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CHABERT DE JONCAIRE, PHILIPPE-THOMAS, appelé Nitachinon par les Iroquois, traiteur, officier dans les troupes de la Marine, agent auprès des Indiens et interprète, baptisé le 9 janvier 1707 à Montréal, fils de Louis-Thomas Chabert* de Joncaire et de Marie-Madeleine Le Gay de Beaulieu ; il épousa Madeleine Renaud Dubuisson le 23 juillet 173 l ; décédé vers 1766.

À dix ans, Philippe-Thomas Chabert de Joncaire alla demeurer chez les Tsonnontouans, probablement à Ganundasaga (près de Geneva, N.Y.) où, croit-on, le poste de traite de son père était situé. À partir de ce moment, jusqu’à la chute de la Nouvelle-France, il passa la plupart de son temps dans l’Ouest. En 1726, il entra dans les troupes de la Marine ; il devint enseigne en second en 1727 et fut promu capitaine en 1751, mais sa carrière fut celle d’un diplomate et non d’un soldat.

En 1735, il succéda à son père comme agent principal de la Nouvelle-France auprès des Iroquois. En cette qualité, il fut otage, trafiquant, interprète et agent diplomatique. Il devait fournir les articles de traite européens dont les Indiens étaient devenus dépendants. Il était obligé de calmer les Iroquois lorsque les Français ou leurs alliés indiens faisaient quelque chose d’inquiétant et d’apaiser les Français, lorsque les jeunes guerriers indiens, à l’encontre de la politique de la tribu, se livraient à une agression. L’hostilité envers les nations indiennes ennemies des Français devait être maintenue. Les interventions anglaises, comme par exemple la convocation à Chouaguen (Oswego), en décembre 1743, d’un guerrier représentant chaque village, requérait que l’on fasse parvenir un rapport au gouverneur. On eut besoin d’utiliser une certaine forme de persuasion pour que les Tsonnontouans continuent d’approvisionner le fort Niagara (près de Youngstown, N.Y.) en gibier frais. Joncaire obtint un tel succès qu’en 1744 les Anglais avaient déjà offert une prime pour sa capture, mort ou vif. Le gouverneur George Clinton de la colonie de New York espérait, sans trop y croire, que les rumeurs étaient fondées à savoir qu’il était possible que Joncaire se mette au service des Anglais si on lui offrait de bonnes conditions.

Joncaire quitta son poste en 1748, alléguant son mauvais état de santé, et son frère Daniel* lui succéda. Son épouse était morte deux ans plus tôt, et il est possible qu’il ait désiré demeurer à Montréal pour prendre soin de leurs trois jeunes enfants, mais il fut bientôt rappelé à la frontière. En 1749, il devint interprète et conseiller pour l’expédition de Pierre-Joseph Céloron de Blainville dans la vallée de l’Ohio. Prenant les devants pour établir un premier contact avec les Chaouanons, les Delawares (Loups) et les Mingos, Joncaire échappa de justesse à la mort lorsqu’il fut capturé à Sonioto (Portsmouth, Ohio) par quelques Chaouanons qui craignaient que les Français ne fussent venus pour les anéantir. Il fut épargné grâce à l’intervention d’un Iroquois qui se trouvait là.

Quand les forces de Céloron se retirèrent, à l’automne, Joncaire les accompagna. En 1750, il revint dans cette région et fut posté à Chiningué (Logstown, aujourd’hui Ambridge, Penn.) avec 12 soldats, afin de préparer le terrain pour une occupation plus substantielle par les Français. Il rapporta que tous les Indiens favorisaient les commerçants de Pennsylvanie et de Virginie qui s’aventuraient dans la région, mais qu’il s’efforçait de l’emporter sur eux, grâce à des pots-de-vin, des menaces et des promesses. Lorsque Paul Marin de La Malgue arriva en 1753 pour construire une série de forts reliant le lac Érié et l’Ohio, plusieurs Delawares et Chaouanons, frappés de stupeur devant l’importance de l’armée française et désireux, peut-être, de voir l’influence des Iroquois mise en question dans la région contestée, se déclarèrent eux-mêmes en faveur de sa présence. Installé à Venango (Franklin, Penn.), jusqu’à 1755, Joncaire fut chargé de la délicate mission de conserver la clientèle des Chaouanons et des Delawares et de neutraliser l’opposition de Tanaghrisson, porte-parole des colons iroquois de l’Ohio, qui protestaient contre la construction de forts.

