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PEACHY, JOSEPH-FERDINAND, architecte, né le 27 août 1830 à Québec, fils de John William (Jean-Guillaume) Peachy, tailleur, et de Marie-Angélique Roussel ; décédé le 31 décembre 1903 dans la même ville.

Vers 1773, John Peachy, arrière-grand-père paternel de Joseph-Ferdinand, s’établit à Québec où il devient l’apprenti de Henry Dunn, imprimeur et graveur. Ses descendants s’intègrent à la communauté de Québec par des mariages avec des francophones de la région. Joseph-Ferdinand Peachy ne fait pas exception à la coutume familiale puisque, le 23 mai 1853, il épouse à Québec Elmire Triaud, fille de Louis-Hubert Triaud*, puis le 9 novembre 1869, à La Malbaie, Caroline Duberger, petite-fille de Jean-Baptiste Duberger*. Onze enfants sont issus de ces deux mariages.

Joseph-Ferdinand Peachy fait ses premières classes chez les Frères des écoles chrétiennes puis, vers l’âge de 18 ans, commence ses études d’architecture. Il apprend le dessin avec Pierre Gauvreau*, ingénieur et architecte au département des Travaux publics, et entreprend son stage auprès de Charles Baillairgé, l’architecte le plus éminent de Québec à cette époque.

À la fin de son stage en 1853, Peachy parfait sa formation en travaillant comme assistant de Baillairgé. Il ne sera responsable de ses travaux qu’à compter de 1858. Il est associé à Baillairgé, de 1863 à 1866, sous la raison sociale de Baillairgé et Peachy ; par la suite, il exploite un bureau sous son nom jusqu’en 1895, année où il s’associe à l’un de ses élèves, Joseph-Pierre-Edmond Dussault, et adopte l’enseigne Peachy et Dussault. Pendant toute sa carrière, Peachy a son bureau et sa résidence rue Saint-Jean, sauf durant un bref intervalle, en 1876, où son bureau est situé au coin des rues Sainte-Anne et du Fort. En 1866, lorsque Charles Baillairgé, nommé surintendant des travaux de la corporation de Québec, abandonne la pratique, la carrière de Peachy connaît un essor considérable et l’on confie à son bureau la construction de plusieurs édifices très importants dans la ville de Québec. Peachy s’impose comme un architecte urbain. Il réalise bon nombre d’églises, de chapelles, d’écoles, d’hôpitaux, d’édifices publics et commerciaux et de résidences. C’est par ailleurs l’architecture religieuse qui le fait connaître dans les environs de Québec, où il dresse les plans de plusieurs églises et décors intérieurs.

Les premières œuvres de Peachy sont fortement influencées par son maître et premier associé, Charles Baillairgé. En témoignent les travaux qu’il exécute pour le séminaire de Québec, le monastère des ursulines et la fabrique de Notre-Dame à Québec. Baillairgé, qui s’inscrit dans la lignée de son grand-oncle, Thomas Baillairgé*, lequel préconisait les formes sévères du palladianisme anglais et du style néo-classique, s’inspire également de l’œuvre théorique de l’architecte américain Minard Lafever, dont les édifices s’apparentent au style néo-Renaissance par leur traitement d’ensemble. On retrouve ces influences dans de nombreuses réalisations des années 1860 : la résidence construite en 1864 et connue comme la maison de l’historien François-Xavier Garneau*, située au 14, rue Saint-Flavien, est typique du style néo-classique par l’organisation rigoureuse et symétrique de sa façade et la disposition de ses étages ; le hangar en brique à trois étages construit en 1863 pour le marchand James Hunt, aux 58–60, rue Saint-Pierre, témoigne de l’influence du style néo-Renaissance par son imposante corniche à modillons et l’ornementation luxueuse de sa façade dont les fenêtres, ornées de linteaux en pierre, sont décorées, au rez-de-chaussée, d’une série de têtes sculptées. Ce style convient parfaitement aux commerces-résidences, caractéristiques de la seconde moitié du xixe siècle. Précédant les grands magasins, ces maisons à fonctions mixtes accueillent la clientèle au rez-de-chaussée ; les étages supérieurs sont réservés à l’habitation du marchand. L’alignement des baies conserve l’harmonie de la façade en dépit des fonctions variées des étages. Peachy contribue largement à diffuser ce nouveau type architectural à Québec.

