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BROWN, JOHN GEORGE, dit Kootenai Brown, prospecteur, habitant du front pionnier et fonctionnaire, né le 10 octobre 1839 à Ennistymon (république d’Irlande), fils de John George Brown et d’Ellen Finucane ; le 26 septembre 1868, il épousa à Pembina (Dakota du Nord) Olive Lyonnais, et ils eurent deux filles et un fils, puis Cheepaythaquakasoon (Isabella), et de ce mariage ne naquit aucun enfant ; décédé le 18 juillet 1916 dans le Parc national des lacs Waterton, Alberta.

Devenu orphelin très jeune, John George Brown fut élevé par sa grand-mère. Son grand-père avait été officier dans l’armée britannique et, à force de harceler le ministère de la Guerre avec des lettres, sa grand-mère obtint pour Brown un brevet d’officier sans achat le 13 décembre 1857. Enseigne dans le 8th Foot, il servit quelque temps en Inde. En 1861, il quitta l’armée, vendit son brevet et, avec son ami Arthur Wellesley Vowell, se mit en route pour les régions aurifères de Caribou, dans la nouvelle colonie de la Colombie-Britannique.

Arrivés à Victoria en février 1862, les deux hommes se rendirent jusqu’aux gisements, mais ne découvrirent aucun filon. Vowell regagna la côte. Brown resta sur place, puis se rendit à Wild Horse Creek (Wild Horse River) après avoir entendu dire qu’on y avait trouvé de l’or. La chance ne lui sourit pas davantage. En mars 1865, il trouva plutôt un emploi de constable. Cependant, en juillet, il partit pour le fort Edmonton (Edmonton) avec quatre compagnons, encore une fois dans l’espoir de découvrir de l’or.

Après être passés par le col Boundary (col South Kootenay, Colombie-Britannique), les cinq hommes arrivèrent aux lacs Kootenay (lacs Waterton), dans ce qui est maintenant le sud-ouest de l’Alberta. Brown déclara par la suite qu’il avait décidé à ce moment-là de revenir un jour vivre dans cette magnifique contrée. Peu après, les voyageurs se séparèrent parce que des différends régnaient entre eux et parce qu’ils avaient eu, avec un groupe de guerriers pieds-noirs, un affrontement au cours duquel Brown avait été blessé. Brown se rendit à l’établissement du lac aux Canards (Duck Lake, Saskatchewan) et y passa l’hiver avec les Métis. Au printemps de 1866, il reprit la route à destination d’Upper Fort Garry (Winnipeg).

Après avoir fait de la traite avec les Amérindiens dans la région de la rivière Whitemud jusqu’à l’année suivante, Brown trouva un emploi de messager dans une société privée qui exploitait un service de messageries rapides par relais de cavaliers pour l’armée américaine dans les territoires du Dakota et du Montana. L’entreprise fit faillite en 1868, mais l’armée engagea Brown comme « excursionniste » civil. Durant six ans, il fut messager, entrepreneur, guide et interprète. C’était une existence aventureuse : des accidents se produisaient, le temps changeait de manière imprévisible, les trajets n’étaient indiqués sur aucune carte. Brown faillit même perdre la vie en mai 1868 lorsqu’il fut capturé par Sitting Bull [Tatanka I-yotank*] et ses guerriers, qui résistaient à la présence de l’armée sur leurs terres.

Quand Brown cessa d’être employé de l’armée, le 4 juin 1874, lui-même et sa famille se joignirent aux Métis, car sa femme, Olive Lyonnais, appartenait à cette communauté. Avec eux, il participa à quelques-unes des dernières grandes chasses au bison. Pendant un moment, après que les troupeaux de bisons eurent disparu de la région, il empoisonna des loups pour les dépouiller de leur fourrure. En avril 1877, il tua un homme au cours d’une bagarre. Emprisonné au fort Benton, dans le Montana, il tenta de se suicider. Toutefois, le jury d’accusation territorial n’ayant pas trouvé de preuves suffisantes pour l’accuser de meurtre, il fut relâché le 12 novembre.

Fidèle à sa décision antérieure, Brown emmena alors sa femme et leurs enfants aux lacs Kootenay. Après avoir fait de la traite avec un associé durant une courte période, il se mit à chasser et à pêcher pour subvenir aux besoins de sa famille, car le gibier et le poisson abondaient dans la région. Périodiquement, la Police à cheval du Nord-Ouest l’embauchait à titre temporaire comme guide ou transporteur par convois de chevaux ou de mulets. Entre l’automne de 1883 et le printemps de 1885, Olive mourut. Leur fils fut placé à l’école de la mission catholique de Saint-Albert ; on ne sait pas ce qu’il advint de leurs filles. Quelques années plus tard, une Crie, Cheepaythaquakasoon, devint l’épouse de Brown à la façon du pays. Elle ne parlait pas l’anglais, mais le comprenait. Elle savait très bien tirer au fusil, et voyageait souvent avec Brown et gardait le campement lorsqu’il allait chasser le gros gibier.

