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Titre original :  Photograph Victor Hudon, Montreal, QC, 1865 William Notman (1826-1891) 1865, 19th century Silver salts on paper mounted on paper - Albumen process 8.5 x 5.6 cm Purchase from Associated Screen News Ltd. I-19184.1 © McCord Museum Description Keywords:  male (26812) , Photograph (77678) , portrait (53878)

Provenance : Lien

HUDON, VICTOR, homme d’affaires, né le 31 août 1812 à Rivière-Ouelle, Bas-Canada, fils d’Alexandre Hudon et de Julie Chapais (Chapet) ; le 20 juillet 1835, il épousa à Montréal Marie Godard, et ils eurent trois filles et six fils, puis le 31 juillet 1866, dans la même ville, Philomène Godard ; décédé le 28 mars 1897 au même endroit.

Marchand, banquier et industriel réputé dont les manufactures employaient des centaines d’ouvriers, Victor Hudon était un membre distingué de la bourgeoisie régionale de la province de Québec. Pourtant, même si ses affaires étaient loin d’être négligeables, il n’appartenait pas au même monde que de puissants bourgeois canadiens, tels George Stephen* et Donald Alexander Smith*, eux aussi Montréalais. La concentration du pouvoir économique qui marqua les dernières décennies du xixe siècle au Canada fit que les capitalistes de la stature de Hudon furent évincés par de mieux nantis. Ce dernier connut un sort semblable à celui d’autres représentants de la bourgeoisie régionale, dont bon nombre étaient francophones, et sa carrière illustre le rôle marginal que jouait la bourgeoisie d’expression française dans l’économie provinciale à l’aube du xxe siècle.

Hudon entra dans les affaires en 1830 en prenant un poste de commis dans une firme de Québec. En 1832, il s’installa à Montréal pour exercer la même fonction à la maison de commerce de Jean-Baptiste Casavant, rue Saint-Paul. Avant la fin de l’année, Casavant l’envoya diriger sa succursale de Saint-Césaire, petite localité au sud-est de Montréal. Par la suite, Hudon affirma avoir été présent à deux des grandes batailles de la rébellion de 1837, celles de Saint-Denis et de Saint-Charles-sur-Richelieu [V. Wolfred Nelson* ; Thomas Storrow Brown*], mais il ne précisa jamais le rôle qu’il y avait joué. L’année 1837 marqua aussi un jalon dans sa carrière : il quitta Casavant et s’associa à N. C. Chaffers, de Saint-Césaire, pour ouvrir un commerce. Apparemment, l’entreprise prospéra et ouvrit bientôt des succursales à Saint-Pie et à Saint-Dominique.

Prêt à étendre son champ d’action, Hudon retourna à Montréal en 1842 et y fonda une entreprise de marchandises sèches et d’épicerie avec son cousin Éphrem Hudon. Les associés se séparèrent en 1857, et Victor Hudon se lança dans l’importation et l’exportation d’un large éventail de marchandises. Même s’il se rendait souvent en Europe, sa spécialité semble avoir été le commerce avec Cuba, d’où il importait du sucre et de la mélasse contre du bois d’œuvre du Canada. Étant donné ses intérêts dans les échanges internationaux, la moindre rumeur d’augmentation des droits de douane le mettait en état d’alerte. Ces droits, écrivit-il en 1870 à sir George-Étienne Cartier*, n’étaient rien de plus qu’une incitation à la contrebande.

