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MATHEWS, ROBERT, officier ; le 22 novembre 1798, il épousa à Londres Mary Simpson ; décédé le 5 juillet 1814 au Chelsea Hospital, à Londres.

Il se peut que Robert Mathews soit originaire d’Écosse, où son père vivait en 1786. Le 28 février 1761, il était nommé enseigne du 8e d’infanterie qui faisait alors partie d’un contingent britannique en Allemagne, sous les ordres du duc Ferdinand de Brunswick. Il prit part sans aucun doute aux batailles de Vellinghausen (1761) et de Wilhelmstahl (1762). À partir de 1768, Mathews était en poste dans la province de Québec ; en mars 1770, il acheta une commission de lieutenant et, le 10 avril 1775, il obtint un poste d’adjudant-major. Au cours des premières années de la guerre d’Indépendance américaine, Mathews se trouvait au quartier général régimentaire du fort Niagara (près de Youngstown, New York). Le 5 juillet 1777, il était promu capitaine.

Jusque-là, la carrière de Mathews ne se distingue nullement de celle de centaines d’officiers semblables. Cependant, à l’occasion d’un séjour à Québec durant l’été de 1778, il rencontra le nouveau gouverneur, Haldimand. Quelles que fussent les circonstances, les deux hommes s’entendirent manifestement bien. Mathews lui parla de ses qualifications en génie ; au mois d’août, Haldimand l’envoya à Niagara avec l’ordre de continuer au besoin des petits travaux. En avril 1779, le capitaine Edward Foy, secrétaire militaire de Haldimand, mourut. Toujours en avril, avec l’aide de Francis Le Maistre, adjudant général adjoint de la province, on lut à Haldimand des extraits de lettres qu’avait écrites Mathews au sujet des postes des pays d’en haut. Le Maistre rapporta à Mathews que le gouverneur avait paru très satisfait de ses observations et il ajouta que cet accueil favorable pourrait « tourner à [son] avantage ». Ce fut le cas puisqu’un mois plus tard Mathews était en route vers Québec où il allait occuper son nouveau poste de secrétaire militaire de Haldimand.

Jusqu’à la fin du mandat de Haldimand, Mathews s’acquittera de ses fonctions principalement à Québec et, de temps en temps, ailleurs en voyage. Il recevra toute la correspondance traitant des questions militaires dans la province, conseillera le gouverneur pour des questions auxquelles il devait répondre, rédigera des lettres requérant sa signature (plusieurs commis écrivaient alors les lettres) et s’occupera d’affaires ne nécessitant pas l’attention de Haldimand. Ce dernier lui donna bientôt de plus en plus de responsabilités, preuve de l’affinité qui lia les deux hommes. Sa correspondance portait sur des sujets très divers. Par exemple, du 31 janvier au 10 février 1780, soit une période de 11 jours, Mathews écrivit au major Christopher Carleton, à l’île aux Noix, à propos d’intrus près du fort ; au capitaine George Dame, des Butler’s Rangers, à qui il ordonnait de rallier son corps au fort Niagara ; au général de brigade Allan Maclean*, à Montréal, à propos du paiement du rhum fourni aux troupes ; au lieutenant-colonel Barrimore Matthew St Leger*, à Sorel, à qui il exprimait l’inquiétude de Haldimand au sujet d’une querelle entre St Leger et le chirurgien Charles Blake ; à Nathaniel Day, commissaire en chef de la province, à propos du transport des marchandises, par le canal de Coteau-du-Lac, vers les postes des pays d’en haut ; au capitaine Daniel McAlpin, concernant des mesures à l’intention des Loyalistes de Montréal ; à Robert Rogers*, à qui il conseillait de partir rejoindre, avec ses officiers, les hommes qu’il avait prétendument recrutés pour les King’s Rangers. Le poste de secrétaire devint d’une grande importance, par suite du contact étroit et quotidien qu’avait Mathews avec le gouverneur, et ses conseils étaient sans doute très recherchés à titre officieux par des signataires de pétition pleins d’espoir. En même temps, il est probable que Mathews avait une influence relativement faible auprès de Haldimand puisque les deux hommes étaient d’accord dans la plupart des cas. Subalterne patient et profondément loyal, Mathews fit partie des rares amis intimes de ce gouverneur habituellement réservé, et leurs rapports personnels jouèrent à son avantage. Au cours de l’été de 1783, quand John Nairne souhaita vendre son poste de major du 53e d’infanterie, Haldimand spécifia que son secrétaire aurait la permission de l’acheter ; cette décision entraîna un ressentiment justifié chez des capitaines qui avaient plus d’ancienneté.

