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Gauthier, Georges (baptisé Louis-Antoine-Alexandre), prêtre catholique, professeur, administrateur scolaire et archevêque, né le 9 octobre 1871 à Montréal, fils de François-Xavier Gauthier, opérateur de télégraphe, et de Marie-Louise Généreux ; décédé le 31 août 1940 à Montréal.

Âgé de neuf mois, celui qu’on a baptisé Louis-Antoine-Alexandre perd un grand frère qui portait les prénoms de Joseph-Adolphe-George. C’est probablement à ce moment qu’il hérite du prénom sous lequel on le désignera désormais : Georges. Après des études classiques au petit séminaire de Montréal (1884–1889) et des études théologiques au grand séminaire de Montréal, Georges Gauthier est ordonné prêtre le 29 septembre 1894 par l’archevêque de Montréal, Mgr Édouard-Charles Fabre*. La même année, il quitte Montréal pour Rome. Il suit des cours à l’Apollinaire (1894–1895) et au Collège romain (1895–1897), où il reçoit un doctorat en droit canonique.

À son retour à Montréal en 1897, Gauthier enseigne le droit canonique au grand séminaire pendant un an. Après avoir été aumônier au pensionnat Mont-Sainte-Marie de 1899 à 1901, il est nommé chapelain et vicaire à la cathédrale, puis chanoine titulaire du chapitre métropolitain en février 1904. Il devient ensuite curé de la paroisse de la cathédrale et le restera jusqu’en 1918.

En raison de la maladie de l’évêque auxiliaire Mgr Zotique Racicot*, Gauthier est sacré, le 24 août 1912, auxiliaire de Mgr Paul Bruchési, archevêque de Montréal, sous le titre d’évêque de Philippopolis d’Arabie. Il devient vicaire général en avril 1919. Promu administrateur apostolique le 18 octobre 1921, puis archevêque de Tharona et coadjuteur avec droit de succession le 15 avril 1923, Gauthier peut alors poursuivre les projets amorcés par Mgr Bruchési qui, depuis le tournant des années 1920, souffre d’une maladie qui le rend incapable de prendre des décisions. À ce titre, il administre l’archidiocèse pendant 18 ans, soit jusqu’à la mort de Mgr Bruchési, le 20 septembre 1939, jour où il devient archevêque de Montréal ; il est honoré du pallium le 11 décembre suivant. Le 30 septembre 1937, pour marquer son jubilé d’argent épiscopal, il a été nommé assistant au trône pontifical et comte romain.

Gauthier œuvre avec zèle dans divers autres domaines, à commencer par l’enseignement. Le 12 septembre 1917, il est nommé vice-recteur de l’université Laval à Montréal ; le 19 juin 1920, à la suite de l’octroi d’une charte civile qui confère l’indépendance à l’université de Montréal, il en devient le premier recteur. Pendant son rectorat, il crée les facultés des lettres (1920), des sciences (1920) et de philosophie (1921). Il met sur pied l’École des sciences sociales, économiques et politiques (1920) [V. Édouard Montpetit*]. L’École de chirurgie dentaire de l’université de Montréal prend le statut de faculté (1920) et l’École de médecine comparée et de science vétérinaire de Montréal, celui de premier établissement affilié (1920) [V. François-Théodule Daubigny].

Gauthier consacre également des efforts à l’amélioration de la formation pédagogique et préuniversitaire. Dans sa circulaire du 4 novembre 1925, il annonce la création d’un nouvel établissement scolaire, sous la responsabilité de la Congrégation de Notre-Dame. Ouvert en 1926 grâce aux efforts de mère Sainte-Anne-Marie [Marie-Aveline Bengle], l’Institut pédagogique, affilié dès l’année suivante à l’université de Montréal, propose une formation supérieure aux enseignantes religieuses et laïques. Gauthier fonde des externats classiques pour garçons (par exemple, le collège Grasset en 1927 et le collège Sainte-Croix en 1929), ainsi que l’institut pédagogique Saint-Georges, en 1929, pour la formation de niveau universitaire des instituteurs en administration scolaire et en orientation. Pour empêcher la fondation de lycées français laïques, il appuie en 1937 la création du collège Stanislas pour les garçons (succursale de l’établissement parisien du même nom), puis, en 1939, l’ouverture du collège Marie de France pour les filles. Cette année-là, il accorde aux catholiques anglophones une section de l’école normale Jacques-Cartier. Enfin, il met sur pied plusieurs scolasticats-écoles normales qui proposent une formation pédagogique aux religieux et aux religieuses.

