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KILLAM, ALBERT CLEMENTS, avocat, homme politique, juge et commissaire des chemins de fer, né le 18 septembre 1849 à Yarmouth, Nouvelle-Écosse, fils de George Killam, capitaine au long cours, et de Caroline Clements ; en 1877, il épousa Minnie Whyte, et ils eurent un fils et une fille ; décédé le 1er mars 1908 à Ottawa et inhumé au cimetière St John’s, Winnipeg.

Petit-fils de Thomas Killam*, marchand et homme politique important, Albert Clements Killam grandit à Yarmouth. En 1872, à la University of Toronto, il obtint une licence ès arts avec médailles d’argent en mathématiques et en langues modernes ; il fut aussi le récipiendaire de la médaille du prince de Galles. Après un stage de droit à Toronto chez Crooks, Kingsmill, and Cattanach [V. Adam Crooks*], il fut autorisé à exercer en Ontario à titre d’attorney le 28 août 1876 et à titre de barrister le 5 février 1877. Il se fixa à Windsor, où il fonda le cabinet Horne and Killam en 1877. C’était le début d’une belle carrière. Dans les premiers mois de 1879, il partit relever de nouveaux défis à Winnipeg.

Killam devint vite un membre actif du milieu juridique de Winnipeg. Admis au barreau du Manitoba le 15 février 1879, il envoya sa première ordonnance quatre jours plus tard. Il plaida plusieurs fois aux assises du printemps et fut bientôt reconnu comme « l’un des avocats les plus compétents de Winnipeg ». En 1881, il devint examinateur à la Société légale de Manitoba, et en fut conseiller de 1882 à 1885. Le gouverneur général, lord Lansdowne [Petty-Fitzmaurice*], le fit conseiller de la reine le 9 mai 1884.

Le gouvernement fédéral du conservateur sir John Alexander Macdonald* ayant refusé de reconnaître la loi par laquelle le premier ministre du Manitoba, John Norquay*, autorisait la construction de voies ferrées dans la province, Killam se porta candidat dans Winnipeg-Sud aux élections de janvier 1883 sous la bannière des « droits provinciaux ». Il l’emporta par 63 voix sur le candidat conservateur Charles Richard Tuttle. À l’Assemblée, il prenait fréquemment la parole au nom de l’opposition et montrait un vif intérêt pour toutes les questions juridiques.

Après la mort subite de Robert Smith, juge à la Cour du banc de la reine du Manitoba, en janvier 1885, Macdonald s’écarta de son favoritisme habituel et nomma Killam. Cette nomination, faite le 31 du mois, plut au barreau et à la population de la province, parce qu’elle allait à un Manitobain éminent ; en raison des compétences évidentes de Killam, elle reçut aussi l’approbation de l’ensemble des hommes de loi du pays. Grâce à sa vaste connaissance du droit, à sa grande capacité de travail et à son infatigable patience, surtout avec les avocats en second, Killam devint vite un juge excellent et très respecté. Peu manifestaient un discernement plus scrupuleux. Ses jugements écrits étaient clairs et convaincants, et passaient généralement avec succès l’épreuve des tribunaux supérieurs. En 1890, dans l’affaire Barrett c. la municipalité de Winnipeg [V. John Kelly Barrett*], il conclut que le gouvernement provincial de Thomas Greenway avait le droit d’établir un système unique d’enseignement public et de ne plus subventionner les écoles confessionnelles. Ce jugement fut approuvé par tous les juges de la Cour du banc de la reine, cassé par la Cour suprême du Canada [V. sir William Johnston Ritchie*], puis finalement confirmé par le comité judiciaire du Conseil privé. Plus tôt dans sa carrière, en septembre 1885, Killam avait siégé avec la Cour du banc de la reine du Manitoba, en pleines assises, pour entendre l’appel interjeté par Louis Riel* à la suite du verdict rendu dans La Reine c. Riel par le jury du tribunal de première instance. Il avait maintenu la condamnation avec ses collègues. La permission d’en appeler au comité judiciaire avait été refusée et Riel avait été pendu le 16 novembre 1885.

Killam devint juge en chef de la Cour du banc de la reine le 12 avril 1899, après que sir Thomas Wardlaw Taylor* eut pris sa retraite. Sa promotion suscita « l’approbation unanime du barreau de la province ». Pendant les années où il siégea au Manitoba, il maintint son intérêt pour sa profession en donnant des conférences sur l’equity et la jurisprudence à des étudiants en droit et en faisant partie de divers comités de la Société légale de Manitoba, dont un qui révisait les lois de la province.

