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CHABERT DE JONCAIRE DE CLAUSONNE, DANIEL-MARIE (il signait Joncaire Chaber), agent auprès des Indiens, interprète et officier dans les troupes de la Marine, baptisé le 6 janvier 1714 à Repentigny (Québec), fils de Louis-Thomas Chabert* de Joncaire et de Marie-Madeleine Le Gay de Beaulieu ; il épousa le 19 janvier 1751, à Montréal, Marguerite-Élisabeth-Ursule Rocbert de La Morandière ; inhumé le 5 juillet 1771, à Détroit.

Daniel-Marie Chabert de Joncaire a souvent été confondu avec son père et avec son frère Philippe-Thomas*, qui furent aussi des agents de la France auprès des Iroquois. D’après son propre récit, Chabert alla vivre chez les Iroquois alors qu’il était encore un jeune garçon, et, pendant quelques années, il résida un certain temps chez les Outaouais, les Sauteux, de même que chez les Chaouanons. Jeune homme, quand il n’était pas employé dans les expéditions militaires, il voyageait parmi les Indiens « pour cultiver leur amitié, faire échec aux imprudences, éventer les complots et rompre les traités de ces peuples avec l’ennemi ». Son influence se trouva accrue par sa qualité de fils adoptif des Iroquois et par le fait qu’il avait une femme et des enfants de la tribu des Tsonnontouans.

En 1739 et en 1740, Chabert servit dans l’expédition qui voyagea du Canada à la vallée du bas Mississippi pour appuyer Jean-Baptiste Le Moyne* de Bienville dans une attaque contre les Chicachas, et il servit d’interprète dans les négociations subséquentes en vue d’un traité de paix. Il avait le rang de cadet, à cette époque, mais, en 1748, il fut promu enseigne dans les troupes de la Marine.

Depuis 1701, les Iroquois, officiellement, avaient été neutres dans la lutte entre la France et l’Angleterre, mais les pressions faites sur eux pour qu’ils prissent parti s’intensifièrent pendant les années 1740 et 1750. Bien que l’influence personnelle de Chabert et de son frère fût grande, en particulier chez les Tsonnontouans, William Johnson acquit une autorité semblable chez les Agniers, et la ligue des Six-Nations se déchirait lentement. En 1748, quand Philippe-Thomas démissionna de son poste d’agent principal auprès des Iroquois, il fut remplacé par Daniel-Marie. Malgré les objections des Iroquois, ce dernier commença à construire un nouveau fort qui allait être connu comme le petit fort Niagara ou fort du Portage, environ un mille et demi en amont des chutes. Il était destiné à intercepter les fourrures qui, autrement, auraient pu être portées aux Britanniques, à Chouaguen (ou Oswego ; aujourd’hui Oswego, New York), une fois le difficile portage complété. Il commanda le nouveau poste et reçut par la suite un monopole sur le commerce transitant par le portage. En 1757, il fut promu lieutenant.

Pendant les années 1750, alors que Français et Britanniques tentaient à qui mieux mieux d’assurer leur influence sur les Indiens, Chabert fit de nombreuses visites aux diverses nations. En 1758, au cours d’une mission en vue de négocier avec les Iroquois et les Loups (Delawares), il apporta avec lui pour 80 000ª d’articles de traite et 30 000# de présents. Cependant, les démonstrations de force des Britanniques l’emportèrent en fin de compte et, en 1759, les Iroquois permirent aux forces de Johnson d’assiéger le fort Niagara (près de Youngstown, New York). Chabert fut au nombre des officiers qui signèrent la capitulation, le 25 juillet. En décembre, un échange de prisonniers lui permit de revenir de New York à Montréal, et il servit dans l’armée sous Lévis, qui assiégea Québec, au printemps de 1760. Chabert fit retraite à Montréal avec le reste des troupes quand le siège fut levé, et le gouverneur Vaudreuil [Rigaud] l’envoya assembler les Indiens pour la défense de la ville.

