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JOYBERT (Joibert) DE SOULANGES ET DE MARSON, PIERRE DE, soldat, seigneur et administrateur de l’Acadie, né en 1641 où 1642 à Saint-Hilaire de Soulanges, en Champagne. baptisé en 1644, mort en 1678.

De bonne heure, apparemment, il s’enrôla dans le régiment de Briquemault et servit au Portugal. En 1665, il arriva à Québec en qualité de lieutenant à la compagnie d’Hector d’Andigné de Grandfontaine, du régiment de Carignan-Salières, et prit part à l’expédition de M. de Prouville de Tracy contre les Iroquois. Il rentra en France avec son commandant en 1667 à cause de la guerre de Dévolution. Quand, vers la fin de 1669, Grandfontaine fut désigné pour prendre possession de l’Acadie en vertu du traité de Bréda, Joybert se trouvait parmi les hommes choisis pour accompagner cet officier. Leur vaisseau fit naufrage sur la côte du Portugal près de Lisbonne en janvier 1670, mais Joybert et les autres furent sauvés. Aussitôt que possible, on réorganisa l’expédition pour l’envoyer à Boston à bord du Saint-Sébastien. Joybert assista à la remise aux autorités françaises du fort de Pentagouet et, le 14 août, il reçut l’ordre d’accompagner Richard Walker, qui avait été adjoint du colonel Thomas Temple au gouvernement de l’Acadie, à bord du Saint-Sébastien, pour prendre possession de divers postes de l’Acadie. Le 27 août, il acceptait la reddition de Jemseg, poste de traite fortifié que Temple avait élevé en 1659 sur la rivière Saint-Jean, à 50 milles de son embouchure, et le 2 septembre, à Port-Royal, il prenait possession de cette place et acceptait aussi la reddition du fort La Tour au cap de Sable.

Cet automne-là, Talon envoya Joybert de Soulanges à Boston pour remettre des lettres et obtenir des renseignements au sujet du navire français de commerce La Fontaine que les Anglais avaient ‘saisi ainsi que sa cargaison de grande valeur. Grandfontaine critique la façon dont il s’était acquitté de cette mission et il l’envoya à Québec expliquer sa conduite à Talon. Celui-ci fit rapport du différend au roi, mais ne put où ne voulut régler ce désaccord grave, dont on ne connaît pas le détail. C’est à Québec, en 1672, que Joybert de Soulanges épousa Marie-Françoise, fille du procureur général de la Nouvelle-France, Louis-Théandre Chartier de Lotbinière.

Le 20 octobre 1672, en reconnaissance de ses « bons et louables services au roi, aussi bien dans l’Ancienne que dans la Nouvelle-France », il reçut une concession seigneuriale sur la rive orientale de la Saint-Jean, large d’une lieue et s’étendant sur une longueur de quatre lieues en amont de l’embouchure de la rivière. Cette vaste étendue comprenait une partie de l’emplacement de la ville actuelle de Saint-Jean. En même temps, il passait « major des troupes » en Acadie et recevait de M. de Buade de Frontenac le commandement du fort de « Gemisick » (Jemseg) et de la zone de la rivière Saint-Jean. On peut douter qu’il se trouvât alors un seul habitant blanc sur la Saint-Jean, et sa nomination semble se rattacher à un plan tendant à établir des soldats et des familles sur ce cours d’eau en vue de faciliter la construction d’une route de communication par voie de terre entre Québec et l’Acadie. Le même jour, son frère Jacques recevait une seigneurie voisine de la sienne à l’embouchure de la Saint-Jean.

