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QUIROUET (Quirouët, Quirouêt, Kirouet), FRANÇOIS (baptisé Pierre-François), marchand, officier de milice, encanteur, juge de paix, fonctionnaire et homme politique, né le 28 février 1776 à Québec, fils de François Quirouet et de Marie-Anne Hil (Isle) ; décédé le 27 septembre 1844 à Saint-Gervais, Bas-Canada.

Les débuts de la vie de François Quirouet restent méconnus. Comme il porte le même prénom que son père et son grand-père, il est probablement issu d’une famille qui chérissait la tradition. À son mariage, le 10 juin 1799, avec Catherine MacKenzie, fille d’un tonnelier de Québec, il se déclare marchand.

De 1805 à 1811, Quirouet agit à titre d’aide-major de la paroisse Sainte-Anne, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière (La Pocatière), dans le bataillon de milice de Kamouraska, qui devient en 1810 le bataillon de milice de Rivière-Ouelle. L’année suivante, il est lieutenant dans le 2e bataillon de milice de la ville de Québec. Promu capitaine au sein du même bataillon en 1821, il poursuivra ensuite son ascension jusqu’au grade de lieutenant-colonel. Reflet de son prestige grandissant, la fonction de milicien demeure secondaire dans sa carrière.

Outre son commerce, Quirouet détient en 1811 une licence d’encanteur qu’on lui renouvellera en 1816. Il possède deux maisons à Québec : sa résidence, au coin des rues Sainte-Anne et du Trésor, et son commerce, au 11 de la rue du Sault-au-Matelot. Son ami Martin Chinic loue une partie de cet immeuble, et c’est là que les associés Chinic, Quirouet et son frère Olivier exploitent une entreprise florissante, la Quirouet, Chinic et Compagnie. Spécialisé dans le commerce d’importation, la vente à l’encan et le courtage, Quirouet amasse une fortune intéressante au cours des trois premières décennies du xixe siècle et devient un membre respecté des milieux financiers de Québec. Le 7 mai 1818, on l’élit vice-président de la Société bienveillante de Québec dont il est membre depuis 1807. Cette association de secours mutuel prête de l’argent, assiste financièrement et moralement ses membres en cas de maladie, et paye leurs funérailles. Le 6 mai 1819, Quirouet succède à John Neilson comme président de cette société ; il occupera ce poste jusqu’en 1829, sauf une interruption en 1822. L’un des administrateurs de la succursale québécoise de la Banque de Montréal en 1820 et 1821 [V. Daniel Sutherland*], il participe aussi à l’implantation du système bancaire à Québec. De plus, il assume la vice-présidence de la Banque d’épargne de Québec dès l’ouverture de cet établissement le 26 mars 1821. Il ne quittera cette fonction que huit ans plus tard.

Quirouet joue également un rôle important dans la vie urbaine de Québec. En 1819, il préside, pour une année, la Société du feu. De 1821 à 1827, on le retrouve au sein de la Société d’éducation du district de Québec. En qualité de juge de paix, il participe activement à l’administration de la ville du 1er août 1821 au 3 juillet 1826. À ce titre, il donne son accord à de nombreux projets qui visent à canaliser, à drainer, à macadamiser, à prolonger et à réparer des rues dans les quartiers de la Haute-Ville et de la Basse-Ville ainsi que dans les faubourgs Saint-Jean et Saint-Roch. Après 1828, son rôle dans la vie sociale de Québec diminue. Il se départit de son immeuble de la rue du Sault-au-Matelot, puis de sa résidence à la haute ville. Il quitte Québec pour s’établir sur la rive sud, à Saint-Gervais, selon le recensement de 1831. Qualifié de « bourgeois », il possède alors une terre de 787 arpents où il cultive de l’avoine, des pommes de terre et des pois. Il est aussi juge de paix de Saint-Gervais et commissaire chargé de la décision sommaire des petites causes dans la seigneurie de Livaudière.

