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Titre original :  Carl Ahrens as a young artist in Toronto in the 1890s. 
Image courtesy of Kim Bullock, great-grandchild of Carl and Madonna Ahrens.

Provenance : Lien

Ahrens (von Ahrens), Carl Henry (baptisé Carl Heinrich ; on trouve aussi Charles Henry dans des documents paroissiaux), artiste, né le 15 février 1862 à Winfield, Haut-Canada, fils de Herman Frederick Ahrens (von Ahrens) et d’Isabella Penelope Laird, arrière-petit-fils de Friedrich Gaukel* ; le 25 août 1886, il épousa à Toronto Emily Marion Carroll (1861–1929), et ils eurent deux fils et une fille ; le mariage aboutit à une séparation ; le 10 octobre 1906, il épousa civilement à San Francisco Martha Elizabeth Niles (1882–1976), et ils eurent un fils et trois filles, dont l’aînée mourut en bas âge ; le couple se maria religieusement le 14 février 1907 dans la même ville ou à Corte Madera, Californie ; décédé le 27 février 1936 à Toronto et inhumé au cimetière Park Lawn, canton d’Etobicoke (Toronto).

Carl Henry Ahrens vécut une enfance peu conventionnelle. Né dans une famille qui embrassait la théologie d’Emanuel Swedenborg, il fut principalement élevé par son père, à Berlin (Kitchener, en Ontario), après la séparation de ses parents. Petit garçon, il contracta la tuberculose. La maladie s’installa dans sa hanche, affecta sa mobilité de façon permanente et le condamna à une vie de douleur chronique débilitante. Fragile, le jeune Carl Henry conserva toutefois sa nature exubérante et acquit une réputation de farceur dans sa communauté. Il quitta l’école à 16 ans, puis s’établit un an plus tard à Winnipeg pour travailler dans une firme d’avocats. Mal adapté au rythme tranquille, il partit à l’aventure dans des régions qui deviendraient le nord de l’Alberta, et dans l’ouest des États-Unis. Au cours des années suivantes, il immortaliserait son périple en peinture.

À son retour à Berlin en 1881, Ahrens essaya plusieurs métiers, dont celui de teinturier dans une manufacture de boutons dirigée par un oncle. Sa deuxième femme dirait qu’il avait ainsi appris les principes fondamentaux de la couleur. Il travailla ensuite comme apprenti dentiste chez un autre oncle. Non dûment qualifié pour pratiquer cette profession en Ontario, il partit l’exercer dans le Nebraska. Pendant un long séjour chez lui en 1886, il rencontra puis épousa Emily Marion Carroll, de Toronto, qui partageait ses croyances swedenborgiennes, et retourna aux États-Unis avec elle. Il commença alors à s’intéresser à l’art. Accompagné d’Emily Marion et de leur jeune fils, il s’installa à Toronto à la fin de 1887 et loua un petit atelier. De nature sociale, il y recevait d’autres artistes, tels Lucius Richard O’Brien* et Frederic Marlett Bell-Smith*. En apprenant de ces peintres expérimentés, il perfectionna sa technique et son talent naissants. Des acteurs et des écrivains, notamment la poète et récitaliste mohawk Emily Pauline Johnson*, fréquentaient aussi sa demeure. Le Toronto Daily Star dresserait ce portrait du jeune homme : « Doté d’une grande tignasse noire et d’un regard sombre pénétrant, il s’exprimait avec une candeur inhabituelle. Il avait le sens de l’humour et s’indignait pour un rien. Il était, par conséquent, d’excellente compagnie. Il était aussi travailleur et talentueux. »

Dans les premiers tableaux d’Ahrens, à l’aquarelle et à l’huile, figurent un éventail de sujets : des tipis autochtones, des scènes de moisson, des scènes aquatiques et des paysages panoramiques. Les ciels pastel et les crépuscules sombres et mystérieux y révèlent l’influence du romantisme européen. Ahrens, sans formation officielle, manifestait néanmoins un potentiel très prometteur et la présentation de ses œuvres attirait l’attention. En 1889, il exposa à l’Ontario Society of Artists, à laquelle il adhéra l’année suivante. Deux ans plus tard, on l’élit membre associé de l’Académie royale des arts du Canada.

