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DOBBS, HARRIET (Cartwright), philanthrope et artiste, née le 27 août 1808 à Dublin, fille de Maria Sophia et Conway Edward Dobbs, conseiller de la reine ; le 21 novembre 1832, elle épousa à Dublin le révérend Robert David Cartwright, fils de Richard Cartwright*, de Kingston, Haut-Canada, et ils eurent une fille et quatre fils dont l’un deviendra sir Richard John Cartwright* ; décédée le 14 mai 1887 à Portsmouth (maintenant partie de Kingston).

Harriet Dobbs grandit en Irlande au sein d’une famille dévote de huit enfants qui appartenait à la haute société. Elle reçut une bonne instruction, notamment des leçons de dessin qui stimulèrent le talent considérable qu’elle avait pour l’esquisse et la peinture. En Irlande, elle faisait des croquis tous les jours et, une fois rendue au Canada, elle fit des dessins, des aquarelles et « des petits portraits ».

En arrivant à Kingston avec son mari le 5 juin 1833, Harriet Dobbs se trouvait à prendre place au sein de l’une des familles qui avaient fondé cette ville. Peu de temps après s’être installée dans une maison neuve, en pierre, qui allait être sa demeure, elle accueillit l’élite de Kingston qui venait lui souhaiter la bienvenue à l’occasion de « la cérémonie du gâteau et du vin [...] une coutume canadienne, à ce qu’il [lui] sembl[a] ». En plus de la place que la famille tenait dans la communauté, la situation de son mari, ministre auxiliaire de l’archidiacre George Okill Stuart* à l’église St George, accentua son inclination pour les couvres de charité.

Harriet Dobbs se joignit sans tarder à la Female Benevolent Society, association qui regroupait des femmes de diverses confessions et qui, dans une baraque abandonnée, fournissait depuis 1820 le seul service hospitalier dont bénéficiaient les pauvres de Kingston. L’hôpital, en réalité une hôtellerie pour les malades et leurs familles, ouvrait chaque année en novembre et fermait en mai. À l’été, les patients qui s’y trouvaient encore étaient logés dans des pensions de famille. Une des directrices de l’association, Harriet Dobbs prenait son tour dans un système de roulement par lequel chacun des membres assurait la bonne marche de l’hôpital durant une semaine.

Pour réunir les fonds dont l’association avait un pressant besoin, Harriet Dobbs forma un cercle de couture en décembre 1833 et servit de secrétaire auprès des dames qui confectionnaient des articles afin de les offrir à la vente de charité annuelle. En plus, elle peignit des « petits portraits » en vue de recueillir de l’argent pour les œuvres de bienfaisance. En avril 1834, non contente d’assister les pauvres sur le plan matériel, elle mit sur pied la première école de la Female Benevolent Society dans une salle attenante à l’hôpital. Les cours cessèrent la même année, lorsqu’elle fut forcée de réduire ses activités charitables en raison de la naissance de son premier enfant et des soins requis par son époux malade. Après que le feu eut détruit le bâtiment abritant l’hôpital en décembre 1835, l’association demeura inactive en attendant qu’un hôpital général fût ouvert dans le nouvel immeuble construit à cette fin.

En 1839, Harriet Dobbs réorganisa la Female Benevolent Society pour en faire « une association visant à donner du travail aux pauvres [...], en ayant en vue la meilleure utilisation de leurs énergies ». Les membres firent des collectes, désignèrent des visiteuses, achetèrent du matériel de couture et de tricot, et distribuèrent du travail aux chômeurs et aux familles sans père. Les produits finis étaient remis aux pauvres ou offerts à la vente de charité annuelle. En même temps que ces articles, l’association distribuait des conseils et des avertissements sévères concernant « le vice des boissons enivrantes ».

En 1840, la Female Benevolent Society s’engagea activement dans la lutte contre l’intempérance, ce qui était très rare chez les groupes féminins de l’époque, surtout au Canada. L’association « poussa l’audace, écrivit Harriet Dobbs, jusqu’à faire parvenir aux magistrats une pétition demandant de réduire le nombre des permis de vente et de s’occuper des débits d’alcool non autorisés qui se trouvaient en abondance dans tous les quartiers ». Sur les quais de Kingston, en avril 1840, le feu avait détruit 14 tavernes dans un pâté de maisons, et la pétition permit d’obtenir la limitation du nombre des licences accordées. En novembre, Harriet Dobbs nota que la Female Benevolent Society avait « produit un certain effet ». Plus tard cette année-là, elle mit également sur pied, parmi les fidèles de l’Église d’Angleterre, une société de visite des pauvres du district dans le but d’enquêter sur les cas d’indigence et de « créer des relations plus amicales avec les gens de la classe inférieure, qui se sent[aient] souvent oubliés et négligés par leurs supérieurs » . Les fidèles masculins de l’église St George parcouraient le district, tandis que les dames visitaient la ville.

