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RENAUD DUBUISSON, JACQUES-CHARLES, commandant dans l’Ouest, major de Trois-Rivières, né à Paris en 1666 et décédé à Trois-Rivières en 1739.

Dubuisson arriva au Canada en 1685 ou 1686. D’abord cadet, il fut promu enseigne réformé en 1696, puis lieutenant en 1698 et aide-major de Québec en 1704. Il eut des ennuis pendant un certain temps, à Québec en 1707, lorsqu’il fut accusé de s’être battu en duel. Rigaud de Vaudreuil le gracia et, en 1709, le recommanda pour une promotion. À partir de cette date, et jusqu’à sa mort, ses supérieurs n’eurent que des éloges pour la façon dont il s’acquitta des tâches, tant militaires qu’administratives, qu’ils lui confièrent.

En septembre 1710, il fut envoyé à Détroit pour assumer le commandement du fort jusqu’à ce que Dauphin de La Forest, qui était malade, pût reprendre son poste. L’année suivante fut difficile : la présence de l’ancien commandant, Lamothe Cadillac [Laumet], qui n’abandonnait pas de bonne grâce l’autorité et les privilèges qui avaient été les siens, était une cause continuelle de friction. Vaudreuil félicita Dubuisson pour l’habileté dont il avait fait preuve dans cette situation délicate.

En 1712, il prit part à l’attaque contre les Indiens de la tribu des Renards ; ce fut l’opération militaire la plus importante à laquelle il participa. Au début du printemps, les bandes dirigées par les chefs renards Lamyma et Pemoussa se joignirent aux membres de leur tribu déjà installés à Détroit. Ils y furent bientôt rejoints par quelques-uns de leurs alliés, les Mascoutens, qui avaient fui les guerriers outaouais et potéouatamis. Dès leur arrivée, les Mascoutens insistèrent pour passer immédiatement à l’attaque. Sachant bien qu’il ne pouvait éviter le, combat, et comme les Renards se montraient particulièrement menaçants, Dubuisson décida d’accorder son appui à ceux qui étaient depuis longtemps les alliés fidèles des Français.

Le camp des Renards fut assiégé pendant 19 jours ; une fusillade soutenue et le manque de vivres causèrent la mort d’un grand nombre des assiégés. On tint plusieurs conseils sans arriver à conclure la paix, puis l’ennemi réussit à s’enfuir à quelques milles vers le nord où il fut finalement forcé de livrer combat. Lors de la reddition des Renards, presque tous les hommes capturés furent massacrés, et Dubuisson fit rapport qu’en tout 1000 ennemis, 60 alliés et un Français avaient été tués. Cette victoire établit la renommée de Dubuisson à Québec et aussi parmi les Indiens ; pendant une vingtaine d’années son influence fut grande dans l’Ouest où la situation demeurait instable.

Dubuisson était revenu à Québec à l’automne de 1712, mais il dut reprendre le commandement de Détroit car La Forest était de nouveau malade. Il y demeura jusqu’à la nomination de Jacques-Charles de Sabrevois, comme commandant du poste, à l’été de 1715. Dubuisson avait alors atteint le grade de capitaine. Il était en garnison à Québec quand, à l’automne de 1716, il reçut l’autorisation de passer en France pour régler des affaires personnelles.

Il revint ensuite dans la colonie et, au printemps de 1718, Vaudreuil lui demanda de se rendre chez les Miamis pour les persuader de retourner dans leurs anciens villages sur les bords de la rivière Saint-Joseph (Michigan). Ces Indiens avaient quitté leurs bourgades pour fuir les Renards, mais ils avaient choisi d’établir leurs nouveaux cantonnements dans un lieu (aujourd’hui l’Indiana) qui ne plaisait guère aux Français, car ils se trouvaient maintenant trop près des commerçants anglais qui leur offraient de meilleurs prix.

