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MOLT, THÉODORE-FRÉDÉRIC, professeur, auteur, organiste, compositeur, inventeur et marchand de musique, né vers 1795 en Allemagne ; décédé le 16 novembre 1856 à Burlington, Vermont.

On possède des renseignements sur l’enfance et les années de formation de Théodore-Frédéric Molt grâce à un article rédigé par l’historien John K. Converse et publié dans le Vermont historical gazetteer en 1868. Selon cet auteur, qui fréquenta Molt pendant plus de 20 ans, ce dernier aurait reçu une bonne formation de base dans les humanités et en mathématiques. Peu après son entrée à l’université, il aurait été conscrit dans l’armée de Napoléon Ier et aurait servi comme comptable et payeur adjoint de son régiment ; il aurait assisté, impuissant, au spectacle de l’hécatombe de Waterloo (Belgique), le jour de la bataille décisive. De retour en Allemagne, il aurait décidé de se consacrer à la musique, dont les rudiments lui avaient été enseignés dans son enfance, semble-t-il, par son père et un frère aîné.

Après avoir poursuivi des études de musique avec les maîtres les plus éminents d’Allemagne, Molt arriva à Québec à la fin du printemps de 1822 et offrit aussitôt ses services comme professeur de piano-forte et de musique à la résidence de Fred Hund, rue Saint-Jean. Le 13 mars 1823, il contracta mariage avec Henriette Glackmeyer, fille de Frédéric-Henri Glackmeyer*, musicien bien en vue à Québec ; de cette union naquirent au moins neuf enfants dont quatre seulement seraient parvenus à l’âge adulte. Les concerts donnés par quelques-unes de ses jeunes élèves à l’hôtel Union le 4 mars et le 26 août 1824 permirent de mesurer le succès de son enseignement. Dans son compte rendu du premier concert, la Gazette de Québec rapportait qu’il avait fondé la Juvenile Harmonic Society.

En juin 1825, Molt mit aux enchères ses instruments de musique et son mobilier et retourna en Europe. Ce séjour d’environ une année lui permit de faire la rencontre de personnalités musicales, tels Ignaz Moscheles, Karl Czerny, mais surtout Ludwig van Beethoven, et peut-être Franz Schubert, dont il se présentera comme l’élève, à son retour au Bas-Canada l’année suivante. Que Molt ait pu recevoir les leçons de tous ces musiciens de prestige au cours d’une si brève période soulève des doutes. Quoi qu’il en soit, ses rapports avec Beethoven, qui valurent au « professeur de musique à Québec en Amérique », comme lui-même se désignait, quelques mesures d’un canon sur les paroles Freu Dich des Lebens tracées le 16 décembre 1825, furent ceux d’un admirateur des œuvres du maître de Bonn plutôt que d’un élève.

De retour à Québec au début de juin 1826, Molt recommença à travailler comme professeur de musique. Deux ans plus tard, il publia à Québec un ouvrage de pédagogie musicale intitulé Traité élémentaire de musique, particulièrement adapté au piano forte, qu’il dédia à ses élèves. Premier du genre à être imprimé au Bas-Canada, cet ouvrage théorique bilingue montre la préoccupation de son auteur à transmettre les connaissances et les principes les plus modernes, mais dans un style « absolument simple et familier ». L’originalité de cette méthode d’enseignement tenait à son orientation même qui consistait à « engager [...] à joindre la théorie à la pratique ».

En 1833, un an après avoir fait breveter, pour la première fois au Canada selon Helmut Kallmann, un instrument pédagogique appelé chromatomètre, Molt quitta Québec pour Burlington, dans l’état du Vermont. Après des débuts difficiles, il fut engagé en mai 1835 comme professeur de musique au Burlington Female Seminary que venait de fonder John K. Converse. De l’activité de Molt dans cet établissement, Converse affirme qu’il consacrait 10 à 12 heures par jour à des leçons particulières, ce qui ne l’empêcha pas de trouver le temps nécessaire à la préparation d’œuvres musicales destinées à la publication. Cette dernière indication laisse croire que Molt aurait composé ses œuvres pour piano, notamment la Post horn waltz with variations, et ses œuvres pour voix et piano, publiées à Philadelphie à des dates indéterminées, après 1833.

À l’été de 1837, Molt interrompit son séjour au Vermont pour venir habiter Montréal. Entre août et novembre de cette année-là, il fit paraître dans la Minerve une annonce informant « les Dames et les Messieurs de Montréal qu’il a[vait] sa résidence en cette ville et qu’il leur offr[ait], le plus respectueusement, ses services comme MAITRE DE FORTE-PIANO, D’ORGUE ET DE VIOLON ; Maître de CHANT et Maître de BASSE-CONTINUE ». On y apprend encore que « son plan d’instruction sur le Forte-Piano et sur l’Orgue, [était] à la fois nouveau et [qu’]il [était] le résultat de plusieurs années d’études attentives sur les besoins de l’écolier ; Mr. MOLT, [pouvait], au moyen de ses cours d’instruction, achever, en moitié de temps qu’il est supposé généralement nécessaire, l’entière éducation d’un écolier ».

