McDonell* qui décrivit Baby comme « le plus indépendant, le plus droit et [...] le plus honnête député » qui ait jamais siégé à l’Assemblée.

Crevier jouissait cependant d’un solide appui de la part de ses ouailles qui s’indignaient de voir Baby se vanter d’exercer plus d’influence sur l’évêque que « tous les paroissiens réunis » et qui craignaient de le voir user de cette influence pour faire remplacer Crevier par un « prêtre anglais ». Leurs craintes se concrétisèrent lorsque le neveu de l’évêque, Angus MacDonell, fut nommé en novembre 1831 dans cette paroisse où les Canadiens français prédominaient. Mais Baby n’était pas au bout de ses ennuis. Son refus de remettre à la paroisse les titres de propriété qu’O’Grady lui avait confiés en 1830 amena l’évêque à prêter une oreille plus attentive aux plaintes des fidèles de l’endroit. En conséquence, un projet de loi adopté à l’Assemblée en février 1834 permit qu’on enlève ces titres à des administrateurs, tel Baby, « dont les opinions et les intentions étaient contraires à l’intérêt des catholiques de Sandwich et à leur religion ». Le désaccord entre Baby et Angus MacDonell subsista jusqu’à ce que ce dernier soit remplacé par Pierre Point, en 1843.

Baby vivait comme un seigneur grâce à la fortune dont il avait hérité et au revenu de sa propriété. Il avait toutefois fait des efforts pour acquérir plus de terres. En 1799, il obtint les lettres patentes d’une concession de 1 200 acres dans le canton de Yarmouth et reçut, la même année, 360 acres dans le canton de Malden. Mais ses propriétés les plus importantes étaient, dans le canton de Sandwich, les lots 79 et 80 des rangs 1 et 2, reçus de sa mère en 1800, et leurs prolongements dans le rang 3, concédés en 1805. En 1836, il obtint les lots de grève adjacents sur la rivière de Detroit afin d’y construire des quais pour le village qui se développait. Ses propriétés foncières étaient relativement modestes en étendue mais, en termes de valeur, ce qu’il possédait à Sandwich était très considérable, puisque ce village allait devenir la ville de Windsor. Le 4 décembre 1838, ce qu’on a appelé la bataille de Windsor eut lieu dans le verger de Baby. Lui et son gendre James Dougall* critiquèrent l’exécution sommaire, ordonnée par le colonel John Prince*, des cinq premiers Américains capturés lors de l’invasion manquée des patriotes et furent parmi ceux qui annulèrent leur abonnement au Western Herald, and Farmers’ Magazine de Sandwich à cause de son appui à Prince.

Pendant les années 1840, François Baby obtint du gouvernement le privilège d’exploiter un service de traversier entre Windsor et Detroit, et dirigea aussi une auberge. Il conserva ses relations avec les réformistes et, en 1843, Louis-Hippolyte La Fontaine* le recommanda pour siéger au Conseil législatif. Il n’y fut pas nommé, mais son influence continua de se faire sentir sur la politique régionale : il présida un rassemblement au cours duquel Malcolm Cameron* prit la parole en 1849 et s’occupa de distribuer des faveurs politiques pour le compte du parti réformiste jusqu’à sa mort, trois ans plus tard. Conteur né, Baby avait régalé l’historien américain Francis Parkman*, en 1845, d’histoires sur l’amitié de son père avec le chef de guerre des Outaouais, Pondiac*. Parkman donne dans son journal une vivante description de la « belle vieille maison de brique » de Baby (aujourd’hui le Hiram Walker Historical Museum), faisant allusion à son « air désolé et pittoresque, aux livres, fusils, tables négligées, vieilles horloges, commodes, vêtements et objets indiens éparpillés de tous côtés », ainsi qu’à « la petite fille noire et à l’étrange sang-mêlé qui prenaient le soleil au milieu des poules et des porcs dans l’arrière-cour ». C’est peut-être son petit-fils qui décrivit le mieux la vie et le comportement de ce seigneur du Haut-Canada qui vécut « d’une manière féodale et était très fier et [...] arrogant ».

John Clarke

AO, MS 392, 20–11 (Baby family) ; 20–135 (G. F. Macdonald papers) ; MS 498 ; RG 22, sér. 155, testament de François Baby.— APC, RG 1, L1 ; L3 ; RG 5, A1 : 2668–2669, 20799–20811, 31701–31703, 35694–35695, 35704–35710, 36398–36399 ; RG 8, I (C sér.) ; RG 68, General index, 1651–1841.— Archdiocese of Detroit, Chancery Office, Reg. des baptêmes, mariages et sépultures de Sainte-Anne (Detroit), 2 févr. 1704–30 déc. 1848 (transcriptions à la Detroit Public Library, Burton Hist. Coll.), 17 déc. 1768.— Arch. of the Archdiocese of Toronto, Sér. 1, AB03, 09, 20–21, 36, 39, 45, 47–49, 58 ; AC21–23 ; CA01–2 ; CB07, 10.— Arch. of the Diocese of London (London, Ontario), Assumption Church (Sandwich [Windsor, Ontario]), Reg. of baptisms, marriages, and burials, 5 sept. 1795, 28 août 1852.— AUM, P 58.— MTL, Robert Baldwin papers ; W. W. Baldwin papers.— PRO, CO 42/317 :189.— The John Askin papers, M. M. Quaife, édit. (2 vol., Detroit, 1928–1931).— « Journals of Legislative Assembly of U.C. », AO Report, 1909 : 23 ; 1914 : 152–153, 314–315.— Francis Parkman, The journals of Francis Parkman, Mason Wade, édit. (2 vol., New York et Londres, 1947).— The Windsor border region, Canada’s southernmost frontier [...], E. J. Lajeunesse, édit. (Toronto, 1960).— Canadian Correspondent (York [Toronto]), 25 janv., 8 févr. 1834.— Colonial Advocate, 1er mai 1828, 7 oct. 1830, 17, 24 juill. 1834.— Upper Canada Gazette, 3 juin 1824.— Armstrong, Handbook of Upper Canadian chronology.— P.-B. Casgrain, Mémorial des familles Casgrain, Baby et Perrault du Canada (Québec, 1898).— [A. J. Dooner] Brother Alfred, Catholic pioneers in Upper Canada (Toronto, 1947).— E. J. Lajeunesse, Outline history of Assumption parish (s.l., [1967]).— J. E. Rea, Bishop Alexander Macdonell and the politics of Upper Canada (Toronto, 1974).—F. H. Armstrong, « The oligarchy of the Western District of Upper Canada, 1788–1841 », SHC Communications hist., 1977 : 87–102.— John Clarke, « The role of political position and family and economic linkage in land speculation in the Western District of Upper Canada, 1788–1815 », Canadian Geographer (Toronto), 19 (1975) : 18–34.— R. A. Douglas, « The Battle of Windsor », OH, 61 (1969) : 137–152.— C. C. James, « The second legislature of Upper Canada – 1796–1800 », SRC Mémoires, 2e sér., 9 (1903), sect. ii : 167–168.

Bibliographie générale

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John Clarke, « BABY, FRANÇOIS (1768-1852) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/baby_francois_1768_1852_8F.html.

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Auteur de l'article:   John Clarke
Titre de l'article:   BABY, FRANÇOIS (1768-1852)
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
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