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Titre original :  Mary J.L. Black, 1879-1937 (~1921). Thunder Bay Public Library.

Provenance : Lien

BLACK, MARY JOHANNA LOUISA, bibliothécaire, née le 1er avril 1879 à Uxbridge, Ontario, fille de Fergus Black et de Georgina Elizabeth Macdonald ; décédée célibataire le 4 janvier 1939 à Vancouver.

Mary Johanna Louisa Black, qui se disait « Écossaise », hérita des prénoms de ses grands-mères et d’une arrière-grand-mère maternelle. Son grand-père William Black avait émigré de Carlisle, en Angleterre, dans les années 1840, et s’était installé dans le comté d’Ontario, dans le Haut-Canada ; le père de sa mère, Roderick Macdonald, avait quitté la Nouvelle-Écosse à peu près à la même époque pour aller vivre dans le comté d’Oxford. Ils étaient tous deux enseignants. Fergus, père de Mary Johanna Louisa, finit aussi par pratiquer ce métier, à Barrie, à Listowel et à Guelph. En 1879, il fut reçu médecin avant d’exercer dans les cantons de Reach (Scugog), d’Uxbridge et de Humberstone (Port Colborne), ainsi qu’à Springfield (comté d’Elgin). Décrit comme « un homme aux vastes connaissances littéraires et à la grande culture générale », le docteur Black, veuf en 1900, « s’intéressait énormément à l’éducation et au développement mental » de sa seule fille, dont les quatre frères étaient aussi très doués. Les capacités intellectuelles de Mlle Black sont évidentes dans les écrits qu’elle publia sur les bibliothèques et sur ses promenades et conversations avec le poète William Wilfred Campbell*, marié à sa cousine germaine. Son frère, Norman Fergus Black, qui obtint un doctorat en pédagogie à la University of Toronto en 1913, deviendrait un auteur et un éducateur renommé en Saskatchewan et en Colombie-Britannique. Il influença le point de vue de sa sœur sur les enfants, les bibliothèques et la canadianisation des immigrants non anglophones, tandis qu’elle influença la contribution de son frère à la British Columbia Public Library Commission.

On en sait peu sur la vie de Mlle Black avant septembre 1907, quand son père et elle quittèrent Springfield pour aller vivre à Fort William (Thunder Bay) chez son frère Davidson William, qui avait laissé les domaines de la banque et des mines pour se lancer dans le commerce des céréales dans cette ville. Son père continua d’exercer la médecine. Moins de deux ans plus tard, même si elle n’avait pas fait d’études universitaires ni suivi de formation professionnelle, Mlle Black fut engagée pour diriger la bibliothèque publique. Celle-ci était située dans le sous-sol de l’hôtel de ville, où on avait regroupé le service d’emprunt de livres pour les employés de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique et celui pour les citoyens de l’endroit. Mlle Black commença à travailler le 1er janvier 1909 pour un salaire mensuel de 40 $. Cette « bibliothécaire accidentelle », comme elle serait surnommée dans un magazine en 1931, avait la chance d’habiter une ville en rapide expansion, dont le conseil municipal et le conseil de la bibliothèque eurent le dynamisme et l’ambition nécessaires pour obtenir 50 000 $ du philanthrope américain Andrew Carnegie afin de construire un nouveau bâtiment impressionnant, qui ouvrit ses portes en avril 1912.

En peu de temps, Mlle Black fit de la bibliothèque de Fort William une oasis de culture dans une ville multiethnique principalement ouvrière. Convaincue que le bibliothécaire idéal avait « un amour sincère des gens », elle se donna pour objectif de créer un établissement axé sur le service « qui aide[rait] à développer l’intelligence et les idéaux [des] citoyens » ou, plus concrètement, « d’offrir le bon livre au bon lecteur au moindre coût ». En 1917, la circulation annuelle avait déjà atteint 90 000 volumes, soit cinq livres par habitant, réussite remarquable pour une ville où le niveau de scolarisation était relativement bas. Mlle Black tissa des liens avec des écoles et des enseignants, et, sous sa gouverne, les services de référence furent mis en valeur ; on introduisit, notamment, la demande de renseignements par téléphone. Elle réunit une collection qu’un successeur, Lachlan Farquhar MacRae, qualifierait de « stupéfiante ». Non seulement elle faisait la promotion des auteurs canadiens et des livres pour enfants, mais, fait rare à l’époque, elle exposait aussi les œuvres d’artistes nationaux et locaux, dont plusieurs peintures du groupe des Sept. La bibliothèque recevait souvent la visite de célébrités en tournée, comme l’écrivaine Helen Letitia McClung [Mooney*] et le poète William Bliss Carman*.

En 1913, Mlle Black était devenue conseillère à l’Ontario Library Association, dont elle fut nommée la première femme présidente en 1917. La même année, elle enseignait également à l’école de bibliothéconomie relevant du département de l’Éducation à Toronto. Elle occupa de nombreux postes au sein de l’American Library Association, composée de membres des États-Unis et du Canada [V. William Oliver Carson*]. Après qu’elle eut été nommée, en 1926, présidente de sa section des prêts, des établissements se mirent à lui écrire pour lui demander conseil sur les livres à acheter. En 1930, elle était si estimée qu’on l’invita à se joindre à John Ridington, bibliothécaire à la University of British Columbia, et George Herbert Locke, directeur de la Toronto Public Library, pour conduire une enquête sur la situation actuelle et les besoins en matière de bibliothèques au pays. Financée par la Carnegie Corporation of New York, l’enquête donna lieu au premier rapport du genre au Canada.

