DCB/DBC Mobile beta
+

SOUTHCOTT, JAMES THOMAS, menuisier, entrepreneur et architecte, né le 10 mai 1824 à Exeter, Angleterre, fils de John Southcott, menuisier, et d’une prénommée Mary ; le 15 juin 1852, il épousa à St John’s Georgina Norman, et ils eurent un fils et sept filles ; décédé le 19 avril 1898 au même endroit.

James Thomas Southcott et son frère aîné, John, arrivèrent à Terre-Neuve en 1847 pour aider à la reconstruction de St John’s détruit par le grand incendie de l’année précédente. Ils faisaient partie des nombreux artisans venus du sud-ouest de l’Angleterre pour rebâtir la ville. Une fois la majeure partie des travaux terminés et malgré le départ d’un grand nombre de leurs compagnons maçons, menuisiers et architectes, les Southcott demeurèrent sur place pour fonder une entreprise, la J. and J. T. Southcott ; cette dernière devait dominer l’industrie de la construction à Terre-Neuve et avoir une influence marquée sur l’architecture de l’île durant près d’un demi-siècle.

Le travail des Southcott pendant les dix années qui suivirent l’incendie de 1846 n’est pas connu. À vrai dire, on se demande comment ils purent survivre, étant donné les mauvaises saisons de pêche de la fin des années 1840 et la crise économique qui sévit en 1849. Les seules mentions officielles de James Thomas Southcott pendant cette période concernent son mariage avec une concitoyenne d’Exeter, Georgina Norman, et la naissance de leur premier enfant, John Thomas, en 1853. Il semble que les relations entre les immigrants d’Exeter aient été assez étroites puisque les deux projets connus de l’entreprise, soit l’église méthodiste Gower Street, en 1856, et Hope Cottage, en 1857, furent réalisés pour des gens de cette ville.

Ces travaux donnent une idée de la diversité des compétences des Southcott. On présume qu’ils avaient reçu une formation de menuisier, mais ils pouvaient travailler la brique et la pierre, agir à titre d’entrepreneurs généraux (ce qu’ils firent pour la construction de l’église) et dessiner des plans de maisons. Hope Cottage, résidence construite pour le marchand de toiles John Steer, membre de la congrégation méthodiste, était de style néo-gothique et figurait parmi les nombreuses constructions semblables que l’on peut attribuer à James Thomas Southcott. Exon, sa propre résidence, construite dans le même genre en face de Hope Cottage et à environ un mille du centre de la ville, indiquait une évolution lente mais constante vers un mode de vie plus raffiné dans ce qui avait été jusque-là une colonie marchande aux mœurs rudes. L’incendie de 1846 et l’air fétide du port durant l’été (à cause du poisson qui séchait) incitèrent ceux qui pouvaient se le permettre à se déplacer vers des promontoires à l’air plus sain et à ériger des demeures de style audacieux.

Les Southcott passèrent vraiment au premier rang des entrepreneurs de la colonie lorsqu’ils se lièrent à l’Anglo-American Telegraph Company en 1866, association qui dura jusqu’à la fin du siècle. À Heart’s Content, point d’arrivée du premier câble transatlantique que l’on réussit à installer [V. Frederic Newton Gisborne], ils construisirent les bureaux du télégraphe ainsi que les rangées de maisons destinées au personnel. Ils entretenaient de bons rapports avec l’entreprise de télégraphe grâce à la confiance absolue qu’ils inspiraient, une confiance telle qu’à un moment donné le responsable des travaux leur permit même d’entreprendre un chantier sans avoir signé de contrat. Autre preuve de leur prédominance dans le secteur de la construction, on leur confia, en 1875, l’érection du St John’s Athenæum selon les plans de David Stirling* ; cet imposant édifice en brique de style gothique à la Ruskin manifestait le raffinement culturel croissant de la collectivité.

