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BONNYCASTLE, sir RICHARD HENRY, officier, ingénieur militaire, peintre et auteur, né le 30 septembre 1791 à Woolwich (Londres), fils aîné de John Bonnycastle, professeur de mathématiques à la Royal Military Academy, et de sa deuxième femme, Bridget Johnstone ; en 1814, il épousa Frances Johnstone, et ils eurent deux fils et trois filles ; décédé le 3 novembre 1847 à Kingston, Haut-Canada.

La famille de Richard Henry Bonnycastle présentait deux traits exceptionnels : elle appartenait à la bourgeoisie, non par descendance ou parce qu’elle faisait des affaires, mais en raison des mérites intellectuels de son chef ; elle était associée à un établissement militaire unique en son genre. La Royal Military Academy de Woolwich fut dans tout le monde anglophone le premier collège à dispenser des cours scientifiques et techniques avancés aux futurs officiers de l’artillerie et du génie, et John Bonnycastle fut l’un des pionniers de ce système de formation militaire à dominante théorique. Les diplômés de cet établissement ne connaissaient pas que les armes lourdes et les fortifications : ils savaient construire des routes, aménager des ports, creuser des canaux, dresser des cartes, faire des observations météorologiques et géologiques, voire dessiner et peindre, car l’armée avait besoin de croquis. Richard Henry obtint une place à la Royal Military Academy parce que son père y enseignait mais aussi parce qu’il satisfaisait aux rigoureuses conditions d’admission. L’établissement était l’une des rares voies d’accès à l’élite militaire et mondaine, et il en tira le meilleur parti possible. Sa carrière ne fut pas brillante, mais par la manière dont il mit sa formation au service de la société civile, surtout dans le Haut-Canada, il fut un modèle d’utilité parmi les officiers du Board of Ordnance. On peut même dire qu’avec le lieutenant-colonel John By, de tous les officiers impériaux du Haut-Canada, c’est celui qui se montra le plus constructif.

Bonnycastle quitta la Royal Military Academy en recevant, le 28 septembre 1808, un grade de lieutenant en second dans le génie royal. En 1809, pendant la campagne des Pays-Bas, il prit part au siège de Flushing (Vlissingen) et on le promut lieutenant en premier. Parti pour la Nouvelle-Écosse trois ans plus tard, il participa en 1814, à titre d’officier responsable des fortifications érigées dans la presqu’île de Castine, à l’occupation d’une partie du Maine par les Britanniques. Pendant cette mission, il accéda au grade de capitaine en second. Du Maine, Bonnycastle rejoignit ensuite les troupes britanniques d’occupation en France. En 1818, à Woolwich, il termina et publia les deux volumes de son premier ouvrage, une description des colonies hispano-américaines assortie de commentaires historiques, Spanish America [...]. Il parlait couramment le français et avait consulté en France, semble-t-il, la plupart des sources espagnoles qui lui avaient servi dans ses recherches.

Bonnycastle passa encore quelques années en Angleterre à exercer des fonctions qui relevaient du service courant. Envoyé dans le Haut-Canada en 1826, il servit au fort George (Niagara-on-the-Lake) et à Kingston, puis on le muta à York (Toronto) en 1832. À cette époque, les Haut-Canadiens les plus en vue le connaissaient déjà de réputation. Apparemment, dès le début de son séjour, il s’intéressa vivement à tout ce qui contribuait au développement de la colonie, mit à la disposition des civils des renseignements tirés de ses levés militaires et fit des recherches minéralogiques et géologiques. À son départ de Kingston, James Macfarlane, rédacteur en chef du Kingston Chronicle, le félicita pour ses études géologiques et les efforts qu’il déployait « pour promouvoir la découverte [des] richesses canadiennes ». À York, Bonnycastle se distingua dans la franc-maçonnerie et encouragea beaucoup les arts. En janvier 1834, il devint président du premier cercle artistique de la ville, la Society of Artists and Amateurs ; les visiteurs de l’unique exposition de la société, en juillet, purent admirer plusieurs de ses toiles, qui représentaient des sujets bas-canadiens ou européens. Il attribuait son goût pour la peinture à l’influence de son parrain, l’artiste Henry Fuseli.

