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SIMPSON, JOHN, fonctionnaire et homme politique, né en Angleterre en 1788, décédé le 21 avril 1873 à Kingston, Ont.

N’ayant pas réussi en Angleterre ni dans l’agriculture ni dans le commerce, John Simpson émigra en 1815 avec sa femme, Zipporah Tickell, et, vraisemblablement, ses six beaux-fils la famille s’installa à Augusta, Haut-Canada. Lorsque le nouveau gouverneur général lord Dalhousie [Ramsay*] arriva au Canada en 1819, Simpson entra à son service comme secrétaire particulier. En 1822, le gouverneur le nomma contrôleur des marchandises, receveur des douanes et inspecteur des écluses à Coteau-du-Lac, un poste sur le Saint-Laurent où les Britanniques avaient construit un canal et un fortin. On y percevait des droits de douane sur les marchandises échangées entre le Haut et le Bas-Canada.

Fait remarquable, deux ans après son arrivée à Coteau-du-Lac, Simpson « avait acquis de l’influence sur les Canadiens français », et il fut élu à l’Assemblée du Bas-Canada pour y représenter le comté de York. Au cours de son mandat, il s’opposa à l’élection de Louis-Joseph Papineau comme orateur (président) de la chambre et appuya généralement son bienfaiteur, le gouverneur, dans ses disputes avec l’Assemblée. Il se présenta de nouveau aux élections de 1827 mais il se retira de la lutte à cause d’une forte opposition qui aurait pu dégénérer en violence. La première expérience de Simpson dans la politique canadienne se termina par des polémiques orageuses quand il prétendit que le clergé catholique avait fomenté « une agitation invraisemblable » au profit de ses adversaires qu’il traitait de « faction révolutionnaire ».

Simpson conserva son poste de receveur des douanes à Coteau-du-Lac, où l’activité commerciale ne fit qu’augmenter au cours des années 1830. Il prit indirectement part à la poussée du mouvement réformiste de l’époque par le rôle politique que joua son beau-fils John Arthur Roebuck qui représentait l’Assemblée du Bas-Canada à la chambre des Communes britannique. Toutefois, quand la violence éclata en novembre 1837, Simpson mit sur pied un groupe de volontaires pour occuper à Coteau-du-Lac le fort britannique laissé sans défense et l’empêcher de tomber aux mains des Patriotes. Ce geste lui valut les remerciements de sir John Colborne* pour « l’énergie et le zèle » dont il avait fait preuve. Par la suite, Simpson reçut de grands éloges du parti adverse. Jean-Joseph Girouard*, chef patriote, pour la capture duquel on offrait une récompense de £500, se rendit à lui le jour de Noël 1837 et, par la suite, loua Simpson pour « la conduite prudente et généreuse qu’il avait tenue dans son endroit à l’égard des canadiens persécutés ».

En 1838, cette même attitude libérale dont Girouard avait fait l’éloge, mit Simpson au premier plan, mais lui causa des difficultés. Ce fut lui qui suggéra à lord Durham [Lambton*] d’accorder une amnistie générale à tous les prisonniers politiques capturés au cours de la rébellion, à l’exception des chefs. Quand le gouverneur eut accepté cette politique, Simpson lui servit d’intermédiaire et fit signer une confession de culpabilité à huit des principaux prisonniers, qui furent exilés aux Bermudes par lord Durham. Simpson montra alors à l’égard de ces hommes une attention compatissante, presque paternelle. Il les accompagna de Montréal à Québec, déjeunant avec eux en cours de route, et, par des arrangements avec lord Durham, il obtint qu’ils jouissent de la liberté de se déplacer dans les Bermudes, quand ils y seraient parvenus. À la suite du rejet de l’ordonnance de Durham et du pardon accordé aux exilés des Bermudes, Simpson envoya aux prisonniers £100 pour leur permettre de revenir au Canada. Après le soulèvement de 1838, le Montreal Herald révéla les bontés que Simpson avait eues pour les Patriotes ; dès lors le groupe tory le considéra comme un « personnage d’une inconduite notoire ».

En 1841, Simpson se lança de nouveau dans la politique. Il résigna ses fonctions de receveur des douanes à Coteau-du-Lac et fit en sorte que son fils William B. lui succédât à ce poste. Il se présenta dans le comté de Vaudreuil (formé d’une partie de l’ancien comté de York), comme le candidat de lord Sydenham [Thomson*]. Simpson fut élu à l’Assemblée législative après une lutte violente dans laquelle « les fourches, les haches et les gourdins avaient été de la partie ». Cette lutte controversée fut hautement critiquée par le parti réformiste et, en 1844, Simpson préféra ne pas se représenter. Un an plus tard, il fut nommé à la commission d’enquête pour l’indemnisation des pertes subies pendant la rébellion. Il conserva ce poste jusqu’à la fin des travaux de la commission en 1851 [V. Moore]. Même en sa qualité de commissaire, il fut la cible des attaques de la presse ; en 1851, le journal conservateur The Montreal Gazette fit une violente critique du rôle de Simpson au sein de la commission qui était elle-même vivement détestée. Dans ses dernières années, Simpson vécut paisiblement chez son fils, receveur des douanes à Brockville puis à Kingston, où il mourut à l’âge de 85 ans.

John Simpson fut un membre éminent de cette minorité privilégiée qui domina le Bas-Canada au cours de la première moitié du xixe siècle, mais son comportement de don Quichotte l’empêcha de s’y intégrer complètement. C’est peut-être son beau-fils John Arthur Roebuck qui a donné le meilleur résumé de la vie mouvementée de Simpson : « C’était un homme audacieux et optimiste, qui se lança dans des entreprises devant lesquelles un homme plus modéré aurait reculé. »

John Beswarick Thompson

ANQ, QBC, Procureur général, Événements de 1837–1838, no 4 082.— APC, FM 24, A27 (Papiers Durham), 26, pp.631–634, 652s. ; FO 1, E13, 14, p.174 ; FO 8, I, A1, 49, pp.62–69 ; FO 8, I, A2, 1 271, pp.54s., 58s.— Ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (Ottawa), Service des lieux historiques canadiens, Division des recherches, George Ingram, A history of Coteau-du-Lac (rapport dactylographié, 1967).— [Charles Grey], Crisis in the Canadas : 1838–1839 ; the Grey journals and letters, W. G. Ormsby, édit. (Toronto, 1964), 176.— Journals of the House of Assembly of Lower Canada, 1824–1837.— Journals of the Legislative Assembly of the Province of Canada, 1841–1852.— Les Patriotes aux Bermudes en 1838, lettres d’exil, Yvon Thériault, édit., RHAF, XVII (1963–1964) : 107–112.— Les patriotes de 1837–1838 d’après les documents J.-J. Girouard, P.-A. Linteau, édit., RHAF, XXI (1967–1968) : 310.— News (Kingston), 22 avril – 24 avril 1873.— Life and letters of John Arthur Roebuck [...], R. E. Leader, édit. (Londres et New York, 1897), 8–17.— F.-J. Audet, Les députés de la vallée de l’Ottawa : John Simpson (1788–1873), CHA, Report, 1936, 32–39.

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John Beswarick Thompson, « SIMPSON, JOHN (1788-1873) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/simpson_john_1788_1873_10F.html.

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Auteur de l'article:   John Beswarick Thompson
Titre de l'article:   SIMPSON, JOHN (1788-1873)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   17 décembre 2014