La crise qui allait mettre un point final aux 35 années de rivalité entre Joncaire et les Anglais pour gagner la fidélité des Iroquois commença en 1755. Remplacé à Venango par Michel Maray * de La Chauvignerie, Joncaire revint à Niagara au cours de l’été. Pendant cette période tendue, alors que quatre armées ennemies, chacune de son côté, s’approchaient des frontières de la Nouvelle-France, le gouverneur, Pierre de Rigaud* de Vaudreuil, désirait vivement connaître les sentiments des Iroquois. « [...] je fis parvenir mes ordres a M. de Joncaire l’aîné, rapporta-t-il, pour qu’il resta toujours avec eux, Il a couru de village en village et dans chaque village, il a trouvé des Emissaires du Colonel Johnson [William Johnson*], et de M. Shirley [William Shirley]. »

Quoiqu’il n’osât pas visiter les Onontagués, les Tuscarorens, ou les Onneiouts, de crainte d’une embuscade de la part des Anglais, de son poste chez les Tsonnontouans, Joncaire pouvait savoir ce qui se passait parmi les Iroquois et les mettre au courant de la politique française. Il les invita à envoyer des partis de guerre aider les Français ou, à défaut de cela, à observer rigoureusement la neutralité qu’ils s’étaient officiellement engagés à respecter ; il les prévint que si l’un d’eux écoutait sir William Johnson, le surintendant britannique des affaires indiennes, et se rangeait du côté de l’ennemi, leurs villages seraient dévastés par les nations des pays d’en haut. La destruction de Chouaguen par Montcalm en 1756 vint pour un temps mettre du poids aux paroles de Joncaire. En février 1757, 60 guerriers entonnèrent le chant de guerre à Niagara et en avril, le nombre de scalps d’Anglais que Joncaire leur avait payés s’élevait à 38.

En 1758, alors que les Indiens voyaient s’affirmer de plus en plus la puissance britannique, la cause française commença à décliner. Quelques Tsonnontouans demandèrent que les Anglais leur envoient un armurier – toujours une personne en mesure d’exercer une influence politique considérable. Le réseau d’informateurs de Joncaire négligea de donner l’alerte qui aurait pu empêcher le fort Frontenac (Kingston, Ont.) d’être pris par John Bradstreet* en août. En juin 1759, un parti d’Agniers, amis traditionnels des Anglais, s’aventurèrent dans le pays des Tsonnontouans et surprirent Joncaire à son poste de traite. Il put échapper à la mort en sautant par la fenêtre, mais son gendre, Honoré Dubois de La Milletière, fut fait prisonnier et un autre compagnon fut tué.

Joncaire se retira au fort Niagara et fut capturé lors de la prise du fort, en juillet. Le fait que les garnisons britanniques dans les postes de l’Ouest devinrent permanentes à la suite de la capitulation de Montréal en 1760 eut comme résultat que le travail de toute sa vie se trouva ruiné pour des raisons échappant à son influence et que la plus ancienne tradition diplomatique canadienne prit fin. Il gagna la France, où il fut fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis. On n’est pas sûr qu’il soit revenu au Canada, quoique, dans une lettre écrite le 9 novembre 1766 par le lieutenant-gouverneur Guy Carleton*, il est mentionné comme étant « maintenant décédé ».

Malcolm Macleod

AN, Col. C11A, 77, ff.204–206v ; 79, ff.167–177v ; 81, ff.210–210v ; 101, ff.5–6v. ; 102, ff.9–11 ; 103, ff.111–112v ; Col., D2C, 222, f.325 ; Col., F3, 14, ff.159v–160.— Adventure in the wilderness : journals of Bougainville (Hamilton).— JR (Thwaites), LXIX. —NYCD (O’Callaghan et Fernow), VI-X.— Papiers Contrecœur (Grenier).— [Pierre] Pouchot, Memoir upon the late war in North America, between the French and the English, 175660 [...] traduit de l’édition française de 1781 par F. B. Hough (2 vol., Roxbury, Mass., 1866).— Gipson, British empire before the American revolution, I-VII.— W. A. Hunter, Forts on the Pennsylvania frontier, 17531758 (Harrisburg, Penn., 1960.— F. H. Severance, An old frontier of France : the Niagara region and adjacent lakes under French control (2 vol., New York, 1917).

Bibliographie générale

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Malcolm Macleod, « CHABERT DE JONCAIRE, PHILIPPE-THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/chabert_de_joncaire_philippe_thomas_3F.html.

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Auteur de l'article:   Malcolm Macleod
Titre de l'article:   CHABERT DE JONCAIRE, PHILIPPE-THOMAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   16 avril 2014