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ISHAM, CHARLES THOMAS (connu dans sa jeunesse sous le nom de Charles Price ou de Charles Price Isham), trafiquant de fourrures, né en 1754 ou 1755, probablement à York Factory (Manitoba), fils de James Isham*, agent principal de la Hudson’s Bay Company, et d’une Indienne ; décédé en 1814 en Angleterre.

Comme héritier des biens de son père, qui lui avait apparemment donné le nom de Price en l’honneur d’un ami d’York Factory, Charles Thomas Isham put aller étudier en Angleterre, ce qui représentait un privilège rarement accordé, au xviiie siècle, aux enfants des trafiquants de la baie d’Hudson. En mai 1763, le comité de Londres de la Hudson’s Bay Company demandait à ses fonctionnaires en poste à York d’« envoyer en Angleterre Charles Price, alias Isham, jeune garçon indien, qu’on di[sait] fils naturel de feu M. Jas. Isham », et, en septembre, Ferdinand Jacobs* notait : « Nous avons envoyé en Angleterre [...] Charles Price Isham avec ses vêtements. » En novembre de la même année, le comité, encore mal fixé sur le nom de famille du garçon, ordonna que « Charles Price [...] serviteur de feu M. James Isham, [fût] remis entre les mains du frère et administrateur [de la succession] dudit M. Isham, M. Thomas Isham ». Le 7 mai 1766, la compagnie « admit Charles Price Isham comme apprenti [...] au fort York, pour une période de sept ans ». Il travailla d’abord sous les ordres d’Andrew Graham à Severn House (Fort Severn, Ontario), en compagnie de William Tomison*. En 1772, ses supérieurs d’York écrivirent à Londres : « Charles Price Isham, [qui] se soumet à votre jugement, [est] un garçon fort, sobre et bon travaillant. » En août 1773, il avait « signé un contrat de cinq ans, à £10 par année », à titre de manœuvre.

La carrière d’Isham à l’intérieur des terres commença en 1774, année où il « offrit ses services [à Samuel Hearne*], pour établir Basqueawe [Le Pas, Manitoba] ». Au mois de juillet de cette année-là, il quitta York en compagnie d’Isaac Batt* pour aller ravitailler Hearne qui avait trouvé un emplacement pour un poste à l’intérieur des terres au lac Pine Island (Cumberland House, Saskatchewan). Quand Matthew Cocking* et ses hommes, qui voyageaient aussi à l’intérieur, les rencontrèrent par hasard, ils découvrirent qu’Isham et Batt avaient été volés et abandonnés par leurs guides indiens. Ils unirent tous leurs forces, mais faute d’une aide indienne, ils ne purent rejoindre Hearne, qu’ils ne virent pas avant d’atteindre York, au milieu de 1775, après un « hiver [passé] à errer inutilement ».

En 1775–1776, Isham servit sous les ordres de Cocking à Cumberland House. Aux prises avec une pénurie d’embarcations pour le transport à l’intérieur, Cocking envoya Isham et Robert Longmoor, en compagnie d’Indiens, construire des canots. On en construisit six pour la Hudson’s Bay Company, « mais, comme c’était les indigènes qui les avaient construits et qu’ils n’avaient pas été entièrement payés pour leur [travail] », des trafiquants indépendants du Canada les persuadèrent de les leur vendre, à l’exception de deux. Isham fit le récit de ces événements à Humphrey Marten*, à York, l’été suivant. Ce dernier donna alors l’ordre à Tomison, nouveau chef de poste à Cumberland House, de faire construire les canots au poste même et d’éviter des pertes en prenant « grand soin de ne pas payer d’avance ».

