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JOHNSON, GEORGE HENRY MARTIN (Onwanonsyshon), chef des Six-Nations et interprète, né le 7 octobre 1816 à Bow Park, près de Brantford, Haut-Canada, fils aîné de John « Smoke » Johnson et de Helen Martin, décédé le 19 février 1884 près de Brantford.

George Henry Martin Johnson naquit dans la maison ancestrale que la famille de sa mère possédait sur les bords de la rivière Grand. Conformément à la coutume des Agniers, ses parents avaient habité avec ceux de sa mère jusqu’à la naissance d’un premier enfant ; lorsque George Henry Martin vint au monde, ils ne tardèrent pas à s’établir dans leur propre ferme, située à environ un mille et demi au nord, et c’est là que Johnson passa son enfance. Au début des années 1830, il fréquenta le Mohawk Institute, école qui avait été fondée à l’intention des enfants indiens aux limites de Brantford par la New England Company et qui était dirigée par le révérend Abram Nelles. Au cours de cette période, le jeune Agnier montra un caractère pacifique et du « talent pour apprendre », étant spécialement doué pour les langues.

En 1838, le révérend Adam Elliot* devint missionnaire de l’Église d’Angleterre auprès des Indiens de la rivière Grand, et cet événement allait avoir une influence considérable sur la vie personnelle et publique de Johnson. Incapable de maîtriser les subtilités de la langue des Agniers, Elliot eut besoin des services d’un interprète ; Nelles et lui s’entendirent alors pour confier cette tâche à Johnson. En 1840, celui-ci fut officiellement nommé interprète auprès de la mission anglicane établie dans la réserve. Il s’agissait du premier d’une série de postes (il fut, notamment, interprète auprès du surintendant, garde forestier de la réserve, et occupa diverses fonctions au Conseil des Six-Nations) qui l’amenèrent à jouer un rôle de premier plan, au cours des 40 années qui suivirent, dans les rapports entre Blancs et Indiens de l’endroit. Son travail d’interprète l’obligea à habiter chez les Elliot, où il fit la connaissance de la jeune belle-sœur du missionnaire, Emily Susanna Howells, cousine, à ce qu’il semble, du romancier américain William Dean Howells. La famille d’Emily Susanna Howells avait quitté Bristol, en Angleterre, pour s’établir aux États-Unis, et, en 1845, la jeune fille était allée vivre avec sa sœur Eliza Beulah à la mission anglicane voisine de Brantford.

Au début des années 1850, Johnson et Emily Susanna Howells étaient décidés à se marier ; ce projet suscita l’opposition des deux familles. La famille de Johnson et la communauté indienne n’approuvaient pas son intention d’épouser une Blanche, parce que celle-ci allait obtenir ainsi le statut d’Indienne de même que le droit à une part des rentes annuelles de sa bande et certains autres bénéfices ; les parents de la jeune fille, de leur côté, se scandalisaient de son désir de se marier avec un « sauvage ». Cette réaction, de part et d’autre, montre bien l’abîme qui séparait les communautés indiennes et blanches au milieu du xixe siècle. Elliot refusant de célébrer la cérémonie, les deux jeunes gens allèrent trouver un prêtre anglican mieux disposé à leur égard, le révérend William Greig, qui les maria à Barriefield, près de Kingston, le 27 août 1853. Johnson donnait comme cadeau de noces à son épouse une maison neuve, appelée Chiefswood, qu’il avait fait construire sur un terrain de 200 acres situé sur la rive est de la Grand. Le luxe relatif de cette villa Régence explique le nom indien de Johnson, Onwanonsyshon, lequel se traduit par « seigneur de la grande maison ». Dans cette demeure, qui a été préservée et restaurée, furent élevés les quatre enfants des Johnson, deux fils et deux filles. La cadette, Emily Pauline* (Tekahionwake), devint une poète et une conférencière bien connue.

En 1862, Jasper Tough Gilkison* fut nommé surintendant des Indiens des Six-Nations, poste qu’il occupa jusqu’en 1891. Souvent invité chez Johnson, il se fiait au jugement de celui-ci pour ce qui était de l’administration des affaires de la réserve. Cette étroite association aboutit à la nomination de Johnson au poste d’interprète gouvernemental auprès des Six-Nations. Quelque temps avant d’obtenir ce poste, il avait été élu Teyonhehkon, c’est-à-dire l’un des 50 grands chefs de la ligue iroquoise, en remplacement de son oncle maternel, Henry Martin. Le titre de chef étant réservé à la ligne maternelle, c’est la mère de Johnson, en qualité de matrone en chef des Agniers, qui le lui avait conféré. Le grand conseil avait ratifié la nomination sans tarder ; toutefois, lorsque Johnson accepta un poste gouvernemental, plusieurs chefs en vinrent à se demander s’il convenait d’admettre un employé du gouvernement au sein de leur assemblée. Après de longues discussions, le conseil résolut de le destituer. On put alors constater l’autorité de la matrone principale : Helen Martin se présenta au conseil et, après avoir vertement réprimandé les membres, elle menaça de ne pas nommer de successeur si son fils était écarté. On en arriva à un compromis : Johnson conservait son titre de chef héréditaire, mais les résolutions du conseil, habituellement adoptées par décision unanime, allaient être tenues pour valides sans son agrément. Grâce à son titre de chef, à ses relations gouvernementales, à l’influence de sa famille et à ses liens avec la mission anglicane de la réserve, Johnson occupait une place prépondérante au sein de la communauté.

