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MARTIN DE LINO, MATHIEU-FRANÇOIS (Mathurin et Mathurin-François), marchand, traiteur, seigneur, interprète auprès des Anglais, membre du Conseil souverain, membre de la Compagnie du Nord et de la Compagnie de la Colonie ; né dans la paroisse de Saint-Nizier à Lyon en 1657 ; mort à Québec le 5 décembre 1731.

Par sa naissance et son éducation, Mathieu-François Martin de Lino était bien préparé à faire carrière dans le commerce. Son père, Claude, et sa mère, Antoinette Chalmette, étaient tous deux issus d’un milieu bourgeois. En outre, certains membres de la famille Chalmette avaient des intérêts commerciaux en Nouvelle-France. Son oncle, Jean-François Chalmette, était commerçant en gros de fourrures à Paris, et fut aussi détenteur du bail de la traite de Tadoussac peu après 1690.

Martin de Lino n’était encore qu’un adolescent quand son père l’envoya en Angleterre et en Hollande étudier l’anglais et le hollandais. À 20 ans, il parlait couramment ces deux langues et avait sans doute été marqué par le genre de vie de ces deux grands peuples commerçants. Il vint pour la première fois en Nouvelle-France en 1679 et, après un voyage en France en 1681, s’installa à Québec. C’est dans cette ville que le 30 avril 1685 il épousait Catherine, fille du marchand Pierre Nolan. Peu après, il s’intéressa à différentes entreprises commerciales et, en 1688, fit l’acquisition d’une partie des intérêts de Jean Gitton dans la Compagnie du Nord. L’année suivante, il obtint avec un groupe de marchands canadiens, dont Charles Aubert de La Chesnaye, la seigneurie de Blanc-Sablon, à Terre-Neuve, que le gouverneur et l’intendant leur concédèrent pour la pêche à la morue et à la baleine.

Pendant la guerre avec les colonies anglaises qui débuta en 1689, Martin de Lino, grâce à ses connaissances en anglais, put rendre de précieux services au autorités coloniales en traduisant la correspondance et en questionnant les prisonniers. Cependant, son talent pour les langues lui valut également de sérieux ennuis. En 1691, l’armateur John Nelson, dont le navire avait été capturé dans la baie Française (baie de Fundy), fut envoyé à Québec par le gouverneur acadien, Joseph Robinau* de Villebon. Buade* de Frontenac, agissant avec plus de courtoisie que de prudence, lui permit de circuler assez librement. Nelson profita de cette liberté pour visiter les fortifications et transmettre des renseignements à ses compatriotes de la Nouvelle-Angleterre. Étant donné que Martin de Lino avait servi d’interprète à Nelson, on le soupçonna de complicité. Il fut arrêté le 8 janvier 1693, alors qu’il séjournait pour affaires en France, et emprisonné à la Bastille pendant six semaines. Après sa mise en liberté, le ministre avertit Frontenac et Bochart de Champigny de le surveiller étroitement mais Martin de Lino sut regagner la confiance des autorités. Il reçut en concession une seigneurie sur la côte acadienne vis-à-vis l’île Saint-Jean en 1697 et il deviendra membre du Conseil souverain le 8 mai 1702.

En 1700, Mathieu-François devint actionnaire et membre du bureau de direction de la Compagnie de la Colonie, nouvellement constituée. Quelques mois plus tard, il s’embarquait pour la France avec Aubert de La Chesnaye afin de reviser les conditions de l’entente qu’avait conclue Antoine Pascaud quelque temps auparavant avec les correspondants de la compagnie, les banquiers Jean Pasquier, Nicolas Bourlet et Nicolas Gayot (Goy). Le 26 février 1701, un nouvel accord fut signé en vertu duquel Pasquier, Bourlet et Gayot accordaient des crédits supplémentaires à la Compagnie de la Colonie tout en réduisant l’intérêt de 2 p. cent. Malgré ces conditions avantageuses, la compagnie se trouvait encore dans une situation précaire : elle manquait de fonds, le marché du castor était dans le marasme et les craintes, quant à la solidité de toute l’entreprise, allaient grandissantes. C’était peut-être dans le but de réprimer un début de panique que Martin de Lino déclara publiquement en France et au Canada que la compagnie faisait des affaires florissantes. En ayant recours à un tel artifice, qu’on pourrait qualifier de fausse représentation, il réussit néanmoins à redonner confiance dans l’entreprise.

