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SCALLAN, THOMAS (orthographié parfois Scallon), prêtre, franciscain et vicaire apostolique, né vers 1766 à Churchtown, comté de Wexford (république d’Irlande) ; décédé le 28 mai 1830 à St John’s.

Tout jeune, Thomas Scallan, qui venait d’une famille respectable, fut confié à son oncle, le révérend Thomas Scallan, au monastère des franciscains de Wexford. Il y fit ses humanités et, en 1786, il s’inscrivit au collège San Isidoro, à Rome, pour terminer ses études en vue de devenir prêtre. Il resta à cet endroit à titre de chargé de cours de philosophie jusqu’en 1794. Cette année-là, il retourna au monastère de Wexford, et il enseigna les humanités avec le père Patrick Lambert* à la Franciscan Academy, petit séminaire pour ceux qui se destinaient au sacerdoce. Pendant quelques années, Scallan fut directeur de cet établissement, qui jouissait apparemment d’une grande renommée, et, de 1802 à 1805, il occupa en plus les fonctions de gardien du monastère de Wexford et de définiteur de l’ordre des franciscains dans la province de Leinster.

Scallan demeura à Wexford jusqu’à ce que Lambert, alors vicaire apostolique de Terre-Neuve, réussisse à obtenir son aide comme vicaire à St John’s en 1812. Deux ans plus tard, la mauvaise santé de Lambert l’incita à recommander Scallan pour lui succéder, et c’est à cause de cela qu’ils se rendirent tous les deux en Irlande à l’automne de 1815. Le 26 janvier 1816, Scallan fut nommé évêque titulaire de Drago et coadjuteur de Lambert avec droit de succession, puis, le 1er mai, il fut sacré évêque dans l’église paroissiale de Wexford. Plus tard cette année-là, il retourna à Terre-Neuve. Quand Lambert, qui était resté en Irlande, mourut le 23 septembre, Scallan devint automatiquement vicaire apostolique de Terre-Neuve (même si l’avis officiel du décès de son prédécesseur ne lui parvint qu’au printemps suivant).

Immédiatement, Scallan dut faire face à d’énormes difficultés. Attirés par les salaires élevés qu’offrait l’industrie de la pêche en pleine expansion, des milliers d’Irlandais avaient immigré à Terre-Neuve de 1811 à 1816, ce qui avait fait passer le nombre de catholiques à 21 000 ; en cinq ans, la population catholique avait doublé et représentait la moitié de la population totale de l’île. Cependant, dès 1816 l’économie avait subi un brusque revers, et la misère s’avérait générale. Au cours de l’hiver de 1816–1817, à St John’s seulement, 1 800 personnes reçurent de l’aide et, comme d’autres qui étaient plus à l’aise, Scallan accueillit quotidiennement dix de ces malheureux à sa propre table. Les incidents violents et les actes criminels se multiplièrent, et le maintien de l’ordre public retomba en partie sous la responsabilité des prêtres catholiques.

Scallan devait trouver d’autres prêtres pour desservir le nombre accru de catholiques, mais la pauvreté qui régnait dans l’île rendait cette tâche difficile. En 1817, il procéda à l’ordination de Nicholas Devereux, et c’était le premier événement du genre à survenir à Terre-Neuve. Dès cette année-là, il avait fondé une nouvelle paroisse à Kings Cove, dans la baie Bonavista, et nommé des vicaires dans les paroisses de Harbour Grace et de Placentia. L’île était alors desservie par dix prêtres, et selon Scallan, la population ne pouvait subvenir convenablement aux besoins d’un clergé plus nombreux. Il essaya de maintenir cet effectif tout au long de son épiscopat (il laissa le même nombre à sa mort), mais n’y réussit qu’avec difficulté. Les prêtres dont il disposait, cependant, étaient habituellement considérés comme « pieux, instruits et larges d’esprit ». Il s’agissait aussi d’hommes actifs, qui voyageaient constamment et qui desservaient généralement de vastes territoires. William Herron*, par exemple, vicaire à Placentia, habitait à Burin et, à partir de là, allait desservir des gens installés tout le long de la côte sud de l’île, dont les Micmacs de la baie St George. Les prêtres de Scallan déployèrent également beaucoup d’énergie à faire des conversions parmi les nombreux colons anglais de Terre-Neuve, surtout à la baie Placentia et à la baie St Mary, mais aussi, dans une certaine mesure, le long de la côte nord.

