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MURPHY, MICHAEL, tonnelier, cabaretier et chef fénien, né en 1826 à Cork (République d’Irlande), décédé le 11 avril 1868 à Buffalo, New York.

Michael Murphy quitta l’Irlande avec ses parents quand il était enfant et se rendit à York (Toronto), Haut-Canada. Il reçut une instruction très rudimentaire et fut placé en apprentissage chez un tonnelier. Par la suite, Murphy géra sa propre entreprise pendant plusieurs années avant d’acheter une taverne à Toronto.

La fin des années 1850 fut témoin de vives animosités entre les catholiques irlandais et les orangistes protestants, et de violentes émeutes lors de la Saint-Patrice (17 mars) et de l’anniversaire de la bataille de la Boyne (12 juillet). Le plus sanglant de ces « incidents », l’émeute de la Saint-Patrice en 1858 au cours de laquelle une personne fut tuée, incita Michael Murphy et d’autres catholiques irlandais éminents de Toronto à créer cette année-là la Hibernian Benevolent Society of Canada, dont Murphy devint le premier président. La société prit rapidement de l’expansion et des filiales ne tardèrent pas à se créer à la fois dans le Haut et le Bas-Canada. La société insistait sur les buts charitables qu’elle poursuivait, c’est-à-dire « porter secours [...] aux membres dans la détresse, donner des soins à ceux qui étaient malades, et payer les frais des funérailles en cas de décès », mais lorsque sa constitution fut rendue publique en 1865, on y indiquait que la société avait poursuivi parallèlement des objectifs secrets et paramilitaires pour faire face aux besoins d’autodéfense. En janvier 1863, la société créait son propre journal à Toronto, l’Irish Canadian, qui déclarait que ses « imprimeurs, éditeurs, rédacteurs et actionnaires [étaient] des hiberniens » ; Murphy fut un des administrateurs intérimaires lorsque le journal fut créé.

À la fin de 1864, bien des gens assimilaient cette société au mouvement fénien des États-Unis qui se développait rapidement, et Murphy lui-même fut accusé publiquement par le journal qui le critiquait avec le plus d’ardeur, le Globe de George Brown* à Toronto, d’avoir assisté à une assemblée récente des Féniens aux États-Unis. Pour sa défense et celle de son organisation, Murphy écrivit une lettre au Globe dans laquelle il disait que la société hibernienne était fondée sur « les principes de la bienfaisance et de l’autodéfense ». Les « excès commis par les Orangistes » et le peu d’empressement apparent avec lequel les autorités locales protégeaient les catholiques irlandais, obligeaient ces derniers « à compter essentiellement sur eux-mêmes pour assurer la protection de leurs familles et de leurs biens », ce qui, d’après eux, justifiait l’existence de leur société. Il soulignait qu’il n’y avait « aucun lien d’aucune sorte entre le fénianisme et son organisation », mais il reconnaissait que les membres de la société exprimeraient toujours « leur immense sympathie pour toute organisation [...] ayant pour objectif la liberté et la prospérité du peuple irlandais sur le sol irlandais ». Murphy avait effectivement assisté à la première assemblée nationale des Féniens aux États-Unis en novembre 1863.

Murphy fut probablement le personnage le plus marquant du petit groupe de Féniens canadiens. On connaissait sa sympathie pour le groupe rattaché au mouvement fénien et dirigé par John O’Mahony aux États-Unis, qui appuyait la révolution en Irlande, et les autorités étaient au courant du fait qu’il vendait des obligations féniennes et apportait une aide financière à O’Mahony. Cependant, Murphy condamna vigoureusement la faction du mouvement menée par William Randall Roberts*, qui préconisait ouvertement l’invasion de l’Amérique du Nord britannique comme une étape vers la libération de l’Irlande.

En mars 1866, le bruit courait de toutes parts que les Féniens des États-Unis s’apprêtaient à faire une invasion et 10 000 volontaires furent appelés à combattre. Les Hiberniens de Toronto étaient décidés à défiler dans les rues le jour de la Saint-Patrice en dépit de la décision qu’avait prise la St Patrick’s Society de ne pas faire de défilé. Les autorités de Toronto, sous la direction du maire Francis Henry Medcalf*, leur donnèrent finalement la permission de défiler mais seulement après que Gilbert McMicken*, le chef des « détectives » gouvernementaux, fut arrivé sur les lieux et ait reçu de Murphy la promesse que ses partisans ne « troubleraient pas l’ordre public ». Environ 600 Hiberniens défilèrent sans incident, tandis que 2000 soldats restaient prêts à intervenir. Certains de ces hommes avaient été logés dans la taverne de Murphy quelques jours auparavant.