Au terme de son rectorat en 1923, Gauthier devient chancelier de l’université. Dans le cadre de cette fonction qu’il conservera jusqu’à sa mort, il poursuit ses efforts pour assurer l’autonomie ou l’indépendance de l’établissement, ce que consacrent définitivement un décret de Rome en 1924 et une bulle papale en 1927. Il travaille également aux plans et au financement du nouveau campus, qui sera construit sur le versant nord du mont Royal entre 1928 et 1943 [V. Ernest Cormier*]. Il fonde en 1937 l’Institut Pie XI, école d’action catholique et de sciences religieuses annexée l’année suivante à la faculté de théologie de l’université. Le 28 avril 1939, le gouvernement unioniste de Maurice Le Noblet Duplessis* sanctionne la Loi pour venir en aide à l’université de Montréal qui établit, pour une période de dix ans, la Société d’administration de l’université de Montréal. Cette organisation, dont Gauthier est le maître d’œuvre et le président, a notamment pour but d’approuver le budget de l’université, enlisée dans des problèmes financiers.

Par souci de la moralité publique, Gauthier interdit les tombolas, les jeux de hasard et les danses. Il s’en prend aux mauvaises pièces de théâtre et interdit aux prêtres d’y assister. Les pièces importées de la France lui posent plus particulièrement des problèmes. La médiocrité et, parfois, la vulgarité lui inspirent la dénonciation des productions cinématographiques venues des États-Unis, ainsi que celle des journaux à sensation. Bien que Gauthier favorise la scolarisation des femmes, il se prononce publiquement contre le droit de vote [V. Marie Lacoste*]. Le Devoir rapporte ses propos le 5 avril 1928 : « Le féminisme est une maladie qui a besoin d’être guérie par d’autres œuvres que celles de la politique : quand vous aurez une femme député de plus, vous ne réglerez rien. » Cette attitude de méfiance, de repli et même de fermeture marque les animateurs des œuvres sociales dans l’archidiocèse. Gauthier invite les catholiques à éviter toute influence extérieure pour se préserver du neutralisme et du fléau de l’indifférentisme. Il perçoit la collaboration entre catholiques et protestants comme une menace.

Toutefois, pour Mgr Gauthier, l’ennemi à combattre est sans conteste le communisme, dont la campagne antireligieuse constitue un « engin de guerre » contre l’idée religieuse elle-même ; c’est ce qu’il a affirmé dans sa circulaire du 11 janvier 1931 sur la propagande bolchevique. Dans sa lettre pastorale du 11 février 1934 sur le communisme et le socialisme (« le précurseur du communisme »), il présente « trois erreurs [qui] caractérisent le socialisme condamné par l’Église : la suppression ou l’amoindrissement excessif de la propriété privée, la lutte des classes et une conception matérialiste de l’ordre social ». Par la même occasion, il rejette le programme de la Fédération du Commonwealth coopératif (couramment appelée CCF), « forme de socialisme qui ne mérite pas l’adhésion des catholiques ». Dans une circulaire publiée le 1er octobre 1936, il condamne la guerre civile d’Espagne qu’il perçoit comme une « persécution religieuse » menée par les communistes. Il se demande « si l’opinion de nos catholiques est suffisamment alertée au sujet de la menace communiste ». Sa circulaire du 15 mars 1938 montre qu’il redoute la campagne naissante contre le fascisme, car celle-ci risque de créer l’impression que le vrai danger n’est pas le communisme. Gauthier souligne qu’il ne fait pas pour autant « l’apologie » du Parti national social chrétien [V. Adrien Arcand*] : « C’est du nazisme allemand, avec ses erreurs et ses tendances, et dont on a pris soin d’adoucir les arêtes les plus vives afin de le rendre acceptable aux catholiqu[e]s de chez nous. »