La première église dont les plans sont entièrement dressés par Peachy (y compris ceux de la sacristie et du presbytère) est celle de la paroisse Saint-Sauveur, à Québec, construite en 1867. Une caractéristique évidente de ce monument est l’adoption d’un répertoire formel neuf, que Peachy trouve dans les ouvrages de l’architecte américain Samuel Sloan. À une plus grande échelle, Peachy va contribuer au développement d’un nouveau type d’architecture religieuse adapté au milieu rural. Ses églises d’Arthabaskaville (Arthabaska) et de Chicoutimi (disparue) exposent le programme avec grandeur, tandis qu’à Saint-Gervais, à Saint-Raphaël de Bellechasse et à Sainte-Foy (disparue en 1914), l’entreprise est plus modeste. Ces bâtiments ont une façade assez sobre où dominent une tour centrale et deux tourelles latérales symétriques ou des contreforts-pinacles. Leur plan simple, formé d’une nef qui se referme sur un chœur plus étroit, autorise l’option d’un transept doté de croisillons à pans polygonaux et, conformément à l’idéal classique qui privilégie les volumes bien nets, la sacristie s’inscrit dans le prolongement du chœur.

Après 1876, Peachy délaisse le milieu rural pour limiter son activité au milieu urbain. Ce choix favorise une pratique architecturale élitiste, lui permettant de disposer d’une expertise plus variée en ce qui a trait aux procédés de construction, et de plus de matériaux de qualité et de technologies nouvelles. Dans la seconde moitié du xixe siècle, le monastère des ursulines et le séminaire de Québec sont les clients principaux de l’architecte. Peachy avait commencé à travailler pour le séminaire de Québec après l’incendie de 1865. Parmi ses réalisations majeures, on compte : l’addition d’un étage et le toit de l’aile de la procure en 1866 ; le toit mansardé au pavillon central de l’université Laval construit en 1875 ; le grand séminaire en 1879, remarquable par son escalier central en pierre et en fer ; la chapelle du pensionnat en 1883 et la chapelle extérieure, le long de la rue Sainte-Famille, en 1888, dont la décoration en tôle, réalisée en trompe-l’œil, sera terminée en 1899.

Dans le cadre de ses travaux pour le séminaire, Peachy avait fait un voyage en Europe en 1879, afin de renouveler sa pratique. Le décor intérieur de la chapelle extérieure témoigne de ce ressourcement par sa référence explicite à l’église de la Trinité de Paris, œuvre de l’architecte français Théodore Ballu dont Peachy s’était procuré les plans. C’est au séminaire de Québec que s’affirme le caractère novateur de l’architecte. Le pavillon central de l’université Laval est le premier édifice d’importance à être couvert d’un toit mansardé, coiffé d’élégants lanternons empruntés aux hôtels de ville des départements du nord de la France. Peachy introduit ainsi le style Second Empire à Québec, quelques années avant la construction de l’Hôtel du Parlement (1877–1886) par l’architecte Eugène-Étienne Taché*. Peachy est également l’architecte responsable de multiples travaux chez les ursulines, dont les plus importants sont la construction de nouvelles ailes entre 1865 et 1872. Il réalise en outre plusieurs résidences sur des terrains appartenant à ces religieuses, à l’extérieur du monastère, dont les cinq maisons en rangée sises aux 73–81, rue Sainte-Anne, construites en 1876, qui constituent un premier exemple de l’application du style Second Empire dans l’architecture résidentielle à Québec.