Ahrens acquit ses premières connaissances formelles en 1892. Cette année-là, il se rendit à New York pour étudier auprès de William Merritt Chase, membre de la Hudson River School, et du sculpteur Frank Edwin Elwell. Les toiles datées de cette période montrent l’effet de l’impressionnisme de Chase sur le jeune artiste. Ahrens rencontra aussi le paysagiste George Inness, confrère swedenborgien qui devint son mentor. Inness admirait son travail, mais estimait que sa formation traditionnelle masquait son talent brut. Il le persuada de retourner au Canada et de peindre en exploitant ses dons innés. Ahrens suivit ses conseils. De retour à Toronto en 1896, il se retira des associations d’artistes professionnels auxquelles il appartenait, et se mit à développer un style qu’un rédacteur de Brush and Pencil qualifierait d’« amalgame qui lui [était] entièrement propre ». À cette époque, il commença à travailler pour des magazines, dont le Saturday Night, dans lequel il illustra un certain nombre d’articles, dont le sien, « Song of the rapids », en 1894, et la nouvelle d’Emily Pauline Johnson intitulée As it was in the beginning, en 1899.

Ahrens avait toujours soif d’aventure. À compter de 1896, sa famille et lui vécurent aux États-Unis de façon intermittente. En 1900, alors établis à Lambton Mills (Toronto), ils partirent s’installer à East Aurora, dans l’État de New York. Ahrens, à l’invitation de l’homme d’affaires Elbert Green Hubbard, avait intégré la communauté d’artisans de Roycroft à titre de potier. À une époque où ce métier fleurissait dans le comté de Waterloo, des membres de sa famille l’y avaient initié dans sa jeunesse. Il reste toutefois peu de traces des céramiques qu’il y réalisa. Ahrens ne demeura pas longtemps à Roycroft, en partie à cause d’une querelle avec Hubbard sur des questions de normes artistiques. De plus, vers la fin de la trentaine, il s’était épris de l’artiste et chanteuse adolescente Martha Elizabeth Niles, qu’il appelait Madonna. Leur liaison causa un énorme scandale. À un certain moment, Madonna quitta Roycroft pour New York. En 1905, quand Ahrens jugea ses fils assez vieux pour aider financièrement leur mère, il abandonna sa famille et la rejoignit.

Le travail se faisait rare pour les artistes sans clientèle régulière. Les perspectives d’Ahrens s’améliorèrent néanmoins quand l’auteur George Wharton James lui confia le mandat de peindre de vieilles missions espagnoles en Californie. Madonna et lui se rendirent dans ces lieux éloignés en chariot couvert. Dans ses mémoires sur son mari, Madonna se souviendrait de l’humeur de Carl Henry à cette époque : « Pour lui, ce n’était pas du travail [...] Ça ne lui a jamais traversé l’esprit que ses revenus étaient à peine suffisants pour soutenir notre style de vie modeste. » Ils se marièrent en 1906, un mois avant la naissance de leur premier enfant. La même année, selon Frederick Sproston Challener*, Emily Marion Ahrens se rendit à Toronto et lui dit, ainsi qu’à d’autres, qu’elle ne poursuivrait pas son mari en justice pour bigamie, « contente d’en être débarrassée ». Puisque Challener ne consigna pas la date exacte de la visite d’Emily Marion, la légitimité de l’accusation de bigamie demeure incertaine. Une erreur de sa part reste possible, car il déclara également qu’Ahrens revint au Canada en 1906, plutôt qu’en 1907, en réalité. En rentrant au pays sans avoir régularisé sa situation matrimoniale, Ahrens aurait couru des risques ; on n’a cependant jamais retrouvé de documents de divorce.