Mathieu-François se livra également, pour son propre compte, à des pratiques peu honnêtes pendant son séjour en France. Il s’appropria des fonds de la compagnie et, en remboursement, offrit une vieille barque à un prix exorbitant. Il envoya également Jean Gitton à Hambourg faire l’achat de poudre à canon inutilisable et de marchandises de deuxième qualité. Ces marchandises furent ensuite expédiées au Canada à bord d’un navire allemand et vendues à la Compagnie de la Colonie par un tiers qui n’était tout au plus qu’un homme de paille de Martin de Lino. Pontchartrain fut par la suite instruit de ces agissements et prit la décision de le punir. Malgré les efforts de Jacques Raudot pour l’excuser, Martin de Lino fut suspendu du Conseil supérieur et sommé de rentrer en France afin de rendre compte de ses actes. Le commerçant obéit à cet ordre et sans doute sut-il défendre sa cause avec beaucoup d’habileté car il réussit à se justifier partiellement. On l’autorisa, en 1707, à retourner au Canada et à reprendre son siège au Conseil supérieur. Cependant, le ministre mit Raudot en garde en ces termes : « cet homme soit par ignorance soit par malice est dangereux », et l’avertit de ne demander ni d’accepter conseil de Martin sur toute question touchant l’administration de la colonie.

Cet incident marqua la personnalité de Martin de Lino. L’adroit commerçant des années passées se transforma en un homme studieux et effacé. Il se plongea dans la lecture de livres de droit et de jurisprudence. Il rédigea des rapports traitant de réformes juridiques et devint un des membres les plus compétents du Conseil supérieur. Le départ de Pontchartrain en 1715 permit à Martin de Lino de gagner rapidement la confiance de la nouvelle administration. En 1716 et 1717, il fut le représentant en Nouvelle-France de Néret et Gayot, la firme tripartite (le troisième associé était mort depuis) qui avait acquis le monopole du marché du castor au Canada en 1706. Lino fut nommé conseiller en 1719 et garde du sceau du roi en 1727. Il mourut quatre ans plus tard laissant des biens dont la valeur couvrait à peine la totalité de ses dettes.

Son épouse, Catherine, avait donné naissance à douze fils et cinq filles. De ce nombre, seulement quatre fils et trois filles parvinrent à l’âge adulte. Jean-François remplit la charge de procureur du roi de la Prévôté et de l’Amirauté de Québec, et épousa Angélique Chartier, fille de René-Louis Chartier de Lotbinière. Guillaume se fit récollet et prit le nom d’Antoine ; il exerça son ministère à Trois-Rivières et à Chambly. Charles, sieur de Balmont, vécut en France, vraisemblablement à La Rochelle, et Jean-Marie, sieur de Murier, alla s’installer à La Rochelle où il épousa Marie-Anne, fille d’Antoine Peyrant, conseiller du présidial de la région. Catherine de Lino épousa Jean-François Hazeur ; Marie-Anne vivait encore en 1757 mais on connaît peu de chose d’elle et, enfin, Geneviève-Françoise épousa Gaspard Adhémar* de Lantagnac, lieutenant dans les troupes de la marine.

Y. F. Zoltvany et C. J. Russ

AJQ, Greffe de Pierre Duquet, 2 avril 1685 ; Greffe de Gilles Rageot, 28 août 1688. — AN, Col., B, 25, 29–40, 54 ; Col., C11A, 2, 12, 14, 18–41, 57 ; Col., C11G, 2–4. — Bibliothèque de l’Arsenal (Paris), Archives de la Bastille, 10 496, ff.158–168. — Correspondance de Frontenac, 1689–1699, RAPQ, 1927–28 : 135, 151, 163. — Correspondance de Vaudreuil, RAPQ, 1947–48 : 319. — Lettres et mémoires de Ruette d’Auteuil, RAPQ, 1922–23, passim. — P.-G. Roy, Inv. concessions, IV : 39, 136. — Le Jeune, Dictionnaire, I : 482. — Tanguay, Dictionnaire, I : 416. — E. H. Borins, La Compagnie du Nord, 1682–1700 (thèse de m.a., McGill University, 1968). — Guy Frégault, La Compagnie de la Colonie, Revue de luniversité dOttawa, XXX (l 960) : 5–29, 127–149. — P.-G. Roy, La famille Martin de Lino, BRH, XLI (1935) : 257–293.

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Y. F. Zoltvany et C. J. Russ, « MARTIN DE LINO, MATHIEU-FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/martin_de_lino_mathieu_francois_2F.html.

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Auteur de l'article:   Y. F. Zoltvany et C. J. Russ
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   25 juillet 2014