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SAINT-AUBIN, JOSEPH-THOMAS (connu habituellement sous le nom de Joseph Tomah, Toma, Tomer ou Tomma), capitaine malécite, décédé le 16 mai 1821 au Bas-Canada.

Pendant la guerre d’Indépendance américaine, tant les Américains que les Britanniques cherchèrent à s’allier avec les Malécites, et Joseph-Thomas Saint-Aubin joua un rôle de second plan dans les événements. Il se peut que sa ligne de conduite ait été dictée soit par des intérêts personnels, soit par un désir d’appuyer son frère Ambroise* (commandant en second chez les Malécites et le plus fervent partisan de la cause américaine) ou par des considérations plus générales. Beaucoup plus jeune que son célèbre frère, Saint-Aubin dut envisager le conflit en partie comme un moyen de rehausser son statut de guerrier aux yeux des siens. Il compta parmi les 16 Indiens qui combattirent aux côtés de Jonathan Eddy* lors de l’attaque infructueuse contre les Britanniques au fort Cumberland (près de Sackville, Nouveau-Brunswick) en novembre 1776. À l’été suivant, le gros des Malécites vint en aide aux forces rebelles à Machias (Maine) et Saint-Aubin était du nombre. À l’été de 1778, ce dernier faisait partie d’un petit groupe de gens fiables, dirigé par Nicholas Hawawes (Awanwest) que John Allan*, surintendant américain des Affaires des Indiens de l’Est, envoya détruire le fort Howe (Saint-Jean, Nouveau-Brunswick). L’entreprise échoua, mais le groupe réussit à piller un vaisseau britannique et à détruire le bétail de plusieurs colons soupçonnés d’être des partisans des Britanniques.

En septembre 1778, les Britanniques, les Malécites et les Micmacs tinrent à Menagouèche, près du fort Howe, une conférence qui se termina par la prestation du serment d’allégeance des Indiens [V. Nicholas Akomápis*]. Le nom de Joseph-Thomas Saint-Aubin n’apparaît pas sur la liste des participants, mais il se peut que celui-ci ait été présent. Plus tard, cet automne-là, il vint au fort avec des intentions amicales, comme le firent Hawawes et sept familles qui n’étaient plus alliées à Ambroise Saint-Aubin.

C’est probablement sa participation à la guerre qui permit à Saint-Aubin de se voir décerner par les siens le titre de capitaine. L’origine et la signification de ce titre chez les Malécites ne sont pas tout à fait claires. Au début, il se peut que les capitaines aient acquis leur autorité des Blancs ; toutefois, au xixe siècle, il semble que cette forme d’autorité était déjà bien intégrée dans la culture des Wabanakis. Une étude démontre que le rôle des geptins chez les Pesmocodys en était venu à être celui de « défendre et de protéger leur chef et [...] de verser leur sang pour lui en cas de besoin et pour défendre la tribu. Toutes les femmes, les enfants et les personnes invalides [...] étaient sous la protection des geptins. » Chez les Malécites, il pouvait en être de même. En 1817, Saint-Aubin, vraisemblablement en sa qualité de capitaine, fit partie des quatre garants qui se portèrent à la défense de Piol Zusup (Pierre-Joseph ?), Pentagouet accusé du meurtre d’un homme blanc l’année précédente et dont le procès se déroulait à Castine (Maine). Deux d’entre eux étaient des Pentagouets et le troisième, un capitaine pesmocody.

Le 4 août 1818, on retrouve le nom de Joseph-Thomas Saint-Aubin, « chef indien », dans une plainte qu’il adressait à George Shore*, arpenteur général, signalant que des Blancs s’introduisaient sans autorisation dans la réserve indienne de Tobique. Ces empiétements constituaient un problème important pour les Indiens, et, comme le gouvernement colonial était peu disposé à faire valoir leurs droits, ils perdirent une bonne partie du territoire qui leur avait été réservé [V. John Julien*].