Ahrens s’établit avec sa nouvelle femme et son jeune fils dans le village de Meadowvale (Mississauga) avant de s’installer à Toronto en 1908. En mauvaise santé, il peignait peu. Un deuxième mentor, le barrister et officier de milice Malcolm Smith Mercer*, lui vint en aide en lui offrant d’acheter tous ses tableaux pendant les trois prochaines années. Libéré des contraintes financières, Ahrens fut très productif. La plupart des historiens d’art estiment que la collection Mercer, composée de 31 toiles, constitue son œuvre la plus réussie techniquement. Les peintures, exposées à la Toronto Public Reference Library en 1911, reçurent de bonnes critiques. Des Européens offrirent jusqu’à 100 000 $ à Mercer pour les acquérir, mais ce dernier refusa et accepta plutôt une invitation à présenter la collection en Belgique. Pour la première fois, un gouvernement européen demandait ainsi à un artiste canadien de monter une exposition. Or, la Première Guerre mondiale éclata et la manifestation n’eut jamais lieu.

La mort de Mercer durant la guerre mit un terme à l’aisance financière d’Ahrens. En 1920, l’artiste s’installa avec les siens à Woodstock, dans l’État de New York, où il continua de peindre et enseigna la technique du paysage dans la colonie artistique locale. L’année suivante, les Ahrens s’établirent dans une communauté semblable, à Rockport, au Massachusetts. Quelque temps avant 1922, le peintre éprouva de nouveau des ennuis de santé. Il retourna avec sa famille à Toronto, sans le sou. Le premier ministre William Lyon Mackenzie King*, dont le père avait plusieurs années auparavant connu Ahrens à Berlin, exerça des pressions pour l’acquisition de quelques-uns de ses tableaux par la Galerie nationale du Canada. Dans son journal, au sujet d’une conversation avec Ahrens sur deux peintures en particulier, King nota : « Il les avait gardées avec la foi que la nation les achèterait. J’ai décidé que nous le ferons. » Les critiques verbales d’Ahrens contre le milieu artistique canadien avaient toutefois piqué la colère de plusieurs, dont celle de sir Byron Edmund Walker*, président du conseil d’administration de la Galerie nationale du Canada. En 1916, Ahrens avait en effet publiquement déprécié les dernières œuvres de certains de ses contemporains en affirmant qu’elles montraient « un manque absolu de maîtrise du dessin, de la couleur et de la forme ». Tout le monde savait qu’il visait les peintures de James Edward Hervey MacDonald et d’autres futurs membres du groupe des Sept. L’indignation de Walker ne s’estompa pas avec le temps. King menaça de renvoyer Walker et nomma trois nouvelles personnes au conseil pour vaincre l’opposition. À la suite de ces interventions, la Galerie nationale du Canada acheta, en 1923, au prix de 1 500 $, l’unique peinture d’Ahrens de sa collection : l’huile The road, créée en 1922.

Grâce à cette rentrée d’argent inespérée, Ahrens acquit une vieille maison de ferme près de Galt (Cambridge). Nommée Big Trees par son nouveau propriétaire, celle-ci s’élevait au milieu d’un paysage boisé où Ahrens puisa l’inspiration de bon nombre de ses œuvres aux couleurs les plus agréables. Exécutés avec assurance dans un arc-en-ciel de teintes, ces tableaux lui valurent le surnom d’« artiste des arbres ». Son ami, le critique Hector Willoughby Charlesworth*, le qualifia de « poète du pinceau par excellence ». L’huile exceptionnelle Woodland ford, achevée en 1928, représente Ahrens à son meilleur : audacieux et libre de toute contrainte. Il la présenta à l’Exposition nationale canadienne cette année-là. À Big Trees, Ahrens se mit aussi à la gravure, en utilisant une presse fabriquée à partir d’une vieille essoreuse et de matériel dentaire, et enseignait à des étudiants, dont Grant Kenneth Macdonald*.