La réussite commerciale de Hudon à Montréal tenait sans doute en partie à ses liens avec la Banque Jacques-Cartier. Vu la difficulté qu’ils avaient à obtenir du crédit de la part des grandes sociétés financières montréalaises dirigées par des anglophones – la Banque de Montréal en particulier – bien des hommes d’affaires canadiens-français étaient tout disposés à contribuer à la fondation d’établissements qui leur seraient favorables. C’était le cas de Hudon, et il fut de ceux (des marchands surtout) qui, en 1861, fondèrent la Banque Jacques-Cartier et firent partie de son premier conseil d’administration. Cette banque, qui se proclamait au service du « commerce canadien-français », fut d’un grand secours aux marchands comme lui ; en desservant cette clientèle particulière, elle connut une expansion rapide dans les années 1860 et au début des années 1870. Cependant, en juin 1875, la crise économique qui sévissait et les révélations selon lesquelles son caissier (directeur général) se livrait à des pratiques peu orthodoxes, voire carrément malhonnêtes, la forcèrent à suspender ses opérations. On murmura que les administrateurs avaient eu connaissance des manœuvres du caissier, et à la réouverture de la banque, plus tard dans l’année, Hudon fût de ceux que l’on évinça dans la purge du conseil.

Comme il était devenu un industriel très coté, Hudon conserva une solide réputation dans le milieu des affaires malgré le fiasco de la Banque Jacques-Cartier. En 1873, il avait fondé une société dont le capital autorisé s’élevait à 200 000 $, la Compagnie des moulins à coton de V. Hudon, Hochelaga. En février 1874, le capital autorisé passa à 600 000 $ et la manufacture fut inaugurée en grande pompe. Un banquet qui réunissait des personnalités montréalaises du monde des affaires, de l’Église et de la politique, dont Joseph-Adolphe Chapleau, souligna l’événement. Hudon déclara son intention d’embaucher des Québécois qui avaient émigré aux États-Unis pour travailler dans les filatures ; on le proclama alors héros national. Dans la Gazette, on put lire que les ouvriers étaient des « Canadiens français qui [avaient] appris leur métier dans les manufactures américaines ». On voyait aussi en Hudon un exemple de la vitalité de l’esprit d’entreprise canadien-français. L’Opinion publique exprima ainsi cette fierté nationale : « Il nous sera permis de constater que cette entreprise est entièrement due à des Canadiens-français. On nous accuse si souvent d’apathie, même d’incapacité dans les questions industrielles, que nous avons bien le droit de montrer nos travaux et de dire : Voilà notre œuvre ! » À l’ouverture, l’usine avait une capacité de production d’environ 12 000 verges de coton par jour et employait quelque 250 ouvriers ; au début des années 1880, ce nombre s’élevait à 800.

Sur le plan financier, l’entreprise fut une réussite incontestable dès le début. En 1878, elle versa un dividende de 10 %, en 1880, une prime de 33 % sous forme de bonification sur actions, puis, en 1881 et 1882, un dividende de 10 % sur le capital accru. En 1883, elle remit aux actionnaires une autre bonification sur actions, qui fit doubler son capital, mais à ce moment-là, Hudon n’avait plus aucun lien avec la manufacture qui portait son nom. En 1881–1882, il avait eu recours à des capitaux de l’extérieur pour financer une expansion qui fit passer la production de 4,5 millions de verges en 1877 à 15 millions de verges en 1882. Cette dépendance à l’égard d’intérêts financiers plus puissants que lui allait finalement le perdre. En février 1882, les actionnaires élurent un nouveau conseil d’administration sous la gouverne d’Andrew Frederick Gault* et David Morrice* ; Hudon perdit alors son poste de président.

Hudon ne rumina pas sa défaite longtemps. Un mois plus tard, on signalait qu’il était en train d’établir dans Hochelaga une « manufacture de coton concurrente », notamment grâce à une prime industrielle de cette municipalité. Sa nouvelle entreprise, la Compagnie de filature Sainte-Anne, dont le capital autorisé était de 300 000 $, eut une très brève existence. Hudon en perdit la mainmise en 1883, et lorsqu’elle fusionna avec la Compagnie des moulins à coton de V. Hudon, Hochelaga, pour former la Compagnie de filature de coton d’Hochelaga, en 1885, il ne faisait plus partie du conseil d’administration. Gault et Morrice, actionnaires majoritaires de la nouvelle société, fusionnèrent finalement 14 grandes filatures canadiennes en deux compagnies : la Dominion Cotton Mills Company (Limited), établie en 1890, et la Canadian Colored Cotton Mills Company, en 1892. Le textile fut l’un des premiers secteurs de l’économie canadienne à tomber sous l’emprise des cartels à la fin du xixe siècle, et Victor Hudon fut l’une des premières victimes de ce bouleversement.

