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VAN EGMOND, ANTHONY JACOB WILLIAM GYSBERT (il signait Anthonij J. W. G. Van Egmond), colon et rebelle, né le 10 mars 1775 à Groesbeek, Pays-Bas ; en 1808, il épousa à Mayence (République fédérale d’Allemagne) Marie Susanne Elizabeth Dietz, et ils eurent cinq fils et trois filles ; décédé le 5 janvier 1838 à Toronto.

Aux élections haut-canadiennes de 1835, le colonel Anthony Van Egmond, alors candidat, se fit crier par des colons qu’il venait du bas quartier Five Points de New York. Il s’agissait là d’une malveillante invention. Le colonel déclarait pour sa part descendre des comtes Van Egmond, des Pays-Bas, et il dut s’étonner qu’on juge cette prétention fausse. En fait, elle l’était. À sa mort, la vérité sur ses origines fut tenue secrète. L’extrait de baptême, maintenant en la possession d’un descendant de Van Egmond et dont l’authenticité n’a jamais été contestée, n’est en réalité qu’un camouflage intentionnel de son identité.

Van Egmond, dont le nom véritable est Antonij Jacobi Willem Gijben, naquit le 10 mars 1775 à Groesbeek, aux Pays-Bas. Fils de Johannes Arnoldus Gijben, schout (shérif) de la région, et de Maria Bloem, il reçut le baptême à l’église réformée locale, le 12 du même mois. Il n’avait que 12 ans lorsqu’on trouva son père assassiné et, quand il eut atteint une vingtaine d’années, il participa à des activités criminelles qui l’obligèrent à s’enfuir en Allemagne. Il commit sûrement un crime grave car, au début de 1802, la Cour supérieure de sa province natale déplorait qu’on n’ait pas réussi à l’arrêter malgré de nombreuses tentatives et ordonnait de tout faire pour obtenir son extradition aux Pays-Bas. Six mois avant la déclaration de la cour, un « homme d’affaires éminent » d’Emmerich (République fédérale d’Allemagne) avait demandé qu’on lui fasse une copie de l’extrait de baptême de Gijben d’après les registres de Groesbeek. C’est à partir de ce document, peut-on supposer ; que fut ingénieusement forgé l’extrait que l’on considérerait longtemps comme authentique. Les noms de Gijben, de ses parents et de certains résidents locaux y sont exacts, mais le lien qui y est fait avec la famille Van Egmond est pure invention, puisque le dernier comte de la lignée était mort sans enfants en 1707.

On a du mal à retracer les allées et venues de Van Egmond (comme on l’appela ensuite) au cours des quelques années subséquentes. Il est peut-être entré dans la marine marchande dans le nord de l’Allemagne ; un autre document démontre qu’il fit partie d’une loge maçonnique à Londres. En 1808, il réapparaît à Mayence où il fut, semble-t-il, soit officier, soit fonctionnaire au sein de l’appareil judiciaire. La vie de Van Egmond jusqu’en 1819 fait toujours l’objet de recherches, mais rien n’atteste encore les histoires romanesques racontées à son sujet pendant bien des années. Il ne fut pas des troupes napoléoniennes qui marchèrent sur Moscou, ni des officiers du contingent néerlandais qui furent blessés à Waterloo, car il ne figure pas sur la liste officielle des pertes. S’il fit une carrière militaire, il est plus que probable qu’elle fut extrêmement brève. Tout ce qu’on peut vérifier, c’est que Van Egmond occupa des emplois en marge de la vie militaire, probablement dans les secteurs des achats, du ravitaillement et du transport.

En 1819, avec sa femme et ses enfants, Van Egmond se rendit jusqu’à Philadelphie, via Amsterdam et Liverpool, en Angleterre. De là, il poursuivit sa route jusque dans la région d’Indiana, en Pennsylvanie, sans doute attiré par la possibilité d’acheter une terre de la Holland Land Company. Il en acheta une finalement et s’y établit, mais ses affaires furent loin d’être prospères. Deux fils et une fille vinrent grossir sa famille et, même lorsque les aînés furent en mesure de donner un coup de main, le succès escompté lui échappa. En 1826, on saisit ses biens et on les vendit aux enchères pour taxes non payées.