Lorsque la rébellion du Nord-Ouest éclata, en 1885, Brown servit en tant qu’éclaireur en chef au sein des Rocky Mountain Rangers, groupe de défense organisé pour la circonstance par les résidents de la région de Fort Macleod. Cette unité faisait des patrouilles, mais elle ne participa à aucun combat. En outre, parce qu’il connaissait bien la région, Brown accompagna en 1888 le contingent de la Police à cheval du Nord-Ouest qui revenait de Wild Horse Creek, où il avait été envoyé pour empêcher que l’agitation parmi les Koutanis ne dégénère en hostilités [V. Isadore*]. En 1898, soit au moment où on construisait le tronçon du chemin de fer canadien du Pacifique qui franchissait la passe du Nid-de-Corbeau, Brown fut transporteur par convois pour des sociétés privées desservant la compagnie ferroviaire.

À mesure que le transcontinental ouvrait l’Ouest canadien aux gens de l’extérieur, Brown commença à servir de guide à des groupes dans la région des lacs Kootenay. Cependant, lui-même et les éleveurs des alentours s’inquiétaient des effets que la présence des visiteurs, de plus en plus nombreux, aurait sur la flore et la faune, et ils firent part de leurs préoccupations à des fonctionnaires et hommes politiques fédéraux. Le 30 mai 1895, le gouvernement d’Ottawa mit de côté un canton et demi pour constituer la réserve forestière des lacs Kootenay. En 1901, pour y établir une présence gouvernementale, les autorités nommèrent Brown fonctionnaire des pêches. Ce dernier détint ce poste jusqu’en 1912. Dans ses rapports, surtout pendant la période où les effets d’un court boom pétrolier se firent sentir [V. John Lineham], Brown insistait sur la nécessité de multiplier les mesures de protection des ressources. Surnommé Kootenai Brown parce qu’il habitait la région depuis longtemps et était connu pour son attachement à la réserve forestière, il se vit confier des pouvoirs supplémentaires en tant que garde forestier en 1910, quand on jugea nécessaire de renforcer la surveillance. Quatre ans plus tard, en grande partie sur sa recommandation, le gouvernement agrandit de beaucoup la superficie de la réserve et la transforma en parc national. Rebaptisé Parc national des lacs Waterton, le territoire fut placé sous la surintendance de quelqu’un d’autre. Brown, qui avait 75 ans, resta garde du parc jusqu’à sa mort.

Dans ses dernières années, John George Brown, ou Kootenai Brown, se plaisait à raconter des histoires des premiers temps de l’Ouest aux nouveaux arrivants. Il le faisait avec talent. Néanmoins, le présent et le monde en évolution qui l’entourait l’intéressaient aussi. À l’âge de plus de 70 ans, il demanda une machine à écrire pour sa correspondance de garde forestier. Dans son journal personnel, on trouve plus d’une fois la mention : « Exercices à la machine à écrire ». Il était abonné à divers journaux et revues, et avait une bibliothèque étonnamment bien garnie. En cas de tempête, il passait souvent « toute la journée à la maison à lire ». À mesure qu’il vieillissait, les questions spirituelles le préoccupaient de plus en plus. Peut-être parce que, au fil des ans, il avait côtoyé des gens appartenant à une grande variété de religions, il opta pour la théosophie plutôt que pour l’une des Églises traditionnelles. En 1898, il demanda à s’inscrire à la Theosophical Society in America, dont il demeura un fervent adepte pendant le reste de sa vie.

William Rodney

Depuis 1916, de nombreux comptes rendus dans les journaux et articles de magazine ont perpétué les mythes et les légendes qui ont fini par entourer le personnage de Brown. La plupart de ces mythes et légendes sont résumés dans [J. W.] G. MacEwan, Fifty mighty men (éd. spéciale, Saskatoon, 1982). Diverses inexactitudes sont aussi répétées dans George Woodcock, Faces from history : Canadian profiles & portraits (Edmonton, 1978). On trouve une liste complète des sources et des ouvrages sur la vie de Brown dans William Rodney, Kootenai Brown : his life and times, 1839–1916 (Sidney, C.-B., 1969).

Bibliographie générale

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William Rodney, « BROWN, JOHN GEORGE, Kootenai Brown », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/brown_john_george_14F.html.

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Auteur de l'article:   William Rodney
Titre de l'article:   BROWN, JOHN GEORGE, Kootenai Brown
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   23 septembre 2014