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COCHRANE, MATTHEW HENRY, industriel, éleveur de bétail et homme politique, né le 11 novembre 1823 à Compton, Bas-Canada, fils de James Cochrane, commerçant et exploitant agricole ; en 1849, il épousa Cynthia Maria Whitney, de Lowell, Massachusetts, et ils eurent trois fils et six filles ; décédé le 12 août 1903 à Compton.

Fils aîné d’un immigrant irlandais anglican, Matthew Henry Cochrane appartient à cette catégorie d’entrepreneurs canadiens dont le champ d’activité et l’influence illustrent le fonctionnement, autour d’un seul individu, du capitalisme industriel et agricole à Montréal, dans les Cantons-de-l’Est et dans les prairies de l’Ouest canadien. Les activités de ces entrepreneurs démontrent l’importance de l’utilisation, au moment opportun, des ressources d’outre-mer et du continent.

Cochrane eut l’avantage d’effectuer son apprentissage du commerce et de l’industrie dans l’un des principaux foyers de la révolution industrielle en Amérique du Nord. De 1841 à 1854, il travailla dans la région de Boston, où il acquit non seulement le capital nécessaire à l’établissement d’une manufacture de chaussures à Montréal, mais aussi une connaissance inestimable des plus récentes facettes du secteur manufacturier américain. D’abord associé à Samuel G. Smith, dont la clientèle s’étendait au comté de Compton, Cochrane réunit un capital initial de 9 000 $ et, en 1854, fonda une entreprise de fabrication de chaussures dont la valeur atteignait 80 000 $, seulement cinq ans plus tard. Employant 300 ouvriers et ouvrières pour une production d’une valeur annuelle de 200 000 $, cette manufacture, sise au coin des rues Latour et Sainte-Geneviève, à Montréal, était alors l’un des plus importants établissements de fabrication de chaussures au Canada. Elle doubla son chiffre d’affaires au cours des deux décennies suivantes et se maintint à ce niveau jusqu’à la fin du siècle. À la suite du décès de Smith en 1868, Cochrane avait formé une nouvelle association avec un jeune immigrant écossais, Charles Cassils, à qui il accorda la main de l’une de ses filles en 1876.

Telle la grande majorité des manufacturiers de chaussures canadiens, Cochrane ne chercha pas à investir ses profits en amont, soit dans le tannage et le corroyage du cuir. Il opta plutôt pour l’achat, en 1864, d’une grande propriété agricole près de la ferme paternelle, à Compton. Grâce au capital accumulé dans l’industrie de la chaussure, il bâtit son entreprise agricole en faisant des investissements sans précédent dans l’importation de bétail de race des îles Britanniques. Dès 1870, il se porta acquéreur de 63 bêtes à cornes issues des grandes lignées de shorthorn Wetherby et Warlaby du Cumberland et du Yorkshire. Par cet investissement d’environ 60 000 $, Cochrane acquit alors le plus grand troupeau de race importé jusqu’à cette date au Canada par un seul individu. Véritable empire agricole, sa propriété totalisa bientôt 750 acres et compta 478 animaux domestiques, en plus d’environ 300 bestiaux vendus ou abattus au cours d’une seule année de recensement. Son domaine, où vivaient 13 employés en 1871 (dont une gouvernante, une infirmière et une cuisinière), atteignit 1 100 acres quelques années plus tard, faisant de Cochrane le plus grand propriétaire foncier du comté. Grâce à sa réputation internationale, le domaine Hillhurst écoulait son bétail dans tout le continent, et Cochrane parvint également à trouver preneurs parmi les éleveurs britanniques. Il fit à nouveau sensation dans ce milieu d’affaires, en 1876, lorsqu’il réalisa une vente de cinq bêtes à cornes de race shorthorn au prix record de 203 £ 14 s chacune.

Au fil des années, l’entrepreneur industriel et agricole diversifia son champ d’investissement. Il occupa des postes de direction dans la Compagnie d’assurance agricole du Canada, la Compagnie canadienne de viande et de produits alimentaires, la Tolley Manufacturing Company, la Compagnie du chemin à lisses de Waterloo et Magog, et la Bigelow Company. Il fut vice-président de la Banque des Townships de l’Est et participa aussi à l’administration du Bishop’s College de Lennoxville, du Collège des dames de Compton et de l’hôpital protestant de Sherbrooke. Cochrane fit aussi une percée notable sur le plan politique, le 17 octobre 1872, quand il accéda au Sénat canadien, à titre de représentant de la division de Wellington.