Néanmoins, il n’était pas facile de recruter un clergé de qualité. Au cours des ans, Scallan dut révoquer deux prêtres pour ivrognerie et immoralité, tandis qu’un autre quitta Terre-Neuve après que son neveu eut été pendu pour meurtre. Il eut aussi des difficultés avec un prêtre insubordonné, John Power, qui avait été suspendu par Lambert en 1812. Comme il osa célébrer la messe au Labrador, en 1820, Scallan l’excommunia publiquement et l’accusa d’être « une source de scandale et une pierre d’achoppement pour les fidèles ». Par représailles, Power intenta un procès à l’évêque, prétendant que sa révocation avait entraîné une perte d’argent. Il n’obtint pas gain de cause. À cette époque, Power avait peu de disciples, et il mourut en 1823, apparemment réconcilié avec l’Église.

Dès le début de son épiscopat, Scallan entretint des rapports étroits avec l’évêque de Québec, Joseph-Octave Plessis. Comme au temps de Lambert, les deux hommes s’échangèrent des pouvoirs, chacun devenant vicaire général de l’autre (geste répété en 1826 par le successeur de Plessis, Mgr Bernard-Claude Panet). Scallan correspondit régulièrement avec Plessis puis Panet à propos des affaires de l’Église de l’Amérique du Nord. Leur collaboration se révéla particulièrement utile pour répondre aux besoins des catholiques du Labrador. Dès 1814, Plessis avait suggéré à Rome que le Labrador et l’île d’Anticosti soient détachés du diocèse de Québec et incorporés dans le vicariat apostolique de Terre-Neuve, parce qu’ils étaient sous la juridiction du gouvernement civil de Terre-Neuve depuis 1809. Il croyait que ces territoires pourraient être mieux desservis de cette façon. Scallan donna officiellement son accord à ce changement en 1819 et, le 1er février 1820, un décret papal transféra au vicariat apostolique de Terre-Neuve Anticosti et le territoire du Labrador situé au nord de la rivière Saint-Jean (Québec). Scallan avait déjà utilisé les pouvoirs que lui conférait son titre de vicaire général de Québec pour envoyer un prêtre sur la côte du Labrador durant l’été de 1818 et, à partir de 1821, il semble y avoir envoyé tous les ans des missionnaires qui y passaient la saison de la pêche. Étant donné qu’il n’avait personne de qualifié pour s’occuper des Montagnais et des Naskapis, Plessis et Panet continuèrent tous les deux, à la demande de Scallan, d’envoyer des prêtres chez ces groupes d’autochtones.

Le 25 mars 1823, Scallan eut une attaque d’apoplexie qui le laissa temporairement paralysé du côté droit. Comme il était suffisamment rétabli en juin pour suivre les conseils de son médecin, qui lui recommandait d’aller dans une région plus chaude, il prit le bateau pour New York, après avoir confié la responsabilité de la mission à son vicaire général, Thomas Anthony Ewer. Il passa les quelques mois suivants sur le continent, principalement à New York et à Washington, mais il rendit aussi visite à ses collègues, les évêques de Baltimore, de Philadelphie et de Boston. Pendant le voyage de retour, il s’arrêta trois semaines à Halifax. La Nouvelle-Écosse n’avait pas d’évêque résidant depuis la mort d’Edmund Burke* en 1820, et Scallan confirma près de 600 personnes à Halifax. Il allait mieux lorsqu’il rentra à Terre-Neuve en septembre, mais ses médecins lui déconseillèrent de passer l’hiver dans un pays froid ; il repartit donc en novembre, pour l’Italie cette fois.

Scallan passa l’hiver de 1823–1824 à Rome, où il s’occupa principalement des affaires de la Nouvelle-Écosse. Il obtint des pouvoirs spéciaux pour le père John Carroll, qui administrait alors ce vicariat apostolique, et fit des démarches pressantes pour que le père Denis Lyons, qui était irlandais, soit nommé évêque (Lyons refusa la nomination en 1824 et, plus tard la même année, William Fraser* fut désigné pour combler ce poste). Scallan passa le printemps et l’été de 1824 en Angleterre et en Irlande, et ne regagna Terre-Neuve qu’en septembre. Son état de santé s’était grandement amélioré, quoiqu’il ne se soit jamais complètement rétabli. En 1826, il effectua un autre voyage pour raison de santé, cette fois à la station thermale de Cheltenham, en Angleterre.