En 1835, avec un enthousiasme fort prisé, Bonnycastle céda à la ville, au nom de la couronne, deux ponts qui enjambaient la rivière Don. Construits grâce à des fonds britanniques, ils appartenaient à l’origine au Board of Ordnance, qui avait pour principe, quand les ouvrages de ce genre ne servaient plus à des fins militaires, de les remettre aux civils et de contribuer ainsi au bien public. Bonnycastle fut également le promoteur d’autres outils de développement : ainsi, en 1835, il pressa le lieutenant-gouverneur sir John Colborne* de demander au gouvernement britannique de construire à Toronto l’un des observatoires astronomiques dont il entendait doter les colonies. Cet observatoire, affirmait-il, serait d’une valeur inestimable pour l’université déjà projetée et contribuerait à lancer l’étude des sciences dans le Haut-Canada ; de plus, son apport à l’éducation populaire compenserait amplement son coût. On ignore quel effet eurent les pressions de Bonnycastle mais, en 1840, le Board of Ordnance ouvrit à Toronto un observatoire géomagnétique et météorologique. Cédé en 1853 à l’University of Toronto, il devint une importante station de météorologie et un département universitaire.

En 1837 et 1838, les activités militaires de Bonnycastle éclipsèrent cependant ses contributions à la vie civile. Promu major honoraire et placé à la tête du service du génie à Kingston en 1837, il eut pour tâche précise d’achever la construction du nouveau fort Henry, entreprise en 1832. Son équipe, composée d’artisans et d’ouvriers en majorité irlandais, termina les travaux vers la fin de 1837. Presque tout de suite après, la rébellion éclata dans le Haut et le Bas-Canada. Le lieutenant-gouverneur sir Francis Bond Head* avait précédemment appelé à Montréal le gros des troupes régulières du Haut-Canada, et n’avait laissé dans la région de Kingston que le personnel du Board of Ordnance et quelques marins. Le 6 décembre, en qualité d’officier supérieur apte au service, Bonnycastle reçut de Head une lettre qui, tout en l’informant qu’un soulèvement avait eu lieu à Toronto, lui ordonnait de tenir le fort Henry et ses précieux magasins militaires en cas d’attaque des rebelles. Sur ce, Bonnycastle s’employa à constituer une garnison à même les disponibilités locales et gagna, grâce à son énergie et à son tact, un appui solide de la part des colons. Au début de 1838, sa troupe comprenait les ouvriers du fort Henry, qu’il avait armés, des miliciens des comtés voisins de Kingston, les Frontenac Light Dragoons (unité formée de membres de l’élite kingstonienne), un détachement de la Perth Artillery, une unité de marins réguliers appelée la Queen’s Marine Artillery, de même que quelques Agniers de la région de la baie de Quinte.

À ce moment, Kingston vivait sous la menace de quelque 2 000 réfugiés haut-canadiens et sympathisants américains qui projetaient de libérer le Haut-Canada en partant de l’État de New York. Décidés à franchir les glaces du Saint-Laurent pour attaquer le fort Henry, ils quittèrent Clayton, dans l’État de New York, le 22 février 1838 et prirent d’abord possession de l’île Hickory, près de Gananoque. Bonnycastle et les Kingstoniens s’attendaient à devoir combattre, mais les patriotes, dissuadés par leurs espions, se replièrent le lendemain. Les habitants de la ville couvrirent Bonnycastle de louanges : c’est probablement lui qui, par son vigoureux leadership, avait convaincu l’ennemi qu’attaquer coûterait trop cher. Ses supérieurs, impressionnés eux aussi, le créèrent chevalier en mars 1840.