Après deux expositions réussies, en 1933 et 1935, Ahrens partit en Angleterre avec sa femme, dans l’espoir d’y vendre ses œuvres. L’artiste subit toutefois une série d’accidents vasculaires cérébraux. Le couple rentra à la maison. La pauvreté et la maladie dominèrent les dernières années de l’artiste. Quand Madonna n’arriva plus à prendre soin de lui, elle écrivit à King pour obtenir de l’aide. Le premier ministre se tourna vers le docteur James Albert Faulkner, alors ministre de la Santé en Ontario. En novembre 1935, il nota dans son journal à ce propos : « Je [...] lui ai parlé de l’état de Carl Ahrens. J’ai dit que j’espérais que l’on puisse le placer dans l’un des établissements provinciaux. » L’artiste ayant aussi souffert de troubles mentaux, on l’admit au Toronto Psychiatric Hospital. Il y mourut le 27 février 1936, à l’âge de 74 ans.

Les descendants de Carl Henry Ahrens considèrent que les autorités artistiques canadiennes accordèrent peu d’importance à l’œuvre de l’artiste. L’impulsivité du peintre et sa tendance à se prononcer sans réfléchir – et particulièrement son attaque contre MacDonald et ses confrères – lui nuisirent toute sa vie. On le percevait comme un marginal, et ce sentiment se perpétue au détriment de la valeur de son art auprès des collectionneurs. Au début du xxie siècle, l’œuvre d’Ahrens demeure sous-estimée.

Nancy Silcox

Une liste des collections publiques possédant des œuvres de Carl Henry Ahrens ainsi que quantité de renseignements supplémentaires sur sa vie et son art sont accessibles sur le site Web de Kim Bullock, de Dallas, au Texas, arrière-petite-fille de l’artiste, à : « Carl Ahrens : painter of trees » : www.carlahrens.com (consulté le 27 janv. 2022). L’article d’Ahrens pour la revue Saturday Night figure dans le numéro du 6 oct. 1894 : 7, et l’histoire d’E. P. Johnson a paru dans l’édition de Noël de 1899 : 15–18.

Art Gallery of Ontario, E. P. Taylor Research Library and Arch. (Toronto), Frederick S. Challener coll., Carl H. Ahrens file.— BAC, « Journal personnel de William Lyon Mackenzie King », 20 oct., 10 nov. 1922 ; 14 nov. 1935 : www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/politique-gouvernement/premier-ministres/william-lyon-mackenzie-king/Pages/journal-mackenzie-king.aspx (consulté le 5 sept. 2018) ; MG26-J1, vol. 213, pp.183429–183431 (Madonna Ahrens à W. L. M. King, 22 oct. 1935).— Toronto Daily Star, 16 mars 1916 : 1 ; 29 fév. 1936 : 6, 22.— Kim Bullock, « Rediscovering Carl Ahrens : the painter », Waterloo Hist. Soc., Annual report (Kitchener, Ontario), 94 (2006) : 58–89.— Musée des beaux-arts du Canada, Art canadien, C. C. Hill et al., édit. (2 vol., Ottawa, 1988–1994), 1.— [M. E. [Niles] Ahrens], « Carl Ahrens : his life and work by his wife » (tapuscrit, s.l.n.d. ; exemplaire à la TRL).— Edwina Spencer, « Carl Ahrens and his work », Brush and Pencil (Chicago et New York), 14 (avril–décembre 1904) : 16–23.— J. C. Watson, Carl Ahrens as printmaker : a catalogue raisonné (catalogue d’exposition, Kitchener-Waterloo Art Gallery, [Kitchener], 1984).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Nancy Silcox, « AHRENS (von Ahrens), CARL HENRY (baptisé Carl Heinrich) (Charles Henry) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 déc. 2022, http://www.biographi.ca/fr/bio/ahrens_carl_henry_16F.html.

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Auteur de l'article:    Nancy Silcox
Titre de l'article:    AHRENS (von Ahrens), CARL HENRY (baptisé Carl Heinrich) (Charles Henry)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2022
Année de la révision:    2022
Date de consultation:    1 décembre 2022