Les excellents rapports, peut-être jamais égalés, qui existèrent entre les catholiques et les protestants de Terre-Neuve à l’époque de Scallan furent une caractéristique remarquable de son épiscopat. « On s’enorgueillissait, écrivit un observateur, de ce qu’un voisin connaissait rarement les sentiments religieux de l’autre. » Cette harmonie, qui devait plus tard se révéler fragile, tenait beaucoup à l’attitude personnelle de Scallan. Il permit à son clergé d’assister à des funérailles non catholiques et, à plusieurs occasions importantes, à partir de 1818, lui-même fut présent à des services à l’église anglicane, revêtu « de sa soutane, de son rochet, de sa croix et de sa barrette ». Il fut l’un des premiers à rendre officiellement visite à l’évêque anglican de la Nouvelle-Écosse, John Inglis*, lorsque ce dernier fit un séjour à Terre-Neuve en 1827. Le grand désir de Scallan, selon le gouverneur Thomas John Cochrane*, « était de vivre en paix et en harmonie avec les membres de toutes les confessions religieuses ».

Scallan eut aussi d’excellentes relations personnelles avec Cochrane et le gouverneur qui l’avait précédé, sir Charles Hamilton*, et cela en dépit du fait que Scallan, contrairement à ses prédécesseurs et à son successeur, ne reçut jamais de salaire du gouvernement. Avec le ferme appui de Hamilton, il avait fait une demande pour obtenir un salaire en 1819, puis une autre en 1823, mais le gouvernement britannique choisit de ne pas tenir compte de ces requêtes. Par la suite, Scallan décida apparemment de ne pas poursuivre ses démarches, préférant peut-être rester indépendant.

Malgré son caractère conciliant, Scallan savait faire preuve de fermeté dans la défense des droits des catholiques. En 1817, le gouverneur Francis Pickmore* avait présenté le premier Newfoundland Marriage Act pour tenter d’interdire la célébration de mariages par des ministres méthodistes et congrégationalistes mais, avant de le faire, il se sentit obligé d’assurer Scallan que le droit traditionnel des prêtres catholiques de célébrer des mariages serait entièrement sauvegardé. La loi qui fut finalement adoptée était imprécise et ne servit qu’à irriter les non-conformistes, qui y virent une tendance « à établir le papisme et à persécuter le protestantisme ». La discussion sur la question fut donc rouverte en 1823. Le nouveau projet de loi prévoyait que les ministres non conformistes et les prêtres catholiques pourraient célébrer des mariages, mais seulement quand il serait difficile d’obtenir les services d’un ministre de l’Église d’Angleterre. Lorsque ce projet de loi arriva à Terre-Neuve, en provenance du ministère des Colonies, il souleva l’indignation des catholiques. Scallan dirigea une protestation massive contre la condition proposée, soutenant qu’elle était injuste et vexatoire, et, dans des pétitions adressées au roi, au ministère des Colonies et à la chambre des Communes, les catholiques de Terre-Neuve dénoncèrent cette condition comme « la peine la plus humiliante et la plus affligeante qui pouvait leur être imposée ». Appuyées par le gouverneur Hamilton, ces démarches furent prises très au sérieux à Londres, et c’est grâce à celles-ci que le Newfoundland Marriage Act de 1824 laissa les prêtres catholiques sur un pied d’égalité avec les pasteurs anglicans. Les catholiques maintenaient une seule objection à cette loi : les frais d’enregistrement qu’elle instaurait. Même si les catholiques de Terre-Neuve avaient démontré qu’ils constituaient un groupe dont les intérêts ne pouvaient être ignorés, ces deux lois eurent tout de même pour effet de soulever une controverse entre les différentes confessions religieuses et de laisser particulièrement aigri le groupe de plus en plus nombreux de méthodistes qui, dans la dernière version de la loi, n’avaient toujours pas le droit de célébrer de mariages.

