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MacDONELL, ALEXANDER, homme politique et fonctionnaire, né vers 1774 dans l’Inverness-shire, Écosse ; il épousa une prénommée Mary, et ils eurent au moins quatre filles et quatre fils ; mort en 1828 ou après.

On ne sait rien de la famille ni des antécédents d’Alexander MacDonell. Son expérience d’adjudant dans la milice de Glengarry, en Écosse, l’incita à offrir ses services à lord Selkirk [Douglas*] en 1813 afin d’obtenir un poste équivalent. Impressionné par ses qualifications, Selkirk l’engagea en janvier 1814 pour qu’il recrute des colons écossais et les accompagne à l’établissement de la Rivière-Rouge (Manitoba). Partis en juin 1815, MacDonell, les colons et le nouveau gouverneur de Rupert’s Land, Robert Semple*, arrivèrent à York Factory en août. MacDonell avait l’intention de passer un an à la Rivière-Rouge, puis de rentrer en Écosse pour aller chercher sa famille. Selkirk proposa de l’affecter à la comptabilité de la colonie, mais Semple le jugeait trop qualifié pour cette occupation. Le 5 septembre 1815, il le nomma donc à titre temporaire second de Colin Robertson*, de la Hudson’s Bay Company, à qui il confia la responsabilité de l’établissement. Une fois qu’ils furent arrivés au fort Douglas (Winnipeg) en novembre, Semple envoya MacDonell et les colons hiverner au fort Daer (Pembina, Dakota du Nord). C’est là qu’au début de janvier 1816 MacDonell prêta serment comme conseiller et shérif en chef d’Assiniboia. Semple était certain qu’il s’acquitterait bien de ses fonctions : il avait signalé à Selkirk que MacDonell avait de la « fermeté, [de la] prudence et [des] manières conciliantes », et qu’il avait gagné l’estime de tous. De retour au fort Douglas en avril, MacDonell put constater que Semple et Robertson s’entendaient de plus en plus mal, au point que Robertson quitta les lieux au début de juin. Semple prit alors MacDonell comme second. Ce fut donc à MacDonell que la responsabilité de la colonie incomba après la mort violente du gouverneur, survenue à Seven Oaks (Winnipeg) le 19 juin 1816 [V. Cuthbert Grant*], au plus fort de la lutte que se livraient la Hudson’s Bay Company et la North West Company pour s’assurer l’hégémonie de la traite des fourrures dans l’Ouest.

Forcés par la North West Company de quitter le fort Douglas quelques jours plus tard, les colons furent conduits par MacDonell à Jack River House, où ils passèrent l’hiver. MacDonell rétablit la colonie en mars 1817 et la dirigea avec succès pendant deux années difficiles. Le gel et les grands vents faillirent détruire les récoltes de 1817, et les sauterelles, celles de 1818. MacDonell réglementa avec soin les cultures et maintint les dépenses de la colonie à un bas niveau. Certains fonctionnaires de la Hudson’s Bay Company se plaignirent de son administration et insinuèrent qu’il était malhonnête, mais ils étaient de toute façon hostiles à la colonie. D’après Robertson, ils protestaient parce que MacDonell les empêchait de vendre des vivres à la colonie à un prix trop élevé et de réaliser des bénéfices excessifs. Selkirk ne prêta pas foi aux rumeurs qui mettaient en doute l’honnêteté de MacDonell, et les colons exprimèrent leur satisfaction à son endroit dans une pétition datée du 2 août 1819.

MacDonell se rendit en Écosse à l’automne de 1819 pour voir sa famille. Le 24 février 1820, il fut nommé représentant de Selkirk à la colonie de la Rivière-Rouge, puis en mai, par suite de la mort du comte, il devint le fondé de pouvoir de ses exécuteurs testamentaires. Dès juin 1820, il était de retour dans la colonie, où il reprenait son poste de gouverneur suppléant. À titre de fondé de pouvoir, il était responsable de la bonne marche des affaires économiques de la colonie ; il était ainsi habilité à distribuer des terres, à régler des comptes et à recouvrer des dettes au nom de ses employeurs. Il devait également diriger Frederick Matthey, qui était chargé de la défense et des travaux publics, et William Laidlaw, régisseur de la première ferme modèle, Hayfield. Il lui incombait donc d’établir une économie stable et une administration saine. Or, il n’atteignit aucun de ces deux objectifs.

D’abord, MacDonell ne parvint pas à stopper la traite illicite des fourrures, en dépit des instructions de George Simpson*, gouverneur du département du Nord de la Hudson’s Bay Company. Il commença aussi par entraver les initiatives de John Pritchard*, qui tentait de créer la Buffalo Wool Company, même s’il acheta par la suite des actions dans cette entreprise. Du côté administratif, les colons se plaignaient de ce que seuls quelques privilégiés recevaient les provisions demandées, de ce que leurs comptes étaient mal tenus et de ce qu’ils étaient escroqués. Les Indiens aussi accusaient MacDonell de les tromper. De plus, MacDonell aggrava la situation en nommant à des postes de responsabilité des amis et des parents qui se révélèrent souvent malhonnêtes et incompétents. Un groupe de colons suisses qui passèrent l’hiver de 1821–1822 au fort Daer dans des logements en ruine, sans presque rien à manger, firent en vain appel à lui. Quant aux Écossais presbytériens, ils lui en voulaient de se montrer indifférent à leur désir d’avoir un ministre.

