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ISADORE, chef koutani, né probablement dans la région de Kootenay, Colombie-Britannique ; décédé en 1894 dans la réserve de St Mary, près de Cranbrook, Colombie-Britannique.

Comme bien des chefs indiens de la fin du xixe siècle, c’est au cours de la période de changements et de tensions engendrés par l’avance des Européens dans l’ouest du Canada qu’Isadore dirigea son peuple. Sa bande, appelée la bande du fort Steele et, plus tard, de St Mary, était l’une des bandes de Koutanis d’en Haut qui vivaient le long des passages supérieurs du fleuve Columbia et de la rivière Kootenay, dans le sud-est de la Colombie-Britannique. Plus que tous les autres Indiens de l’ouest des Rocheuses, les Koutanis subissaient fortement l’influence culturelle des peuples autochtones des Plaines, où ils avaient autrefois habité. Ils possédaient des chevaux en grand nombre et franchissaient chaque année les montagnes pour aller chasser le bison. Vers la fin des années 1870 cependant, comme les troupeaux diminuaient, Isadore et ses compagnons revenaient de ces expéditions les mains vides. Les Koutanis durent donc se tourner de plus en plus vers l’élevage et l’agriculture, et ce, au moment où les colons et les chercheurs d’or commençaient à s’installer sur leur territoire. C’est dans ce contexte qu’Isadore atteignit un rang éminent.

Au dire de tous, Isadore était un homme impressionnant et digne qui, en raison de sa richesse et de son énergie, avait beaucoup d’emprise sur son peuple. Le surintendant de la Police à cheval du Nord-Ouest, Samuel Benfield Steele*, le décrivit, plus tard, comme le chef indien le plus influent qu’il ait rencontré et raconta que même Pied de Corbeau [Isapo-muxika*] et Red Crow [Mékaisto] « n’avaient pas osé, au sommet de leur puissance, exercer autant d’influence qu’Isadore ». Cette autorité, Isadore la devait à sa personnalité même, au respect que l’on accordait traditionnellement au chef et, dans les années 1880, à ses relations avec les Oblats de Marie-Immaculée de la mission Saint-Eugène, sur la rivière St Mary (il était presque certainement baptisé et demandait parfois conseil aux missionnaires). Isadore ne parvint cependant pas à maîtriser les forces extérieures que subissait son peuple, malgré l’ascendant indiscutable qu’il exerçait sur lui.

À l’instar de bien des Indiens de la Colombie-Britannique, Isadore entra en conflit avec les colons et le gouvernement, qui défendait leurs intérêts, sur deux questions non sans rapport l’une avec l’autre : le territoire et l’ordre public. Le commissaire des réserves indiennes Peter O’Reilly* délimita en 1884 les réserves destinées à la bande d’Isadore et, fidèle à son habitude, il fit peu de cas des exigences ou des besoins des autochtones. Les Koutanis comprirent, aussi âprement que les autres groupes indiens, le contraste entre la politique des terres indiennes appliquée en Colombie-Britannique et celle des Prairies. On ne leur avait jamais offert de signer un traité et ils avaient reçu des territoires plus petits que ceux que leurs voisins pieds-noirs avaient obtenu de l’autre côté des montagnes grâce au traité no 7 conclu en 1877. Isadore refusa les offres d’O’Reilly parce qu’elles excluaient plusieurs des camps préférés des Koutanis, en particulier une parcelle de terre fertile appelée la prairie de Joseph (Cranbrook) qu’il avait lui-même cultivée durant des années. Son prestige diminua encore trois ans plus tard quand on arrêta un des membres de sa bande, Kapula, soupçonné à tort d’avoir participé au meurtre de deux mineurs. Comme il estimait que l’application de la discipline dans sa tribu lui incombait, Isadore attaqua la prison de Wild Horse Creek et libéra Kapula en mai 1887. Les colons, qui craignaient un « soulèvement indien », demandèrent alors l’intervention du gouvernement de la Colombie-Britannique.

Plus soucieux d’assurer la sécurité que de faire des concessions territoriales aux Indiens, le gouvernement provincial forma une commission qui persuada Isadore de lui rendre Kapula. On fit venir de Lethbridge (Alberta) un détachement de la Police à cheval du Nord-Ouest, commandé par Steele. Ce dernier constata que les Koutanis étaient généralement disciplinés et respectueux de la loi et il relâcha Kapula en août après une brève enquête. Le 22 septembre 1887, on envoya chez les Koutanis trois commissaires provinciaux, dont O’Reilly, pour discuter de la question des terres. Après avoir examiné les réserves en l’absence d’Isadore et de sa bande, ils confirmèrent la décision d’O’Reilly selon laquelle la prairie de Joseph devait être rendue à son propriétaire, le colonel James Baker, éleveur et député à l’Assemblée législative. Steele avertit Isadore que s’il ne se pliait pas aux décisions de la commission, on nommerait un autre chef à sa place. Quoi que Steele ait pu penser de la justice de ces décisions, il avait le devoir de les faire respecter. Apparemment impressionné par la démonstration de force de Steele, Isadore reconnut, semble-t-il, la futilité de la lutte armée ; il ne pouvait qu’acquiescer.

Isadore se retira à la rivière Kootenay, sur une parcelle de terre que les autorités provinciales lui avaient accordée et, durant les dernières années de sa vie, s’occupa de mettre sa ferme en valeur. Au cours de l’hiver de 1893–1894, les Koutanis furent assaillis par la grippe, et un grand nombre de vieillards, dont Isadore, en moururent. L’agent des Affaires indiennes Robert Leslie Thomas Galbraith enregistra la mort du chef avec la remarque qu’il était « l’un des hommes les plus remarquables de la tribu, un Indien très volontaire qui, que ce soit un bien ou un mal, avait eu beaucoup d’influence sur son peuple ».

Robin Fisher

Canada, Parl., Doc. de la session, 1885–1895, particulièrement 1895, no 14 : 162 (rapports annuels du dép. des Affaires indiennes).— S. B. Steele, Forty years in Canada : reminiscences of the great north-west [...], M. G. Niblett, édit. (Toronto et Londres, 1918 ; réimpr., 1972).— R. E. Cail, Land, man, and the law : the disposal of crown lands in British Columbia, 1871–1913 (Vancouver, 1974).— R. [A.] Fisher, Contact and conflict : Indian-European relations in British Columbia, 1774–1890 (Vancouver, 1977).— H. H. Turney-High, Ethnography of the Kutenai (Menasha, Wis., 1941).— J. C. Yerbury, « Nineteenth century Kootenay settlement patterns », Western Canadian Journal of Anthropology (Edmonton), 4 (1975), no 4 : 23–35.

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Robin Fisher, « ISADORE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/isadore_12F.html.

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Auteur de l'article:   Robin Fisher
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   24 avril 2014