Parmi les priorités de Gauthier figurent également le syndicalisme catholique, l’action sociale et l’Action catholique : ils représentent pour lui le rempart contre le communisme. Pour assurer la formation syndicale des ouvriers de Montréal, l’archevêque coadjuteur a obtenu en 1924 l’appui du dominicain belge Georges-Ceslas Rutten, leader syndical, fondateur du Secrétariat général des unions professionnelles chrétiennes et disciple de Frédéric Le Play, économiste et sociologue français. Deux années plus tard, il envoie l’abbé Aimé Boileau, aumônier des syndicats catholiques, étudier les questions sociales en Europe. Il approuve en 1927 un projet de clause de salaires raisonnables et de préférence syndicale. Cette disposition, qui doit figurer dans tous les devis de construction d’édifices religieux, demande aux entrepreneurs de payer leurs ouvriers selon une échelle de salaires déterminée et de privilégier l’embauche des membres des syndicats catholiques. Gauthier publie par ailleurs en 1932 une circulaire pour l’établissement d’un salaire juste, à la fois pour les travailleurs, les patrons et la société.

À la demande de Gauthier, le père oblat de Marie-Immaculée Henri Roy s’est rendu en Belgique en 1931 pour mieux connaître la Jeunesse ouvrière chrétienne, mouvement fondé par l’abbé Léon-Joseph Cardijn dans ce pays en 1925, dans le but de l’implanter dans son archevêché. En 1931, à la suggestion de Gauthier, le jésuite Joseph-Papin Archambault* crée et dirige le Comité des œuvres catholiques de Montréal, qui regroupe, dans un but de concertation, les leaders syndicaux de toutes les grandes associations catholiques de Montréal. Dans sa circulaire du 19 mars 1936, Gauthier explique l’organisation de l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française, qui devient alors le cadre général dans lequel doivent prendre place tous les mouvements spécialisés d’Action catholique pour établir l’unité de direction et pour lutter contre le communisme.

Pendant près de 30 ans, Gauthier est donc directement rattaché au service de l’archidiocèse. Sous son administration, la population catholique de Montréal passe de 633 538 personnes en 1921 à 815 481 en 1940. L’archevêque coadjuteur fonde 37 nouvelles paroisses. La bulle du pape Pie XI érige, le 9 juin 1933, le diocèse de Saint-Jean-de-Québec. Détaché de l’archidiocèse de Montréal, ce dernier comprend 41 paroisses et environ 65 000 catholiques. Mgr Anastase Forget* en devient le premier évêque. Gauthier favorise l’accueil d’immigrés catholiques d’origines diverses ; il crée des paroisses à leur intention et accepte que des prêtres exercent leur ministère dans leur langue. Il invite en 1926 les Sœurs de Saint-François d’Assise à prendre la direction de l’Hôpital français, fondé en 1919 par des laïques [V. François de Martigny]. En 1933, il demande aux Petites Sœurs de l’Assomption de s’occuper à domicile des familles ouvrières pauvres et de détecter les cas de misère dans les écoles catholiques de Montréal. Il érige canoniquement trois communautés religieuses : l’Institut des sœurs de Notre-Dame du Bon-Conseil (1923) [V. Marie Gérin-Lajoie*], la Société des filles consolatrices du Divin Cœur (1933) et les Oblates franciscaines de Saint-Joseph (1935).

Pour assurer le développement de l’archidiocèse de Montréal, Gauthier a aussi, entre autres choses, appuyé la dévotion populaire à saint Joseph, établie sur le flanc du mont Royal en 1904, à l’instigation du frère André [Alfred Bessette]. À la mort de ce dernier, en janvier 1937, il présidera à l’organisation de ses funérailles solennelles à la cathédrale de Montréal et y chantera l’absoute. Le 6 janvier 1925, Gauthier érige canoniquement le séminaire et la société des Missions étrangères de la province de Québec [V. Joseph-Avila Roch]. En réponse à la débâcle de la paroisse Saint-Étienne, dont le curé a accumulé une dette de plus de 600 000 $, notamment pour la construction d’une église, il demande des modifications à la Loi des paroisses et des fabriques ; sanctionnées en 1932, celles-ci restreignent les modes d’emprunt pour les fabriques.

