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O’HARA, FELIX, homme d’affaires, fonctionnaire et juge, né en Irlande ; décédé le 9 septembre 1805 à Gaspé, Bas-Canada.

Après avoir quitté l’Irlande, Felix O’Hara s’installe dans la colonie du New Jersey. Lieutenant de marine dans les forces britanniques, il se retire avec la demi-solde peu après la Conquête. Au printemps de 1764, O’Hara, en compagnie de son épouse, Martha McCormick, et de ses deux fils, s’établit à Gaspé, comptant ainsi parmi les premières familles de langue anglaise à s’installer dans la région.

Dès son arrivée, O’Hara devient chef d’une pêcherie dans la baie de Gaspé. L’année suivante, il est nommé juge de paix. En 1767, le lieutenant-gouverneur Guy Carleton lui octroie, ainsi qu’à son associé, le marchand de Québec John McCord, une concession de 1 300 acres, située en partie au centre du village et en partie sur les deux rives de la rivière York. Il semble que McCord n’ait jamais résidé à Gaspé ; O’Hara put ainsi profiter seul de cette concession. Deux ans plus tard, O’Hara obtient une licence pour vendre des spiritueux qu’il écoule sans doute au magasin qu’il possède. Ainsi, il diversifie son activité. Outre la pêche et le commerce, il cultive et fait de l’élevage ; en 1777, par exemple, son troupeau compte 17 têtes de bétail. Il possède aussi à partir de 1780 un moulin à scier, situé à l’anse aux Cousins.

Après s’être plaint au gouverneur Carleton d’être « délaissé comme dans un désert », O’Hara reçoit, en 1779, une commission de juge de la Cour des plaids communs, établie à Gaspé cette année-là, avec un traitement annuel de £100. Mais cette cour de justice, dont feront partie Charles Robin* et Isaac Mann, fonctionne mal à cause de la médiocrité des moyens de communication ; les juges, autant que les plaideurs, trouvent difficile de se rendre à Percé où se tiennent les séances du tribunal. L’année suivant cette nomination, O’Hara ajoute à ses fonctions en acceptant le poste de receveur du bureau des douanes de Gaspé, qui à cette époque était une succursale de celui de Québec [V. Thomas Ainslie]. Appuyé par les marchands jersiais de la côte, O’Hara demande au gouvernement, en 1785, que les douanes deviennent indépendantes, ce qu’il finit par obtenir. Outre ces fonctions, O’Hara remplace le lieutenant-gouverneur du district de Gaspé, Nicholas Cox*, pendant ses nombreuses absences. Lui aussi se plaint au gouverneur Haldimand de la présence de corsaires américains dans le district, lesquels d’ailleurs, en 1782, l’attaquent, le font prisonnier et l’acquittent « du crime d’être riche ».

En mai 1783, O’Hara sert de guide à Justus Sherwood envoyé en Gaspésie par Haldimand afin d’examiner les possibilités d’y établir des Loyalistes, que le gouverneur espérait voir s’adonner à l’industrie de la pêche. Dès l’année suivante, environ 500 à 600 Loyalistes commencent à s’installer dans la région O’Hara les considère immédiatement comme des mécontents difficiles à satisfaire et instables. Il a maille à partir avec eux. En 1785, parce qu’O’Hara fait montre de cupidité, semble-t-il, les Loyalistes incendient environ 800 des 1 500 acres de bois qu’O’Hara avait reçues en concession du lieutenant-gouverneur Henry Hamilton* cette année-là.

En 1789, O’Hara accepte de faire partie du conseil des terres du district de Gaspé, que lord Dorchester [Carleton] vient de mettre sur pied. Ce conseil qui, outre Cox, Robin et O’Hara, comprend un loyaliste et deux Canadiens, est chargé d’examiner les demandes de terre et de délivrer les certificats de concession. Enfin, le gouvernement britannique reconnaît les compétences et l’expérience d’O’Hara dans le domaine judiciaire en le nommant, le 25 février 1795, juge de la Cour provinciale de Gaspé, créée en 1793, poste pour lequel il reçoit un salaire annuel de £200.

O’Hara meurt à Gaspé le 9 septembre 1805. Dans son testament, rédigé un mois plus tôt, il léguait à trois de ses petits-fils sa seigneurie de Grand-Pabos, acquise de l’héritier de Haldimand en 1796 moyennant 2 000#. Curieusement, il omit d’avantager son épouse, laquelle se vit contrainte de réclamer une pension du gouvernement. Avec l’appui de son fils Henry et de Thomas Dunn, président et administrateur du Bas-Canada, celle-ci obtint une somme annuelle de £50 en août 1806.

Felix O’Hara, que l’évêque de la Nouvelle-Écosse Charles Inglis considérait comme un homme sensé et bien informé, fut à l’origine de l’essor économique de la région de Gaspé. Ambitieux et intéressé à acquérir des biens, il tenta de mettre en valeur les principales richesses de Gaspé, soit la pêche et la forêt. Au moins trois de ses sept enfants s’illustrèrent dans la région. Oliver devint agent des douanes à New-Carlisle, tandis qu’Edward* fut le premier député de Gaspé à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada. De son côté, Hugh devint juge de paix à Gaspé en 1788, et sa commission fut renouvelée six ans plus tard. En 1801, il remplaça son père au bureau des douanes de Gaspé. Il agit aussi à titre d’agent d’affaires pour une compagnie jersiaise ainsi que pour Pierre Brehaut. Il mourut en 1818, victime d’une fièvre contagieuse qu’il avait contractée en portant secours à des émigrés dont le bateau était ancré à Gaspé.

Réginald Day

ANQ-Q, CN1-253, 30 avril 1813 ; CN1-262, 15 nov. 1796 ; CN1-284, 1er mai 1810.— La Gazette de Québec, 24 août 1769, 12 mai 1785, 29 juin 1786, 2 avril 1789, 1er mars 1792, 10 juill. 1794, 5 mars 1795, 10 oct. 1805, 6 janv. 1811, 10 déc. 1818.— Patrice Gallant, Les registres de la Gaspésie (1752–1850) (6 vol., [Sayabec, Québec, 1968]).— « Papiers d’État – B.-C. », APC Rapport, 1891 : 25 ; 1892 : 254–258.— P.-G. Roy, Les juges de la prov. de Québec.— C.-E. Roy et Lucien Brault, Gaspé depuis Cartier (Québec, 1934).— Réginald Day, « Il y a deux siècles : les O’Hara à Gaspé », Rev. d’hist. de la Gaspésie (Gaspé, Québec), 9 (1971) : 342–397 ; 10 (1972) : 31–35.— David Lee, « La Gaspésie, 1760–1867 », Lieux hist. canadiens, no 23 (1980).

Bibliographie générale

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Réginald Day, « O’HARA, FELIX », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/o_hara_felix_5F.html.

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Auteur de l'article:   Réginald Day
Titre de l'article:   O’HARA, FELIX
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   30 juillet 2014