Durant les dix dernières années de sa vie, Hudon, déjà âgé de plus de 70 ans, s’occupa de commerce d’épicerie en gros en s’associant dans la Hudon, Hébert et Compagnie de Montréal. Il mena en outre une impressionnante campagne épistolaire auprès de conservateurs en vue dans l’espoir d’obtenir un siège au Sénat. Plusieurs motifs l’y poussaient. D’une part, il voyait là un moyen d’amasser des fonds pour un projet ferroviaire qu’il tentait de lancer. Comme il doutait de pouvoir obtenir des subventions du gouvernement fédéral, entrer au Sénat lui paraissait être un autre moyen d’en recevoir de l’aide : « Une place de sénateur [...], écrivit-il au ministre Mackenzie Bowell* en octobre 1891, me donnera l’influence nécessaire pour amener les gens à acquérir des actions de notre chemin de fer. »

D’autre part – et il invoquait plus souvent ce motif – Hudon voyait là une récompense pour services rendus. Il parlait de ses succès industriels, mais surtout de ses longues années de loyauté envers le parti conservateur. Dans sa lettre à Bowell, il disait : « J’ai toujours été conservateur et n’ai jamais changé d’opinion politique. J’ai déboursé de grosses sommes, surtout à l’intention de sir John A. [Macdonald] pour la province d’Ontario sans compter que j’ai versé aussi pour plusieurs comtés de la province de Québec [...] plus de 40 000 $. Je n’ai jamais reçu un dollar du gouvernement en échange de tout cela. » Parlant de sa défaite aux élections fédérales de 1872, il ajoutait : « Je me suis présenté dans Hochelaga contre M. Beaubien [Louis Beaubien*], mais je n’avais que trois semaines devant moi pour organiser mes comités [...] Malgré tout cela à mon crédit, je n’ai pas été nommé sénateur. » Il revint à la charge dans une autre lettre à Bowell : « Je ne mendie pas mais réclame ce qui m’est parfaitement dû. » Pourtant il n’entra jamais au Sénat, et lorsque les libéraux de Wilfrid Laurier* prirent le pouvoir, en 1896, il perdit la seule fonction qui lui avait échu par favoritisme : un siège à la Commission du havre de Montréal, qu’il occupait depuis les années 1850.

Victor Hudon mourut en 1897. En définitive, ce fut un destin assez pathétique que celui de cet homme après avoir pris des risques considérables en affaires et, dans la seconde moitié du xixe siècle, après avoir été l’un des pionniers du développement industriel de Montréal, il avait été évincé par de plus riches que lui.

Ronald E. Rudin

AN, MG 26, A, Hudon à Macdonald, 25 mai 1883, 1er nov. 1887 ; C, Hudon à Abbott, 5, 20 oct., 20 déc. 1891 ; MG 27, I, D4, 2 : 680.— Canada, Commission royale d’enquête sur l’industrie textile, Rapport (Ottawa, 1938) ; Statuts, 1900, chap. 98.— Ontario, Statutes, 1894, chap. 63.— Québec, Statuts, 1875, chap. 66 ; 1885, chap. 62.— Canadian Manufacturer (Toronto), 31 mars 1882.— Gazette (Montréal), 16 févr. 1875, 29 mars 1897.— Monetary Times, 1er janv. 1875, 31 mars 1882, 2 avril 1897.— Montreal Daily Star, 29 mars 1897.— L’Opinion publique, 26 févr. 1874.— La Presse, 31 mars 1898.— Canadian album (Cochrane et Hopkins).— Canadian biog. dict.

Bibliographie générale

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Ronald E. Rudin, « HUDON, VICTOR », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hudon_victor_12F.html.

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Auteur de l'article:   Ronald E. Rudin
Titre de l'article:   HUDON, VICTOR
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   21 septembre 2014