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DALY, THOMAS MAYNE, avocat, homme politique, fonctionnaire et juge, né le 16 août 1852 à Stratford, Haut-Canada, deuxième fils de Thomas Mayne Daly* et de Helen McLaren Ferguson ; le 4 juin 1879, il épousa à cet endroit Margaret Annabella Jarvis, et ils eurent deux fils ; décédé le 24 juin 1911 à Winnipeg.

Le grand-père paternel de Thomas Mayne Daly, John Corry Wilson Daly*, fut le premier maire de Stratford. Son père fut également maire de cette ville et représenta Perth à l’Assemblée législative de la province du Canada, puis Perth North à la Chambre des communes et à l’Assemblée législative de l’Ontario. Daly grandit donc dans un foyer où l’on parlait surtout de politique et où les devoirs du citoyen allaient de soi. Il fit ses études à l’Upper Canada College de Toronto et fut admis en 1876 au Barreau de l’Ontario. De 1877 à 1881, il pratiqua le droit à Stratford, où il fit ses premières armes en politique à titre de conseiller municipal et de président du conseil des écoles publiques.

Parti pour l’Ouest canadien en juillet 1881, Daly fut parmi les premiers à s’établir à Brandon, au Manitoba. Il fut reçu au barreau de cette province en 1884 et exerça à Brandon jusqu’en 1892, après quoi il s’installa à Winnipeg. Fidèle à la tradition familiale, il se distingua bientôt sur la scène publique. Il devint en 1882 le premier maire de Brandon et fut réélu en 1884. Au fil des ans, il fut aussi président du district judiciaire Ouest, membre du bureau d’Éducation de Manitoba, président de la Brandon Liberal-Conservative Association et membre du conseil de la Société légale de Manitoba. Le gouverneur général, lord Stanley*, le fit conseiller de la reine en 1890.

En 1887, Daly fut élu, sous la bannière conservatrice, député de Selkirk à la Chambre des communes. Il détiendrait ce siège jusqu’aux élections générales de 1896, où il refuserait de se porter candidat. Bien qu’il n’ait été d’abord que député gouvernemental de l’arrière-ban, il étudiait soigneusement ses dossiers, et ses interventions en Chambre étaient rapides et combatives. Aussi ne tarda-t-il pas à devenir un porte-parole important du Manitoba et du Nord-Ouest. Pendant sa première législature, il se donna beaucoup de mal pour étudier, expliquer et défendre les aspects de la politique gouvernementale touchant l’Ouest – la Politique nationale en particulier – ainsi que les plans d’immigration du gouvernement, qui suscitaient la controverse. Toutefois, il ne suivait pas aveuglément la ligne de son parti. Adversaire résolu du monopole de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique au moment de son entrée en politique fédérale, il s’opposa à son gouvernement en juin 1887 parce que celui-ci persistait à refuser de reconnaître les chartes ferroviaires concédées par le Manitoba [V. John Norquay*]. Dans les cinq années suivantes, il aborda régulièrement des questions relatives à l’Ouest et se révéla à l’aise dans les débats les plus virulents.

Le 17 octobre 1892, lorsque le premier ministre du pays, sir John Joseph Caldwell Abbott*, nomma Daly ministre de l’Intérieur et surintendant général des Affaires indiennes, la chose parut donc toute naturelle. Daly détiendrait ce portefeuille jusqu’au départ du gouvernement de sir Mackenzie Bowell en avril 1896. Les gens de l’Ouest furent heureux de sa nomination : selon eux, il était le premier titulaire du poste de ministre de l’Intérieur à comprendre leur région et à en envisager les problèmes dans une large perspective. Son mandat de trois ans et demi fut marqué par l’éviction du surintendant général adjoint Lawrence Vankoughnet, homme inflexible et parcimonieux à qui succéda Hayter Reed, dans le cadre d’une réorganisation du département, depuis longtemps nécessaire, et d’un effort concerté en vue de relancer la politique gouvernementale d’immigration. Aux Communes, Daly était toujours aussi sûr de lui, mais son indépendance d’esprit était moins apparente.

Trois questions surtout retinrent l’attention du ministre Daly. La première fut la question des écoles du Manitoba [V. Thomas Greenway*]. Daly avait beau être un fervent protestant et s’opposer aux écoles confessionnelles, il soutenait quand même, à l’instar de son gouvernement, que la minorité catholique, comme tout groupe minoritaire, pouvait de plein droit défendre ses intérêts et bénéficier d’une protection. Il prônait la tolérance envers la minorité catholique du Manitoba, les protestants de la province de Québec et les catholiques de l’Ontario. Dans les derniers mois de son mandat, il défendit souvent en Chambre la loi réparatrice proposée par le gouvernement Bowell.