Comme l’hôpital général, dont l’inauguration avait été prévue pour 1835, n’avait pas ouvert ses portes, la Female Benevolent Society organisa un nouvel hôpital temporaire à la fin de 1842, cette fois dans un vieil entrepôt. Cependant, Harriet Dobbs s’occupa plutôt de son mari malade (il mourut le 24 mai 1843). Après un bref séjour en Irlande avec ses quatre enfants, elle reprit son travail à Kingston. En novembre 1845, l’association ouvrit deux salles dans un immeuble laissé vacant par le parlement, et le nom de Harriet Dobbs figura en tête de la liste des « visiteuses » qui se chargeaient de diriger l’établissement. Mais la gestion de l’hôpital vint à demander trop de temps et d’argent à la Female Benevolent Society, et, après 1846, l’association reçut l’aide bénévole d’un comité masculin jusqu’au moment où l’hôpital fut constitué juridiquement et administré par la municipalité, soit en 1849 [V. Horatio Yates].

Comme il arrivait souvent en ce temps-là que des épidémies – notamment le typhus en 1847 – faisaient un grand nombre de veuves et d’orphelins à Kingston, la Female Benevolent Society fonda la Widows’ and Orphans’ Friends Society. Harriet Dobbs fut secrétaire de cette société, qui s’occupa principalement de trouver un abri aux infortunés. Un hospice, ouvert en 1847 et soutenu financièrement par la municipalité après 1852, assura le logement aux veuves mais non aux orphelins. L’association fut réorganisée et, en 1856, l’Orphans’ Home and Widows’ Friend Society, constituée juridiquement en 1862, se donna pour tâche de mettre sur pied un foyer destiné aux « orphelins miséreux et [aux] enfants sans logis » . En février 1857, les dames achetèrent une petite maison, et l’architecte William Coverdale* dessina gratuitement les plans d’un immeuble comprenant une école et un dortoir. L’« école des dames », installée à l’hospice depuis 1848, déménagea dans ce local en 1857. Le salaire des professeurs fut payé par le conseil d’administration des écoles publiques, et l’on accueillit 70 orphelins et enfants de familles pauvres.

Harriet Dobbs remplit, durant 31 ans, les fonctions de secrétaire correspondante de l’Orphans’ Home and Widows’ Friend Society. Elle recueillit des fonds en s’adressant aux hommes d’affaires et au gouvernement, et en faisant elle-même des tournées dans les maisons du village de Portsmouth, où elle s’était établie à son retour d’Irlande. Elle rencontra des gens pouvant devenir des employeurs ou des parents adoptifs, prit contact avec les pères des enfants abandonnés, et examina les contrats d’apprentissage et les conditions de travail des pupilles de la Female Benevolent Society. Un nouvel orphelinat fut ouvert en 1863 ; vers la fin de sa vie, Harriet Dobbs projetait de fonder un jardin d’enfants.

En vertu de ses fonctions à la direction de la Female Benevolent Society, Harriet Dobbs s’occupa aussi des femmes détenues au pénitencier provincial, qui avait été construit en 1835. Le docteur James Sampson*, chirurgien de la prison et médecin de famille des Cartwright, la persuada de devenir l’une des premières visiteuses régulières de l’établissement pénitentiaire. Elle était particulièrement affligée par l’incarcération des aliénées ; il n’y eut pas d’autre établissement pour ces femmes avant 1856, année où le Rockwood Asylum fut ouvert. Elle aidait également son frère, le révérend Francis William Dobbs, aumônier de la prison après 1875, à organiser des soirées de Noël pour les détenues.

Harriet Dobbs envisagea les malheurs de sa vie -la mort de son premier fils à l’âge de 14 mois et celle de son époux après moins de 11 ans de mariage – comme étant des « châtiments mérités » qu’il fallait accepter « avec un cœur vraiment humble ». Elle incarna l’esprit humanitaire de la période victorienne, et on lit dans sa notice nécrologique parue dans le Daily British Whig, de Kingston : « C’était une bonne vieille dame, remplie de piété, qui s’occupait beaucoup des bonnes œuvres, et elle a certainement reçu sa récompense. »

Margaret Sharp Angus

Les descendants de Harriet Dobbs conservent le recueil de ses lettres et les APC ont en leur possession certains de ses croquis.

Canadian Penitentiary Service Museum, Arch. Section (Kingston, Ontario), Kingston Penitentiary, Inspector’s letterbook, 23 avril 1835–1er mai 1866 ; Warden’s letterbook, 2 août 1834–8 sept. 1843.— QUA, Cartwright family papers, H. D. Cartwright, letters, 1832–1843 (copies) ; House of Industry records ; Orphans’ Home and Widows’ Friend Society records.— Daily British Whig, 16 mai 1887.— Daily News (Kingston), 5 sept. 1856, 20 avril 1857.— Kingston Spectator, 22 janv. 1833.— M. I. Campbell, 100 years : Orphans Home and Widows Friend Society, 1857–1957 ([Kingston, 1957]).— J. D. Stewart et I. E. Wilson, Heritage Kingston (Kingston, 1973).— Margaret Angus, « A gentlewoman in early Kingston », Historic Kingston, no 24 (1976) : 73–85.— H. L. Cartwright, « The Cartwrights of Kingston », Historic Kingston, no 16 (1968) : 41–47.

Bibliographie générale

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Margaret Sharp Angus, « DOBBS, HARRIET », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dobbs_harriet_11F.html.

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Auteur de l'article:   Margaret Sharp Angus
Titre de l'article:   DOBBS, HARRIET
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   23 septembre 2014