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Titre original :  Jacques-Ladislas-Joseph de Calonne., BM1,S5,P0299

Provenance : Lien

CALONNE, JACQUES-LADISLAS-JOSEPH DE, prêtre catholique, né le 9 avril 1743 à Douai, France, fils de Louis-Joseph-Dominique de Calonne et d’Anne-Henriette de Franqueville ; décédé le 16 octobre 1822 à Trois-Rivières, Bas-Canada.

Les Calonne n’étaient encore au xve siècle que de modestes bourgeois de la ville de Tournai (Belgique). Intéressés par la loi et l’Église, ils commencèrent leur ascension sociale. Au xviie siècle, les titres d’écuyer et de chevalier apparurent successivement dans la famille. Jacques-Ladislas-Joseph connut une enfance choyée et une adolescence heureuse. En 1768, ses études classiques et son droit terminés, il devint conseiller au parlement de Flandre, où son père était président et où son frère Charles-Alexandre occupait un poste.

Les parlements furent supprimés en 1771 et rétablis trois ans plus tard, mais Jacques-Ladislas-Joseph avait décidé d’entrer au grand séminaire d’Arras, en France. L’évêque de l’endroit ne lui voyait que peu de dispositions pour l’état ecclésiastique, le trouvant aussi léger que brillant. C’était certes un jeune homme de talent, avec de la dignité dans la démarche et les gestes, du tact et de l’à-propos dans la conversation, toutes qualités qui faisaient le gentilhomme et l’homme du monde autant que l’homme d’Église. Voyant cela, son père et l’évêque d’Arras l’envoyèrent chez les sulpiciens à Paris, qui eurent tôt fait de le mettre à l’étude de la théologie et de l’Écriture sainte, si bien qu’il fut ordonné prêtre le 1er juin 1776. Il alla à Cambrai, obtint un canonicat et devint vicaire général et official du diocèse. Ayant refusé l’épiscopat par la suite, il ne put résister à son frère, devenu contrôleur général des finances en 1783, qui lui procura cette année-là l’abbaye de Saint-Père à Melun, quoiqu’il ait préféré la charge de bibliothécaire du roi.

À titre d’abbé, Calonne touchait des revenus à peine inférieurs à ceux d’un évêque, sans avoir autant de responsabilités. Il s’intéressa à la gestion financière de son abbaye. Durant ces années, il visita très souvent Paris et Versailles, fréquenta la cour et les milieux littéraires, se lia avec Beaumarchais et le groupe des réformateurs. Son frère, qui avait présenté un plan de réforme des finances, échoua devant l’Assemblée des notables, fut disgracié et dut partir pour l’Angleterre en 1787 ; Calonne l’accompagna. À l’annonce des élections des États généraux, les frères Calonne revinrent en France. Charles-Alexandre fut déclaré inéligible tandis que Jacques-Ladislas-Joseph fut élu pour le bailliage de Melun. À la fin de juillet 1789, ce dernier fut arrêté ; libéré peu de temps après, il émigra en Angleterre et retrouva son frère. Il mena alors une vie agitée, toute au service de la contre-révolution : il édita et rédigea le Courier de l’Europe (Paris, Boulogne, Londres), se rendit en Prusse et en Italie, et s’occupa des questions de droit et de finances pour l’armée des princes. En peu d’années, il se ruina littéralement au point d’être poursuivi pour dettes.

En 1799, Calonne résolut de partir avec un petit groupe d’émigrés pour mettre en valeur les terres que son frère avait reçues à l’Île-du-Prince-Édouard cette année-là. Aussitôt arrivé, il s’occupa surtout d’assurer le ministère aux colons irlandais tandis qu’Amable Pichard* desservait les Acadiens et Angus Bernard MacEachern les Écossais. Il déploya une activité missionnaire exemplaire, visita les lieux et les fidèles, et chercha à comprendre les besoins des groupes ethniques. Il alla même jusqu’à écrire à l’évêque de Québec, devenu son évêque, que les Indiens, en qualité d’aborigènes, pouvaient prétendre plus que quiconque à la petite île Lennox, dans la baie Malpeque. Il n’hésita pas à se rendre exercer son ministère au Nouveau-Brunswick. Malgré ses efforts, il ne put réussir à attirer les trappistes dans l’île.

Lors de sa visite épiscopale à l’été de 1803, Mgr Pierre Denaut* rencontra Calonne à Richibucto et l’invita à, venir s’établir à Québec. Mais ce dernier devait auparavant retourner en Angleterre pour s’entendre avec les créanciers qui le harcelaient depuis la mort de son frère survenue l’année précédente. Il passa ainsi trois ans à Liverpool à exercer le ministère paroissial, tout en réglant ses affaires et en attendant la permission du lieutenant-gouverneur sir Robert Shore Milnes* d’aller au Bas-Canada. Il l’obtint en 1807 et débarqua à Québec en octobre. Mgr Joseph-Octave Plessis le nomma aussitôt directeur spirituel et aumônier des ursulines de Trois-Rivières, ainsi que desservant de la paroisse de La Visitation, à Pointe-du-Lac.

