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ATIRONTA (Aëoptahon), baptisé Jean-Baptiste, capitaine au village huron de Cahiagué (près de Hawkestone, en Ontario), le plus important village de la nation des Ahrendarrhonons (Pierres), mort en 1650.

Atironta s’appelait d’abord Aëoptahon, mais lorsqu’il fut nommé chef, en 1642, il prit le nom d’un ancien chef, Atironta (circa 1615). Les hommes les plus éminents du pays furent convoqués à une réunion, et, comme signe de leur amitié à l’égard des Français et parce que l’autre Atironta avait été le premier Huron à se rencontrer avec les Français à Québec, les Français qui se trouvaient alors au pays des Hurons furent aussi invités à assister à la réunion et même à nommer un successeur. Ils déclinèrent l’invitation et les parents de feu Atironta choisirent Aëoptahon. En acceptant ce nom, le nouveau chef assumait les responsabilités de l’ancien, « ressuscitant » ainsi le défunt Atironta ou le ramenant à la vie. La pratique de transmettre à une personne le nom d’un Indien disparu était courante chez les Hurons et, lorsqu’il s’agissait d’un chef, l’occasion était célébrée avec pompe et splendeur.

Après la fondation de la mission de Saint-Jean-Baptiste à Cahiagué, en 1639–1640, Atironta accueillit chez lui les pères Antoine Daniel et Simon Le Moyne. Le peuple s’étant violemment élevé contre les missionnaires, il les abrita et rassembla le conseil des anciens pour permettre aux pères de se déclarer publiquement innocents des calomnies dont ils étaient victimes.

En 1642, Atironta et son frère dirigèrent un groupe de guerriers contre les Iroquois. Son frère fut fait prisonnier, mais Atironta réussit à s’échapper. Il crut que sa foi en Dieu l’avait sauvé, car, avant de partir, il avait défié un démon menaçant qui était venu l’accuser, en rêve, d’être favorable aux chrétiens. À son retour, il reçut le baptême et on lui donna le nom de Jean-Baptiste. Il fut, à cette mission, le premier chrétien adulte en bonne santé. Pour marquer sa joie, il organisa un magnifique festin accompagné de discours.

Atironta prit part au conseil de paix de 1645 auquel assistaient, à Trois-Rivières, les Iroquois, les Hurons, les Algonquins et les Français. Cette réunion fit époque dans l’histoire des Indiens, car elle marqua la dernière tentative vraiment sérieuse de constituer une alliance pacifique en permettant aux Iroquois de participer au lucratif commerce des fourrures auquel se livraient les Hurons, les Algonquins et les Français. À la fin de ces assises, Atironta parla d’une voix ferme et résolue, se réjouissant de l’unité qui allait exister entre les nations et demandant aux Iroquois de « ne trahyr personne, pour nous autres sçachez que nous avons le cœur droit ».

Atironta passa l’hiver de 1645–1646 à l’Hôtel-Dieu de Québec avec les membres de sa famille. Sa femme, Catherine, et son petit garçon, Mathieu, reçurent le baptême en la chapelle de Québec le 23 décembre 1645. On les avait installés au banc du gouverneur. Catherine fit sa première communion à la messe de minuit, le jour de Noël ; la chorale était accompagnée de la musique d’un violon et d’une flûte allemande qui jouait faux. On tira un coup de canon à minuit et la messe commença. Des cierges éclairaient la chapelle, qui était chauffée par deux grandes marmites ; quelques heures plus tard le feu prit au plancher sous l’un de ces brasiers.

Au mois de janvier 1646, un Huron du nom de Tandihetsi demanda à Atironta de représenter sa tribu à un conseil convoqué à Trois-Rivières pour rassurer les Algonquins qui avaient appris – la rumeur se révéla fondée par la suite – que les Iroquois et les Français les avaient écartés du traité de paix de 1645 [V. Kiotseaeton ; Pieskaret]. Atironta partit le 12 janvier et rentra à Québec le 27, le conseil n’ayant « rien réglé ».

Lors d’une visite qu’il fit à Montréal en 1646, Atironta fut très impressionné par la qualité de la récolte de maïs de cet endroit et il conçut le projet de s’y établir avec sa famille. Les Jésuites espéraient que le prestige dont Atironta jouissait parmi les siens aurait pour effet d’attirer d’autres Hurons à Montréal. Les Jésuites étaient d’avis que si les Indiens, et notamment les Hurons, pouvaient apprendre à adopter le mode de vie européen, il serait plus facile de les convertir au christianisme et ils deviendraient ainsi des alliés plus précieux pour les Français, surtout à cette époque où une attaque iroquoise était imminente et la colonie de Montréal particulièrement vulnérable.

En 1647, Atironta représenta de nouveau son peuple à l’occasion d’une nouvelle tentative pour prévenir la guerre contre les Iroquois. Pendant que le chef huron Ondaaiondiont cherchait à conclure une alliance avec les Andastes, Atironta et quatre autres Hurons visitèrent les Onontagués en vue d’une paix séparée. Les Hurons espéraient, de cette façon, diviser et affaiblir les forces iroquoises. Le voyage d’aller prit 20 jours ; il fut suivi d’un mois de pourparler s, et il fallut ensuite 30 jours pour rentrer au pays, car bien que la distance ne fût pas grande, le danger d’être attaqués par l’ennemi en cours de route obligeait les Hurons à faire de longs détours. La mission huronne offrit des pelleteries aux Iroquois et reçut en retour des ceintures de wampum composées de 3 000 à 4 000 perles chacune. Ils avaient espéré obtenir la libération d’une centaine de Hurons qui étaient prisonniers des Onontagués, mais ceux-ci ne permirent qu’à 15 d’entre eux de revenir avec la mission de paix.

Au mois de juin 1650, Atironta, qui avait passé l’hiver à Québec, retournait dans son propre pays avec un groupe de Hurons et de Français, dont le père Bressani, lorsqu’il fut tué avec sept de ses compagnons par une bande d’Iroquois. Quelques jours plus tard, le groupe croisa des Français et des Hurons qui fuyaient le pays huron sous la direction du père Ragueneau, les missions huronnes ayant été détruites par les Iroquois.

 Elsie McLeod Jury

JR (Thwaites).

Bibliographie générale

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 Elsie McLeod Jury, « ATIRONTA (mort en 1650) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/atironta_1650_1F.html.

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Auteur de l'article:    Elsie McLeod Jury
Titre de l'article:   ATIRONTA (mort en 1650)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   21 novembre 2014