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SAINT-GERMAIN, JEAN-BAPTISTE (on retrouve parfois Saint-Germain, dit Gautier, mais il signait Saint-Germain), prêtre séculier, né à Sainte-Famille-de-Boucherville (Boucherville, Québec) le 1er avril 1788, fils de Jean-Baptiste Saint-Germain et d’Amable Sénécalle, décédé à Saint-Laurent, île de Montréal, le 3 décembre 1863.

Jean-Baptiste Saint-Germain fait ses études au collège de Montréal, de 1798 à 1806. Après ses années de théologie, il est ordonné prêtre le 15 septembre 1811. Vicaire à la paroisse Notre-Dame de Montréal pendant cinq ans, il prend charge, en 1816, de la cure de Sainte-Anne-des-Plaines avant de devenir curé de Saint-Louis-de-Terrebonne en 1818.

De 1821, alors que Mgr Jean-Jacques Lartigue* vient habiter Montréal comme auxiliaire de l’évêque de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis*, jusqu’aux premières années de l’épiscopat de Mgr Ignace Bourget*, Saint-Germain adopte inconditionnellement l’opinion du groupe dominé par les Français du séminaire de Saint-Sulpice. Ce parti résiste par tous les moyens à un établissement épiscopal qui viendrait mettre fin au rôle traditionnel des sulpiciens dans la ville et le district de Montréal et qui menacerait aussi leurs biens. Dès 1822, Mgr Lartigue soupçonne Saint-Germain de faire partie avec Augustin Chaboillez*, curé de Longueuil, et François-Xavier Pigeon, curé de Saint-Jean-François-Régis (Saint-Philippe-de-Laprairie), de la coterie qui a fait circuler une requête des prêtres et des curés du district de Montréal contre cet établissement. En décembre 1828, Saint-Germain est l’un des rares prêtres du district à refuser de signer la requête contre la cession, souhaitée par le séminaire, des droits seigneuriaux de Saint-Sulpice au gouvernement. Afin de protéger ses intérêts, le séminaire tente de le faire nommer à l’épiscopat. Le 25 février 1833, il est nommé coadjuteur de l’évêque de Québec par la Propagande, nomination qui ne sera jamais ratifiée par Grégoire XVI [V. Pierre-Flavien Turgeon]. En mars 1836, sous l’influence de Jean-Baptiste Thavenet*, alors agent des sulpiciens à Rome, il est, sans plus de succès, sur les rangs de la coadjutorerie du nouveau diocèse de Montréal. En 1842, Mgr Bourget le range encore au nombre de ses opposants. Mais déjà le combat a perdu sa signification, et Saint-Germain n’interviendra plus dans les débats du séminaire avec l’évêque. Il se consacrera plutôt au réveil religieux de la paroisse Saint-Laurent où il est curé depuis 1829.

La crise qui avait opposé Mgr Lartigue et le séminaire avait convaincu ce dernier qu’il devait protéger ses biens en se montrant d’un loyalisme à toute épreuve. Solidaire du séminaire, Saint-Germain se retrouve donc, sur le plan politique, du côté des alliés du gouvernement, fortement prévenu contre la petite bourgeoisie canadienne qui aspire au leadership national. Dès 1834, il dénonce les menées des « prétendus patriotes » et souhaite une déclaration épiscopale contre leur libéralisme qui s’infiltre partout chez les habitants par la diffusion des Quatre-vingt-douze Résolutions. En novembre 1837, il refuse de signer la requête du clergé au gouvernement dont il approuve l’intervention rigoureuse au nom de sa théologie royaliste. Aussi est-ce un indice de l’affolement des esprits qu’on ait pu penser un instant, en novembre 1838, dans l’entourage de Mgr Lartigue, que le curé de Saint-Laurent allait être incarcéré sous peu pour avoir favorisé les Patriotes. En réalité, il allait être nommé aumônier militaire en décembre de l’année suivante, digne récompense de son opposition constante à ceux qui avaient prêché l’insubordination et la révolution, non sans une certaine complaisance de la part de membres du clergé au rang desquels Saint-Germain n’avait pas craint, jadis, de ranger Lartigue lui-même.

Au pire de la crise, Saint-Germain, placé du côté de l’ultraloyalisme du parti gallican (le séminaire), manifeste cependant un vif intérêt pour les nouvelles dévotions venant d’Italie et les plus récentes orientations pastorales de France. En 1837, il demande l’érection d’un chemin de croix dans l’église de sa paroisse ainsi que celle d’un autel à sainte Philomène, dont le culte populaire se répand rapidement. Il se rapproche beaucoup de Mgr Bourget sur le plan pastoral. Il participe à la grande tournée de prédication de Mgr de Forbin-Janson* et va jusqu’à préparer l’établissement de missionnaires français dans sa paroisse, projet que Mgr Bourget ne parvient pas à concrétiser lors de son voyage en Europe en 1841. En outre, à partir de 1845, Saint-Germain entreprend des démarches pour que des frères enseignants viennent s’établir à Saint-Laurent. Ces négociations portent fruit puisqu’en mai 1847 arrivent huit frères, quatre sœurs et deux prêtres de la Congrégation de Sainte-Croix que le curé va soutenir financièrement, principalement lors de la fondation de l’Académie industrielle (1849) qui deviendra le collège de Saint-Laurent en 1861.

L. Rousseau

AAQ, 12A, F, 165r., 184r. ; G, 196r., 226v. ; 210A, XII : 434, 501, 511 ; XIII : 426, 502 ; XIV : 10, 13, 20, 86, 98, 310 ; XV : 266, 291, 420 ; XVI : 80, 394.— ACAM, RLB, 1–12 ; RLL, 1–9 ; 355.105 ; 420.013.— Archives de l’évêché de Saint-Jérôme, 332.182 (1810–1829), dossier Saint-Germain.— ASSM, 11, tiroir 47 ; 27, tiroirs 95–97.— Lemieux, L’établissement de la première prov. eccl., passim.— Pouliot, Mgr Bourget, I : 94, 127s., 190.— Rumilly, Hist. de Montréal, II.— Sainte-Croix au Canada, 1847–1947 (Montréal, 1947), 39s., 50s., 53, 55s., 58, 61s., 64, 74, 125, 158, 201, 524s., 533, 591.

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L. Rousseau, « SAINT-GERMAIN, JEAN-BAPTISTE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/saint_germain_jean_baptiste_9F.html.

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Auteur de l'article:   L. Rousseau
Titre de l'article:   SAINT-GERMAIN, JEAN-BAPTISTE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   24 juillet 2014