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PYKE, GEORGE, avocat, fonctionnaire, homme politique et juge, né le 19 janvier 1775 à Halifax, fils de John George Pyke* et d’Elizabeth D. Allan ; le 10 mai 1809, il épousa Eliza Tremain, et ils eurent six enfants ; décédé le 3 février 1851 à Pointe-à-Cavagnal (Hudson, Québec).

On sait peu de chose de la jeunesse de George Pyke dans la colonie de la Nouvelle-Écosse, sinon qu’à compter de 1787 Pyke se prépare à la carrière d’avocat en étudiant le droit sous la direction de Richard John Uniacke*. Il quitte la Nouvelle-Écosse, probablement après 1794, et se rend à Québec où il est admis au barreau le 6 décembre 1796. Il semble bien s’intégrer à la société de la capitale et profite sans doute de l’appui du juge en chef de la Cour du banc du roi à Montréal, James Monk*, et de la famille de ce dernier. Il sait se faire valoir auprès du gouvernement, puisqu’il obtient l’emploi d’arpenteur général adjoint de la province en 1799.

Dès lors, Pyke est pour ainsi dire adopté par le gouvernement, puisqu’il occupera sans relâche jusqu’en 1820 divers postes dans l’administration publique, notamment : greffier adjoint de la couronne en 1800 ; protonotaire conjoint de la Cour du banc du roi à Québec, avec Joseph-François Perrault*, et greffier de la Cour du banc du roi de 1802 à 1812 ; avocat général de la province en 1812 en remplacement d’Olivier Perrault* ; greffier en loi du Conseil législatif de 1816 à 1819 et juge pro tempore de la Cour de vice-amirauté en 1816 ; puis juge suppléant de la Cour du banc du roi à Montréal du 1er juin 1818 jusqu’à 1820, en l’absence du juge Isaac Ogden* qu’il remplacera définitivement le 1er mai 1820. Les différentes nominations que Pyke obtient au début de sa carrière ne sont pas étrangères au favoritisme politique tout à fait naturel à l’époque, accepté par ceux qui en profitent et convoité par ceux qui en sont écartés. Ses idées politiques font de lui un fidèle sujet de la couronne à la chambre d’Assemblée où il représente la circonscription de Gaspé de 1804 à 1814.

L’accession de Pyke à la magistrature ne l’écarte pas complètement de la scène politique. Juge de la Cour du banc du roi à Montréal de 1820 à 1842, il doit entendre plusieurs causes politiques directement reliées aux événements entourant la montée des patriotes et les insurrections de 1837–1838. Deux d’entre elles ont été retenues par l’histoire. La première fait suite à un article de Ludger Duvernay, paru dans la Minerve en 1836. Accusé de diffamation, et ce pour la troisième fois depuis 1828, Duvernay subit son procès devant le juge Pyke qui s’élève contre les insinuations du journal propres à souiller tant la réputation des jurés que celle de la justice. Tout en se disant clément, Pyke condamne Duvernay à une amende et à un mois de prison, ce qui ne fera qu’accroître la gloire de ce dernier auprès des patriotes.

L’autre procès, aux conséquences plus dramatiques, se déroule du 3 au 10 septembre 1839. Incarcéré depuis deux ans, François Jalbert, capitaine de milice de Saint-Denis, sur le Richelieu, est accusé du meurtre du lieutenant George Weir, survenu en 1837 pendant que ce dernier était prisonnier des patriotes [V. Charles-Elzéar Mondelet*]. Dans cette cause, le jury se compose de huit Canadiens français et de quatre Canadiens anglais, dont deux seulement sont d’origine britannique. Les juges Pyke, Samuel Gale* et Jean-Roch Rolland* entendent la cause devant une salle surchauffée. Après plusieurs jours d’attente, la salle excitée reçoit le verdict : à dix contre deux, les jurés recommandent l’acquittement. La foule en furie bondit ; de justesse, les juges et les jurés parviennent à lui échapper. Les héros de l’assistance, les deux seuls jurés britanniques favorables à une condamnation, sont portés en triomphe par les loyalistes.

Plongé au cœur des événements, Pyke ne perd évidemment pas son intérêt personnel pour la politique. Quoiqu’il se dise « piètre politicien », il exprime longuement à divers correspondants ses opinions sur la situation mouvante de la scène politique entre 1839 et 1850. Son credo politique n’a, semble-t-il, pas changé : il professe une foi indéfectible en la puissance de l’Empire britannique et estime que les colonies ont intérêt à rester dans leur état de dépendance. C’est pourquoi, à son avis, le véritable danger provient avant tout des réformistes qui cherchent à obtenir un gouvernement responsable, et de la faiblesse du gouverneur et de son exécutif qui pratiquent une politique d’apaisement.

