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RUETTE D’AUTEUIL, DENIS-JOSEPH, procureur général au Conseil souverain de Québec de 1674 à 1679 ; né en 1617, anobli le 16 janvier 1643 par Louis XIII, émigra en Nouvelle-France en 1648 ou 1649, obtint une seigneurie à Sillery et établit sa résidence à Québec, mort le 9 décembre 1679 à l’Hôtel-Dieu de Québec.

D’Auteuil fut l’un des premiers membres du Conseil souverain, y ayant été nommé le 18 septembre 1663. Toutefois, en septembre 1664, en compagnie de Louis Rouer de Villeray, de Jean Juchereau de La Ferté et de Jean Bourdon, il était arbitrairement démis de ses fonctions par le gouverneur de Saffray de Mézy à cause d’un prétendu complot en vue de faire échouer le plan que le gouverneur avait conçu pour la réforme du gouvernement local de Québec. Par ‘la suite, Prouville de Tracy, lieutenant général pour toutes les possessions françaises de l’Amérique du Nord, recommanda fortement de nommer d’Auteuil procureur général pour succéder à feu Jean Bourdon, mais le ministre rejeta cette recommandation. Le 10 septembre 1674, il siégeait de nouveau au conseil, à titre de juge substitut aux procès de François-Marie Perrot et de l’abbé de Fénelon [V. Salignac]. Trois semaines plus tard, il recevait du roi le brevet, en date du 29 mai 1674, qui le nommait procureur général, au grand mécontentement de Frontenac [V. Buade]. Ce dernier informa le ministre que d’Auteuil était incompétent et subissait l’influence des Jésuites. Cependant, Frontenac ne put s’opposer à l’enregistrement du brevet de d’Auteuil au Conseil souverain, le 3 octobre.

En 1679, un conflit violent éclata entre le gouverneur et le Conseil souverain. Frontenac soutenait qu’il lui revenait, plutôt qu’à l’intendant, de présider les séances du conseil et d’y être appelé chef et président. D’Auteuil exprima l’avis que ce serait contraire à la déclaration royale de 1675, avis que partagea le conseil. Voyant les membres du conseil refuser fermement de se plier à sa volonté, Frontenac bannit de Québec d’Auteuil et deux conseillers, puis leur ordonna de passer en France pour rendre compte au roi de leur insubordination. Mais d’Auteuil étant très malade – il souffrait d’une grave affection pulmonaire – on obtint de Frontenac qu’il révoquât son ordre, afin d’épargner à d’Auteuil le voyage en mer. Il mourut à Québec le 9 décembre, 12 jours après le départ des navires pour la France.

D’Auteuil ne fut pas heureux dans son mariage, contracté le 18 novembre 1647 à Paris avec Claire-Françoise Clément Du Vuault, fille de Jean Clément Du Vuault de Monceaux. Lejeune couple fut accompagné à Québec par la mère de Claire-Françoise, Anne Gasnier. Deux fois veuve en France, cette dernière devint la seconde femme de Jean Bourdon en 1655. D’Auteuil et sa femme demeuraient dans leur seigneurie de Sillery et dans une maison louée à Québec. Leur premier enfant, une fille, naquit à Sillery le 2 juin 1652 les autres qui suivirent moururent en bas âge le cinquième fut François-Madeleine-Fortuné*. Cependant, Mme d’Auteuil déserta son mari à deux reprises. En 1650, elle s’enfuit avec Charles Cadieu pendant l’absence de son mari et de sa mère en France. Par la suite, Cadieu fut jeté en prison à cause de son rôle dans cette aventure, et Mme d’Auteuil fut confiée à la garde du seigneur de Beauport, Robert Giffard, d’ordre des autorités coloniales, jusqu’au retour de son mari à Québec en 1651. En 1657, elle obtint la séparation de biens et rentra en France, où elle demeura jusqu’à sa mort, en 1674. Né au cours de la traversée, François-Madeleine-Fortuné fut baptisé à Paris le 17 janvier 1658. Avant sa mort, Mme d’Auteuil déshérita son jeune fils.

En 1660, Ruette d’Auteuil se rendit en France, de nouveau avec sa belle-mère. Cependant, il ne put persuader sa femme de rentrer avec lui en Nouvelle-France, mais il ramena son fils à Québec. Il y éleva l’enfant en vue de remplir après sa mort les fonctions de procureur général. L’intendant nomma en effet le jeune d’Auteuil à ce poste, avec la sanction du Conseil souverain et malgré la forte opposition de Frontenac. L’année suivante, après une étude minutieuse du dossier, Louis XIV maintint les prétentions du défunt procureur général, dont il confirma le fils dans son emploi, et réprimanda sévèrement Frontenac.

Il ne fait aucun doute que M. d’Auteuil, sur le point de mourir, fit preuve d’un grand courage en défiant Frontenac comme il le fit, et que sa conduite contribua à affermir l’autorité du conseil en le libérant de la domination arbitraire du gouverneur.

W. J. Eccles

JR (Thwaites), passim.— Jug. et délib., I.— Sur la carrière de Ruette d’Auteuil comme membre du Conseil souverain, V. : Cahall, The Sovereign Council of New France.— W. J. Eccles, Canada under Louis XIV 1663–1701 (« Canadian Centenary ser., » III, Toronto, 1964) ; Frontenac.— Faillon, Histoire de la colonie française, III.— P.-G. Roy, La Ville de Québec, I.

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W. J. Eccles, « RUETTE D’AUTEUIL, DENIS-JOSEPH », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ruette_d_auteuil_denis_joseph_1F.html.

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Auteur de l'article:   W. J. Eccles
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   24 avril 2014