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DEVLIN, CHARLES RAMSAY, homme politique et fonctionnaire, né le 29 octobre 1858 à Aylmer, Bas-Canada, fils de Charles Devlin et d’Ellen Roney ; le 27 septembre 1893, il épousa à Sainte-Scholastique (Mirabel, Québec) Blanche de Montigny, et ils eurent huit enfants ; décédé le 1er mars 1914 à Aylmer.

Le père de Charles Ramsay Devlin, qui avait quitté Roscommon (république d’Irlande) en 1842, était un marchand important à Aylmer ; il tenait un magasin général et serait deux fois maire. Un oncle de Devlin, Bernard Devlin*, était avocat à Montréal et deviendrait un homme politique renommé. Généreux bienfaiteur de l’église et des congrégations religieuses de la localité, son père, tout comme sa mère, transmit à ses enfants une fervente foi catholique. Les Devlin veillèrent à ce que leurs fils fassent des études universitaires, et deux d’entre eux, Charles Ramsay et Emmanuel Berchmans, fidèles à la tradition politique de la famille, seraient élus au Parlement. Un autre fils, Owen Bernard, deviendrait un éminent jésuite.

Devlin étudia au petit séminaire de Montréal de 1871 à 1877. Il fréquenta la faculté des arts de l’université Laval à Québec de 1879 à 1881 mais, apparemment, il la quitta avant d’obtenir son diplôme, probablement pour travailler au commerce paternel. On dit qu’il fut marchand et journaliste, mais ces aspects de sa carrière sont mal connus. En 1891, il fut nommé candidat libéral dans la circonscription fédérale d’Ottawa, dont le conservateur Alonzo Wright* était député depuis 1867. Son ami Henri Bourassa*, alors maire de Montebello, l’aida au cours de sa campagne. Considéré comme un ami des Canadiens français, Devlin était un candidat attrayant pour les communautés irlandaise et française, et il se fit connaître par ses discours animés. Il remporta la victoire le 5 mars 1891 ; son père, dit-on, assuma ses dépenses électorales, qui s’élevaient à 5 000 $.

Sur les tribunes, Devlin était un atout pour le chef de son parti, Wilfrid Laurier ; souvent, il le représentait à des congrès politiques et dans des assemblées électorales. Cependant, il se révéla plus gênant à la Chambre des communes. Reconnu pour son tempérament vif, il se laissait aisément piquer par ses adversaires. La question des écoles du Manitoba [V. Thomas Greenway*] l’opposa à Laurier et au Parti libéral. En février 1896, le gouvernement de Mackenzie Bowell présenta un projet de loi réparatrice en vue de restaurer les droits scolaires des catholiques manitobains. Quand Laurier présenta un amendement qui aurait réduit à néant le projet de loi, Devlin proclama son désaccord, comme une poignée d’autres libéraux, et vota contre l’amendement, à l’instar des membres du gouvernement. « Je suis catholique avant d’être libéral », déclara-t-il. Conscient que le bilan de ses votes lui enlevait toute chance d’avancement politique, il resta pourtant en bons termes avec son chef. Aux élections générales du 23 juin 1896, il remporta la victoire dans Wright – son ancienne circonscription avait été divisée en deux – et Bourassa fut élu dans la circonscription voisine, Labelle. Le 15 mars 1897, Devlin démissionna de son siège car il aimait mieux quitter la Chambre que blâmer son parti au sujet du compromis Laurier–Greenway sur la question scolaire. Avant de partir, il avait obtenu de Laurier le poste de délégué commercial du Canada en Irlande ; il serait le premier à exercer cette fonction.

À Dublin, Devlin s’employa principalement à encourager l’émigration irlandaise au Canada et à établir des liens commerciaux. Orateur talentueux, il prononça des discours un peu partout en Irlande et se rendit populaire en appuyant le choix du port de Galway (république d’Irlande) comme autre destination d’un service postal rapide entre le Canada et le Royaume-Uni. Périodiquement, des conflits au sujet de sa manière de diriger le bureau de Dublin l’opposèrent au ministre dont il relevait, Clifford Sifton*. Des critiques de l’opposition à la Chambre des communes marquèrent également son mandat. Selon les conservateurs, le poste de délégué commercial n’était qu’une sinécure pour un courtisan du parti au pouvoir. En outre, ils reprochaient à Devlin de trop dépenser et d’appuyer l’autonomie politique de l’Irlande. Blessé par ces attaques et par la faiblesse avec laquelle ses anciens collègues en Chambre le défendaient, Devlin publia une réplique dans le Montreal Herald. Sifton le blâma officiellement pour cette intervention. De plus en plus, Devlin était déçu de son poste. À l’encontre de l’avis de Laurier, il se porta candidat pour le Parti nationaliste dans la circonscription de Galway à la Chambre des communes de la Grande-Bretagne, ce qui amena Sifton à exiger sa démission comme délégué commercial. Devlin fut élu sans opposition dans Galway. Au palais de Westminster, il fit pression pour l’instauration du service postal et affirma que l’Irlande devrait avoir autant d’indépendance que le Canada. De 1903 à 1906, il fut secrétaire général de la United Irish League. Lors de ses séjours au Canada, il participa, à l’occasion avec Bourassa, à des rassemblements où il dénonçait l’impérialisme britannique et prônait l’autonomie politique de l’Irlande. Il fut réélu sans opposition dans Galway le 15 janvier 1906, mais quitta son siège le 6 octobre pour revenir sur la scène politique canadienne.