On ne sait pas combien de temps Molt demeura à Montréal, mais il semble qu’il n’ait pas réussi à y percer. Qu’il ait effectué un prompt retour à Burlington n’est pas à exclure si l’on se rapporte au contenu d’une lettre écrite de cette ville le 6 juillet 1841, qui, bien que ne portant aucune signature est de la plume de Ludger Duvernay et est adressée a Louis Perrault*. On y apprend en effet que Molt avait invité l’auteur de cette lettre à « se mettre en société avec lui pour publier un journal musical mensuel, contenant les accompagnements à la musique sacrée, telle que chantée dans les églises aux États-Unis ».

Ce projet fut sans lendemain, car, en mai 1841, Molt était revenu à Québec. En novembre de la même année, après six mois de service reconnu, la fabrique Notre-Dame procéda à son engagement sur la base de son offre « de toucher l’orgue et de former un chœur permanent [...] moyennant un salaire annuel de cent livres courant ». Le contrat stipulait en outre qu’il lui revenait d’accorder les jeux d’anches de l’orgue et de « préparer et fournir à ses propres frais tous les livres, cahiers ou pièces de musique et de chant qui lui se[raient] nécessaires », ceux-ci devant par la suite être rendus à la fabrique. Au cours des années suivantes, Molt pourvut à l’arrangement et à la copie de morceaux de musique dont il évaluait le nombre à quelque « six mille parties » en 1846. De plus, il avait publié en 1844 et 1845 deux livraisons de Lyre sainte : recueil de cantiques, hymnes, motets, &c., qu’il avait compilées et arrangées. Il avait encore fait paraître à Québec en 1845 Traité élémentaire de musique vocale, manuel de 89 pages consacré à des notions fondamentales de théorie musicale, de solfège et de technique vocale.

Molt se signala par sa participation aux fêtes de la Saint-Jean-Baptiste – probablement celles de 1847 – comme directeur de chœur et, à cette occasion, il reçut une tabatière en argent. Il semble aussi plausible qu’il ait compilé la Lyre canadienne, répertoire des meilleures chansons et romances du jour, publié sans nom d’auteur la même année. On sait en effet que, dès 1842, Molt avait caressé le projet « de publier sous quelque temps un Recueil de chansons choisies avec musique » et, désirant souligner l’aspect canadien de son livre, il avait invité toute personne à lui fournir chansons ou « couplets de nouvelle composition de crû canadien ». Par ailleurs, le séminaire de Québec conserve pour la période comprise entre le 25 juillet 1847 et le 25 mars 1849 divers reçus qui attestent que Molt a alors exercé les fonctions de professeur de chant au petit séminaire de Québec. Or, comme le « chœur laïque » dont il avait pris la direction par contrat en 1841 était principalement formé d’élèves du petit séminaire, il est possible qu’il ait commencé à enseigner dans cette institution dès cette année-là.

Une série d’épreuves jointes à des tractations secrètes et à un sentiment d’incompréhension générale allaient néanmoins empêcher Molt de poursuivre son œuvre. En juillet 1845, ses créanciers réclamèrent la cession des sommes gagnées à l’église jusqu’à concurrence de £84. Huit jours avant l’échéance du dernier paiement, sa femme et deux de ses fils, Frédéric-Félix et Adolphe-Alphonse, périssaient dans l’incendie du théâtre Saint-Louis, le 12 juin 1846. Enfin, deux ans plus tard, les marguilliers, qui avaient reçu une lettre de Marie-Hippolyte-Antoine Dessane* offrant ses services comme organiste, prirent prétexte de la trop grande « indifférence [de Molt] dans l’exécution des devoirs de sa charge » et de l’insatisfaction des paroissiens à son égard pour le destituer de ses fonctions. En réalité, la raison de son congédiement était peut-être davantage imputable à son second mariage avec Harriett Cowan, célébré le 14 juin 1848 en la cathédrale Holy Trinity de Québec, ce qui allait à l’encontre de l’esprit des résolutions concernant les qualifications et devoirs de l’organiste et du maître de chapelle, que les marguilliers avaient énoncées dans un document daté de 1837.

Ces événements eurent pour conséquence d’éloigner définitivement Molt de Québec et, vers le milieu de 1849, il retourna s’établir avec sa famille à Burlington. Dans les dernières années de sa vie, en plus d’enseigner au Burlington Female Seminary, il publia New and original method for the pianoforte, 51 progressive lessons et The pupil’s guide and young teacher’s manual, or the elements of piano forte playing, dont la vente par souscription fut annoncée en 1854. Toutefois, Molt ne semble pas avoir rompu toute attache avec sa première ville d’adoption, puisque, selon le musicien et journaliste Nazaire Levasseur*, son nom figurait sur la liste des membres de la Société harmonique de Québec en 1855. Molt mourut à Burlington le 16 novembre 1856, à l’âge de 61 ans.

