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BLENKINSOP, GEORGE, employé de la Hudson’s Bay Company, homme d’affaires et agent des Affaires indiennes, né en 1822 à Penryn, Angleterre, fils de Robert Blenkinsop, receveur de l’accise, et d’une prénommée Mary ; en juillet 1846, il épousa à Sitka (Alaska) Helen McNeill, fille de William Henry McNeill*, et ils eurent deux filles et sept fils, puis en août 1884, à Alert Bay, Colombie-Britannique, Emma Otsokorie, et de ce mariage naquirent deux filles et deux fils ; décédé le 2 juin 1904 au fort Rupert (près de Port Hardy, Colombie-Britannique).

George Blenkinsop s’inscrivit au service maritime de la Hudson’s Bay Company à Londres le 24 août 1840 en tant que steward. Dès le lendemain, il s’embarquait sur le Cowlitz à destination du district de la Colombie, un des territoires de la compagnie. En 1842, le gouverneur sir George Simpson*, qui voyait en lui un jeune homme « de bonne éducation [...] à la conduite stable et correcte », le nomma chef d’avant-poste au fort Stikine (Alaska) sous la responsabilité de Charles Dodd*. Promu commis en 1846, Blenkinsop resta au fort jusqu’à l’abandon de celui-ci, en 1849. Il fut alors muté au havre Beaver, dans l’île de Vancouver, avec le chef de poste McNeill.

Une fois là, il aida à construire le fort Rupert, poste d’exploitation de houille de la compagnie, et ne tarda pas à être mêlé à une série de controverses. En avril 1850, pendant que McNeill était à Victoria, Andrew Muir* et quelques autres mineurs refusèrent de travailler, se plaignant que les conditions étaient trop dures. À son retour, McNeill mit Muir et un autre homme aux fers pour six jours. Par une nuit de juillet, ces deux hommes et d’autres quittèrent le fort en douce. Blenkinsop offrit une récompense pour leur capture, comme la Hudson’s Bay Company avait l’habitude de le faire sur la côte ouest dans des cas pareils. Par la suite, Muir l’accusa d’avoir demandé qu’on les ramène « morts ou vifs » et d’avoir ainsi causé la mort de trois marins que des Amérindiens avaient pris pour eux. Au début, le comité de Londres critiqua la conduite de Blenkinsop, mais après examen de l’affaire par le gouverneur Richard Blanshard*, le magistrat John Sebastian Helmcken*, la marine royale, le ministère des Colonies et la Hudson’s Bay Company, l’accusation de Muir se révéla sans fondement.

Après l’échec de l’exploitation de houille du fort Rupert en 1850 et la découverte de riches gisements à Nanaimo [V. Joseph William McKay*], Blenkinsop se tourna vers la mise en valeur d’autres richesses naturelles. Par exemple, dès 1855, il avait transformé le fort en un centre de production de bardeaux ; des autochtones y fabriquaient annuellement environ un demi-million de bardeaux qui étaient exportés aux îles Sandwich (îles Hawaï). La même année, il représenta la Hudson’s Bay Company dans les champs de glace de Sitka, qu’une entreprise de San Francisco avait loués à la compagnie dans le but d’importer de la glace en Californie. Dès 1851, Eden Colvile*, gouverneur des territoires de la Hudson’s Bay Company, avait noté le « zèle et [l’]activité » de Blenkinsop, qui fut promu chef de poste en 1855. Dans la mesure du possible, la Hudson’s Bay Company décourageait ses employés de se lancer en affaires, mais, profitant de son statut de résident de l’île de Vancouver, colonie de la couronne depuis 1849, Blenkinsop le fit tout de même. Il expédia du bois équarri à San Francisco, investit dans la Vancouver’s Island Steam Saw Mill Company [V. McKay], représenta au fort Rupert la compagnie de coupe d’espars de William Brotchie et acheta une ferme de 900 acres près de Victoria.