Les deux autres questions, qui relevaient de son département, étaient l’immigration et la politique gouvernementale à l’endroit des peuples autochtones. Daly prônait depuis longtemps l’amélioration de l’immigration, mais il se trouvait souvent sur la défensive, à expliquer la politique gouvernementale et à contrer les critiques. Bien qu’il ait fait de son mieux pour garantir au Canada un afflux constant d’immigrants, il ne pouvait ni stopper l’émigration canadienne vers les États-Unis, où les perspectives économiques étaient plus alléchantes, ni convaincre les candidats britanniques à l’immigration de choisir l’Ouest canadien plutôt que l’Ouest américain. À propos des autochtones, il acceptait tout bonnement le présupposé selon lequel ils étaient imprévoyants et indisciplinés. Il défendait le système des réserves, car il avait la ferme conviction que les Amérindiens étaient des « sauvages incultes » et que le gouvernement avait le devoir de « les élever, autant que possible, jusqu’au niveau de leurs voisins blancs ». Selon lui, l’avenir des autochtones dépendait non pas des anciens, mais des enfants, qu’il fallait former en vue d’en faire des « citoyens utiles ». Les pensionnats étaient essentiels puisque religion et éducation devaient aller de pair. La plupart des collègues de Daly nourrissaient les mêmes préjugés. En tant que ministre, il ne favorisa nullement l’apparition de nouvelles façons de voir ; au contraire, il défendit le statu quo et fit barrage à la critique.

Daly choisit de ne pas briguer les suffrages en 1896. Après avoir fait un bref séjour en Angleterre et en France en rapport avec un plan de réorganisation du système canadien d’immigration, il s’établit à Rossland, en Colombie-Britannique, où il pratiqua le droit durant six ans avant de se réinstaller à Winnipeg en 1902 et de s’intégrer au cabinet d’avocats Daly, Crichton, McClure, and Cohen. Au cours des huit années suivantes, il joua un rôle de premier plan à Winnipeg. Il fut nommé magistrat de police en 1904 et contribua à convaincre le procureur général de la province, Colin H. Campbell, de créer à Winnipeg un tribunal de la jeunesse. Le 5 février 1909, il devint le premier juge de cette cour, la première du genre au Canada.

Une fois de retour à Winnipeg, Daly s’intéressa vivement aux œuvres du Children’s Hospital, de la Margaret Scott Nursing Mission, de la Young Men’s Christian Association, de l’Armée du salut et de l’église anglicane St Luke. Au cours de cette période relativement stable, il put enfin laisser libre cours à sa passion pour le cricket et devint vice-président de la Canadian Cricket Association. Par ailleurs, il ne manqua pas une occasion de défendre en public une cause qui lui tenait à cœur : la fédération impériale. Il fit une dernière apparition sur la scène politique en se présentant dans Brandon aux élections générales de 1908 sous la bannière conservatrice, mais Clifford Sifton* l’emporta sur lui par 69 voix. En outre, il trouva le temps d’écrire un ouvrage intitulé Canadian criminal procedure, as the same relates to summary convictions and summary trials. Paru à Toronto en 1911 et plusieurs fois réédité, cet ouvrage constitue un apport majeur aux études juridiques canadiennes. Daly mourut le 24 juin 1911 et fut inhumé à Stratford.

Thomas Mayne Daly joua un rôle important sur la scène fédérale en guidant la réorganisation du département de l’Intérieur et en jetant les bases de la politique d’immigration de Sifton. Dans les sphères provinciale et municipale, il se distingua en acceptant de bonne grâce des responsabilités publiques et en soutenant avec discrétion et constance des organismes embryonnaires d’assistance sociale.

John Kendle

AN, MG 27, I, D6.— PAM, GR 1662 ; MG 12, E ; MG 14, C 14.— Manitoba Free Press, 1887–1911.— Stratford Beacon-Herald (Stratford, Ontario), 15 sept. 1938.— Winnipeg Telegram, 1887–1911.— Winnipeg Tribune, 1887–1911.— George Bryce, A history of Manitoba ; its resources and people (Toronto et Montréal, 1906).— Canada, Chambre des communes, Débats, 1887–1896.— D. J. Hall, Clifford Sifton (2 vol., Vancouver et Londres, 1981–1985), 1.— Manitoba Culture, Heritage and Recreation, Hist. resources branch, Thomas Mayne Daly ([Winnipeg], 1982).— R. St G. Stubbs. « The first juvenile court judge : the Honourable Thomas Mayne Daly, {{k.c}}. », Manitoba, Hist. and Scientific Soc., Papers (Winnipeg), 3e sér., nos 34–35 (1977–1979) : 49–66.— L. H. Thomas, The struggle for responsible government in the North-West Territories, 1870–97 (Toronto, 1956).— E. B. Titley, A narrow vision : Duncan Campbell Scott and the administration of Indian Affairs in Canada (Vancouver, 1986).

Bibliographie générale

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John Kendle, « DALY, THOMAS MAYNE (1852-1911) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/daly_thomas_mayne_1852_1911_14F.html.

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Auteur de l'article:   John Kendle
Titre de l'article:   DALY, THOMAS MAYNE (1852-1911)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
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