Le 7 août 1903, après la mort du juge en chef John Douglas Armour, Killam accéda à la Cour suprême du Canada. Il était le premier juge de l’Ouest à faire partie de ce tribunal. Selon les auteurs James G. Snell et Frederick Vaughan, on le choisit « non seulement parce qu’il venait de l’Ouest mais aussi parce qu’il était un juriste compétent et chevronné ». Encore une fois, sa nomination fut approuvée dans tout le Canada, même en Ontario, qui perdait pourtant un siège à cause d’elle.

Albert Cléments Killam ne resta pas longtemps à la Cour suprême car, après la démission subite d’Andrew George Blair, en octobre 1904, il se laissa convaincre d’accepter la présidence du Conseil des commissaires des chemins de fer. En annonçant sa nomination, le 6 février 1905, sir Wilfrid Laurier* déclara qu’il avait « toutes les qualités requises pour s’acquitter des importantes fonctions qui lui ser[aient] dévolues ». Ces fonctions quasi judiciaires comprenaient l’interprétation et l’application des lois sur les chemins de fer ainsi que la réglementation et l’ajustement du fret. Par la suite, le conseil exerça aussi son autorité sur les compagnies de télégraphe et de téléphone. Au début, on avait un peu douté que Killam arriverait à accomplir ces lourdes tâches, qui ne lui étaient pas familières, mais ses détracteurs constatèrent bientôt qu’il possédait non seulement un esprit juridique de premier ordre, mais aussi un sens aigu des affaires. Pendant la première année où il en fit partie, le conseil délivra 1 000 ordonnances et entendit 353 cas. Killam, qualifié plus d’une fois de « bourreau de travail », remettait très souvent de longues décisions par écrit. Ce surmenage explique peut-être en partie pourquoi une pneumonie l’emporta à l’âge de 58 ans. En apprenant la mort de cet homme qui, de l’avis du ministre des Chemins de fer et Canaux, George Perry Graham*, était un « génie aux multiples facettes » et dont on disait « il n’y a aucun juge en qui la population ait davantage confiance », nombreux furent ceux qui parlèrent de « perte nationale ».

Lee Gibson

AN, MG 26, A : 10099, 25390 ; G : 73910–73911, 102429–102436, 102578–102581, 118997–118999 ; RG 31, C1, 1861, 1871, Yarmouth (mfm aux Provincial Arch. of Alberta, Edmonton) ; 1881, 1891, Winnipeg (mfm aux Provincial Arch. of Alberta) ; RG 46, C.— Arch. du barreau du Haut-Canada (Toronto), 1–5, barristers’ roll.— Arch. of Manitoba Legal Hist. (Winnipeg), Law Soc. of Manitoba files and photographs.— PAM, MG 12, E.— Manitoba Free Press, 1879–juill. 1883, 31 janv. 1885, 1888–1889, 1899, 1901, 2 mars 1908, 1909, 1916, 1925.— Manitoba Weekly Free Press, 24 juill. 1903, 1904, 18 nov. 1905, 1906.— Ottawa Citizen, 2 mars 1908.— Winnipeg Daily Sun, 23 déc. 1883.— Canada Law Journal, 20 (1884) : 177 ; 21 (1885) : 65 ; 35 (1899) : 291 ; 39 (1903) : 497s. ; 41 (1905) : 205s. ; 44 (1908) : 129s.— Canadian Law Rev. (Toronto), 2 (1902–1903) : 656s.— Canadian Law Times (Toronto), 5 (1885) : 64 ; 28 (1908) : 309s.— « The jubilee of Sir James Aikins’ call to the Manitoba bar », Canadian Bar Rev. (Toronto), 7 (1929) : 231238.— Manitoba Reports (Winnipeg), 1 (18831884)–7 (1890–1891).— SCR, 19 ; 33 ; 35.— Snell et Vaughan, Supreme Court of Canada.Western Law Times of Canada (Winnipeg), 1 (18901891)6 (1895).

Bibliographie générale

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Lee Gibson, « KILLAM, ALBERT CLEMENTS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/killam_albert_clements_13F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   2 septembre 2014