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MARRANT, JOHN, auteur noir américain et ministre de la Countess of Huntingdon’s Connexion, né le 15 juin 1755 à New York, décédé à Islington (Londres), le 15 avril 1791.

Les premières années de John Marrant ont ceci d’exceptionnel qu’il put recevoir quelque instruction en dépit des dures restrictions dont étaient frappés les Noirs dans l’Amérique coloniale. Né libre, il fréquenta l’école jusqu’à l’âge de 10 ou 11 ans, d’abord à St Augustine, en Floride, où sa mère avait déménagé lors du décès de son mari en 1759, puis en Géorgie. Quand, plus tard, la famille s’installa à Charleston, en Caroline du Sud, il était entendu que John devait y apprendre un métier. Au lieu de cela, et selon son propre désir, il étudia la musique pendant deux ans avant de faire l’apprentissage, pendant plus d’un an, d’un métier qui ne nous est pas connu. À l’âge de 13 ans, il se convertit à une vie plus chrétienne lors d’une assemblée organisée par le prédicateur dissident George Whitefield ; sa famille n’étant point sympathique à sa nouvelle orientation, il quitta la maison pour aller vivre dans les territoires sauvages, au delà de Charleston. Découvert par un chasseur indien, il fut amené chez les Cherokees, où il vécut pendant deux ans avant de pouvoir retourner en Caroline du Sud.

Quand éclata la Révolution américaine en 1775, Marrant fut enrôlé d’office dans la marine royale, à titre de musicien ; il participa, en 1780, au siège de Charleston et, en 1781, à un engagement au large du Dogger Bank (mer du Nord), au cours duquel il fut blessé. Après son licenciement, il travailla pendant trois ans chez un marchand de coton de Londres et se joignit à un groupe évangélique connu sous le nom de Countess of Huntingdon’s Connexion. À la suite de la réception d’une lettre de son frère, l’un des 3 500 Loyalistes noirs transportés en Nouvelle-Écosse après la révolution, qui exprimait le vif désir de ces derniers d’être instruits des vérités du christianisme, Marrant décida de s’y rendre comme missionnaire. Le 15 mai 1785, il fut ordonné ministre de la Countess of Huntingdon’s Connexion à Bath, Angleterre.

L’instruction que reçut Marrant et sa conversion lui permirent les deux grandes réalisations pour lesquelles il est connu : la publication à Londres, en 1785, du récit des 30 premières années de sa vie et son ministère parmi les Loyalistes noirs de la Nouvelle-Écosse. De 1785 à 1835, A narrative of the Lord’s wonderful dealings with John Marrant, a black [...] connut au moins 21 éditions différentes, dont une en gallois. Ce succès étonnant peut être attribué au fait que l’ouvrage constituait un apport marqué à trois genres littéraires : les récits d’esclaves américains, les récits de captivité chez les Indiens et les relations de conversions. Bien que Marrant ne fût jamais esclave, son Narrative est l’un des plus importants parmi les écrits anciens des Noirs, parce que le déroulement de sa vie rappelait celui, classique, de la vie de l’esclave, faite de souffrances et d’oppression, et se terminant éventuellement par la fuite et un long voyage vers la terre promise. Après sa mort, les éditeurs, peut-être pour éviter d’être mêlés à la controverse relative à l’abolition de l’esclavage et pour mettre l’accent sur les progrès de l’auteur dans la vie chrétienne, omirent la mention de son appartenance raciale dans le titre et allèrent même jusqu’à retoucher son portrait, en frontispice de l’ouvrage, afin d’en alléger les caractéristiques qui pouvaient révéler ses origines. Dans ces versions corrigées, tout l’intérêt de l’ouvrage, pour les lecteurs, tenait au récit du séjour de Marrant parmi les Cherokees ; effectivement, on classe son ouvrage parmi les trois récits les plus populaires de captivité chez les Indiens à avoir été publiés.

Pour Marrant lui-même, semble-t-il, l’importance de son ouvrage venait principalement du message chrétien dont il est le véhicule. Il soumet son lecteur au supplice en passant sous silence les détails de sa vie séculière, préférant décrire une série d’épreuves et de victoires spirituelles découlant souvent d’incidents symboliques à peine croyables pour des lecteurs d’aujourd’hui. Sa conversion et ses aventures subséquentes portent toutes la marque d’interventions miraculeuses, grâce auxquelles il échappe à des dangers divers, et de prières exaucées sur-le-champ. Il est évident que Marrant se considérait lui-même comme une prédication vivante. En menant son combat, comme chrétien noir dans un monde blanc, irréligieux et esclavagiste, qui faisait peu de différence entre un Noir de naissance libre et un esclave, il ne visait pas seulement à réveiller les Noirs, mais tout autant ses lecteurs blancs.