D’Isham, qui séjourna à Cumberland et voyagea au delà avec Tomison, entre autres, on disait en 1776–1777 qu’il était, à part Longmoor, le seul homme de l’intérieur à posséder « une quelconque habileté à manier l’aviron à l’avant des canots et à les diriger ». Les efforts qu’il faisait pour concurrencer les trafiquants de Montréal lui valurent à la même époque une menace de mort de leur part : les trafiquants indépendants imputaient la disparition de deux des leurs, qui auraient été tués, disait-on, par les Indiens, « aux mauvaises notions qu’[Isham] insinuait dans l’esprit des autochtones, à leur détriment ». Ses responsabilités s’accrurent au cours de cette période : en septembre 1776, Tomison l’envoya « au pays des bisons pour encourager les Indiens à descendre trafiquer, aussi pour acquérir autant de canots qu’il en pourrait trouver ». Mais ses succès furent mitigés : « ayant gaspillé toutes ses provisions » dès le début de l’hiver, il dut rejoindre Longmoor à son poste des collines de l’Aigle (collines Eagle, Saskatchewan). L’hiver suivant, il vécut sous la tente avec des Indiens, de novembre à avril, mais perdit presque toute leur traite du printemps au profit du « poste français du lac Beaver [Amisk] où ils trafiquaient tout ce qu’ils avaient ». Par la suite, les journaux de Cumberland House et de Hudson House (près de Silver Grove, Saskatchewan) font état de son activité au service de la compagnie, poursuivie dans des circonstances difficiles. En novembre 1781, il tomba malade, frappé par la petite vérole qui dévastait alors la population indienne. Au contraire de la plupart des Indiens, mais à l’instar des malades métis observés par Edward Umfreville*, il survécut. Philip Turnor* ne lui ménagea pas ses louanges à cette époque : « fort aimé des Indiens, dont il parle très bien la langue, les Canadiens ont une grosse dent contre Charles lsham, mais il vaudrait mieux pour eux qu’ils s’attaquent à tout autre Anglais, car sa mort serait vengée à la fois par les Anglais et par les Indiens ». La « dent » des Canadiens se manifesta en 1782 dans les plaintes de William Holmes* à William Walker, voulant qu’Isham eût menacé les hommes de Holmes et enlevé leurs femmes. Walker prit la défense d’Isham, en notant que les accusations n’étaient pas prouvées ; quant à l’enlèvement de leurs femmes, il pensait qu’elles « [avaient dû] y consentir pour qu’une telle chose [pût] se faire ».

lsham continua de servir comme manœuvre à l’intérieur des terres, homme de canot et interprète ; il touchait un salaire annuel de £15 à £20, tout au long des années 1780. Une demande qu’il fit en 1786 pour des effets personnels d’Angleterre – « une toile à matelas, 4 bonnes chemises blanches, 2 foulards de mousseline, un bon chapeau garni de dentelle et un pantalon nankin » – laisse croire à un goût persistant pour les modes britanniques. En 1788–1789, il retourna apparemment en Angleterre, peut-être dans la paroisse St George, à Bloomsbury (Londres), adresse personnelle qu’il donna en 1787–1788.

En mai 1789, lsham signa un contrat comme « trafiquant à l’intérieur et surveillant des canots au poste de Swan River », au salaire annuel de £30, plus « une prime sur toutes les fourrures qu’ [il pouvait] fournir ». Connu par la suite sous le nom de « M. lsham », il fut successivement, de 1790 à 1795, chef de poste à la rivière Swan (Manitoba), à Marlborough House (près de Pelly, Saskatchewan), à Somerset House (près de Swan River) et à Carlton House (près de Kamsack, Saskatchewan) et, de 1797 à 1799, à Jack River House (près de Norway House, Manitoba). Continuant de connaître une grande mobilité à l’intérieur des terres, il servit, jusqu’à sa retraite en 1814, dans divers postes, aussi éloignés à l’ouest qu’Edmonton House (près de Fort Saskatchewan, Alberta). En 1812, il fut interprète de Miles Macdonell* dans la nouvelle colonie de la Rivière-Rouge [V. Thomas Douglas]. Son salaire varia : £80 en 1812, £40 en 1814. Les années 1790, en particulier, ne furent pas faciles ; comme Malchom Ross*, entre autres, lsham concurrençait ses propres collègues de l’intérieur aussi bien que les marchands de Montréal. En 1791, selon Joseph Colen, lsham construisit au poste de Swan River « 3 canots [...] d’une bien plus grande taille que ceux qu’[on avait] vus auparavant, mais n’ayant pas les hommes capables d’en prendre charge [...] il fut obligé de partir avec les cargaisons habituelles ». Pour cette pénurie d’hommes, Colen blâmait Tomison, fonctionnaire chargé des postes de l’intérieur, qui faisait de constants « efforts pour susciter des difficultés à Swan River ». Cet été-là, lsham écrivit à Londres : « si vos seigneuries n’interviennent pas, ce jeune établissement sera perdu ».