Homme d’étude, de réflexion et de grande culture, Gauthier a constitué une bibliothèque de 5 000 volumes, qu’il a léguée à l’Institut pédagogique. Celle-ci comprend les plus récents livres de spiritualité, ainsi que de nombreux ouvrages sur l’action catholique et les sciences sociales, sans oublier les classiques sur les sciences, les arts et la littérature. Les ouvrages de Mgr Charles-Émile Freppel, de Charles Forbes, comte de Montalembert, de Frédéric Ozanam et d’Albert de Mun y figurent au premier rang avec ceux de Louis Veuillot et de Joseph de Maistre. Au Canada, Gauthier est considéré comme un homme d’Église d’une exceptionnelle autorité. Ailleurs, il jouit de l’estime du pape Pie XI et de celle des cardinaux Jean Verdier, archevêque de Paris, et George William Mundelein, archevêque de Chicago. Doué d’une voix vibrante, il est un conférencier puissant, efficace, convaincant et apprécié. Il a notamment pris la parole au cours de congrès eucharistiques internationaux (Montréal en 1910, Lourdes, en France, en 1914, Chicago en 1926 et Québec en 1938). Selon le témoignage de l’abbé Élie-Joseph-Arthur Auclair, publié en 1941 dans le Canada ecclésiastique : « Il avait tout pour être un orateur hors ligne. Pensée élevée et soutenue, développements imagés et vivants, diction parfaite et si prenante, geste naturel et magnifique, voix chaude et sympathique, rien ne lui manquait. »

Mgr Georges Gauthier meurt le 31 août 1940, quelques jours après avoir été terrassé par une thrombose coronarienne. En signe d’estime pour ses premiers maîtres, il a demandé des funérailles célébrées sans oraison funèbre et un cercueil de bois commun, recouvert d’un drap noir. Fidèles à la tradition sulpicienne, ces signes d’humilité illustrent bien le destin de l’homme qui, chargé de la tâche d’un archevêque pendant près de 20 ans, n’en a porté le titre que pour quelques mois. Ses réalisations n’en demeurent pas moins nombreuses et diverses, telle la chapelle mortuaire des évêques et archevêques de la cathédrale de Montréal, qu’il a fait édifier en 1930 et qu’il a inaugurée trois années plus tard. Il y repose désormais.

En collaboration avec Denise Robillard

BAnQ-CAM, CE601-S51, 9 juin 1869, 9 oct. 1871, 10 juill. 1872.— FD, Saint-Jacques, cathédrale de Montréal [Saint-Jacques-le-Majeur], 13 sept. 1940.— Le Devoir, 5 avril 1928 ; 3, 5 sept. 1940.— La Semaine religieuse de Montréal, 4 sept., 20 nov. 1940.— H.-A. Bizier, l’Université de Montréal : la quête du savoir (Montréal, 1993).— Canada ecclésiastique, 1898–1941.— Raoul Drouin, Monseigneur Georges Gauthier, archevêque de Montréal (Montréal, 1946).— Histoire du catholicisme québécois, sous la dir. de Nive Voisine (2 tomes en 4 vol. parus, Montréal, 1984–  ), tome 3, vol. 1 (Jean Hamelin et Nicole Gagnon, le xxe siècle (1898–1940), 1984).— LeBlanc, DBECC.— Mandements, lettres pastorales, circulaires et autres documents publiés dans le diocèse de Montréal depuis son érection (30 vol., Montréal, 1887–1962), 17–18.— Monique Montbriand, « Monseigneur Georges Gauthier, cinquième évêque de Montréal (1939–1940) », dans l’Église de Montréal : aperçus d’hier et d’aujourd’hui, 1836–1986 ([Montréal, 1986]), 100–104.— Hélène Pelletier-Baillargeon, Marie Gérin-Lajoie : de mère en fille, la cause des femmes (Montréal, 1985).— Antonio Perrault, « Monseigneur Georges Gauthier », l’Action nationale (Montréal), 16 (1940) : 96–101.— Denise Robillard, Monseigneur Joseph Charbonneau : bouc émissaire d’une lutte de pouvoir ([Québec], 2013) ; l’Ordre de Jacques Cartier, 1926–1965 : une société secrète pour les Canadiens français catholiques ([Montréal], 2009).— La Vie syndicale (Montréal), mai 1927.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

En collaboration avec Denise Robillard, « GAUTHIER, GEORGES (baptisé Louis-Antoine-Alexandre) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 avril 2020, http://www.biographi.ca/fr/bio/gauthier_georges_16F.html.

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Auteur de l'article:    En collaboration avec Denise Robillard
Titre de l'article:    GAUTHIER, GEORGES (baptisé Louis-Antoine-Alexandre)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2020
Année de la révision:    2020
Date de consultation:    1 avril 2020