Théodore-Frédéric Molt poursuivit une carrière consacrée surtout à l’enseignement professionnel de la musique, qui fut remarquable par sa clarté, sa simplicité et sa méthode. C’est sur ce plan particulier que Molt s’affirma le plus nettement au milieu de musiciens tels que Frédéric-Henri Glackmeyer, John Chrisostomus*, Jean-Chrysostome* Brauneis et d’autres avec qui il entretint des relations étroites au Bas-Canada dans la première moitié du xixe siècle, et c’est avant tout comme professeur qu’il aimait qu’on le considère. Fort d’une expérience de plus de 30 années dans l’enseignement en Amérique du Nord, Molt pouvait se flatter vers la fin de sa vie de trouver nombre de ses élèves dispersés à travers le Bas-Canada, où plusieurs d’entre eux avaient d’ailleurs commencé d’assurer la relève.

Lucien Poirier

Théodore-Frédéric Molt est l’auteur de plusieurs ouvrages de pédagogie musicale dont les principaux sont : Traité élémentaire de musique, particulièrement adapté au piano forte (Québec, 1828) ; Traité élémentaire de musique vocale (Québec, 1845) ; New and original method for the pianoforte (Burlington, Vt., s.d.) ; 51 progressive lessons (Burlington, s.d.) ; The pupil’s guide and young teacher’s manual, or the elements of the piano forte playing (Burlington, 1854). Il a aussi compilé et arrangé deux livraisons de la Lyre sainte recueil de cantiques, hymnes, motets, &c. (Québec, 1844–1845). Il a de plus composé un certain nombre d’œuvres pour piano, surtout des chansons et des danses, et il a réalisé plus de 6 000 arrangements et harmonisations de pièces sacrées dont il reste moins de 200 accompagnements pour orgue de pièces liturgiques diverses, conservés dans deux cahiers manuscrits à la Bibliothèque nationale du Canada, et les 19 cantiques, hymnes et motets, insérés dans la Lyre sainte. Il serait possible de lui attribuer également la compilation de la Lyre canadienne : répertoire des meilleures chansons et romances du jour, publiée sans nom d’auteur à Québec en 1847.

ANQ-Q, CE1-1, 4 juin 1824, 16 juill. 1833 ; CE1-61, 14 juin 1848 ; CE1-66, 13 mars 1823 ; CN1-265, 5 nov. 1841, 11 juill. 1845, 14 avril 1846 ; P-68, no 510.— AP, Notre-Dame de Québec, Livres des délibérations de la fabrique, 1837–1848.— ASQ, Fonds Plante, no 22 ; Polygraphie, XXVI : 21, 50 ; Séminaire, 218, nos 603–604.— Journal de l’Instruction publique (Québec et Montréal), 3 (1859) : 17.— Musique pour piano I, Elaine Keillor, édit. (Ottawa, 1983).— Le Canadien, 3, 24 mars 1845, 15 juin 1846.— La Gazette de Québec, 21 avril 1823, 18 mars, 15 juill., 2 sept., 9 déc. 1824, 13 juin 1825.— Mélanges religieux, feuilleton, 4 févr. 1842.— La Minerve, 21 août 1837, 3 déc. 1856.— Quebec Mercury, 21 juin 1822.— Catalogue of Canadian composers, Helmut Kallmann, édit. (2e éd., Toronto, 1952 ; réimpr., St Clair Shores, Mich., 1972), 176.— Encyclopédie de la musique au Canada (Kallmann et al.), 494, 659, 947.— The Vermont historical gazetteer : a magazine, embracing a history of each town, civil, ecclesiastical, biographical and military, A. M. Hemenway, édit. (3 vol., Burlington, 1868), 1 : 531–534.— Willy Amtmann, la Musique au Québec, 1600–1875, Michelle Pharand, trad. (Montréal, 1976), 294, 376–381.— H.-J.-J.-B. Chouinard, Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 : histoire, discours, rapports [...] (4 vol., Québec, 1881–1903), 4 : 521–522.— Helmut Kallmann, A history of music in Canada, 1534–1914 (Toronto et Londres, 1960), 79–82, 138.— Thayer’s life of Beethoven, Elliot Forbes, édit. (2e éd., 2 vol., Princeton, N.J., 1964), 2 : 969–971.— Helmut Kallmann, « Beethoven and Canada : a miscellany », Les Cahiers canadiens de musique (Montréal), 2 (1971) : 107.— Nazaire LeVasseur, « Musique et Musiciens à Québec : souvenirs d’un amateur », la Musique (Québec), 1 (1919) : 26, 52, 98, 110, 126.— « Le Recueil de cantiques de Molt », BRH, 46 (1940) : 168.— P.-G. Roy, « le Théâtre Saint-Louis, à Québec », BRH, 42 (1936) : 174–188.

Bibliographie générale

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Lucien Poirier, « MOLT, THÉODORE-FRÉDÉRIC », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/molt_theodore_frederic_8F.html.

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Auteur de l'article:   Lucien Poirier
Titre de l'article:   MOLT, THÉODORE-FRÉDÉRIC
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   18 décembre 2014