Joybert s’appliqua à réparer et à renforcer le fort de Jemseg. Mais, avec sa garnison de neuf hommes, il n’était pas en mesure de résister à une troupe hollandaise commandée par Jurriaen Aernoutsz, qui pilla le fort et emmena Joybert en captivité à Boston, le 7 août 1674. Sa rançon fut fixée à 1 000 peaux de castor, où l’équivalent. La nouvelle de sa captivité parvint à Frontenac à la fin de septembre. Il envoya immédiatement des hommes en canot afin de savoir ce qui se passait en Acadie et ramener Mme de Soulanges et sa petite fille par la voie de la Saint-Jean et de la rivière du Loup jusqu’à Québec. Il semble que Joybert resta prisonnier à Boston jusqu’à ce que Frontenac eût payé sa rançon, probablement en 1675. Joybert se rendit ensuite à Québec, pour se mettre à la disposition de Frontenac ; celui-ci le renvoya commander la région de Saint-Jean. Le 12 octobre 1676, il recevait une concession à Naxouat (Nashwaak), de deux lieues de large sur deux lieues de profondeur, sur les deux rives de la rivière, et comprenant l’emplacement de la Fredericton actuelle. Frontenac lui accorda ce territoire en reconnaissance des services que Joybert avait rendus en Acadie et afin de l’engager à continuer ainsi. Juste quatre jours plus tard, la pétition de Joybert au roi en vue d’une nouvelle concession était entendue. Dans ce document, il déclarait qu’il avait employé ses propres fonds pour réparer Jemseg, avant et après l’attaque des Hollandais, et qu’il avait tout perdu par suite de cette attaque. On fit droit à sa requête et on lui accorda un territoire qui comprenait le fort de Jemseg même, ainsi qu’une terre mesurant une lieue de chaque côté et deux lieues de profondeur. En tout, les trois seigneuries comprenaient plus de 100 milles carrés.

En 1677, Joybert fut nommé administrateur de l’Acadie, succédant à Jacques de Chambly, et Jemseg devenait le siège de la puissance française et la capitale du pays. Il mourut vers le 1er juillet de l’année suivante et il eut pour successeur Michel Leneuf* de La Vallière. Joybert laissait, outre sa veuve, deux enfants, dont l’aînée, Louise-Élisabeth, devait épouser Philippe de Rigaud* de Vaudreuil, gouverneur général du Canada, dont elle eut dix enfants, notamment Pierre de Rigaud* de Vaudreuil de Cavagnial, qui fut le premier gouverneur canadien du pays. Le second enfant de Joybert, Pierre-Jacques, devint soldat et mourut de la petite vérole à Québec en 1703. Un troisième enfant était mort en bas âge.

Au cours des années qui suivirent la mort de son époux, sa veuve paraît avoir partagé son temps entre Québec et la rivière Saint-Jean où elle continua la traite des fourrures établie par son mari. Mais elle se trouvait dans une situation telle que l’intendant Duchesneau se crut obligé de lui donner 300# à la mort de Joybert, puis une pension annuelle de la même somme par la suite. Le 31 mars 1691, la veuve recevait une nouvelle seigneurie sur la Saint-Jean, en face de Jemseg, comprenant une bonne partie de l’actuel camp de Gagetown. Le titre de cette concession, ainsi que ceux des trois autres qui avaient été accordées à Joybert, devaient tomber en déchéance parce qu’on n’avait pas rempli les conditions. Mme de Joybert elle-même mourut à Paris en 1732.

George MacBeath

AN, Col., C11A, 3.— Coll. de manuscrits relatifs à la Nouv.-France, I.— Correspondance de Frontenac (1672–82), RAPQ, 1926–27 : 17, 73s., 88, 90, 96, 111. Correspondance de Talon, RAPQ, 1930–31 : 156s., 176, 179.— Jug. et délib.— Mémoires des commissoires, I : 151 ; II : 323–326, 566–570, 573–575 ; IV : 37, 288s. ; Memorials of the English and French commissaries, I : 25, 206, 413, 611–613, 744, 746, 748.— P.-G. Roy, Inv. concessions, II ; III ; IV.— Claude de Bonnault, Branche canadienne des Joybert, BRH, XLII (1936) : 110–116.— Ganong, Historic sites in New Brunswick, 274s. 277, 309–312, 314.— Beamish Murdoch, History of Nova-Scotia.— Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale.— W. O. Raymond, The River StJohn, its physical features, legends and history from 1604 to 1784, ed. J. C. Webster (Sackville, 1943).— P.-G. Roy, La Ville de Québec, I : 362.— Régis Roy, La Famille de Joybert, BRH, XV (1909) : 223 ; Régis Roy et Malchelosse, Le Régiment de Carignan.— Sulte, Mélanges historiques (Malchelosse), VIII.

Bibliographie générale

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George MacBeath, « JOYBERT (Joibert) DE SOULANGES ET DE MARSON, PIERRE DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/joybert_de_soulanges_et_de_marson_pierre_de_1F.html.

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Auteur de l'article:   George MacBeath
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   21 décembre 2014