Comme la route qui reliait la Pennsylvanie et le Haut-Canada était assez fréquentée à l’époque, Van Egmond entendit sûrement parler des ressources et du sol fertile de la province britannique. Peu après son arrivée en 1828, il acquit une terre de 200 acres dans le canton d’Oxford East. Cet achat, fait auprès de la Canada Company, le mit en contact avec John Galt, représentant de la compagnie dans le Haut-Canada. Galt vit dans ce nouveau venu un homme apte à contribuer à la mise en valeur de la Huron Tract, territoire triangulaire d’un million d’acres que possédait la compagnie en bordure du lac Huron. Van Egmond, en plus d’être capable de parler avec les colons de langue allemande qui arrivaient dans le Haut-Canada, s’y connaissait dans le travail de la terre de même que dans le transport des personnes et du matériel. En outre, il ne répugnait pas à la tâche d’ouvrir des routes à travers bois. On peut à juste titre considérer Van Egmond comme un « père de la Huron Tract », compte tenu de ses réalisations, de son dévouement envers les colons et de son adéquation à son nouveau rôle. En 1832, il avait déjà construit avec ses fils la majeure partie de la route qui reliait Waterloo et Goderich ainsi qu’une partie du tronçon qui joignait ce qui est devenu Clinton à London. Il établit des auberges le long de la première route, tout en se réservant la gérance de celle qui voisinait Clinton et en confiant les autres à son gendre Andrew Helmer, à Sebastian Fryfogel et à Andrew Seebach. En 1829, il fit la première récolte de blé dans la Huron Tract et, pour marquer l’occasion, plusieurs représentants de la Canada Company, dont William Dunlop, Samuel Strickland* et Thomas Mercer Jones*, se rendirent dîner à son auberge.

Van Egmond éprouvait toutefois un mécontentement croissant à l’égard de la Canada Company. Il semble qu’il ait manqué d’argent dès son arrivée dans le Haut-Canada, mais ce problème commença à le toucher sérieusement lorsque la compagnie le rétribua en considérant ses services comme un acompte pour le paiement de sa terre. De plus, même s’il avait accès à plusieurs milliers d’acres de terre, Van Egmond était incapable d’effectuer les autres paiements. Il était déçu aussi de voir que la compagnie n’attirait pas de colons et n’entreprenait pas de travaux publics propres à stimuler le développement. Van Egmond avait agi à titre de représentant du Colonial Advocate dans le territoire et il avait correspondu avec son ancien rédacteur en chef William Lyon Mackenzie*. Il critiqua dans ce journal la gestion de la Canada Company, et il eut même l’occasion de comparaître devant un comité spécial de la chambre d’Assemblée présidé par Mackenzie, qui enquêta en 1835 sur les griefs soulevés à travers la province. Cette année-là, Van Egmond se présenta aux élections dans la circonscription de Huron, mais il fut battu par Robert Graham Dunlop.

Vers la fin de 1837, Mackenzie était à organiser une insurrection dans le Haut-Canada et, comme il croyait que Van Egmond avait une grande expérience militaire, il l’invita à prendre le commandement des forces rebelles. Van Egmond accepta volontiers mais il n’arriva que le 7 décembre au rendez-vous, à la Montgomery’s Tavern au nord de Toronto, soit trois jours après le début du soulèvement, parce que Mackenzie en avait avancé la date. Il comprit vite que la cause des rebelles était désespérée, mais demeura sur les lieux pendant toute la durée de l’escarmouche qui opposa, ce jour-là, les rebelles aux forces gouvernementales. Après la défaite des rebelles, il tenta de s’échapper, mais il fut capturé puis emprisonné à Toronto. Durant sa captivité, il contracta une maladie mortelle et, le 30 décembre, on le transféra au Toronto General Hospital pour le faire soigner. Jusqu’à la fin, il protesta de son innocence, mais ses fils eux-mêmes ne le croyaient pas. Après sa mort, il fallut vendre la plus grande partie de sa terre pour rembourser ses dettes ; ses fils réussirent à en conserver une portion suffisante pour reprendre les projets de leur père, sans pour autant adopter ses convictions politiques. Naturalisés en 1841 et en 1842, ils établirent des entreprises prospères dans le secteur qui devint par la suite le village d’Egmondville.