Scallan se préoccupa aussi de l’éducation des enfants catholiques. Apparemment, il approuva le principe des écoles ouvertes aux élèves de toutes les confessions, qui dispenseraient un enseignement religieux à chacun des différents groupes en dehors des heures de classe. Il accorda certainement son appui à la St John’s Charity School, école non confessionnelle qui fonctionnait de cette façon. En 1826, il approuva aussi la fondation, sur la même base, des Orphan Asylum Schools de la Benevolent Irish Society, à St John’s, même si les élèves étaient presque tous catholiques, et d’une école semblable à Harbour Grace. Cependant, quand la Newfoundland School Society, organisation dont le siège se trouvait en Grande-Bretagne et qui était dominée par des anglicans adhérents à la Basse Église tels que Samuel Codner*, commença à ouvrir des écoles dans l’île, en septembre 1824, Scallan invoqua l’interdiction du Vatican touchant les écoles patronnées par des sociétés bibliques pour défendre aux enfants catholiques de fréquenter ces nouveaux établissements. Il semble avoir craint, probablement avec raison, que ces écoles ne soient en réalité orientées vers le prosélytisme, même si elles affirmaient être non confessionnelles. Le gouvernement accorda une aide financière importante à la Newfoundland School Society et à la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts, tandis que les Orphan Asylum Schools, qui accueillaient le plus d’élèves dans la colonie, devaient compter uniquement sur les souscriptions volontaires pour leur subsistance. Jusqu’à la fin du mandat de Scallan, cette situation irrita ceux qui soutenaient ces écoles. Londres ne fit aucun cas de plusieurs demandes qui lui furent adressées pour obtenir une aide de l’État, ni de l’appui du gouverneur Hamilton à cette cause.

Du temps de Scallan, cependant, les questions les plus controversées furent sans aucun doute la participation des catholiques au Conseil de Terre-Neuve et l’émancipation des catholiques en général. Constitué de membres nommés, le conseil fut créé conformément à des instructions contenues dans la commission de Cochrane le faisant gouverneur. Il s’agissait d’une mesure de transition qui visait à l’établissement d’un gouvernement dans l’île. À la première séance de ce conseil, en octobre 1825, le lieutenant-colonel Thomas K. Burke, qui avait le droit d’être membre à titre de commandant militaire de Terre-Neuve, prêta le serment d’office et le serment d’allégeance mais, en tant que catholique, il refusa le serment de suprématie et la déclaration niant la transsubstantiation. Cochrane estima que les catholiques pouvaient en être dispensés, comme c’était le cas au Bas-Canada, mais les juges présents doutèrent de la légalité de cette façon de procéder, et Burke ne put siéger au conseil. Immédiatement, le gouverneur expliqua clairement au secrétaire d’État aux Colonies, lord Bathurst, que le refus de nommer Burke au conseil ne pouvait qu’offenser la majorité catholique de l’île. En fait, Cochrane avait manifestement l’intention de constituer un corps représentatif, car, quelques mois plus tard, il proposa officiellement la nomination de Scallan, à titre d’« évêque catholique de Terre-Neuve », et celle de Patrick Morris*, marchand catholique en vue. Cochrane dit de Scallan qu’il « avait droit à cette distinction à cause du rang qu’il occup[ait] dans l’Église catholique [...], de son caractère, remarquable par la grande générosité de ses principes, et de son comportement modéré ». Le gouverneur n’était pas indifférent non plus au fait que l’influence de l’évêque entraînerait l’appui des catholiques au conseil et à ses décisions.

Bathurst lui-même avait tenté d’omettre le serment de suprématie et la déclaration niant la transsubstantiation pendant que la commission du gouverneur de Terre-Neuve était en cours de préparation. Mais, le procureur général d’Angleterre avait été d’avis que, en dépit du Bas-Canada, la constitution ne permettait pas qu’une commission soit rédigée sans ces exigences. De toute façon, elles en faisaient alors partie, et Bathurst estima qu’il ne pouvait soumettre au roi les noms des catholiques que l’on voulait appeler au conseil. Même si la population en général ne fut jamais informée que Scallan et Morris avaient été proposés, le refus de nommer Burke provoqua le ressentiment des catholiques, et ce n’est que grâce à l’évêque lui-même que les troubles furent évités. Scallan craignait en effet que l’agitation ne détruise l’harmonie religieuse de la colonie. Néanmoins, dans les coulisses, Morris, apparemment avec l’appui de Scallan, envoya une pétition au gouverneur réclamant pour les catholiques de Terre-Neuve les mêmes droits et privilèges que ceux dont jouissaient leurs frères dans d’autres colonies. Bien que Cochrane ait appuyé cette position, Londres ne donna pas suite à la requête et, dans l’île, la composition du conseil demeura un facteur de division.