La même année, le fils de Southcott, John Thomas, revint d’Angleterre après des études en architecture ; la firme entra alors dans une nouvelle période d’évolution. En 1878, les Southcott achetèrent le domaine Warne près des routes de Rennies Mill et de Monkstown, banlieue située au sommet d’une colline que surplombe St John’s, entre la cathédrale catholique et la résidence du gouverneur. Entre 1883 et 1887, ils y construisirent six maisons de style Second Empire, dont les plans auraient été conçus par John Thomas. On a fini par associer aux Southcott ce style caractéristique de l’architecture de la ville. On le retrouvait cependant aussi en dehors de St John’s. En 1881, l’entreprise avait construit un certain nombre de maisons de deux étages (les maisons de St John’s en ont habituellement trois) au toit mansardé, pour le personnel de direction qui résidait à Heart’s Content, et il semble que ce style soit devenu à la mode après le retour du jeune Southcott. Néanmoins, à l’exception de Heart’s Content, l’entreprise semble avoir effectué peu de travaux hors de la capitale, et ses constructions de l’époque ne sont pas toutes de style Second Empire. Les Southcott continuèrent à exploiter des variantes du style gothique, comme ils l’avaient fait dans les années 1850, mais on ne sait pas si les plans des immeubles de cette période sont attribuables à James Thomas Southcott ou à son fils.

Le grand incendie de 1892 détruisit toute la partie est de St John’s ; si la participation des Southcott aux travaux de reconstruction est peu visible, leur influence l’est. Dans chaque rue importante des quartiers résidentiels du centre-ville, on éleva des rangées de maisons et des magasins au toit mansardé. Le style que la famille avait rendu populaire pour les maisons cossues de la classe marchande au cours des dix années précédentes avait gagné la faveur de la classe moyenne. L’influence des Southcott ne devait pas durer cependant. À la suite de l’incendie, d’autres architectes avaient apporté de nouvelles idées qui, appliquées à l’architecture des immeubles commerciaux de la rue Water, ne tardèrent pas à plaire à ceux qui voulaient se faire construire une maison. James Thomas Southcott, cependant, ne fut pas témoin de ce changement ; il mourut en avril 1898, après avoir réussi à maintenir jusqu’alors sa famille au premier rang des entrepreneurs de Terre-Neuve. On peut attribuer ce succès à la loyauté, à la compétence et aux aptitudes de James Thomas lui-même, qui semble avoir tenu les rênes de l’entreprise. Selon le commentaire du responsable des travaux à Heart’s Content, Southcott était « dur, mais honnête : il ne plantait pas un clou gratuitement, mais ce qu’il disait qu’il ferait, [on] pouvai[t] toujours [se] fier que ce serait fait ».

Shane O’Dea

Arch. privées, G. M. Story (St John’s), Agreement for the building of Hope Cottage, 1857.— Cathedral of St John the Baptist (Anglican) (St John’s), Reg. of marriages, 15 juin 1852 (copie aux PANL).— Devon Record Office (Exeter, Angl.), St Edmund (Exeter), reg. of baptisms, 12 sept. 1824.— PANL, P7/B/47, letter-books, 1866–1896, particulièrement 14 sept. 1866, 6 juin, 16 juill. 1868, 20 mars 1871, 18 nov. 1880, 29 mars 1884.— T.-N., Registry of Deeds, Companies & Securities (St John’s), Deeds, Newfoundland District, 14 : fo 230.— Nfld. men (Mott).— Evening Telegram (St John’s), 1879–1898, particulièrement 15 juill. 1894, 14 avril 1898.— Newfoundlander, 1844–1884, particulièrement 20 janv. 1848, 5 nov. 1875.— Times and General Commercial Gazette (St John’s), 1832–1895, particulièrement 20 déc. 1876.— E.-V. Chafe, « A new life on Uncle Sam’s Farm : Newfoundlanders in Massachusetts, 1846–1859 » (thèse de m.a., Memorial Univ. of Nfld., St John’s, 1984).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Shane O’Dea, « SOUTHCOTT, JAMES THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/southcott_james_thomas_12F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/southcott_james_thomas_12F.html
Auteur de l'article:   Shane O’Dea
Titre de l'article:   SOUTHCOTT, JAMES THOMAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   21 novembre 2014