La prédication de Marrant en Nouvelle-Écosse contribua à un mouvement dont la portée peut être comparée à celle de son livre. Même s’ils vivaient dans la pauvreté et l’oppression, les Loyalistes noirs surent se donner une culture vibrante, centrée sur leurs chapelles chrétiennes, et, dès lors, survivre en tant que communauté distincte. Après avoir mis sur pied une première congrégation à Birchtown, près de Shelburne, Marrant s’embarqua pour une tournée qui le conduisit dans la plupart des établissements des Loyalistes noirs. À l’occasion, il prêchait pour le bénéfice de congrégations blanches et visitait des villages micmacs. On peut se faire une idée de ses succès comme prêcheur quand on sait que plusieurs ministres blancs le condamnèrent, parce que leurs paroissiens noirs les désertaient pour entendre le message de Marrant et se regrouper dans les chapelles qu’il avait établies à l’usage exclusif des Noirs. L’une des conséquences notables de son ministère – et de ceux du prêcheur baptiste David George* et des méthodistes Moses Wilkinson, John Ball et Boston King – fut du reste la formation de groupes religieux exclusivement noirs, voués à la sauvegarde d’une expérience chrétienne unique.

En 1787, Marrant se rendit à Boston, où il adhéra à la première loge maçonnique noire fondée en 1784 par Prince Hall. Il devint aumônier de la loge, et plusieurs de ses sermons prononcés à Boston furent publiés tant en Angleterre qu’en Amérique. Il ne perdit pourtant pas contact avec son troupeau de la Nouvelle-Écosse, retournant dans cette province pour y épouser la loyaliste noire Elizabeth Herries, à Birchtown, le 15 août 1788. En 1789, estimant apparemment sa mission accomplie, il partit pour l’Angleterre. Il continua son ministère à la chapelle principale de la Countess of Huntingdon’s Connexion à Islington et, à sa mort, fut enseveli dans le cimetière attenant à cette chapelle.

La courte carrière de John Marrant est moins importante par ses réalisations que par l’influence qu’elle eut sur les courants historiques et littéraires des Noirs tant en Amérique qu’en Afrique. Son message en était un de persévérance, et aussi un témoignage du succès qu’un Noir de foi chrétienne pouvait obtenir grâce à la foi en Dieu et en lui-même, et son Narrative servit de modèle à des générations d’écrivains américains noirs. Les disciples de Marrant se firent prêcheurs et instituteurs dans la communauté noire de la Nouvelle-Écosse, et, à la suite de la migration de quelque 1 200 Loyalistes noirs en Sierra Leone en 1792 [V. Thomas Peters], son message fut diffusé parmi des milliers d’Africains. Son œuvre se perpétue parmi les descendants de ses congrégations noires.

James W. St G. Walker

Les travaux suivants de John Marrant ont été publiés : A journal of the Rev. John Marrant, from August the 18th, 1785, to the 16th of March, 1790 [...] (Londres, 1790) ; A narrative of the Lords wonderful dealings with John Marrant, a black [...], Rev. Mr Aldridge, édit. (Londres, 1785) ; et A sermon preached the 24th dav of June, 1789 [...] (Boston, s.d.).

BL, Add. {{mss }}41 262A ; 41 262B ; 41 263 ; 41 642.— PANS, MG 1, 479 (Charles Inglis docs.), no 1 (copies).— [John Clarkson], Clarkson’s mission to America, 1791–1792, C. B. Fergusson, édit. (Halifax, 1971).— [David George], An account of the life of Mr. David George [...], Baptist Annual Register (Londres), I(1790–1793) : 473–484.— Great slave narratives, A. [W.] Bontemps, compil. (Boston, 1969).— Held captive by Indians : selected narratives, 1642-1836, Richard VanDerBeets, compil. (Knoxville, Tenn., 1973).— [Boston King], Memoirs of the life of Boston King, a black preacher [...], Methodist Magazine (Londres), XXI (1798) : 105–110, 157–161, 209–213, 261–265.— C. [H.] Fyfe, A history of Sierra Leone (Londres, 1962).— J. W. St G. Walker, The black Ioyalists : the search for a promised land in Nova Scotia and Sierra Leone, 1783–1870 (Londres, 1976) ; The establishment of a free black community in Nova Scotia, 1783–1840, The African Diaspora : interpretive essays, M. L. Kilson et R. I. Rotberg édit. (Cambridge, Mass., et Londres, 1976).— R. W. Winks, The blacks in Canada : a history (Montréal, 1971).— C. [H.] Fyfe, The Countess of Huntingdon’s Connexion in nineteenth century Sierra Leone, Sierra Leone Bull. of Religion (Freetown, Sierra Leone), 4 (1962) : 53–61.— D. B. Porter, Early American Negro writings : a bibliographical study, Bibliographical Soc. of America, Papers (New York), 39 (1945) : 192–268.— A. F. Walls, The Nova Scotian settlers and their religion, Sierra Leone Bull. of Religion, 1 (1959) : 19–31.

Bibliographie générale

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James W. St G. Walker, « MARRANT, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/marrant_john_4F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   18 décembre 2014