Depuis longtemps, la réserve de la rivière Grand subissait l’action néfaste de « bandes de chenapans blancs », qui vendaient des boissons alcooliques aux Indiens, et de pilleurs de forêts, gens d’allure plus respectable qui, de connivence avec des membres de la réserve, exploitaient illégalement les terres indiennes parce qu’on y trouvait des espèces de bois recherchées par les compagnies forestières depuis que, dans le sud de l’Ontario, les forêts d’arbres feuillus avaient en grande partie fait place à des terres agricoles. Le département des Affaires indiennes avait l’habitude de désigner des notables de l’endroit pour exercer les fonctions de gardes forestiers ou de constables spéciaux, mais ce fut Johnson, après 1860, qui fit les principales tentatives en vue de mettre un terme au commerce illicite du bois et au trafic très répandu de l’alcool. Le succès qu’il remporta et l’exaspération de ses adversaires menèrent finalement à la violence. En janvier 1865, Johnson passa cinq jours sans connaissance après avoir été battu par deux hommes, dont l’un fut condamné par la suite à cinq ans de prison pour avoir participé à cette affaire. Une autre fois, en octobre 1873, le chef fut gravement blessé lorsque six hommes firent feu sur lui et le laissèrent pour mort sur la route près de sa maison. Il se rétablit de ses blessures, mais sa santé resta fragile et il souffrit fréquemment de névralgie et d’érysipèle. Cette dernière attaque, toutefois, « suscita un mouvement d’indignation publique »,tant chez les Blancs que chez les Indiens ; les six assaillants ne furent pas traduits en justice, mais un grand nombre de ceux qui exploitaient la réserve cessèrent leur activité ou bien reçurent un châtiment.

Au cours des dix dernières années de sa vie, Johnson s’occupa de la société d’agriculture qu’il avait contribué à fonder dans la réserve ; en outre, il devint membre de la Provincial Horticultural Society. Homme bien connu, il était souvent invité à représenter son peuple dans des cérémonies officielles, et les délégués du gouvernement de passage dans iâ région ne manquaient jamais de lui rendre visite. Le 10 août 1876, il assista à Brantford à la première démonstration que fit Alexander Graham Bell* de son téléphone. Il accueillait généralement avec cordialité les gens qui étudiaient la culture et les mœurs iroquoises, et, quelques années avant sa mort, il se lia d’une étroite amitié avec le philologue américain Horatio Emmons Hale.

La vie de Johnson n’offre rien de spectaculaire, et la renommée de sa fille éclipsa facilement la sienne. Sa carrière se révèle néanmoins importante et instructive, car elle permet de mieux comprendre les expériences heureuses et malheureuses qui marquèrent les relations entre les Six-Nations de la rivière Grand et la communauté blanche environnante.

Douglas Leighton

APC, RG 10, CI, 6, 803–893.— UWO, Gilkison papers.— H. [W.] Charlesworth, Candid chronicles ; leaves from the note book of a Canadian journalist (Toronto, 1925).— Mme W. G. Foster [A. H. Foster], The Mohawk princess, being some account of the life of Tekahion-wake (E. Pauline Johnson) (Vancouver, 1931).— Katherine Hale [A. B. Garvin], Historic houses of Canada (Toronto, 1952).— The history of the county of Brant, Ontario [...] (Toronto, 1883).— E. P. Johnson, Flint and feather, the complete poems of E. Pauline Johnson (Tekahionwake) (Toronto, 1931) ; The moccasin maker (Toronto, 1913).— C. M. Johnston, Brant County : a history, 1784–1945 (Toronto, 1967).— Marion MacRae et Anthony Adamson, The ancestral roof : domestic architecture of Upper Canada (Toronto et Vancouver, 1963).— Walter McRaye [W. J. McCrea], Pauline Johnson and her friends (Toronto, 1947).— F. D. Reville, History of the county of Brant (2 vol., Brantford, Ontario, 1920).— H. E. Hale, « Chief George H. M. Johnson – Onwanonsyshon : his life and work among the Six Nations », Magazine of American Hist. (New York), 13 (janv.–juin 1885) : 131–142 ; « An Iroquois condoling council », SRC Mémoires, 1re sér., 1 (1883), sect. ii : 45–65.— E. H. C. Johnson, « The Martin settlement », Brant Hist. Soc., Papers ([Brantford]), 1908–1911 : 55–64.

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Douglas Leighton, « JOHNSON, GEORGE HENRY MARTIN », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/johnson_george_henry_martin_11F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   30 septembre 2014