On connaît peu de chose de la famille de Joseph-Thomas Saint-Aubin. Dans une liste des Indiens au service des États-Unis, Allan signale la présence de Joseph-Thomas, de son fils Joseph, de deux femmes et de six enfants dans le territoire des Pesmocodys le 28 juillet 1780. Un « Joseph Tomah », presque certainement le sujet de cette biographie, visita en 1788 ou 1789 l’école pour Indiens de Frederick Dibblee à Meductic (près de Meductic, Nouveau-Brunswick) avec sa femme et un enfant.

L’acte de décès de « Joseph Tomas St. Aubin (Malécite) », mort le 16 mai 1821, figure dans les registres de l’église de L’Isle-Verte, au Bas-Canada, à la date du 16 juin. Sa femme a dû mourir avant lui, puisque son nom n’apparaît pas dans les registres, ni celui d’aucun enfant. Son âge (il aurait atteint 96 ans) est probablement exagéré, mais il a bien pu mourir octogénaire. Le nom de Saint-Aubin (ou parfois Bear) se retrouve dans les registres des baptêmes des communautés malécites du Bas-Canada, à partir de 1830 et, bien que le nom Bear soit aujourd’hui associé à la réserve de Tobique au Nouveau-Brunswick, la famille semble s’être librement déplacée durant le xixe siècle entre les groupes de la rivière Saint-Jean et ceux du Bas-Canada.

Vincent O. Erickson

Le fait que le patronyme de Joseph-Thomas Saint-Aubin apparaît rarement dans les documents et que son prénom Thomas (épelé de plusieurs façons) est lui-même un nom de famille chez les Malécites rend l’identification de ce personnage très difficile. Michael Francklin*, surintendant des Affaires indiennes de la Nouvelle-Écosse, affirme erronément que Joseph-Thomas était le fils de Pierre Tomah*, sachem suprême. F. G. Speck et W. S. Hadlock, dans « A report on tribal boundaries and hunting areas of the Malecite Indian of New Brunswick », American Anthropologist (Menasha, Wis.), nouv. sér., 48 (1946) : 355–374, font erreur en confondant le capitaine Jo Tomer avec le capitaine Tomah de Kingsclear (N.-B.) dont le territoire de chasse traditionnel se situait autour des lacs Chiputneticook (Maine et N.-B.) et qui mourut vers 1890. Cependant, le commentaire de John Allan (paru dans Military operations in eastern Maine and Nova Scotia during the revolution, chiefly compiled from the journals and letters of Colonel John Allan [...], Frederic Kidder, édit. (Albany, N.Y., 1867)) et les registres de la paroisse de l’Isle-Verte (AP, Saint-Jean-Baptiste, (Isle-Verte), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 16 juin 1821) permettent de conclure que Joseph-Thomas est le frère d’Ambroise Saint-Aubin.  [v. o. e.]

APNB, RG 2, RS7, 40.— Kulóskap the master and other Algonkin poems, C. G. Leland et J. D. Prince, trad. (New York et Londres, 1902).— W. O. Raymond, The River St. John : its physical features, legends and history from 1604 to 1784, J. C. Webster, édit. ([2e éd.], Sackville, N.-B., 1943 ; réimpr., 1950).— W. D. Williamson, The history of the state of Maine ; from its first discoveryA.D. 1602, to the separation, A.D. 1820, inclusive (2 vol., Hallowell, Maine, 1832 ; réimpr., Freeport, Maine, [1966]).— W. H. Mechling, « The Malecite Indians, with notes on the Micmacs », Anthropologica (Ottawa), 7 (1958).— W. O. Raymond, « Exodus of the Maliseets, A.D. 1777 », Dispatch (Woodstock, N.-B.), 17 avril 1895 ; « Franklin versus Allan », 24 avril 1895 ; « The great defection », 1er mai 1895 ; « The Revolutionary War : part played by the St. John River Indians », 3 avril 1895 ; « The old Meductic fort », N.B. Hist. Soc., Coll., 1 (1894–1897), no 2 : 221–272.

Bibliographie générale

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Vincent O. Erickson, « SAINT-AUBIN, JOSEPH-THOMAS », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/saint_aubin_joseph_thomas_6F.html.

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