Malgré ses 64 ans, Calonne jouissait d’une bonne santé et remplissait de lourdes tâches. Chez les ursulines, il s’occupait du ministère auprès des religieuses, des novices, des élèves du pensionnat et de l’internat, ainsi que des malades, puisque le couvent abritait le seul hôpital de la région. Même s’il était curé à Pointe-du-Lac, il séjournait rarement au presbytère. Le dimanche, après avoir dit la messe au couvent, il parcourait en voiture les neuf milles qui le séparaient de sa paroisse, où il célébrait une seconde messe, prêchait, faisait le catéchisme et chantait les vêpres. Il n’abandonna sa cure que dix ans après. Celui qui avait reçu de belles prébendes et vécu dans le faste donnait le produit de sa dîme aux pauvres, achetait du blé et le faisait moudre à ses frais pour le distribuer aux plus nécessiteux de ses paroissiens.

En plus d’attirer les gens de la région à ses sermons, Calonne allait prêcher au séminaire de Nicolet, où Jean Raimbault*, prêtre émigré lui aussi, était supérieur. Mgr Plessis le faisait venir à Québec chaque année pour la prédication de la neuvaine à saint François-Xavier, l’un des temps forts de la dévotion dans la paroisse Notre-Dame. Calonne était en effet un prédicateur de grand style qui ajoutait à ses connaissances théologiques et à ses convictions les procédés rhétoriques les plus percutants. Quand il parlait de la Révolution française, il ne savait plus mesurer ses effets et s’emportait avec véhémence, allant jusqu’à verser des sanglots. Également considéré et estimé des populations des deux langues et des deux religions, du clergé et des notables, il n’est pas surprenant qu’il ait exercé une grande influence et qu’il ait converti quelques protestants. Conseiller écouté de Mgr Plessis, il était encore directeur de conscience de plusieurs laïques et prêtres, qui venaient le consulter de Québec ou de Montréal. Calonne n’en suivait pas moins ce qui se passait au Bas-Canada et en Europe. Il fut ainsi l’un des premiers à lire l’Essai sur l’indifférence en matière de religion que publia Hugues-Félicité-Robert de La Mennais en 1817. Il utilisa cet ouvrage dès novembre 1819 dans un article de la Gazette des Trois-Rivières, qui déclencha une polémique dans les autres journaux sur le système d’enseignement mutuel de Joseph Lancaster* auquel Calonne s’opposait vivement.

Durant ses 15 années au Bas-Canada, Jacques-Ladislas-Joseph de Calonne a vécu en ascète, se livrant au jeûne quotidien, portant cilice et ceinture de fer. Les religieuses le considéraient comme un saint et crurent le voir en extase à la chapelle pendant qu’il faisait une oraison. Le 11 octobre 1822, les prêtres et les notables de la région vinrent lui présenter leurs adieux. Il mourut cinq jours après. À Pointe-du-Lac, la tradition orale a conservé son souvenir jusqu’à la fin du siècle. Même en 1962, une vieille ursuline de Trois-Rivières parlait encore de « notre M. de Galonne », comme si elle l’avait connu.

Claude Galarneau

ANQ-MBF, CE1-48, 18 oct. 1822.— ASQ, Doc. Faribault, no 209 ; Fonds Viger-Verreau, Sér. O, 081 : 24 ; 0297 ; Polygraphie, XXXIV : 9d.— Francis Hall, Travels in Canada, and the United States, in 1816 and 1817 (Londres, 1818).— John Lambert, Travels through Lower Canada, and the United States of North America, in the years 1806, 1807, and 1808 [...] (nouv. éd., 2 vol., Londres, 1816).— Caron, « Inv. de la corr. de Mgr Plessis », ANQ Rapport, 1927–1928 : 215–316.— J.-G. Barthe, Souvenirs d’un demi-siècle ou Mémoires pour servir à l’histoire contemporaine (Montréal, 1885).— Dionne, les Ecclésiastiques et les Royalistes français. Alexandre Dugré, la Pointe-du-Lac (Trois-Rivières, Québec, 1934).— Galarneau, la France devant l’opinion canadienne (1760–1815).— Robert Lacour-Gayet, Calonne : financier, réformateur, contre-révolutionnaire, 1734–1802 (Paris, 1963).— Les Ursulines des Trois-Rivières, 2 : 437–512.— G. Du Chevrot, « M. de Calonne », BRH, 8 (1902) : 283–285.— Yvan Lamonde, « Classes sociales, Classes scolaires : une polémique sur l’éducation en 1819–1820 », SCHÉC Sessions d’études, 41 (1974) : 43–59.— Robert [Philippe] Sylvain, « Louis XVII vint-il en Amérique ? », Rev. de l’univ. Laval, 3 (1948–1949) : 743–761.

Bibliographie générale

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Claude Galarneau, « CALONNE, JACQUES-LADISLAS-JOSEPH DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/calonne_jacques_ladislas_joseph_de_6F.html.

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Auteur de l'article:   Claude Galarneau
Titre de l'article:   CALONNE, JACQUES-LADISLAS-JOSEPH DE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   29 juillet 2014