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CAMPBELL, ARCHIBALD GLENLYON (il signait Glen), éleveur, homme politique, fonctionnaire et officier dans la milice et l’armée, né le 23 octobre 1863 au fort Pelly (Fort Pelly, Saskatchewan), deuxième fils de Robert Campbell*, explorateur et chef de poste à la Hudson’s Bay Company, et d’Elleonora C. Stirling ; le 1er avril 1886, il épousa Harriet Burns, fille du chef sauteux Keeseekoowenin*, et ils eurent trois filles et un fils, puis en 1916, Florence Wesley, et de ce second mariage naquit un fils ; décédé le 21 octobre 1917 à Lamiers, France.

Archibald Glenlyon Campbell grandit dans un poste de la Hudson’s Bay Company, le fort Pelly. En 1870, par crainte que le chef métis Louis Riel* ne saisisse les fourrures de l’année, son père, alors agent principal, les expédia à Londres par le territoire sioux aux États-Unis. Glen, sa mère, son frère et sa sœur accompagnèrent le convoi. En Écosse, sa mère mourut de la typhoïde et il faillit connaître le même sort. Une fois guéri, il étudia à la Glasgow Academy de Glasgow et à la Merchiston Castle School d’Édimbourg. À son retour dans le Nord-Ouest, son père l’envoya dans un ranch du territoire du Montana pour qu’il s’initie à l’élevage.

En 1884, Campbell devint le premier colon blanc de Gilbert Plains, au Manitoba. Pendant la rébellion de 1885, il s’enrôla dans la première troupe des Boulton’s Scouts [V. Charles Arkoll Boulton*]. Le major-général Frederick Dobson Middleton* préférait nettement les éclaireurs élevés dans les Prairies, tel Campbell, aux cavaliers de l’est du Canada, qui ne cessaient d’exprimer leurs opinions politiques. Campbell fut promu capitaine à Batoche (Saskatchewan) et placé à la tête de ses hommes après qu’un commandant de la troupe eut été blessé et un autre tué.

Au lendemain de la rébellion, Campbell se remit à l’élevage, au piégeage et à la mise en valeur de sa propriété. En 1897–1898, il tenterait de gagner le Klondike par le difficile trajet terrestre partant d’Edmonton. Sous la bannière conservatrice, il affronta Theodore Arthur Burrows* en 1892 et en 1896 dans l’espoir de remporter le siège de Dauphin à l’Assemblée législative du Manitoba, puis se fit élire en 1903 dans la nouvelle circonscription de Gilbert Plains avec une majorité de 202 voix. Élu sans opposition en 1907, il se laissa convaincre l’année suivante de se porter candidat dans la circonscription fédérale de Dauphin. Il récolta une majorité de 217 voix, en partie grâce aux lourdes allégations qui circulaient au sujet de Burrows et de son beau-frère, le député fédéral Clifford Sifton*.

À l’instar de bien des députés fédéraux de l’Ouest, Campbell donnait de la couleur à la scène fédérale, mais ses années dans la capitale furent douloureuses et décevantes. Sa femme, Harriet Burns, mourut ; sa famille le réclamait. Seule sa loyauté envers son parti et son chef le retinrent à Ottawa. À la fin de 1910, dans l’un de ses rares discours, il expliqua qu’il ne démissionnerait pas et ne changerait pas de parti, contrairement aux prédictions de certains. En 1911, il perdit le siège de Dauphin par 748 voix. Les conservateurs le dédommagèrent en lui confiant le poste d’inspecteur en chef des Affaires indiennes dans l’Ouest, ce qui lui donnait droit à un bureau à Winnipeg et à un salaire de 3 000 $.

La Première Guerre mondiale donna à Campbell une meilleure occasion de se faire valoir. Dès décembre 1914, il pressait le premier ministre du pays, sir Robert Laird Borden*, et le ministre de la Milice, Samuel Hughes*, de l’autoriser à recruter un bataillon de bons cavaliers – des autochtones et des « cowboys ». Dans une autre armée, un homme de 51 ans n’ayant que de courts états de service qui remontaient à près de 30 ans aurait fort bien pu plaider en vain. Or, Hughes le fit major, l’assigna à Brandon au 79th Infantry Battalion du Corps expéditionnaire canadien et l’autorisa à lever sa propre compagnie. Après avoir trouvé des hommes pour le 79th, Campbell demanda la permission de former son propre bataillon. Hughes la lui accorda le 4 novembre 1915.