Il se peut que les pressions pour redresser ces torts diminuèrent du fait qu’on espérait de plus en plus l’adoption d’un projet de loi visant à l’émancipation des catholiques qui toucherait les sujets britanniques en général. Une telle loi reçut la sanction royale le 13 avril 1829 et, lorsque la nouvelle parvint à Terre-Neuve, Scallan déclara le 21 mai jour d’action de grâces publique. À St John’s et dans d’autres villes importantes d’un bout à l’autre de l’île, les catholiques manifestèrent par des fanfares, des défilés et des offices religieux spéciaux, leur joie de voir levées les restrictions, qui, pendant des siècles, leur avaient causé des préjudices. Cependant, cette joie fut de courte durée : dès décembre, le procureur général de la colonie, James Simms*, et la Cour suprême de Terre-Neuve concluaient que la loi d’émancipation ne s’appliquait pas à Terre-Neuve. Les catholiques de l’île apprirent que les lois du Parlement qui, en 1825, avaient été invoquées pour rendre obligatoire l’inclusion, dans la commission du gouverneur, de certaines incapacités pour les catholiques fondées sur la religion, ne s’appliquaient pas, après tout, à Terre-Neuve. Donc, leur abrogation ne s’y appliquait pas non plus. Juridiquement, ces incapacités ne reposaient que sur la commission de Cochrane. Conférée sous prérogative royale, celle-ci ne pouvait être modifiée par aucune loi du Parlement, pas même le nouveau Catholic Relief Act. Terre-Neuve, avec une population en majorité catholique, devenait la seule colonie britannique encore officiellement soumise aux vieilles lois préjudiciables aux catholiques. Comme on pouvait s’y attendre, les catholiques de l’île nourrirent des « sentiments de colère et de vive irritation » devant une telle situation et, par suite d’assemblées de protestation massive tenues dans des églises catholiques, des pétitions rédigées en termes énergiques furent envoyées au Parlement britannique. Même si Cochrane et le juge en chef Richard Alexander Tucker* insistèrent pour que cette question soit examinée sans délai, Londres hésita encore une fois, et l’émancipation des catholiques ne se réalisa finalement à Terre-Neuve qu’au moment de la proclamation d’un gouvernement représentatif et de l’annonce des premières élections, le 26 août 1832. Dans l’intervalle, on avait laissé se développer une nouvelle source importante de mécontentement religieux.

Au cours des dernières années de sa vie, Scallan souffrit beaucoup d’incapacité physique et mentale. Vers 1827, sa condition nerveuse s’était quelque peu améliorée, mais son état physique se détériorait. Cette année-là, il demanda à Rome un coadjuteur avec droit de succession et soumit à cette fin une liste comprenant trois noms parmi lesquels serait choisi l’éventuel candidat : Michael Anthony Fleming*, James Sinnott et Timothy Browne*, tous prêtres de Terre-Neuve. Fleming était vicaire de Scallan à St John’s depuis 1823 et, en dépit de ce que Fleming appelait leurs « fréquents désaccords » sur l’enseignement religieux dispensé aux Orphan Asylum Schools, la gestion par des laïcs des fonds destinés à l’entretien de l’église et la présence à des services non catholiques, c’est lui que Scallan préférait comme successeur. Rome consulta Mgr Panet mais, malgré les commentaires favorables de l’évêque de Québec à l’égard de Sinnott, qui avait étudié à Québec, ce dernier fut automatiquement éliminé du fait de son manque de connaissances. Fleming fut officiellement nommé coadjuteur de l’évêque en 1829, et Scallan eut l’honneur de célébrer la première consécration d’un évêque à Terre-Neuve, le 28 octobre de la même année. À ce moment-là, Scallan était devenu presque incapable de s’acquitter de ses fonctions, et il écrivait : « mes nerfs sont très détraqués ; autrefois, je pouvais écrire en lignes droites, et passablement bien, mais, maintenant, il en est bien autrement ». Lucide jusqu’à la dernière minute, toutefois, il succomba finalement à la maladie le 28 mai 1830. Il fut enterré dans la cour de la vieille chapelle, mais ses restes furent transférés dans la nouvelle cathédrale en 1850.