Néanmoins, Quirouet revient fréquemment à Québec pour remplir ses devoirs de parlementaire. En effet, le 11 avril 1820, la population d’Orléans l’a choisi comme son unique député à la chambre d’Assemblée. Il est ensuite réélu à trois reprises. Puis, de 1830 à 1833, il représente cette circonscription en compagnie de Jean-Baptiste Cazeau. Dès son arrivée à l’Assemblée, Quirouet soumet un projet de loi afin de construire un chemin entre Saint-François et Saint-Jean à l’île d’Orléans, mais le Conseil législatif le rejette. Le 26 décembre 1820, il présente, avec succès cette fois, un projet de loi qui pourvoit au maintien de l’ordre dans les églises ; cette loi sera reconduite en 1823. Pendant la même session, le 16 janvier 1821, il propose en première lecture un projet qui vise à reconnaître juridiquement la Compagnie d’assurance de Québec contre les accidents du feu, mais finalement le roi George IV le rejettera. En janvier 1822, il informe la chambre que le conseiller législatif John Richardson* a déclaré, au cours d’une séance du conseil, qu’un comité secret, qui siégeait à la chambre d’Assemblée, délibérait sur la destitution du gouverneur lord Dalhousie [Ramsay]. La réaction de l’Assemblée est rapide. Après une enquête qui confirme le témoignage de Quirouet, l’Assemblée s’adresse au gouverneur pour le prier de renvoyer Richardson du conseil. Lord Dalhousie refuse d’acquiescer à cette demande en prétextant que la résolution affecte la liberté des débats et que son langage ne convient pas à un corps législatif. En 1823, Quirouet fait adopter un projet de loi qui permet d’ériger des « moulins pédales » à l’usage des maisons de correction. La même année, il tente d’obtenir qu’on érige la ville de Québec en corporation, mais il ne reçoit pas l’assentiment du Conseil législatif. Le 21 mai 1826, il présente son dernier projet de loi, qui porte sur la réparation de la prison de Québec. Dès lors, il travaille surtout dans des comités parlementaires, notamment celui sur les banques en 1826, celui sur les comptes publics en 1831 et ceux sur le commerce en 1831 et 1832. Le 25 octobre 1833, on l’appelle au Conseil législatif, et il prête serment le 9 janvier 1834. Il en fera partie jusqu’à la suspension de la constitution.

La carrière de François Quirouet représente une exception chez les Canadiens de la première moitié du xixe siècle, mais elle est tributaire de plusieurs intérêts alors en jeu à Québec. Après avoir fait fortune dans le commerce d’importation, Quirouet devient un membre influent de l’élite financière de Québec. Député durant près de 14 ans, il vote d’abord contre le projet d’union de 1822 [V. Denis-Benjamin Viger*]. Il appuie Louis-Joseph Papineau* et de plus s’oppose à l’octroi en bloc des subsides [V. sir Francis Nathaniel Burton*]. Toutefois, en 1833, il semble se dissocier des radicaux et refuse d’appuyer les résolutions qui désavouent l’utilité constitutionnelle du Conseil législatif. La même année, on le nomme conseiller législatif. Contrairement à son collègue Viger, il ne manifeste pas de dissidence face aux décisions du conseil. Lorsque la rébellion éclate, il est nommé commissaire chargé de faire prêter le serment d’allégeance. Il meurt à l’âge de 68 ans et 7 mois, et tous les notables de la région de Bellechasse assistent à ses funérailles. Il est inhumé dans la nef de l’église de Saint-Gervais.

François Drouin

ANQ-Q, CE1–1, 29 févr. 1776, 10 juin 1799 ; CE2-17, 30 sept. 1844.— APC, RG 31, C1, 1825, Haute-Ville de Québec ; 1831, Saint-Gervais ; RG 68, General index, 1651–1841.— AVQ, I, 1, juill. 1814–juin 1823 ; V, B, juin 1823–mai 1833 ; VII, E, 1.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1820–1833 ; Conseil législatif, Journaux, 1834–1837.— Recensement de Québec, 1818 (Provost).— Soc. bienveillante de Québec, Règles de la Société bienveillante de Québec [...] (Québec, 1819).— Almanach de Québec, 1806–1841.— F.-J. Audet, « les Législateurs du B.-C. ».— Desjardins, Guide parl.— J.-J. Lefebvre, le Canada, l’Amérique : géographie, histoire (éd. rév., Montréal, 1968).— Quebec directory, 1822 ; 1826.— Turcotte, le Conseil législatif.

Bibliographie générale

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François Drouin, « QUIROUET, FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/quirouet_francois_7F.html.

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Auteur de l'article:   François Drouin
Titre de l'article:   QUIROUET, FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   23 novembre 2014