En compagnie d’autres officiers français, il quitta le Canada en 1761, au grand soulagement des Britanniques qui redoutaient son influence sur les Indiens. Après un arrêt en Angleterre, il traversa en France où il fut emprisonné à la Bastille relativement à l’Affaire du Canada [V. Bigot]. Il soutint que, s’étant fié à la promesse de Vaudreuil que les pertes seraient portées au compte du roi, il avait usé de son argent et de son crédit personnels pour procurer des marchandises aux Indiens. Ses livres de comptes avaient été détruits au fort du Portage, quand il l’incendia avant d’aller avec sa garnison renforcer le fort Niagara en 1759, mais il estimait à 1 661 281# la dette du roi à son endroit. Au cours de son procès, il expliqua la fortune considérable qu’il avait eue en affirmant qu’il s’était engagé dans le commerce fort lucratif du ginseng ; mais c’est la traite des fourrures, à laquelle lui et d’autres officiers s’étaient livrés malgré les ordres, qui fut la source de sa richesse. En 1763, la cour le trouva coupable d’insouciance dans l’examen des inventaires des provisions conservées dans les forts qu’il commandait et le mit en garde contre la répétition de cette offense – ce qui constituait, à toutes fins utiles, un acquittement.

Chabert se rendit à Londres après son procès et, le 18 octobre 1764, il présenta, sans succès, une requête au roi pour obtenir une terre sur la rive est de la rivière Niagara, depuis l’emplacement de son ancien fort jusqu’à, et y compris, l’actuelle rivière Buffalo, terre qu’il affirmait avoir été donnée à son père par les Iroquois. Le même mois, le gouverneur Murray fut averti par les autorités britanniques que Chabert projetait de rentrer au Canada et qu’on devait s’opposer à ce qu’il retournât parmi les Indiens. Quand il arriva avec un stock important de marchandises de traite achetées en Grande-Bretagne, il fut empêché par Murray de les porter au fort Niagara. Guy Carleton* succéda bientôt à Murray, et Chabert sollicita du nouveau gouverneur la permission de traiter avec les Indiens. Carleton prit parti pour lui, en faisant valoir qu’aucune disposition légale ne s’opposait à son départ. Après avoir personnellement rendu visite à Johnson en 1767 et l’avoir assuré de sa bonne conduite dans l’avenir, Chabert fut autorisé finalement à se rendre à Détroit. La rumeur parvint bientôt à Johnson qu’au fort Niagara Chabert aurait privément affirmé à Gaustrax, un chef tsonnontouan, que les Français reviendraient – accusation que Chabert nia.

Tous ces retards l’avaient mis dans une situation financière difficile, qu’aggravèrent encore le rejet de sa requête en vue d’obtenir une terre au fort Niagara et l’échec de ses tentatives pour être indemnisé par la France des pertes qu’il avait subies pendant le siège du fort Niagara. Le ministre de la Marine affirma même, des lettres de change que Chabert envoya pour remboursement, qu’elles portaient de fausses signatures et que, fût-il en France, il serait arrêté. Il fut réduit à solliciter de Johnson la permission d’écrire au commandant en chef, le major général Gage : « qu’il peut donner à ma femme et à mes enfants le moyen d’avoir un peu de pain, et qu’il serait honteux, à mon âge, de me voir traîner ma vie sur le bord du lac [et] d’être la risée de toute la canaille ». Son sort semble s’être amélioré, une année ou deux avant sa mort, en 1771, à Détroit.

En collaboration avec Walter S. Dunn, jr

AN, Col., D2C, 58, f.19 ; Marine, C7, 58 (dossier Joncaire-Chabert).— Buffalo and Erie County Hist. Soc., Daniel Joncaire ms coll.— APC Report, 1899, suppl., 188s. ; 1905, I, pt. VI : 104, 330, 390.— Bougainville, Journal (A.-E. Gosselin), ANQ Rapport, 1923–1924, 202–393.— Coll. des manuscrits de Lévis (Casgrain), VII : 344, 483.— Johnson papers (Sullivan et al.).— NYCD (O’Callaghan et Fernow), X : 39, 146, 234, 377, 392, 698.— State papers, APC Report, 1890, 10, 14.— Tanguay, Dictionnaire, I : 325.— F. H. Severance, An old frontier of France : the Niagara region and adjacent lakes under French control (2 vol., New York, 1917).

Bibliographie générale

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En collaboration avec Walter S. Dunn, jr, « CHABERT DE JONCAIRE DE CLAUSONNE, DANIEL-MARIE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/chabert_de_joncaire_de_clausonne_daniel_marie_4F.html.

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Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
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