Pendant les journées qui suivirent, bien que l’invasion des Féniens n’eut pas lieu, le gouvernement de la province, et surtout le procureur général John Alexander Macdonald*, était alors décidé à prouver que Murphy travaillait activement pour les Féniens. Cependant, avant que les « détectives » de McMicken fussent parvenus à rassembler suffisamment de preuves contre lui, Murphy fut arrêté à la gare de Cornwall le 9 avril 1866. Le président des Hiberniens et ses six compagnons étaient en route pour Portland, Maine, où ils devaient rejoindre le groupe des envahisseurs féniens sur l’île de Campobello, au lieu de quoi ils furent conduits à la prison du lieu. Le maire de Cornwall, William Cox Allen, leur confisqua une quantité importante d’armes, de munitions et d’argent. D’autres Féniens de Toronto furent également arrêtés et envoyés à Cornwall.

Ces brusques arrestations n’avaient pas été ordonnées par Macdonald, mais plutôt par ses collègues du cabinet George-Étienne Cartier* et Alexander Tilloch Galt* qui jugeaient qu’on ne devrait pas laisser le groupe sortir du pays et échapper ainsi à la surveillance des autorités. Macdonald, qui s’était contenté de donner des ordres précis pour faire surveiller les allées et venues du groupe et rassembler ainsi des preuves plus solides qui pourraient être présentées devant un tribunal, était extrêmement contrarié. Bien qu’aucune pièce à conviction n’ait pu être trouvée, pas même par l’espion qui avait été posté en prison avec Murphy, les prisonniers furent accusés de trahison pour avoir, en tant que sujets britanniques, projeté de participer à une mission en territoire britannique.

Les procès, qui étaient fixés pour les assises d’automne, n’eurent jamais lieu : pendant la nuit du 1er septembre, Murphy s’échappa avec cinq partisans et s’enfuit de l’autre côté de la frontière. Le Globe fulmina contre cette évasion, mais d’autres journaux, voire même des fonctionnaires du gouvernement, exprimèrent leur soulagement devant la disparition d’un personnage aussi gênant que Murphy. Après tout, le procureur du gouvernement aurait eu de la difficulté à prouver la complicité de Murphy devant un tribunal. La sentence de mise hors la loi fut prononcée contre Murphy aux assises d’octobre à Cornwall, mais trois autres prisonniers ne passèrent jamais en jugement.

On ne tarda pas à apprendre que Murphy condamnait les Féniens de Roberts pour leurs incursions récentes sur le sol canadien, particulièrement pour celle de Fort Erie [V. Alfred Booker*], et le 11 septembre il se présenta à Lewiston, New York, où il rencontra un groupe d’Hiberniens torontois. Peu de temps après, il déménagea à Buffalo et devint propriétaire de l’hôtel Irish Arms. Cependant, sa santé se détériorait, et les affaires marchaient mal du fait que les Féniens de la place le soupçonnaient d’espionner pour le compte des Britanniques et évitaient de fréquenter son établissement. Le 11 avril 1868, âgé de 42 ans, Murphy mourut d’une tuberculose pulmonaire. Il laissait sa femme et plusieurs enfants. Son corps fut ramené chez lui à Toronto pour y être enterré, et le service funèbre se déroula dans la cathédrale St Michael.

Michael Murphy établit les liens les plus solides entre les Féniens et la communauté catholique irlandaise d’Amérique du Nord britannique. La plupart de ses contemporains considéraient que Murphy et le petit cercle intime de la Hibernian Society, dont le siège était à Toronto, étaient « la branche canadienne du mouvement fénien », mais le nombre des Féniens était restreint ; même parmi les Hiberniens, les Féniens n’étaient pas en majorité. En fait, le nombre de leurs partisans en Amérique du Nord britannique ne dépassa sans doute jamais un millier. Murphy était un homme dont le caractère s’adaptait mal aux activités révolutionnaires, puisqu’il était à la fois vaniteux et extrêmement émotif et qu’il manquait d’habileté et de jugement. C’était un homme impulsif mais sincère, et il était convaincu qu’en appuyant le mouvement fénien il accomplissait son devoir vis-à-vis l’Irlande sa patrie. Au fond, il restait un Irlandais qui « attendait impatiemment le moment où l’Irlande serait libre de diriger elle-même ses affaires et de faire ses propres lois ».

W. S. Neidhardt

APC, MG 26, A, 58, 236–237.— Globe, 1864–1866 ; 13 avril 1868.— Irish Canadian (Toronto), 1863–1866, 15 avril 1868.— Leader, 1864–1866.— C. P. Stacey, A Fenian interlude : the story of Michael Murphy, CHR, XV (1934) : 133–154.

Bibliographie générale

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W. S. Neidhardt, « MURPHY, MICHAEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 3 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/murphy_michael_9F.html.

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Auteur de l'article:   W. S. Neidhardt
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   3 septembre 2014