Robina et Kathleen Macfarlane* Lizars avaient peut-être raison d’écrire, dans leurs souvenirs concernant la Canada Company, qu’Anthony Jacob William Gysbert Van Egmond aurait pu prolonger ses jours « s’il ne s’était pas mêlé de politique, [qu’il] compr[enait] mal, dans un pays étranger ». Mais il avait eu le malheur d’être désenchanté de la Canada Company avant bien d’autres.

W. J. Van Veen

Cette biographie est basée principalement sur des recherches originales faites au Canada, dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Pennsylvanie. On trouve aux Rijksarchief de Gelderland (Arnhem, Pays-Bas) des documents fort utiles : les registres de baptême, Inv. nº RBS 805 ; les documents de trois procédures d’extradition, Inv. nº 5018, 8 janv. 1802 ; les papiers de l’affaire du meurtre de Gijben, Rechterlijk Archief Hoge Heerlijkheid Groesbeek, procédures criminelles, Inv. nº 6. L’acte de naissance de l’aîné de Van Egmond se trouve aux Staatarchiv Mainz (Mainz, République fédérale d’Allemagne), GUI 1808, nº 279 (9 avril 1808).

La première et la plus minutieuse des études sur Anthony Van Egmond a été écrite par Wilfrid Brenton Kerr, professeur d’histoire de l’University of Buffalo, N.Y., et publiée en deux séries d’articles dans le Huron Expositor (Seaforth, Ontario) : « Colonel Anthony VanEgmond and the rebellion of 1837 in Huron County », 25 sept.–11 déc. 1931 ; et « The Canada Company and Anthony VanEgmond : the story of 1837 in Huron County », 16 août–13 sept. 1940. La première série parut aussi dans le Signal (Goderich, Ontario), 1er oct.–24 déc. 1931, et une copie de la seconde série se trouve aux AO, MS 133 (sous la forme d’un album de coupures de journaux non identifiées). Les travaux de Kerr n’ont pas été reconnus à leur juste valeur. Il avait apparemment l’intention d’écrire une biographie complète, mais la mort l’en empêcha, et ses notes ont disparu. D’autres documents originaux de Van Egmond parurent dans : « Van Egmond’s apology for his presence in Mackenzie’s camp at Montgomery’s », Kerr, édit., OH, 33 (1939) : 99–103 ; et dans G. H. Needler, Colonel Anthony Van Egmond : from Napoleon and Waterloo to Mackenzie and rebellion (Toronto, 1956). Les pertes hollandaises à Waterloo sont dénombrées dans [François de Bas], Prins Fredrik der Nederlander en zijn tijd [...] (4 vol. en 6, Schiedam, Pays-Bas, 1887–191[4]), 3 : 1379–1382. Des renseignements sur le comte Van Egmond se trouvent dans A. W. E. Dek, Genealogie der heren en graven Van Egmond (2e éd., Zaltbommel, Pays-Bas, 1970). On trouve une description du comté de Huron dans James Scott, The settlement of Huron County (Toronto, 1966), et dans Robina et K. M. Lizars, In the days of the Canada Company : the story of the settlement of the Huron Tract and a view of the social life of the period, 1825–1850 (Toronto, 1896 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1973) ; d’autres renseignements se trouvent dans [Samuel] Strickland, Twenty-seven years in Canada West ; or, the experience of an early settler, Agnes Strickland, édit. (2 vol., Londres, 1853 ; réimpr., Edmonton, 1970). L’ouvrage de Guillet, Lives and times of Patriots, nous a permis de connaître Van Egmond.  [w. j. v. v.]

Bibliographie générale

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W. J. Van Veen, « VAN EGMOND, ANTHONY JACOB WILLIAM GYSBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/van_egmond_anthony_jacob_william_gysbert_7F.html.

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Auteur de l'article:   W. J. Van Veen
Titre de l'article:   VAN EGMOND, ANTHONY JACOB WILLIAM GYSBERT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   16 septembre 2014