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DECOIGNE, FRANÇOIS, trafiquant de fourrures, né à Berthierville (Québec) ; circa 1798–1818.

Même si, en 1818, on a parlé de François Decoigne comme du « célèbre Monsieur De Quoine », il reste que nous connaissons peu de chose de sa vie et de sa carrière. Il était vraisemblablement dans l’Ouest en 1795, car, de ce que dit Gabriel Franchère*, qui voyagea avec lui en 1814, on peut déduire que Decoigne était dans les environs du fort George (près de Lindbergh, Alberta) 19 ans plus tôt. En septembre 1798, David Thompson* l’y vit travailler comme commis de la North West Company sous les ordres de John McDonald* of Garth. En mai 1799, Thompson donna ordre à Decoigne de construire un poste à l’embouchure de la Petite Rivière des Esclaves (près du lac des Esclaves, Alberta), où Peter Fidler* le rencontra au mois de janvier suivant. Pour la saison de traite de 1800–1801, Decoigne retourna à la rivière Saskatchewan-du-Nord, hivernant cette fois à quelque 20 milles en amont du fort George ; il y construisit le fort de l’Isle. En 1804, il était devenu commis en chef de la North West Company dans le département d’Athabasca ; il semble avoir conservé ce poste pendant plusieurs années.

Le 20 juin 1806, Alexander Henry notait l’arrivée de Decoigne, accompagné de McDonald, au fort Bas-de-la-Rivière (Fort Alexander, Manitoba) ; en août 1808, Decoigne était apparemment sous les ordres de Henry. Cet hiver-là (1808–1809), Decoigne rouvrit le vieux poste de South Branch House de la North West Company, pour faire échec au trafic de la Hudson’s Bay Company à Carlton House (près de Batoche, Saskatchewan), situé tout près. Il était encore sur la Saskatchewan-du-Sud au printemps de 1810, au moment où il fut rapporté à Henry que les hommes de Decoigne, par suite de leur négligence, avaient perdu 120 « tauraux » (sacs de cuir contenant du pemmican).

En 1813, Decoigne s’était transporté plus loin à l’ouest. Il construisit, cette année-là, Rocky Mountain House (Jasper House, Alberta). Au mois de mai de l’année suivante, Franchère arriva, venant du fleuve Columbia ; le 24, ils partirent ensemble pour le fort William (Thunder Bay, Ontario), où les associés de la North West Company tenaient leur rendez-vous annuel. Les procès-verbaux de la compagnie pour le mois de juillet 1814 rapportent que « M. Decoigne s’introduisit par effraction dans un dépot, en soutirant deux canons – réputé s’être montré extravagant à d’autres égards, [il] a reçu l’ordre de partir et est allé à Montréal – rien d’autre, par ailleurs, contre réputation ».

Decoigne n’allait pas rester longtemps dans l’Est. Le 3 octobre, Colin Robertson*, qui préparait la première expédition de la Hudson’s Bay Company à être équipée à Montréal, l’engagea pour le pays de l’Athabasca. Décrit par Robertson comme « l’un des meilleurs trafiquants qu’eut jamais la North West Company », Decoigne remporta de grands succès au cours de ses deux premières saisons au poste de la Hudson’s Bay Company au Petit Lac des Esclaves ; mais, en décembre 1816, la North West Company s’empara de son poste et de ses provisions. Bien qu’il voulût se retirer à Montréal, il céda devant l’offre que lui fit la Hudson’s Bay Company d’un salaire de £300 pour passer un autre hiver dans l’Ouest. S’installant sur les rives du lac Athabasca, Decoigne « fut isolé tout l’hiver dans sa maison et ne vit pas un Indien ». Ses efforts antérieurs, néanmoins, avaient de toute évidence porté fruit : en août 1818, Robertson put rapporter à lord Selkirk [Douglas] que « les efforts ou, comme certains l’affirment, l’extravagance de Decoigne ont établi le [poste du] Petit Lac des Esclaves d’une façon permanente ». Ce printemps là, insatisfait du règlement de ses comptes par la Hudson’s Bay Company, Decoigne quitta définitivement l’Ouest pour s’établir à Montréal.

La relative obscurité de la carrière de François Decoigne est caractéristique de nos connaissances fragmentaires des Nor’Westers. La North West Company employa des centaines d’hommes, et beaucoup d’un niveau comparable à celui de Decoigne ; néanmoins, les mentions qui sont faites d’eux et de leurs travaux sont rares. Si les renseignements manquent, ce n’est pas faute à la compagnie d’avoir conclu des ententes officielles avec ses hommes ou d’avoir gardé les pièces relatives à leurs transactions, mais bien parce que beaucoup de documents de la compagnie furent perdus ou détruits dans les années qui suivirent sa fusion avec la Hudson’s Bay Company, en 1821. Quelques Nor’Westers tinrent un journal personnel, dans lequel leurs associés sont parfois nommés. Les journaux de la Hudson’s Bay Company mentionnent à l’occasion des trafiquants de la compagnie rivale, et ceux qui furent encore employés après la fusion y apparaissent comme des employés de la Hudson’s Bay Company. Néanmoins, il est possible que l’histoire de nombreux hommes de la North West Company, à l’instar de celle de Decoigne, ne soit jamais connue avec une abondance de détails.

En collaboration avec Marjorie Wilkins Campbell

UTL-TF, ms coll. 30.— Docs. relating to NWC (Wallace), 290.— Gabriel Franchère, Journal of a voyage on the north west coast of North America during the years 1811, 1812, 1813, and 1814, W. T. Lamb, trad., introd. de W. K. Lamb, édit. (Toronto, 1969).— New light on early hist. of greater north-west (Coues).— [Colin Robertson], Colin Robertson’s correspondence book, September 1817 to September 1822, E. E. Rich et R. H. Fleming, édit. (Londres, 1939 ; réimpr., Nendeln, Liechtenstein, 1968), 210.— A.-G. Morice, Dictionnaire historique des Canadiens et des Métis français de l’Ouest (2e éd., Québec, 1912).— J. G. MacGregor, Peter Fidler : Canada’s forgotten surveyor, 1769–1822 (Toronto et Montréal, 1966).— Morton, Hist. of Canadian west.

Bibliographie générale

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En collaboration avec Marjorie Wilkins Campbell, « DECOIGNE, FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/decoigne_francois_5F.html.

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Auteur de l'article:   En collaboration avec Marjorie Wilkins Campbell
Titre de l'article:   DECOIGNE, FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   20 octobre 2014