Blenkinsop quitta le fort Rupert en décembre 1856. En mai 1857, il prit la direction du fort Colvile, qui se trouvait en territoire américain, sur le cours supérieur du fleuve Columbia. Comme des mineurs américains passaient par ce fort, il se mit à vendre pour son propre compte du bétail et de l’équipement minier. Or, dans ce territoire dépourvu d’organisation politique, il n’avait pas, comme dans l’île de Vancouver, le statut de colon. L’agent principal James Douglas* apprit avec « stupéfaction » l’existence de son petit commerce et le réprimanda sévèrement. En mars 1858, Blenkinsop finit de construire un avant-poste sur le fleuve, juste au nord du 49e parallèle, le fort Shepherd.

Blenkinsop arriva à Victoria en décembre 1859 et fut posté tout de suite au fort Langley (près de Langley), dont il prit la direction le 2 février 1860. En juin, avec deux associés, il ouvrit une exploitation laitière non loin de là. Comme elle faisait concurrence à la ferme du fort Langley, l’agent principal Dugald Mactavish*, estimant qu’il y avait conflit d’intérêts, lui dit : « veuillez vous tenir prêt à être muté du côté est des Rocheuses ». Préférant la retraite au bannissement, Blenkinsop quitta la Hudson’s Bay Company le 1er juin 1861.

Dès lors, durant 15 ans, Blenkinsop lutta pour se donner des moyens de subsistance sûrs. Dans les années 1860 et 1870, il se disait résidant de Victoria, et pourtant, il travailla à divers autres endroits pendant cette période. Ainsi, en 1862, il était marchand à Shakesville, localité minière située sur le fleuve Stikine près de Glenora. En 1863, il faisait de l’exploitation minière dans le district de Cariboo. Ni l’exploitation agricole ni les affaires ne lui réussirent, et il retourna peu à peu dans l’univers des autochtones, où était sa compétence. De mai 1865 à octobre 1866, il travailla pour la Western Union Telegraph Company, qui était en train de poser une ligne [V. Peter John Leech*]. Il fit un peu d’exploration pour l’établissement du tracé ; en outre, il eut la charge d’engager des autochtones pour divers travaux et d’acheter des mulets pour le transport des poteaux télégraphiques. En 1868, il fut interprète pour le gouvernement près du fort Simpson (Port Simpson). De janvier 1870 à juillet 1871, il travailla comme bûcheron et boulanger à la Craigflower Farm près de Victoria [V. Kenneth McKenzie*].

L’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération permit à Blenkinsop de travailler pour le gouvernement fédéral et, finalement, d’obtenir un poste permanent. En juillet 1871, il entra dans l’équipe qui allait faire des levés exploratoires en prévision de la construction du chemin de fer transcontinental. Pendant l’été de 1874, la direction des Affaires indiennes l’envoya à Barkley Sound. Il y fit un recensement minutieux et recommanda la création de vastes réserves. On a dit de son rapport qu’il faisait partie des premiers documents ethnographiques provenant du milieu autochtone. De 1876 à 1879, il travailla pour la commission fédérale-provinciale dont le mandat était de régler la « question des territoires indiens de la Colombie-Britannique » [V. Gilbert Malcolm Sproat*]. C’est dans ce contexte qu’il dénombra les Amérindiens de la côte et de l’arrière-pays, de Comox à la vallée de l’Okanagan ; c’était la première fois que l’on faisait systématiquement le recensement nominatif des autochtones de la province.

En mai 1881, Israel Wood Powell*, surintendant des Affaires indiennes en Colombie-Britannique, confia à Blenkinsop l’agence des Kwahkewlth, qui englobait une grande partie du nord de l’île de Vancouver et des terres adjacentes. Sans tarder, Blenkinsop installa le bureau de l’agence au fort Rupert, qui était alors habité en grande partie par des autochtones. À cette époque, sa femme et huit de leurs neuf enfants étaient décédés. En 1884, il épousa Emma Otsokorie, résidente du fort Rupert. Il demeura agent jusqu’en août 1886 et resta à cet endroit jusqu’à la fin de sa vie.