La mort de Scallan causa une réelle affliction dans la population de Terre-Neuve. On ferma les magasins, on mit les pavillons des navires en berne. L’inhumation de Scallan fut à l’image de sa vie : Mgr Fleming et Frederick Hamilton Carrington, rector anglican de St John’s, menaient le deuil côte à côte, des membres du clergé méthodistes et anglicans se mêlaient aux prêtres catholiques dans le cortège funèbre, et 7 000 personnes « de toutes les croyances religieuses » participaient aux funérailles. C’était un évêque aimé, qui, par sa piété, sa bonté et son intelligence, avait gagné le respect de tous et qui avait guidé son Église avec sagesse à travers des temps difficiles. Fleming, qui n’était pas flagorneur, dit de Scallan qu’il fut « le prélat le plus zélé à avoir jamais occupé, ou qui occuperait peut-être jamais, le siège épiscopal de Terre-Neuve ». Son plus grand mérite fut peut-être d’avoir toujours cherché à vivre en harmonie avec les autres, tout en sachant être inflexible dans la défense des intérêts fondamentaux des catholiques. Une notice nécrologique publiée dans le Newfoundlander de St John’s semble avoir résumé ses qualités : « À ses divers talents, il alliait une noble ardeur à faire progresser la religion, ardeur totalement libre, cependant, de cette tendance à l’intolérance que l’on retrouve quelquefois chez des esprits profondément imprégnés de sentiments religieux. » Durant les dernières années de sa vie, la maladie limita manifestement son action comme évêque et chef de file. Ce fut malheureux, d’autant plus, peut-être, que Scallan était quelqu’un de naturellement modéré. On ne peut que continuer de se demander si, au cours de cette période mouvementée que furent les années 1825–1830, des démarches plus énergiques de la part de l’évêque lui-même auraient pu amener le gouvernement à agir à propos des droits des catholiques, ce qui aurait désamorcé le sentiment d’injustice qui se trouva au cœur même des violents conflits religieux survenus après sa mort.

L’esprit oecuménique de Thomas Scallan souleva une importante controverse. En effet, Michael Francis Howley*, qui attribuait un tel oecuménisme à une faiblesse intellectuelle, affirma catégoriquement dans son Ecclesiastical history of Newfoundland que Scallan fut blâmé par Rome, mais que la censure ne parvint à Terre-Neuve que lorsque l’évêque était près de mourir,.et qu’elle ne lui fut jamais communiquée. Cela devint un mythe populaire, qui fut encouragé par le monument funéraire à la fois saisissant et inhabituel élevé à la mémoire de Scallan dans la cathédrale St John the Baptist, à St John’s, œuvre commandée par Fleming au sculpteur irlandais John Hogan. Le monument représente Scallan, sur son lit de mort, qui reçoit les derniers sacrements de la main de son successeur, et on a voulu y voir la réconciliation de l’évêque avec l’Église. Cependant, il n’existe aucune preuve de censure ni dans les archives du Vatican ni dans celles de l’archidiocèse, et Fleming n’en fit pas mention quand il rendit compte de la mort de Scallan à Rome. En fait, le fondement le plus ancien de cette histoire semble être un compte rendu des occupations de Scallan trouvé dans un texte de Fleming, Relazione della missione cattolica in Terranuova [...], compte rendu qui était rattaché à une allusion générale aux censures imposées durant la Réforme aux catholiques qui assistaient à des services religieux hérétiques. À une époque moins tolérante que la sienne, l’œcuménisme de Scallan était apparemment devenu gênant, et l’on se devait de l’expliquer d’une manière ou d’une autre.

Raymond J. Lahey

Le monastère franciscain de Wexford, en république d’Irlande, possédait un portrait authentique de Mgr Thomas Scallan au moment où le père Paul Walsh écrivit Wexford friary : a short account of the history and traditions of the Franciscan friary of Wexford, publié à Wexford, en 1949. D’ailleurs, cet ouvrage contient une mauvaise reproduction du tableau. Aujourd’hui, on ignore où se trouve ce portrait, ainsi que plusieurs autres qui appartenaient au monastère. Un autre portrait authentique de Scallan est reproduit dans Centenary volume, Benevolent Irish Society of St John’s, Newfoundland, 1806–1906 (Cork, république d’Irlande, [1906]) et dans The centenary of the Basilica-Cathedral of St. John the Baptist, St. John’s, Newfoundland, 1855–1955, P. J. Kennedy, édit. ([St John’s], s.d.). Il est presque certain que ce second portrait appartenait aussi au monastère de Wexford ; on ne sait pas où il se trouve présentement.  [r. j. l.]

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Bibliographie générale

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Raymond J. Lahey, « SCALLAN, THOMAS », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/scallan_thomas_6F.html.

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Auteur de l'article:   Raymond J. Lahey
Titre de l'article:   SCALLAN, THOMAS
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   25 avril 2014