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ROY, JOSEPH (baptisé Joseph-Marie ; il signait Jh Roy), artisan, marchand, officier de milice, juge de paix, homme politique et fonctionnaire, baptisé le 8 décembre 1771 dans la paroisse Saint-Henri-de-Mascouche (à Mascouche, Québec), fils de Charles Roy, cultivateur, et d’Élizabeth Beauchamp ; le 23 février 1819, il épousa à Montréal Émilie L. Lusignany, fille de Charles Lusignan* et de Madeleine Laforce, et le couple eut deux fils et une fille ; décédé le 31 juillet 1856 au même endroit.

Issu d’une famille rurale, Joseph Roy manifeste très tôt du talent pour la sculpture. Il quitte sa paroisse natale vers 1790 et se rend à Montréal où il fait son apprentissage auprès d’un sculpteur du nom de Pasteur. On sait peu de chose de sa carrière d’artisan, mais tout porte à croire qu’il possède un atelier qu’il exploite à son compte dans cette ville au début des années 1800.

Ayant suivi des cours du soir afin d’acquérir, semble-t-il, des connaissances dans le domaine du commerce, Roy décide de laisser de côté la sculpture et d’entreprendre une nouvelle carrière. Cette transition se produit entre 1803 et 1805, époque où il ouvre un magasin général rue Saint-Paul, près du marché Bonsecours. Il se fait une clientèle nombreuse au fil des ans et connaît du succès en affaires. Il en vient ainsi à compter parmi les plus gros marchands de Montréal. En 1820, il fait partie du conseil d’administration de la Compagnie d’assurance de Montréal contre les accidents du feu, dont le siège social se trouve rue Notre-Dame. Il y côtoie Augustin Cuvillier*, qui en est le président, et John Molson*, le vice-président.

Parallèlement à l’activité de marchand qu’il exerce, Roy participe à la vie politique de la colonie. Tout d’abord, il se porte candidat à une élection partielle tenue dans la circonscription de Montréal en 1811. Enseigne dans le 3e bataillon de milice de la ville de Montréal depuis 1804 au moins, il jouit d’un appui important de la part des citoyens favorables au parti canadien. Il est battu néanmoins par l’ancien solliciteur général James Stuart. Promu lieutenant de milice en 1812 et capitaine dans le même bataillon deux ans plus tard, il est en outre appelé à occuper de nombreuses charges publiques. Il se révèle à chaque occasion un ardent patriote et un défenseur des intérêts de la population canadienne. Ainsi, il exerce les fonctions de juge de paix au moment où se déroule l’élection partielle dans la circonscription de Montréal-Ouest en 1832, au cours de laquelle trois Canadiens français sont tués par les troupes britanniques [V. Daniel Tracey*]. Il n’hésite pas à rédiger les mandats d’arrestation contre le lieutenant-colonel Alexander Fisher Macintosh et le capitaine Henry Temple, les deux officiers du 15e d’infanterie que les partisans de Tracey, le candidat patriote, tiennent pour responsables de l’incident. Cela lui vaut d’ailleurs de perdre sa commission de juge de paix qu’il ne recouvrera qu’en 1843.

Roy s’intéresse également à la politique municipale et il lui arrive d’avoir à remplir simultanément deux mandats : l’un sur la scène municipale et l’autre sur la scène provinciale. Lorsque les citoyens de Montréal élisent leurs premiers conseillers municipaux le 3 juin 1833, Roy figure au nombre des élus. L’année suivante, les électeurs de la circonscription de Montréal-Est le choisissent comme député, et Roy siège à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada du 22 novembre 1834 au 27 mars 1838. D’autre part, il est réélu conseiller municipal en 1835. Enfin, il refuse la charge de maire en 1842, mais accepte celle d’échevin qu’il occupe pendant les deux années suivantes.