Bien que Londres appréciât manifestement ses services, Charles Thomas lsham ne devint rien d’autre qu’un fonctionnaire subalterne dans des postes obscurs et souvent difficiles. Toutefois, il fut probablement le premier homme né à la baie d’Hudson à s’élever aussi haut (l’origine de Moses Norton* n’étant pas connue avec certitude), et ses collègues le considéraient comme un Anglais, sans faire de distinction raciale. À la mort d’Isham, quatre enfants nés à la baie d’Hudson, Thomas, Mary, Jane et James, désignés comme enfants naturels, bénéficièrent de sa succession, qui se montait à £1 800 investies dans des rentes rapportant 3 p. cent annuellement. Comme des collègues plus anciens, tels Malchom Ross et George Atkinson*, et au contraire de certains trafiquants ultérieurs, il ne chercha pas à légitimer ces enfants. Thomas lsham et un certain Price lsham étaient au service de la compagnie comme manœuvres dans le district de Winnipeg à l’époque de la mort d’Isham, et des lsham apparaissent plus tard dans les registres de la mission de la Rivière-Rouge.

Jennifer S. H. Brown

PAM, HBCA, A.1/42 : ff.92, 172 ; A.11/115 : ff.74, 137, 153, 171–172 ; A.11/116 : ff.6–7, 14, 23, 27, 184 ; A.11/117 : ff.98, 120–121, 128, 139 ; 159, 172 ; A.30/1 : f.9 ; A.30/3 : f.89 ; A.30/4 : f.20 ; A.30/11 : f.37 ; A.30/12 : ff.31, 35 ; A.30/13 : f.35 ; A.32/3 : f.234 ; A.36/1A : f.13 ; B.198/a/8 : f.11 ; B.203/a/1–2 ; B.239/f/3 : f.11 ; B.239/f/6 : ff.23, 40, 64.— PRO, PROB 11/1564/27.— St John’s Anglican Cathedral (Winnipeg), Red River and St Peter’s (Indian settlement), Reg. of burials and marriages.— Cumberland House journals and inland journal, 1775–82, E. E. Rich et A. M. Johnson, édit. (2 vol., Londres, 1951–1952).— HBRS, 27 (Williams).— James Isham’s observations on Hudson’s Bay, 1743 [...], E. E. Rich et A. M. Johnson, édit. (Londres, 1949 ; réimpr., Nendeln, Liechtenstein, 1968).— Journals of Hearne and Turnor (Tyrrell).— Saskatchewan journals and correspondence : Edmonton House, 1795–1800 ; Chesterfield House, 1800–1802, A. M. Johnson, édit. (Londres, 1967).— Edward Umfreville, The present state of Hudson’s Bay [...] (Londres, 1790 ; nouv. éd., W. S. Wallace, édit., Toronto, 1954).— Morton, Hist. of Canadian west.

Bibliographie générale

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Jennifer S. H. Brown, « ISHAM, CHARLES THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/isham_charles_thomas_5F.html.

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Auteur de l'article:   Jennifer S. H. Brown
Titre de l'article:   ISHAM, CHARLES THOMAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   25 octobre 2014