Cochrane devait avouer en 1896 qu’il n’avait pris la parole au Sénat qu’à une ou deux reprises pendant près d’un quart de siècle. Quoique prestigieux, ce rôle politique n’aurait eu sans doute aucune signification historique particulière si le sénateur n’avait été à l’origine d’une importante vague d’investissements dans l’élevage du bétail de l’Ouest canadien. En 1880–1881, il soumit aux ministres de sir John Alexander Macdonald* des recommandations qui influencèrent profondément le mode d’octroi des terres de la couronne pour le pâturage dans les plaines du sud de l’Alberta. Contrairement à l’expérience américaine où ces droits de pâturage étaient généralement concédés dès l’occupation d’un territoire donné, Cochrane affirmait que, dans le contexte canadien, un investissement de taille ne pouvait être fait avec succès sans de meilleures garanties de l’État. Malgré certains déboires, il atteignit ses principaux objectifs : en décembre 1881, un arrêté ministériel réservait, pour un modeste loyer annuel de 10 $ par 1 000 acres et pour une période de 20 années consécutives, jusqu’à 100 000 acres de pâturage par éleveur ; il accordait, en outre, aux propriétaires de ranch, une exemption de frais de douane pour le bétail des plaines américaines.

Fondée quelques mois plus tôt sous la présidence de Cochrane, la Cochrane Ranche Company Limited marqua le début d’une consolidation de l’élevage du bétail de l’Ouest aux mains d’une cinquantaine de grandes exploitations vers 1890. Ses 204 500 acres loués et ses 10 433 bestiaux plaçaient la compagnie au deuxième rang, derrière la Walrond Ranche Company, financée par des Britanniques. L’entreprise, qui possédait quatre ranchs, réunissait un capital de 500 000 $ et regroupait plusieurs grandes personnalités du monde des affaires, dont George Alexander Drummond et Louis-Huet Massue. Le sénateur présida aussi à la formation de la British North American Ranche Company, spécialisée dans l’élevage des moutons dans la vallée de la rivière Bow, à l’ouest de Calgary.

Particulièrement attentif au marché de la Grande-Bretagne, Matthew Henry Cochrane fut profondément affecté par l’embargo commercial imposé par le gouvernement britannique sur le bétail canadien en 1892 à cause de l’apparition d’une maladie. En effet, le déclin des exportations de bétail força plusieurs éleveurs de l’Ouest à mener leurs activités dans un monopsone dominé de plus en plus par les entreprises de Patrick Burns*, à Calgary, et de la Gordon, Ironside, and Fares, à Winnipeg [V. Robert Ironside]. Les compagnies d’élevage présidées par Cochrane furent dissoutes peu de temps après sa mort, et la propriété de plus de 60 000 acres fut vendue à des Mormons au prix de 6 $ l’acre. Le principal héritier, James Arthur Cochrane, ne tarda pas à vendre également le domaine paternel à Compton, afin de s’établir confortablement à Lennoxville, puis à Westmount. Malgré de solides assises, l’empire érigé par Matthew Henry Cochrane ne survécut pas à son fondateur.

Jacques Ferland

AC, Saint-François (Sherbrooke), État civil, Anglicans, St James (Compton), 14 août 1903.— AN, RG 31, C1, 1825, 1871, comté de Compton ; 1861, 1871, Montréal, quartier Ouest.— Baker Library, R. G. Dun & Co. credit ledger, Canada, 5.— Gazette (Montréal), 13 août 1903.— La Presse, 13 août 1903.— Annuaire, Montréal, 1898–1899.— Boston directory [...] (Boston), 1842–1854.— D. H. Breen, The Canadian prairie west and the ranching frontier, 1874–1924 (Toronto, 1983).— G. L. Burton, « The early development of cattle ranching in Alberta », Economic Annalist (Ottawa), 11 (1941) : 41–46.— Canada, Parl., Doc. de la session, 1877, no 8 ; Sénat, Débats, 1896.— Canadian biog. dict.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— L. S. Channell, History of Compton county and sketches of the Eastern Townships, district of St. Francis, and Sherbrooke county (Cookshire, Québec, 1896 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1975).— CPG, 1879.— Jacques Ferland, « Évolution des rapports sociaux dans l’industrie canadienne du cuir au tournant du 20e » (thèse de ph.d., McGill Univ., Montréal, 1985).— History of Short-horn cattle imported into the present Dominion of Canada from Britain and United States, chronologically arranged (s.l., [1894 ?]).— Illustrated atlas of the Dominion of Canada [...] Eastern Townships and south western Quebec (Toronto, 1881 ; réimpr., Ross Cumming, édit., Port Elgin, Ontario, 1972).— J. I. Little, « The social and economic development of settlers in two Quebec townships, 1851–1870 », Canadian papers in rural history, D. H. Akenson, édit. (8 vol. parus, Gananoque, Ontario, 1978–  ), 1 : 89–113.— A. H. Sanders, Short-horn cattle ; a series of historical sketches, memoirs and records of the breed and its development in the United States and Canada (2e éd., Chicago, Ill., 1901).— Terrill, Chronology of Montreal.

Bibliographie générale

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Jacques Ferland, « COCHRANE, MATTHEW HENRY », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/cochrane_matthew_henry_13F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Ferland
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   25 avril 2014