Les bouleversements que connaît la province ne sont pas sans effet sur l’administration de la justice. Débordées de travail, les cours souffrent en plus de certains départs, décès ou suspensions au sein de la magistrature. Entre 1839 et 1842, pendant qu’une réorganisation de la justice se prépare, de lourdes responsabilités pèsent donc sur les épaules de Pyke. Aux dépens de sa santé déjà chancelante, il doit en effet exercer à la fois les fonctions de juge puîné et celles de juge en chef sans avoir ni le titre ni le salaire de cette dernière charge. Ses confrères, les juges Gale et Rolland, souffrent tout autant que lui de cette situation, mais aucun n’ose presser le gouverneur sir John Colborne* de combler les vacances et de nommer un juge en chef.

Sir Charles Bagot*, qui exerce les fonctions de gouverneur à partir de janvier 1842, entreprend de remédier au problème. Les critiques se font de plus en plus pressantes malgré la bonne volonté des juges, et Pyke n’échappe pas aux reproches du public. Au mois de mars, les membres du barreau de Montréal se plaignent que « l’âge, les infirmités et une santé débile ne permett[ent] pas [à Pyke] de vaquer aux fonctions de sa charge », et ce malgré les qualités que tous lui reconnaissent. Au printemps, sans le consulter, le gouverneur lui demande donc de démissionner. Amer, Pyke met fin à sa carrière le 1er juillet, croyant ainsi permettre à Bagot de réaliser ses projets pour la paix et la prospérité des Canadas. Tout au plus tentera-t-il de faire reconnaître son travail de juge en chef sans le titre afin d’obtenir une pension plus confortable.

Retiré dès lors dans sa vaste propriété de Pointe-à-Cavagnal, Pyke peut se consacrer à ce qui dans sa vie privée lui occasionne le plus d’inquiétude, ses affaires et sa santé. Ses enfants, sur lesquels on ne possède pas beaucoup de renseignements, semblent avoir bien réussi et lui causer peu de soucis : ses fils sont devenus avocat, médecin et pasteur, et ses filles mènent comme lui une vie des plus respectables. Ses affaires, par contre, le préoccupent davantage. Des achats de terrains dans les Cantons-de-l’Est (environ 10 000 acres) vers 1820, l’acquisition de sa vaste propriété de Pointe-à-Cavagnal et d’autres transactions, tant pour lui-même que pour ses enfants, lui créent des obligations financières qu’il ne peut pas toujours respecter.

Hormis ces tracas financiers, George Pyke profite d’une retraite paisible à la campagne, car il vit, en dépit de sa santé fragile, jusqu’à l’âge de 76 ans. Peu avant sa mort, son ami intime, le curé Paul-Loup Archambault, de Vaudreuil, lui écrit pour le presser, mais en vain, de se convertir au catholicisme, l’exhortant à dépasser les combats, les obstacles et les troubles assaillant son « noble cœur », car, dit-il, « devant l’éternité tout doit tomber, tout doit s’évanouir, tout doit disparaître ». Pyke est inhumé dans la paroisse anglicane de Vaudreuil.

Jacques Boucher

George Pyke est l’auteur de : Cases argued and determined in the Court of King’s Bench for the district of Quebec in the province of Lower-Canada, in Hilary term, in the fiftieth year of the reign of George III (Montréal, 1811). Il s’agit du premier recueil de jurisprudence à paraître dans le Bas-Canada. Seize causes civiles et commerciales entendues devant la Cour du banc du roi à Québec en février 1816 y sont rapportées selon le format en usage à cette époque en Angleterre. On y trouve les résumés des plaidoiries des avocats et les jugements in extenso de chacun des juges ayant rédigé des notes.

Les ASQ possèdent des lettres écrites par le juge Pyke à diverses personnes au sujet de ses affaires, de sa carrière et de ses opinions politiques (Fonds Viger-Verreau, Cartons 79, 80, 81) et regroupent les causes qu’il a jugées entre 1818 et 1841 (Fonds Viger-Verreau, Sér. O, 01890196). La collection Baby (P 58, U) des AUM renferme, quant à elle, une dizaine de lettres de Pyke écrites de 1815 à 1839. Enfin, la Soc. d’archéologie et de numismatique de Montréal est le principal dépositaire des papiers Pyke (17971850), dont les copies microfilmées sont disponibles aux APC (MG 23, GIII, 25, D).

ANQ-M, CE1-67, 6 févr. 1851.— PANS, MG 1, 926 : 104 ; MG 100, 211 : 41.— St Paul’s Anglican Church (Halifax), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 5 mars 1775.— Doc. relatifs à l’hist. constitutionnelle, 1791–1818 (Doughty et McArthur), 516–521, 525 ; 1819–1828 (Doughty et Story ; 1935), 241–285.— F.-J. Audet, « les Législateurs du B.-C. ».— P.-G. Roy, les Juges de la prov. de Québec.— Buchanan, Bench and bar of L.C.— David, Patriotes.

Bibliographie générale

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Jacques Boucher, « PYKE, GEORGE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/pyke_george_8F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Boucher
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   23 avril 2014