La même année, sir Richard, qui se considérait désormais comme un résidant permanent de Kingston, obtint le grade de lieutenant-colonel et peu après fit un tour de service à Terre-Neuve en qualité d’ingénieur en chef. De 1841 à 1846, il publia le plus gros de son œuvre : en effet, il fit paraître à Londres, avec Henry Colburn, The Canadas in 1841 (2 vol., 1842), Newfoundland in 1842 : a sequel to The Canadas in 1841 (2 vol., 1842) et Canada and the Canadians, in 1846 (2 vol., 1846). Il quitta le génie en juin 1847 et mourut à Kingston peu après, à l’âge de 56 ans. Un collègue officier et ami, sir James Edward Alexander, rassembla ses volumineuses notes et les publia sous le titre de Canada as it was, is, and may be (2 vol., Londres, 1852). Les livres de Bonnycastle n’appartiennent pas à la grande littérature, mais ils sont fort bien documentés. Ils contribuèrent à faire connaître l’Amérique du Nord britannique dans la métropole et à attirer aussi bien des investissements que des immigrants de la classe moyenne.

Sir Richard Henry Bonnycastle prônait avec ferveur le développement de l’Empire et considérait l’éducation et le travail acharné comme des facteurs certains de progrès. Animé de toutes les qualités du bourgeois de l’ère victorienne, il avait, si l’on en croit ses écrits, très peu des préjugés qui allaient souvent de pair avec elles. Même si son ouvrage posthume est le seul à manifester quelque souci historique, toutes ses œuvres canadiennes contiennent des renseignements utiles sur son époque. De plus, elles ont le mérite de refléter les attitudes de leur auteur, fonctionnaire impérial qui se montra des plus utiles dans la colonie et fondateur d’une respectable famille de la bourgeoisie ontarienne.

George Karl Raudzens

Les principales sources de renseignements sur la vie de sir Richard Henry Bonnycastle sont deux compilations qui se trouvent dans les papiers Bonnycastle déposés aux AO, MU 281. La première est une histoire de famille écrite par une descendante, Evelyn Frances Bonnycastle Luttrell. La plupart des références de l’auteure sont clairement identifiées. La seconde est une biographie de J. E. R. Munro probablement basée sur le document précédent ; elle s’intitule « Sir Richard Henry Bonnycastle, Lieutenant-Colonel Royal Engineers ». Aucune date n’apparaît sur l’une ou l’autre compilation, mais il semble qu’elles ont été préparées à la fin des années 1950 ou au début des années 1960.

On trouve des notices biographiques de Bonnycastle dans les dictionnaires biographiques canadiens usuels, dans le DNB et dans Norah Story, The Oxford companion to Canadian history and literature (Toronto et Londres, 1967). Son nom paraît aussi dans des études relatives au Board of Ordnance : Whitworth Porter et al., History of the Corps of Royal Engineers (9 vol. parus, Londres et Chatham, Angl., 1899–   ; réimpr., vol. 1–3, Chatham, 1951–1954), 1–2 ; R. [F.] Legget, Rideau waterway (Toronto, 1955) ; et G. [K.] Raudzens, The British Ordnance Department and Canada’s canals, 1815–1855 (Waterloo, Ontario, 1979). La presse canadienne des années 1830 et 1840 en parle régulièrement, par exemple le Kingston Chronicle et son successeur le Chronicle & Gazette, le British Colonist, la Montreal Gazette et le Toronto Patriot. Les ouvrages précités contiennent des références aux sources manuscrites.  [g. k. r.]

Bibliographie générale

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George Karl Raudzens, « BONNYCASTLE, sir RICHARD HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bonnycastle_richard_henry_7F.html.

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Auteur de l'article:   George Karl Raudzens
Titre de l'article:   BONNYCASTLE, sir RICHARD HENRY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   25 juillet 2014