Même si Selkirk avait fait valoir combien il importait que les fonctionnaires de la colonie collaborent les uns avec les autres, MacDonell accusa Matthey de comploter contre lui et encouragea les dissensions entre celui-ci et Laidlaw. Le Conseil d’Assiniboia ne siégea pas durant son mandat. MacDonell préférait mener les affaires à sa guise, de sorte qu’il s’aliéna certains fonctionnaires de la Hudson’s Bay Company et des colons influents.

Dès septembre 1821, Simpson concluait que la mauvaise administration de MacDonell nuisait à la colonie et en éloignait les gens convenables. Ses recherches l’amenèrent à admettre le bien-fondé des accusations de malhonnêteté et de favoritisme, et il corrobora les plaintes des colons à propos de l’ivrognerie et de l’immoralité de MacDonell. En outre, il exprima sa désapprobation à l’égard de certaines des transactions personnelles de MacDonell, qui avait par exemple revendu aux colons, en empochant un gros profit, des chevaux qu’il avait censément achetés pour la colonie. Renvoyé en mars 1822, MacDonell fut remplacé par Andrew H. Bulger* en juin. Moins de deux ans après être revenu à la Rivière-Rouge, il avait perdu la confiance de ses employeurs et le respect des colons. Selon Alexander Ross*, historien de la colonie de la Rivière-Rouge, on avait fini par surnommer MacDonell le « gouverneur sauterelle » parce qu’« il s’était révélé aussi destructeur à l’intérieur des murs que les sauterelles dans les champs ».

Les exécuteurs testamentaires de Selkirk retinrent encore les services de MacDonell pendant un an dans l’espoir que son expérience leur serait utile. Il servit également comme conseiller d’Assiniboia sous Bulger et son successeur, Robert Parker Pelly, et fut nommé constable spécial le 21 octobre 1823. Cependant, au lieu de collaborer avec les nouveaux détenteurs du pouvoir, il favorisa les dissensions et ne coopéra avec aucun des deux gouverneurs. Il soutint des colons dont les requêtes défiaient l’autorité de la Hudson’s Bay Company en étayant ses déclarations à l’aide de documents officiels qu’il avait conservés. Ces manœuvres convainquirent Simpson que le départ de MacDonell était souhaitable.

Toutefois, MacDonell semblait déterminé à rester dans la colonie, où sa famille était venue le rejoindre en 1823. L’année précédente, avec Pritchard et Robert Logan*, il avait demandé, sans succès, la permission d’ouvrir un magasin de détail. Mais il s’intéressait surtout à l’agriculture. En 1818, il avait reçu des terres de Selkirk et, en 1824, il était propriétaire de 2 576 acres. Cependant, il n’en avait plus que 36 en 1827. Ses pertes provenaient peut-être du règlement de ses comptes avec les exécuteurs de Selkirk, lequel acheva de lui faire perdre la considération d’autrui. Ses exigences parurent exorbitantes et frauduleuses. En 1824, il menaça à plusieurs reprises de porter en cour ses réclamations de frais de logement, ce qui irrita Andrew Colvile, un des administrateurs de la Hudson’s Bay Company. Celui-ci déclara que MacDonell ne recevrait pas de titre de propriété pour ses terres et qu’il n’aurait pas le droit de les vendre avant d’avoir réglé ses comptes avec les exécuteurs de Selkirk. La position de MacDonell était vulnérable parce qu’il n’avait pas demandé de titre de propriété, les conditions qui y étaient liées ne le satisfaisant pas. Dès octobre 1824, il avait été forcé de reconnaître la vente d’une partie de ses terres. Finalement, il dut accepter les conditions des exécuteurs testamentaires.

Dès 1824, Simpson considérait Alexander MacDonell non seulement comme « déloyal » mais comme l’un des hommes les plus dangereux de la colonie et comme une menace pour les intérêts des exécuteurs de Selkirk. Refusant de s’associer avec lui ou de l’admettre dans la société des fonctionnaires de la Hudson’s Bay Company, il lui retira toute possibilité de regagner quelque importance ou quelque influence sur le plan social. MacDonell vit sa situation financière s’aggraver encore lorsque, la même année, le magasin de la compagnie refusa de lui faire crédit. En 1828, il avait quitté la colonie et, en avril de cette année-là, il était à York (Toronto), à la recherche d’une ferme.

Edith I. Burley

Une transcription du journal d’Alexander MacDonell est conservée aux APC, sous la cote MG 19, E1, sér. 1 : 17928–18177.

APC, MG 19, E1, sér. 1, 1–79 (mfm aux PAM) ; E11 (copies) ; MG 30, D1, 20 : 636–643.— PAM, HBCA, D.5/3 : fos 196–197 ; E.5/1 : fos 3d–4 ; E.8/6 : fos 2–2d, 102–104d, 182–193 ; MG 2, C21, files 125, 150 (mfm) ; C23, nos 7, 9, 36.— The Canadian north-west, its early development and legislative records ; minutes of the councils of the Red River colony and the Northern Department of Rupert’s Land, E. H. Oliver, édit. (2 vol., Ottawa, 1914–1915), 1.— Alexander Ross, The Red River settlement : its rise, progress and present state ; with some account of native races and its general history, to the present day (Londres, 1856 ; réimpr., Minneapolis, Minn., 1957 ; réimpr., Edmonton, 1972).— Morton, Hist. of Canadian west (Thomas ; 1973).

Bibliographie générale

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Edith I. Burley, « MACDONELL, ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/macdonell_alexander_6F.html.

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Auteur de l'article:   Edith I. Burley
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   31 octobre 2014