Peachy s’impose aussi comme l’un des principaux architectes d’édifices commerciaux et industriels de Québec. Outre de nombreuses maisons abritant un commerce et une résidence, Peachy dessine les plans de la Banque nationale (1862), de la Banque Union du Canada (1866) et de la Caisse d’économie de Notre-Dame-de-Québec (1874). La proximité du port et de la gare ferroviaire favorise la construction d’entrepôts dans la basse ville de Québec. Ainsi, en 1875, Peachy réalise les plans et devis de quatre magasins pour le commerce de faïence et d’argile cuite de J.-B. Renaud et Compagnie situé aux 72–78, rue Saint-Paul. Mesurant 30 pieds en façade sur 120 pieds en profondeur, ces grandes surfaces étroites respectent le découpage antérieur des terrains. La forme des magasins a nécessité le percement de larges fenêtres à meneaux afin d’éclairer l’intérieur. Des piliers chanfreinés et des supports en pierre bosselés accusent la verticalité de la façade de la rue Saint-Paul, tandis que celle de la rue Saint-André, plus sobre, montre l’influence américaine sur le style néo-Renaissance. Cette construction marque le début de l’architecture protorationaliste à Québec, visant à élever des édifices aux façades évidées où seules les poutres et les colonnes portantes viennent rompre les surfaces fenêtrées. L’entrepôt construit par Peachy en 1880, pour Thibaudeau, Frères et Compagnie, associe des éléments du style néo-Renaissance (l’alignement des baies et l’ornementation de la façade) et du style Second Empire (le toit mansardé). Situé sur la place de l’ancien marché Finlay, ses murs sont dégagés sur les quatre côtés, d’où la nécessité de percer des fenêtres et d’agrémenter les façades latérales. Cette disposition en fait un édifice unique en son genre et démontre la capacité de Peachy d’adapter son architecture au milieu où elle est implantée.

Il est curieux de constater que Peachy n’a travaillé qu’exceptionnellement pour le milieu anglophone de Québec. Ainsi, c’est à la suite d’un concours auquel participaient, sous le couvert de l’anonymat, six architectes de Toronto, Montréal et Québec, que la Young Men’s Christian Association a confié à Peachy, sous le pseudonyme de Fideo, la réalisation des plans et devis du premier YMCA de Québec en 1879. L’édifice en pierre de taille au rez-de-chaussée et pierre à bossage à l’étage supérieur, coiffé d’un toit mansardé couvert d’ardoises de diverses couleurs et couronné de crêtes de fer et de cheminées ornementales témoigne du goût de l’architecte d’associer diverses tendances architecturales. Son intérêt pour l’éclectisme, caractérisé par une profusion d’éléments décoratifs, est illustré de façon remarquable sur les maisons que Peachy érige sur la Grande Allée entre 1877 et 1895. On y retrouve quelques exemples de villas suburbaines (maisons situées près d’une grande ville), selon la définition de l’architecte français César Dali dans la Revue générale de l’architecture et des travaux publics, première revue d’architecture au monde, publiée à Paris. Le style Second Empire, associé à des valeurs de prospérité et de prestige, reçoit l’adhésion de la bourgeoisie de Québec. À cause de la densité d’occupation, les maisons sont construites en rangées constituées de résidences unifamiliales mitoyennes. Leur léger retrait par rapport à la rue permet de décrocher quelques éléments servant à individualiser les façades. Peachy réalise, entre autres, les ensembles de 6 maisons (1877) pour le marchand Abraham Hamel (qui n’existent plus), de 3 maisons (1882) pour l’homme d’affaires Abraham Joseph*, aux 661–675, Grande Allée, et les 11 maisons (1895) pour l’échevin Louis Bilodeau, aux 455–555, Grande Allée.

