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BEAMER (Beemer, Bemer), JACOB R., charpentier, hôtelier et patriote, né vers 1810 dans le comté de Norfolk, Haut-Canada, fils de Joseph Beamer et d’une prénommée Mary ; de sa femme, qui portait aussi le prénom de Mary, il eut deux enfants ; circa1837–1847.

Le père de Jacob R. Beamer partit du New Jersey pour le Haut-Canada en 1796 et obtint une concession dans le canton de Townsend. C’est là que grandit Jacob, au sein d’une nombreuse famille. Il devint d’abord charpentier et, par la suite, hôtelier lorsque son père et lui ouvrirent une taverne à Scotland, dans le canton d’Oakland.

En décembre 1837, Beamer, qui était réformiste, entendit dire que le leader du mouvement réformiste, William Lyon Mackenzie*, avait pris Toronto et que les autorités cherchaient à arrêter Charles Duncombe* et Eliakim Malcolm*, deux réformistes en vue dans la région. Ces derniers optèrent pour la rébellion et Malcolm tint une assemblée à la taverne des Beamer, le 7 décembre, dans le but de recruter des hommes. Le père de Jacob et son frère David appuyaient la cause des rebelles ; Jacob lui-même s’occupait d’instruire les recrues et de réunir des armes. Toronto n’avait cependant pas été pris ; en réalité, les troupes du gouvernement dirigées par Allan Napier MacNab* étaient sur le point de fondre sur la troupe bigarrée de Duncombe et de Malcolm. Informés de ce fait nouveau le 13 décembre, les insurgés battirent en retraite et s’enfuirent ; parvenu à Simcoe, Jacob se livra. Les autorités le libérèrent, mais envoyèrent son père à la prison de Hamilton. Plus tard, lorsque Jacob découvrit qu’il devait être mis en accusation, il se sauva à Niagara Falls, dans l’État de New York, où il continua à travailler pour la cause des rebelles.

En juin 1838, sous les ordres de James Morreau, Beamer commandait une compagnie de la « Canada Volunteer Army », au sein du « Patriot Service ». Vingt-neuf hommes de cette « armée » pénétrèrent dans le Haut-Canada en traversant la rivière Niagara le 11 juin pour porter « des armes et des munitions à Short Hills » et apporter « l’indépendance au Canada ». Ils s’aperçurent vite qu’on les avait induits en erreur ; la région de Niagara n’était pas mûre pour la rébellion. Morreau voulut faire marche arrière, mais Beamer et d’autres « décidèrent de persévérer ». Durant la nuit du 20 juin, les rebelles descendirent donc au village de St Johns (St Johns West). Beamer et sa compagnie pillèrent quelques maisons avant que la troupe, renforcée par quelques villageois, ne s’attaque à une auberge qui logeait un petit contingent des Queen’s Lancers. Ils capturèrent les soldats, mais eurent tôt fait de les relâcher, au grand déplaisir de Beamer, qui voulait les faire tuer.

Les attaquants se dispersèrent alors, mais la plupart furent bientôt arrêtés. On prit Beamer à St Thomas et on l’envoya à Niagara (Niagara-on-the-Lake) via London. Le 17 août, jour du procès de Beamer, Morreau avait déjà été exécuté. Le père de Jacob et deux des rebelles, Stephen Hart et Edward Seymour, vinrent à la barre des témoins et firent des efforts désespérés pour le faire acquitter, mais ce fut en vain. Le lieutenant-gouverneur sir George Arthur* estimait que son cas était des plus graves ; il fut donc très contrarié lorsque le gouverneur en chef, lord Durham [Lambton], intervint pour le sauver de l’échafaud et le déporter à vie dans la terre de Van Diemen (Tasmanie) avec d’autres condamnés.

On expédia Beamer et plusieurs prisonniers politiques d’abord en Angleterre, où ils débarquèrent en décembre 1838, puis on les achemina vers la terre de Van Diemen, où Beamer arriva en janvier 1840. À ce moment, il s’était déjà fait des ennemis acharnés parmi ses ex-compagnons de Short Hills. Au début de 1842, trois d’entre eux, Samuel Chandler*, James Gammill (Gemmell, Gamble) et Benjamin Wait* s’évadèrent. Le 28 juin 1842, pour éveiller l’indignation publique, Gammill rapporta dans le Daily Plebeian de New York que Beamer était devenu constable. Wait pour sa part déclara dans Letters from Van Dieman’s Land [...], paru aux États-Unis en 1843, que Beamer avait régulièrement trahi ses camarades dans l’espoir d’obtenir une commutation de peine. Linus Wilson Miller* confirma les accusations de Wait après avoir obtenu sa grâce en 1844. Dans Notes of an exile to Van Dieman’s Land [...], publié en 1846, il affirma même que Beamer avait commis une trahison dès 1838 en dévoilant aux autorités un plan secret conçu pour faire évader les prisonniers d’État de la prison de Hamilton. Miller ajoutait qu’au moment où il avait quitté la colonie pénitentiaire pour les États-Unis en 1845, Beamer avait sombré dans la dépravation et dans une situation désespérée. Juste avant de quitter la terre de Van Diemen, au début de mars 1847, un autre prisonnier libéré, Elijah Crocker Woodman, nota que Beamer était encore « en captivité ».

Ce qu’il advint de Jacob R. Beamer par la suite demeure un mystère. Il est peut-être le Jacob Bremmer qui fut condamné à Melbourne en juillet 1851 à deux ans de travaux forcés pour contrefaçon, ou le Jacob Beemer qui vivait dans cette ville en 1856–1857. Quitta-t-il ou non l’Australie ? On peut concevoir qu’il retourna dans le Haut-Canada. De toute façon, de nombreuses personnes, y compris des camarades d’antan, se souvenaient de lui comme d’un « traître ».

Colin Frederick Read

L’auteur remercie le personnel de l’ADBpour les informations qu’il lui a fournies.  [c. f. r.]

APC, MG 24, I26, 65 ; RG 5, A1 : particulièrement 104502–104511, 106180–106185, 108705–108712, 110429–110451, 110820–110821, 111392–111433, 111583–111586, 111977–112007, 112222–112236, 112458–112488, 114649–114651.— PRO, CO 42/450 (mfm aux AO).— L. W. Miller, Notes of an exile to Van Dieman’s Land : comprising incidents of the Canadian rebellion in 1838, trial of the author in Canada, and subsequent appearance before her majesty’s Court of Queen’s Bench, in London, imprisonment in England, and transportation to Van Dieman’s Land [...] (Fredonia, N.Y., 1846 ; réimpr., East Ardsley, Angl., 1968).— Benjamin Wait, Letters from Van Dieman’s Land, written during four years imprisonment for political offences committed in Upper Canada (Buffalo, N.Y., 1843).— Guillet, Lives and times of Patriots.C. [F.] Read, Rising in western U.C. ; « The Short Hills raid of June, 1838, and its aftermath », OH, 68 (1976) : 93–115.

Bibliographie générale

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Colin Frederick Read, « BEAMER, JACOB », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beamer_jacob_r_7F.html.

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Auteur de l'article:   Colin Frederick Read
Titre de l'article:   BEAMER, JACOB
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   23 août 2014