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CIQUARD, FRANÇOIS (baptisé François Roussel), prêtre, sulpicien, né le 30 août 1754 à Langlade, France, fils de François Roussel Ciquard et de Luce Gautier ; décédé le 28 septembre 1824 à Montréal.

Issu d’une famille modeste, François Ciquard entre, en 1771, au fameux collège tenu par les jésuites à Billom et, après six ans d’études, il poursuit sa théologie à Clermont-Ferrand. Pour subvenir à ses besoins, il travaille comme précepteur d’un jeune de cette ville. Attiré par un idéal de perfection, après des hésitations et un voyage à Sept-Fons, il entre au séminaire sulpicien de Clermont le 30 octobre 1779 et est ordonné prêtre le 22 décembre 1781. Il est vicaire quelque temps, puis demande d’entrer à Saint-Sulpice. Il gagne le séminaire de Saint-Sulpice à Paris en mai 1782 et y fait sa solitude (noviciat). Pendant son séjour, il informe son supérieur Jacques-André Émery de son désir de servir en mission. Ce dernier le convainc de partir pour la province de Québec avec Antoine Capel quand Étienne Montgolfier* demande des sujets pour le séminaire de Saint-Sulpice à Montréal. Les instructions royales de 1764 ne permettant pas l’entrée au pays de prêtres français, Ciquard, muni d’un passeport le qualifiant de marchand et vêtu en civil, passe en Angleterre, puis arrive à Québec le 21 mai 1783. Après une courte visite à Mgr Jean-Olivier Briand*, Capel et Ciquard gagnent Montréal où Montgolfier accueille à bras ouverts ces premiers prêtres venus de France depuis la Conquête. Mais le gouverneur Frederick Haldimand*, qui s’oppose au recrutement du clergé par voie d’immigration, décide de les expulser en dépit d’une pétition signée par des paroissiens de Montréal et présentée par Jean-Baptiste-Amable Adhémar* et Pierre-François Mézière. Ciquard est arrêté à Montréal le 19 juin et mis sur un bateau à Québec. Malade, il obtient la permission de mettre pied à terre temporairement à La Malbaie. Il en profite pour s’enfuir et retourner à Montréal. Repris et de nouveau appréhendé, il s’embarque à Bic sur la frégate Pandore et arrive à Paris le 20 septembre 1783.

Ciquard est alors nommé professeur au séminaire de Bourges, puis économe au petit séminaire de l’endroit. Pendant la Révolution française, il se réfugie à Orléans. Il accepte ensuite de se joindre à trois autres sulpiciens pour aider Mgr John Carroll, évêque de Baltimore. Il arrive le 7 octobre 1792 dans la baie de Passamaquoddy, et Mgr Carroll lui confie la mission des Abénaquis à Penobscot (Castine, Maine). Mais devant le refus des autorités américaines de leur concéder des terres, le missionnaire et les Indiens abandonnent les États-Unis et demandent asile au Nouveau-Brunswick en mai 1794 ; ils s’établissent alors à Saint-Basile, dans la région du Madawaska. En juin, Ciquard va à Québec et est agréé par les autorités britanniques de Québec et du Nouveau-Brunswick. Il reçoit même de Thomas Caneton*, lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, une pension annuelle de £50.

De retour au Nouveau-Brunswick, Ciquard se met à l’œuvre auprès des quelques familles acadiennes et des Indiens. Bien qu’il ait été chaleureusement accueilli, il constate toutefois que les Acadiens ne répondent pas entièrement à ses exhortations et que les Indiens ne veulent pas travailler et disparaissent durant l’hiver. En 1796, il visite Mgr Jean-François Hubert* et se rend à Montréal revoir ses anciens confrères. À l’été de 1798, Mgr Carroll l’invite à se joindre à Michel Levadoux, missionnaire sulpicien à Detroit. Après quelques mois de ministère à cet endroit, Ciquard part retrouver ses ouailles de la région de Fredericton en mai 1799. Il s’entendra mieux qu’avant avec les Indiens et les paroissiens de langue française. Malgré sa pauvreté, il fait des dons à des religieuses du Bas-Canada et à d’autres bonnes œuvres. À l’été de 1802, il se rend de nouveau à Québec et rencontre Mgr Pierre Denaut*. L’année suivante, ce dernier lui accorde la cure de Caraquet, au Nouveau-Brunswick, mais le curé de l’endroit ne veut pas lui céder sa charge. Chagriné, Ciquard est alors muté à Memramcook où il remplace Thomas Power, qui continue cependant à résider dans la paroisse. Au début, Ciquard donne le tiers de sa dîme à son prédécesseur. En 1806, après la mort de Power, il connaît un peu plus d’aisance. Déjà, il commence à penser à sa retraite et veut revenir à Saint-Sulpice, soit à Montréal, soit à Baltimore.