Plusieurs fois, Laurier avait encouragé Devlin à revenir au Parlement ; en 1902, il lui avait offert un siège dans Nipissing et, en 1904, l’investiture dans Wright. Dès son retour, Devlin se mit au travail. Il avait de fréquents débats avec Bourassa, qui avait quitté le Parti libéral et dont les virulentes attaques contre lui-même et Laurier le désespéraient. Le 29 décembre 1906, à l’occasion d’une élection partielle, il remporta le siège de Nicolet aux Communes.

Devlin démissionna le 29 octobre 1907, deux semaines après avoir prêté serment à titre de ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries dans le gouvernement provincial de Lomer Gouin*. À Québec, il continua à être à l’écoute pour Laurier. Les deux hommes correspondaient régulièrement, surtout au sujet de faveurs à distribuer et de la sélection de candidats pour le Parlement. Devlin exerçait encore des pressions sur Laurier à propos d’affaires irlandaises : ainsi, il dirigea une campagne en faveur de la libération des terroristes du canal Welland (des Irlandais de naissance) et promut la nomination de catholiques irlandais à des fonctions gouvernementales. En tant que ministre, il veilla surtout à encourager le peuplement de parties inhabitées de la province de Québec et à construire des routes et des chemins de fer pour desservir les nouvelles localités. Vainqueur d’une élection partielle dans Nicolet le 4 novembre 1907, il fut réélu en 1908. Il remporta la victoire dans deux circonscriptions, Nicolet et Témiscamingue, en 1912. Il démissionna du siège de Nicolet le 14 novembre, mais resterait député de Témiscamingue et ministre jusqu’à son décès.

Nourri de religion dès sa naissance, Devlin défendit toute sa vie les droits et privilèges des catholiques. Il fut l’un des signataires de l’adresse que le Parti libéral fit porter à Rome par Jean-Baptiste Proulx* et qui déboucha sur la nomination du délégué apostolique Rafael Merry del Val au Canada en 1896. Plusieurs établissements catholiques purent compter sur sa générosité. Après l’incendie de l’église St Paul d’Aylmer en 1904, il versa 400 $ en vue de sa reconstruction. L’université Laval lui décerna un doctorat honorifique en droit en 1908 et l’université d’Ottawa fit de même en 1910.

Selon le Montreal Herald, « [Charles Ramsay] Devlin [était] très doué pour la politique ». C’était « un homme politique né, et peu d’hommes [parlaient] l’anglais et le français avec autant de facilité [que lui] ». En fait, tout en étant indéniablement un politique, Devlin ne fut jamais un homme de parti. Formé dans des établissements de langue française et marié à Blanche de Montigny, qui appartenait à une illustre famille canadienne-française de Terrebonne, il était à l’aise dans les communautés irlandaise et française de la province de Québec. Le libéralisme l’avait attiré parce qu’il y avait vu une garantie d’émancipation et d’égalité pour les catholiques, tant au Canada qu’en Irlande. Loyal envers la personne de Laurier, il rompit avec le parti en plusieurs occasions, quand il estima que son chef s’était éloigné des principes fondamentaux du libéralisme en ne défendant pas les droits des catholiques.

Alexander Reford

AN, MG 26, G : 56157, 56162, 56463, 56467, 63652, 63654, 66757, 70617, 70870, 87821, 87832, 92165, 111425, 114550, 114745, 114879.— ANQ-M, CE6-22, 27 sept. 1893.— ANQ-O, ZQ2, 9, 1er nov. 1858.— Annuaire, Aylmer, Québec, 1872.— Lucien Brault, Aylmer d’hier (Aylmer, 1981), 168, 195.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— E.-E. Cinq-Mars, Hull, son origine, ses progrès, son avenir (Hull, Québec, 1908), 131s.— CPG, 1891–1897, 1907–1914.— DPQ, 226.— [J.-L.-]O. Maurault, le Collège de Montréal, 1767–1967, Antonio Dansereau, édit. (2e éd., Montréal, 1967).— Québec, Assemblée législative, Débats, 11 janv., 14 nov. 1912.— Robert Rumilly, Henri Bourassa ; la vie publique d’un grand Canadien (Montréal, 1953), 16–18, 161 ; Hist. de la prov. de Québec, 11 : 70–73.— The storied province of Quebec ; past and present, William Wood et al., édit. (5 vol., Toronto, 1931–1932).— Univ. Laval, Annuaire, 1879–1881, 1909–1910.— Who’s who of British members of parliament [...], Michael Stanton et Stephen Lees, édit. (4 vol., Brighton, Angleterre, et Atlantic Highlands, N.J., 1976–1981), 2 : 94.

Bibliographie générale

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Alexander Reford, « DEVLIN, CHARLES RAMSAY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/devlin_charles_ramsay_14F.html.

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Auteur de l'article:   Alexander Reford
Titre de l'article:   DEVLIN, CHARLES RAMSAY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   22 septembre 2014