Le 107th Infantry Battalion n’avait pas de liens avec la milice ; pour recruter des hommes, Campbell devait compter uniquement sur sa réputation. Avec la devise suivez-moi et une marche régimentaire intitulée The Campbells are coming, il attira 1 741 volontaires, dont un bon nombre d’autochtones. Au bout de trois mois, après avoir refusé 600 candidats, il avait des effectifs complets. « [Les] sous-officiers et les hommes sont très bien, en bonne forme et d’une intelligence supérieure à la moyenne, même si peu d’entre eux détiennent des certificats », indiqua l’inspecteur général. En juin, le 107th Infantry Battalion s’installa au camp Hughes pour se mettre sérieusement à l’entraînement. Campbell dut interrompre son cours d’officier supérieur pour passer plusieurs mois à l’hôpital : il souffrait d’une grave infection rénale. Au grand désespoir de sa famille, il épousa une jeune Anglaise vivant à Winnipeg, Florence Wesley. Les enfants issus de son premier mariage le convainquirent de ne pas l’inscrire dans son testament.

Le 19 septembre, Campbell quitta Halifax sur l’Olympic. En tant qu’officier supérieur, il commandait les 5 000 Canadiens à bord, dont les soldats du 107th Infantry Battalion. En Angleterre, on démantelait couramment les bataillons du Corps expéditionnaire canadien pour renforcer d’autres unités. En l’espace de quelques semaines, Campbell perdit ainsi la moitié de ses hommes. Le 107th Infantry Battalion échappa à un dégarnissement plus complet parce que l’on avait besoin de quatre nouveaux bataillons de pionniers en France. Campbell lui-même avait fait valoir que ses hommes pouvaient faire des travaux de terrassement, et ses supérieurs se disaient que les autochtones travailleraient mieux sous les ordres de leurs propres officiers. Les autorités se donnèrent du mal pour transférer à son bataillon des officiers et soldats autochtones d’autres unités. En février 1917, le 107th Pioneer Battalion partit pour la France ; ce fut la dernière unité complète de l’ouest du Canada à rejoindre le Corps d’armée canadien.

Versés dans la 1re division canadienne, les hommes de Campbell furent bientôt affectés derrière le front à une série de besognes épuisantes et souvent dangereuses. Pendant la campagne menée pour prendre la cote 70 en France en août, puis à Passchendaele (Passendale, Belgique) en octobre, le 107th Pioneer Battalion et d’autres bataillons canadiens s’efforcèrent de garder les routes ouvertes malgré la boue, la pluie et les obus allemands. Campbell, qui n’était pas ingénieur, fut cité deux fois dans des dépêches et remporta l’ordre du Service distingué parce qu’il avait su soutenir le moral de ses troupes. Toutefois, sa santé se détériora. Le 13 octobre, tandis que ses hommes entreprenaient les travaux à Passchendaele, il fut admis dans un hôpital général britannique à Lamiers : ses problèmes rénaux avaient recommencé. Il mourut huit jours plus tard.

Archibald Glenlyon Campbell correspondait bien à l’un des stéréotypes du pionnier de l’Ouest. « Sa taille imposante, sa figure cuivrée, ses grands yeux bruns, son chapeau de cow-boy » étaient familiers aux Winnipeguois, écrivait un journal local, qui ajoutait que « les nécessiteux n’avaient jamais fait appel en vain à sa bonté et à sa générosité ». Qu’il ait réussi à former le 107th Pioneer Battalion et à maintenir l’unité parmi ces hommes affectés à des corvées harassantes et périlleuses témoigne de sa force de caractère. En somme, il incarnait les vertus d’un passé révolu.

Desmond Morton

AN, MG 26, H, 315 : 109527–109528 ; RG 9, II, A5 ; B5, 6 ; III, 1537, T-58-7 ; 1540, T-113-7 ; 4696 ; RG 24, 1384, dossier HQ 593-6, 2e partie ; 1810, dossier GAQ 1-9 ; 4596 ; RG 150, Acc. 1992–93/166.— Manitoba Free Press, 23 oct. 1917.— Winnipeg Tribune, 23 oct. 1917.— Canada, Chambre des communes, Débats. 1er déc. 1910 ; Parl., Doc. de la session, 1915, no 1, H.— Canadian directory of parl. (Johnson).— CPG, 1893–1904.— [J. W.] G. MacEwan, Fifty mighty men (éd. spéciale, Saskatoon, Saskatchewan, 1982).— Nicholson, CEC.— Clifford Wilson, Campbell of the Yukon (Toronto, 1970).

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Desmond Morton, « CAMPBELL, ARCHIBALD GLENLYON », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/campbell_archibald_glenlyon_14F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
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