En août 1812, l’évêque de Québec, Joseph-Octave Plessis, confie à Ciquard la cure de Saint-Françoisdu-Lac et la mission d’Odanak, dans le Bas-Canada. Ciquard, qui connaît très bien la langue des Abénaquis et qui a obtenu la permission de s’établir dans la province, choisit d’habiter le presbytère de la mission, jugeant que celle-ci, laissée sans prêtre depuis 30 ans, a un plus grand besoin de sa présence. Les conditions matérielles sont précaires, mais Ciquard sait s’adapter à un régime d’ascète. L’obligation de se diviser entre la mission et la paroisse lui vaut la critique des gens de Saint-François-du-Lac. Dans le but de préparer la succession de la mission, Mgr Plessis lui adjoint le séminariste Jacques Paquin* afin que Ciquard lui apprenne la langue des Abénaquis. Paquin est ordonné en 1814 et Plessis le nomme à la mission en octobre 1815. Ciquard revient au séminaire de Saint-Sulpice où il est agrégé le 23 octobre 1815. Il est nommé immédiatement vicaire de la paroisse Notre-Dame. Il remplace Jean-Henry-Auguste Roux à titre d’aumônier des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame et il est de plus responsable de la visite des quartiers à l’ouest de la paroisse où il s’occupe des malades. La même année, il ajoute à cette tâche l’aumônerie de la Congrégation des hommes de Ville-Marie, confrérie mariale très active dans le milieu et, après 1817, l’aumônerie de la Confrérie de la Sainte-Famille de la paroisse Notre-Dame de Montréal, association destinée aux femmes. Il prêche à l’église une dizaine de fois par année, y compris une ou deux fois pendant la neuvaine de saint François-Xavier. Son style un peu guindé et solennel est cependant vif et agréable.

François Ciquard connaît donc une vieillesse fort active. Sa présence et son action pastorale sont grandement appréciées par ses confrères sulpiciens, la plupart d’origine française. Frappé subitement d’hémiplégie le 26 septembre 1824, il meurt deux jours plus tard et est inhumé ensuite dans la crypte sous le chœur de l’église Notre-Dame.

Bruno Harel

François Ciquard a laissé une documentation abondante dont s’est servi le sulpicien Jean-Baptiste-Elizé Philpin de Rivières pour écrire une biographie, restée inédite, mais que conservent les Arch. of the U. S. Province of the Sulpician Order, St Mary’s Seminary and Univ. (Baltimore, Md.), sous la cote RG 52, Box 1 : 581–676. Ciquard est l’auteur de : Portrait d’un missionnaire apostolique (Québec, 1810), dont l’original est déposé aux ASSM, 36, no 13.

AAQ, 22 A, V : 511 ; 1 CB, VI : 21–22 ; IX : 129 ; 71–31 CD, I : 192, 197, 202, 216 ; 7 CM, I : 8 ; 311 CN, III : 15, 18–22, 24, 27, 29–30, 32–42, 44–56, 58–63 ; IV : 7, 67 ; VI : 26 ; 26 CP, II : 111.— AD, Puy-de-Dome (Clermont-Ferrand), État civil, Vic-le-Comte, 30 août 1754.— ANQ-M, CE1-51, 30 sept. 1824.— ASSM, 24, dossier 6 ; 25, dossier 2 ; 49, dossier 23.— Allaire, Dictionnaire, 1 : 124.— The Catholic encyclopedia, C. G. Herbermann et al., édit. (15 vol., New York, 1912), 14 : 329–332.— Gauthier, Sulpitiana. Louis Bertrand, Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la Compagnie de Saint-Sulpice (3 vol., Paris, 1900), 2 : 60–62.— [Pierre] Boisard, la Compagnie de Saint-Sulpice ; trois siècles d’histoire (s.l.n.d.).— T.-M. Charland, Histoire de Saint-François-du-Lac (Ottawa, 1942), 213–228.— A. [-H.] Gosselin, l’Église du Canada après la Conquête (2 vol., Québec, 1916–1917), 2 : 192, 194–197.— Laval Laurent, Québec et l’Église aux États-Unis sous Mgr Briand et Mgr Plessis (Montréal, 1945).— J. W. Ruane, The beginnings of the Society of StSulpice in the United States (1791–1829) (Baltimore, Md., 1935).— « le Gouverneur Haldimand et les Prêtres français », BRH, 12 (1906) : 248–252.— Olivier Maurault, « le Troisième Centenaire de l’arrivée des sulpiciens à Montréal, 1657–1957 », SCHÉC Rapport, 24 (1956–1957) : 55–63.— Fernand Ouellet, « Mgr Plessis et la Naissance d’une bourgeoisie canadienne (1797–1810) », SCHÉC Rapport, 23 (1955–1956) : 83–99.

Bibliographie générale

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Bruno Harel, « CIQUARD, FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ciquard_francois_6F.html.

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Auteur de l'article:   Bruno Harel
Titre de l'article:   CIQUARD, FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   22 août 2014