Peachy effectue un retour marquant à l’architecture religieuse lorsqu’il est chargé de la reconstruction de l’église Saint-Jean-Baptiste, détruite lors de l’incendie du quartier en 1881. Il en dresse les plans peu après son séjour en Europe. Ce monument peut être considéré comme le manifeste du parti architectural de Peachy, c’est-à-dire comme un témoignage de son adhésion à l’éclectisme classique français ou style Second Empire. C’est toutefois l’architecture intérieure de l’église qui révèle le talent de Peachy comme maître de la composition architecturale. Si chaque élément de décor peut être retracé sur les planches gravées de Ballu, l’agencement des formes, leur traitement dans l’espace et l’effet obtenu sont caractéristiques de la manière de plus en plus personnelle de Peachy. L’église Saint-Jean-Baptiste est assurément le chef-d’œuvre de l’architecte. C’est également la réalisation qui entraîne sa ruine financière et cause une certaine perte de crédibilité dans sa pratique vers les années 1890 : exécutés par un entrepreneur peu minutieux, les travaux de maçonnerie doivent être interrompus lorsque des fissures apparaissent dans le mur intérieur de la façade. La fabrique Notre-Dame de Québec tient alors Peachy conjointement responsable avec l’entrepreneur pour les vices de construction de l’église. À l’issue du procès, le portail sera démoli et reconstruit aux frais de l’architecte, qui verra à ce que la construction de l’église soit complétée.

En 1890, Peachy participe au concours pour la construction du nouvel hôtel de ville à Québec. Le plan primé est celui de l’architecte Elzéar Charest*, de style Second Empire. Le conseil municipal le juge cependant trop modeste et commande à Peachy une fusion des plans présentés au concours. La synthèse proposée par ce dernier est toutefois refusée et, finalement, c’est la nouvelle proposition de l’architecte Georges-Émile Tanguay* que retient le conseil en 1893. Le rejet des plans et de la synthèse proposés par Peachy est un indice du déclin de ce dernier, imputable au long procès dans l’affaire de l’église Saint-Jean-Baptiste et à une certaine obsolescence du style d’inspiration française à la fin du xixe siècle.

Considéré par ses concitoyens comme un homme honnête et généreux, Peachy cumule titres et fonctions : membre du conseil municipal de Québec de 1868 à 1888, président des comités des chemins et de l’aqueduc, marguillier de la fabrique Saint-Jean-Baptiste, membre du Conseil des arts et manufactures de la province de Québec, président de la Société amicale de Québec (1876–1877) et de la Société Saint-Jean-Baptiste de la cité de Québec (1893–1895), membre fondateur (1890) et président (1898) de l’Association des architectes de la province de Québec.

L’influence de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy demeure considérable comme en témoignent de nombreuses réalisations de ses élèves et successeurs, dont Georges-Émile Tanguay, Alfred Vallée, Jean-Baptiste Saint-Michel, Charles Bernier et Joseph-Pierre-Edmond Dussault, qui, au décès de Peachy, reprendra son bureau. La relève au sein de sa famille est assurée par un petit-fils, Ludger Robitaille*, qui s’établit comme architecte peu avant 1920. À sa suite, son neveu André Robitaille se consacrera à l’architecture et à la conservation à compter de 1955.

Denyse Légaré et Luc Noppen

AC, Québec, État civil, Catholiques, Saint-Jean-Baptiste (Québec), 2 janv. 1904.— ANQ-Q, CE1-1, 27 août 1830 ; CE4-3, 9 nov. 1869.— Denyse Légaré, « Sur les pas d’un architecte, Joseph-Ferdinand Peachy, 1830–1903 : l’architecte du visage français de Québec au {{xix}}e siècle », Continuité (Québec), 47 (1990), cahier central.— Luc Noppen et al., Québec : trois siècles d’architecture ([Montréal], 1979).— Luc Noppen et Marc Grignon, l’Art de l’architecte : trois siècles de dessin d’architecture à Québec (Québec, 1983).— A. J. H. Richardson et al., Quebec City : architects, artisans and builders (Ottawa, 1984).— Trésors des communautés religieuses de la ville de Québec, Claude Thibault, compil. (Québec, 1973).

Bibliographie générale

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Denyse Légaré et Luc Noppen, « PEACHY, JOSEPH-FERDINAND », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/peachy_joseph_ferdinand_13F.html.

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Auteur de l'article:   Denyse Légaré et Luc Noppen
Titre de l'article:   PEACHY, JOSEPH-FERDINAND
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   31 octobre 2014