À l’approche de la fin de la guerre, Mathews, tout comme Haldimand, dut s’occuper de plus en plus des problèmes d’approvisionnement et de logement des Loyalistes qui entraient dans la province et, par suite du traité de paix, des détails concernant leur établissement. Là encore, Haldimand lui laissa une grande marge de manœuvre, et il y a tout lieu de croire l’affirmation de l’historien Alfred Leroy Burt* selon laquelle les Loyalistes furent fort redevables à Mathews du règlement de nombreux petits problèmes qui survinrent inévitablement.

Revenu à Londres avec Haldimand au début de janvier 1785, Mathews effectua de petites commissions et aida pendant quelque temps à mettre de l’ordre dans les papiers et les comptes de Haldimand. Cependant, en mars 1786, avec la nomination imminente de sir Guy Carleton comme gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique, les perspectives d’avancement étaient disparues, et Mathews envisagea avec pessimisme de tout vendre et d’aller s’établir dans la colonie. Malgré cela, fort probablement avec l’approbation de Haldimand, il demanda dans une pétition à lord Sydney, secrétaire d’État à l’Intérieur, qu’il sollicitât de Carleton un de ses postes d’aide de camp. Sydney se trouva « fort embarrassé » par cette démarche très inusitée et même effrontée ; pour sa part, Carleton y consentit et, cet été-là, Mathews revint préparer à Québec l’arrivée du gouverneur. En mai 1786, il avait reçu la sinécure de lieutenant-gouverneur de la colonie d’Antigua, un autre résultat de la pression exercée par Haldimand sur le gouvernement.

Le second mandat de Mathews à Québec fut sans incident ; le poste d’aide de camp ne lui demanda que peu de travail, et, une année seulement après son retour, il décida de rejoindre son régiment dont le quartier général se trouvait à Detroit. Dans son journal de ce voyage à Detroit, il consigna avec intérêt la condition des établissements loyalistes qui jalonnaient sa route. Les habitants de Detroit n’impressionnèrent pas Mathews qui les décrivit comme « une triste bande de coquins » qui n’étaient pas exempts de tentatives de corruption des autorités militaires. Le règlement des droits sur les terres et l’administration de la justice étaient sources de frustrations ; cependant, au départ de Mathews en novembre 1787, un de ses officiers affirma que son absence serait « universellement regrettée [...] puisqu’il avait été inlassable dans ses efforts d’aide à la colonisation ». Malgré que le gouverneur Carleton (devenu depuis lord Dorchester) fût enclin à le garder comme aide de camp, Mathews n’était pas intéressé à rester plus longtemps dans la province et il accompagna le 53e d’infanterie lorsqu’il partit en août 1789. Il est certain qu’il s’était rapidement rendu compte de la diminution de son importance sous ce nouveau régime.

Mathews retourna à sa seule carrière militaire. La guerre qui éclata avec la France en 1793 l’amena en Flandres comme membre d’un corps expéditionnaire britannique. En octobre, il se signala grandement comme commandant du 53e d’infanterie qui défendit avec succès Nieuport (Nieuwpoort, Belgique) contre des forces françaises beaucoup plus nombreuses ; en récompense, il fut promu lieutenant-colonel du régiment. L’année suivante, il délaissa ce poste et, en 1800, il était nommé inspecteur des vêtements militaires. Le 6 octobre 1801, il devint major du Chelsea Hospital, établissement de l’armée britannique pour les soldats invalides et retraités ; c’est dans cette paisible retraite qu’il finit ses jours. La nécrologie du Times de Londres louangea la « bonté universelle et active de [son] esprit [... et] la courtoisie de [ses] manières ». Il avait épousé une femme de Québec, connue pour sa beauté et parce qu’elle avait été le premier amour de Horatio Nelson. On ne sait pas s’ils eurent des enfants.

Sans la protection de Haldimand, la réussite de Robert Mathews, bien que modeste, n’aurait jamais été si grande. L’établissement des Loyalistes et le règlement des questions militaires l’amenèrent cependant à faire preuve de précieux talents. S’il ne réussit pas à atteindre un rang plus élevé, ce fut principalement par suite de la position de son protecteur, en marge de la hiérarchie britannique.

Stuart R. J. Sutherland

APC, MG 23, J9.— BL, Add. mss 21661–21892 (mfm aux APC).— PRO, WO 17/1493 ; 17/1496 ; 17/1572 (mfm aux APC).— Times (Londres), 11 juill. 1814.— G.-B., WO, Army list, 1763–1814.— The register book of marriages belonging to the parish of St George, Hanover Square, in the county of Middlesex, J. H. Chapman et G. J. Armytage, édit. (4 vol., Londres, 1886–1897), 2 : 191.— C. G. T. Dean, The Royal Hospital, Chelsea [...] (Londres, 1950), 269, 307.— J. R. B. Moulsdale, The King’s Shropshire Light Infantry (the 53rd/85th Regiment of Foot) (Londres, 1972), 5s.

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Stuart R. J. Sutherland, « MATHEWS, ROBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mathews_robert_5F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   23 août 2014