Il est difficile de suivre les déplacements de Dubuisson au cours des dix années qui suivirent. L’on sait qu’il réussit à convaincre les Miamis de retourner dans leurs villages du Michigan et qu’il commanda « au poste des Miamis qu’il a établi et aux Ouyatanons [Weas] ». En 1722, François-Marie Bissot de Vinsenne était en charge du poste des Ouyatanons « sous les ordres du Sr. Du Buisson », et un mémoire de 1723–1725 mentionne que Dubuisson était commandant d’un poste chez les Miamis. Cependant trois et, peut-être, même quatre postes étaient alors, ou connus sous ce nom, ou situés dans le territoire des Miamis.

Il semble bien que Dubuisson était à Michillimakinac en 1728, puisqu’un rapport daté de septembre de cette année-là, blâmant Le Marchand de Lignery pour une attaque mal dirigée contre les Renards, mentionne que Dubuisson n’en était pas responsable. En octobre 1729, il fut nommé commandant de Michillimakinac et, au cours de l’été, il mena une attaque d’une certaine ampleur contre les Renards. D’après un mémoire de 1730, l’expédition fut un échec, mais Dubuisson était d’avis que même si les Renards n’avaient pas été écrasés, ils crèveraient de faim avant le printemps. À cette époque, Michillimakinac était le poste le plus important de l’Ouest : « C’est à missilimakinak que les Voyageurs de tous ces endroits viennent vendre leurs pelleteries, acheter des bleds et des canots [...] ». Cet automne-là, Testard de Montigny remplaça Dubuisson. Ce dernier était maintenant âgé, il avait été blessé à trois reprises et il prétendait que la nourriture de la garnison du fort de Michillimakinac, composée essentiellement de poisson, avait nui à sa santé.

Dubuisson avait épousé Gabrielle Pinet (Desmarest) en 1699. Ils eurent cinq filles et un garçon. Sa femme mourut en 1715, et le 29 octobre 1717 il se remaria à Louise, fille de Jacques Bizard*, de Montréal. Il fut nommé major de Trois-Rivières en avril 1733 et fait chevalier de Saint-Louis en mars 1734, honneur qu’il désirait depuis longtemps. Il mourut à Trois-Rivières le 24 décembre 1739 et fut inhumé dans la chapelle de Sainte-Geneviève.

Cette phrase de Vaudreuil, en 1720, donne une idée de la haute estime dont jouissait Dubuisson : « s’est toujours distingué dans toutes les occasions tant contre les Sauvages que contre les Anglois ».

Donald Chaput

AN, Col., C11A, 33, f.215 ; 38, f.164 ; 44, f.366 ; 51, f.158 ; 52, f.186 ; Col., C11E, 13, f.140 ; Marine, B1, 50, f.496.— CTG, manuscrits reliés in folio, no, 210d, f.14.— Charlevoix, History (Shea), V : 256–265.— Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1942–43 : 436 ; 1947–48 : 160–162, 164, 225, 237, 260, 267, 269, 334.— Michigan Pioneer Coll., XXXIII : 483–485, 495–497, 506–508, 510–512, 517, 528–552, 554, 561, 572.— P.-G. Roy, Ce que Callières pensait de nos officiers, BRH, XXVI (1920) : 321–333.— Wis. State Hist. Soc. Coll., V : 94 ; XVI : 293–298, 311–312, 382s., 395–400 ; XVII : 108s.— Gagnon, Noms propres au Canada français, BRH, XV (1909) : 177.— Le Jeune, Dictionnaire.— Massicotte, Répertoire des engagements pour l’Ouest, RAPQ, 1929–30 : 238s.— P.-G. Roy, Les officiers détat-major, 74–80.— Tanguay, Dictionnaire.— Jouve, Les Franciscains et le Canada : aux Trois-Rivières, 144, 156s.— Ægidius Fauteux, La Famille Renaud Du Buisson, BRH, XXXVII (1931) : 670–675.— J.-E. Roy, Le patronage dans l’armée, BRH, II (1896) : 115.— P.-G. Roy, Jacques Bizard, major de Montréal, BRH, XXII (1916) : 291–303.

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Donald Chaput, « RENAUD DUBUISSON, JACQUES-CHARLES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/renaud_dubuisson_jacques_charles_2F.html.

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Auteur de l'article:   Donald Chaput
Titre de l'article:   RENAUD DUBUISSON, JACQUES-CHARLES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   1 août 2014