Pendant les années où il dirigea l’agence, Blenkinsop protégea les droits de pêche des autochtones, encouragea ceux-ci à travailler dans les conserveries de saumon, prit des mesures pour éliminer le trafic d’alcool sur la côte et tenta de mettre fin à la tradition du potlatch, qu’il jugeait « pernicieuse ». Tant pendant cette période que par la suite, il correspondit avec des ethnographes, des historiens et des fonctionnaires gouvernementaux. Il communiqua des renseignements précieux à George Mercer Dawson, Franz Boas*, Charles Frederick Newcombe*, John Thomas Walbran* et d’autres.

Selon Douglas, George Blenkinsop était « un gentleman d’une grande intelligence » ; d’après Helmcken, c’était « un Cornouaillais courageux, d’un bon naturel, énergique et intelligent ». Sa carrière n’est pas sans rappeler celle d’autres fonctionnaires intermédiaires de la Hudson’s Bay Company qui, avant les ruées vers l’or, aidèrent leur employeur à réaliser sa politique de mise en valeur des richesses naturelles, puis tentèrent, sans succès, d’être fermiers ou marchands à leur propre compte. Grâce à leur connaissance des langues et à leurs compétences administratives, bon nombre de ces hommes devinrent par la suite agents fédéraux des Affaires indiennes, ce qui, dans une large mesure, assura une continuité dans certains aspects de l’histoire de la Colombie-Britannique. Aujourd’hui encore, un lac, une vallée, une baie et un îlot portent le nom de Blenkinsop, pionnier de cette province.

Richard Mackie

Dans ses lettres du 12 février, des 11 et 13 mars et du 27 juin 1982, Betty Farrell, de Falmouth, en Angleterre, a communiqué à l’auteur de l’information généalogique provenant de diverses sources anglaises, dont le recensement de Cornwall de 1851 (PRO, HO 107) et de 1861 (PRO, RG 9).

AN, RG 10, 3614, dossier 4105 ; 3627, dossier 5949 ; 3668, dossier 10348-2 ; RG 31, C1, 1881, Coast of mainland, C.-B., Fort Rupert (mfm aux BCARS).— BCARS, A/C/20Vi4 ; A/E/Or3/B61 ; Add. mss 2431 ; E/B/M91 ; E/E/Y2 ; GR 328 : 156–157 ; GR 1304, file 1904/2742 ; J/G/T61D.— PAM, HBCA, A.11/78 : f.96 ; A.12/7 : ff.574–577 ; A.32/21 : f.455 ; B.185/a/1 ; B.226/b/18 ; B.226/c/1 : f.162 ; D5/44 : ff.314–317 ; Fort Shepherd file, Blenkinsop à Grahame, 14 déc. 1859 ; George Blenkinsop file.— Daily Colonist (Victoria), 21 oct. 1862, 9 juill. 1868, 17 août 1884, 1er janv. 1890.— Annuaire, C.-B., 1877–1878.— BCARS Report (Victoria), 1913 : 109.— Canada, Dép. des Affaires indiennes, Annual report (Ottawa), 1881, 1887.— [W. B.] Cheadle, Cheadle’s journal of trip across Canada, 1862–1863, A. G. Doughty et Gustave Lanctot, édit. (Ottawa, 1931).— J. S. Helmcken, The reminiscences of Doctor John Sebastian Helmcken, Dorothy Blakey Smith, édit., introd. de W. K. Lamb ([Vancouver], 1975).— Kerr, Biog. dict. of British Columbians.— Corday Mackay, « The Collins overland telegraph », BCHQ, 10 (1946) : 187–215.— Richard Mackie, « Colonial land, Indian labour and company capital : the economy of Vancouver Island, 1849–1858 » (thèse de m.a., Univ. of Victoria, 1985), 104–113, 146, 208, 211, 247.— John McLoughlin, The letters of John McLoughlin from Fort Vancouver to the governor and committee, first series, 1825–38, E. E. Rich, édit., introd. de W. K. Lamb (Londres, 1941).— George Simpson, Narrative of a journey round the world, during the years 1841 and 1842 (2 vol., Londres, 1847).— Walbran, B.C. coast names.

Bibliographie générale

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Richard Mackie, « BLENKINSOP, GEORGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/blenkinsop_george_13F.html.

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Auteur de l'article:   Richard Mackie
Titre de l'article:   BLENKINSOP, GEORGE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   19 avril 2014