Membre à part entière du parti patriote, Roy est un ami intime de Louis-Joseph Papineau* et d’Édouard-Raymond Fabre. Il appuie les Quatre-vingt-douze Résolutions en 1834 et participe l’année suivante à la fondation de l’Union patriotique. Cette société, dont le président est Denis-Benjamin Viger* et les vice-présidents Roy et Jacob De Witt, s’engage à soutenir les revendications du parti patriote, en particulier celles qui se rattachent à l’obtention du gouvernement responsable et à l’élection des conseillers législatifs. Au cours des événements qui surviennent lors de la rébellion, Roy n’adopte pas une attitude radicale, mais se montre plutôt favorable à une lutte constitutionnelle sans recours aux armes. Il n’est pas inquiété par les autorités au moment de l’arrestation de nombreux patriotes. En 1842, il souscrit à la campagne mise en branle par la Minerve dans le but d’amasser l’argent nécessaire pour financer le retour des patriotes exilés [V. Édouard-Raymond Fabre]. Il signe également l’année suivante une lettre collective envoyée à John Arthur Roebuck*, député au Parlement de Londres, lui demandant de tenter d’obtenir de Sa Majesté le pardon de ces mêmes patriotes. Après le retour d’exil de Papineau en 1845, Roy donne son appui à l’ancien chef patriote et, en 1852, il signe en compagnie de plusieurs autres personnalités une lettre enjoignant à celui-ci de se porter candidat dans la circonscription de Deux-Montagnes.

Entre-temps, la nature de son commerce s’est modifiée, et Roy en est arrivé à se spécialiser dans la vente d’« articles d’église, argenterie et chasublerie, damas brochés, étoles, galons et franges d’or ». Ses principaux clients sont, bien sûr, les membres du clergé, pour lesquels il fait venir d’Europe certains effets. Sa réputation est excellente, son magasin florissant, mais un incendie survenu à la fin de l’été de 1852 l’oblige à liquider ses affaires. En janvier 1853, Roy fait paraître une annonce dans le Pays, avisant sa clientèle qu’il a vendu son fonds de commerce à J.-C. Robillard, de New York. Cette vente marque en fait la fin de sa carrière commerciale, car Roy est alors âgé de 81 ans.

Joseph Roy s’éteint à Montréal le 31 juillet 1856, « après une longue maladie ». Au moment de sa mort, il occupe encore la charge de juge de paix et, depuis 1845, il exerce les fonctions de commissaire chargé de la construction et de la réparation des églises. Une notice nécrologique paraît le 2 août 1856 dans le Pays, organe des « rouges » qu’il avait contribué à fonder en 1852. On y rend hommage à l’« un des citoyens les plus estimés de Montréal [... à l’un des] rares hommes qui ont toujours professés les mêmes principes politiques sans jamais changer devant les tentations ou les menaces du pouvoir ».

France Galarneau

ANQ-M, CE1-51, 23 févr. 1819, 2 août 1856 ; CN1-32, 15 janv. 1846, 10 mai 1852 ; CN1-194, 23 déc. 1801.— AP, Saint-Henri (Mascouche), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 8 déc. 1771.— APC, MG 30, D1, 26 : 721–738 ; RG 68, General index, 1651–1841 ; 1841–1867.— Arch. de la ville de Montréal, Documentation, Biog. des conseillers, Joseph Roy.— ASQ, Fonds Viger-Verreau, Sér. O, 0140.— AUM, P 58, U, Roy à Louis Guy, 29 oct. 1830 ; Roy à J.-B. Mason, 16 oct. 1840.— L’Ère nouvelle, 7 août 1856.— La Gazette de Québec, 27 mars, 27 nov. 1817, 6 avril, 25 mai, 7 déc. 1820, 25 janv., 2 août 1821, 8 déc. 1823.— Le Pays, 15, 22 janv., 16 déc. 1852, 17 janv. 1853, 2, 5 août 1856.— André Giroux et al., Inventaire des marchés de construction des Archives nationales du Québec à Montréal, 1800–1830 (2 vol., Ottawa, 1981).— Montreal almanack, 1842 ; 1845–1850 ; 1853–1854.— Montreal directory, 1819 ; 1842–1845 ; 1848–1850 ; 1852–1855.— T.-P. Bédard, Histoire de cinquante ans (1791–1841), annales parlementaires et politiques du Bas-Canada, depuis la Constitution jusqu’à l’Union (Québec, 1869).— Camille Bertrand, Histoire de Montréal (2 vol., Paris et Montréal, 1935–1942), 2.— France Galameau, « l’Élection pour le Quartier-Ouest de Montréal en 1832 : analyse politico-sociale » (thèse de {{m.a.,}} univ. de Montréal, 1978).— Hist. de Montréal (Lamothe et al.).— J.-L. Roy, Édouard-Raymond Fabre.— L.-O. David, « M. Joseph Roy », l’Opinion publique, 21 nov. 1872 : 553–554.

Bibliographie générale

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France Galarneau, « ROY, JOSEPH », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/roy_joseph_8F.html.

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Auteur de l'article:   France Galarneau
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   30 septembre 2014