Les plus proches amies de Mlle Black étaient des professionnelles intelligentes : des enseignantes, des travailleuses sociales et des infirmières, dont Ethel Johns*. Elle contribua à l’œuvre de plusieurs organisations féminines, notamment en tant que présidente de la section de Fort William du Women’s Canadian Club, de 1916 à 1918, et du Women’s Business Club, en 1921. En outre, elle était membre de la West Algoma Equal Suffrage Association. De 1913 à 1928, Mlle Black fut le pilier administratif de la Thunder Bay Historical Society, où elle assuma les fonctions de secrétaire-trésorière et prit en charge les archives de la société et la publication de ses volumes annuels ; elle en fut la présidente de 1928 à 1932. Elle travailla aussi pour l’Église presbytérienne et, après 1925, pour l’Église unie, fut commissaire de district des Guides et siégea au conseil d’un festival de musique régional.

En janvier 1918, Mlle Black fut élue commissaire d’école avec l’appui du Canadian Women’s Press Club et du West Algoma Council of Women parce que, comme le rapporta le Daily Times-Journal de Fort William le 3 janvier 1918, elle « combin[ait] un bon sens […] et une empathie bienveillante pour les femmes et les jeunes filles d’aujourd’hui avec un merveilleux sens de l’humour qui permett[ait] de ramener les choses à leurs justes proportions ». Réélue en 1920, à une époque marquée par le chômage et la dépression économique, elle mena une série de batailles frustrantes contre des commissaires masculins pour défendre la hausse des salaires des enseignantes, pour s’opposer au congédiement arbitraire d’une amie, enseignante de lettres classiques au secondaire, ainsi que pour le maintien des soins dentaires à l’école, de la formation ménagère et de l’éducation manuelle. Quand un manque de financement de la ville menaça les terrains de jeu, elle proposa un programme d’aide bénévole pour qu’ils restent ouverts. Libérale active, Mlle Black passa outre les frontières partisanes pour soutenir le candidat local Robert James Manion* lorsqu’il brigua un siège de député unioniste [V. sir Robert Laird Borden] en 1917, puis conservateur en 1921. Toutefois, son idéalisme et son enthousiasme pour l’action politique s’estompèrent après ces interventions.

Ayant perdu son frère Davidson William en 1918 et son père en 1933, Mlle Black dut affronter seule les années sombres de la grande dépression. À cette époque-là, son salaire s’élevait à 160 $ par mois. Elle avait accompli tout ce qu’elle pouvait en des temps plus prospères et, lorsque sa santé commença à décliner, elle démissionna, le 1er mai 1937, et alla vivre à Vancouver chez son frère Norman Fergus. Après plus de 28 ans de service continu, on lui alloua une pension mensuelle de 50 $. En 1938, Fort William l’honora pour sa contribution à la communauté en nommant la nouvelle succursale de sa bibliothèque à Westfort la Mary J. L. Black Public Library. Comme le souligna le journal local, les citoyens étaient fiers que l’influence de leur bibliothécaire ait franchi « les limites étroites [d’une] petite ville ». Elle succomba l’année suivante à un accident cérébral vasculaire.

Même si Mary Johanna Louisa Black n’apporta aucune contribution originale au travail de bibliothécaire, elle est un exemple de ce qui pouvait être accompli au sein d’un petit établissement culturel avec une force de caractère et du dévouement. Mlle Black « savait écouter », comme elle le disait elle-même, et avait une personnalité attachante, un bon sens de l’humour et une passion pour l’apprentissage ; elle était aimée de tous ceux qu’elle fréquentait, jeunes et vieux. Grâce à son tact et à ses qualités de meneuse, elle s’attira le respect de gens moins intellectuels qu’elle, incita les hommes politiques et les citoyens de Fort William à appuyer l’extension des services de bibliothèque au delà du simple prêt de livres, et impressionna ses pairs partout en Amérique du Nord. Dans une entrevue de 1964, la Britanno-Colombienne Helen Gordon Stewart, pionnière et défenseuse des bibliothèques, affirma : « [J]amais encore, parmi toutes les bibliothèques que j’ai visitées, je n’ai vu une bibliothèque qui selon moi a fait pour sa communauté ce que la bibliothèque de Mary Black à Fort William a fait. »

Frederick Brent Scollie

Mary Johanna Louisa Black est l’auteure de : « Our public library », Thunder Bay Hist. Soc., Papers ([Fort William [Thunder Bay, Ontario]), 1911–1912 : 6–7 ; « Town survey : in theory and in practice », Ontario Library Assoc., Proc. of the fifteenth annual meeting (Toronto, 1915), 72–80 ; « The library and the girl », Ontario Library Rev. (Toronto), 1 (juin 1916–mai 1917) : 8–9 ; « What seems to me an important aspect of the work of public libraries at the present time », Ontario Library Assoc., Proc. of the seventeenth annual meeting (Toronto, 1917), 30–34, révisé et publié sous le titre « An important aspect at the present time », Public Libraries (Chicago), 22 (1917) : 215–218 ; « Concerning some popular fallacies », Ontario Library Assoc., Proc. of the eighteenth annual meeting (Toronto, 1918), 52–58, révisé et publié sous le titre « Concerning some library fallacies », Public Libraries, 23 (1918) : 199–204 ; « Walks and talks with Wilfred Campbell », Ontario Library Rev., 3 (août 1918–mai 1919) : 30–31 ; « Twentieth century librarianship », Canadian Bookman (Sainte-Anne-de-Bellevue, Québec), janvier 1919 : 58–59 ; « New library legislation in Ontario », Canadian Bookman (Gardenvale, Québec), décembre 1920 : 18–19 ; « The public library and national art », Daily Times-Journal (Fort William), 12 janv. 1921 ; « Early history of the Fort William Public Library », Thunder Bay Hist. Soc., Annual report, 1924–1925, 1925–1926 : 28–31 ; « Canadian library extension meeting », American Library Assoc., Bull. (Chicago), 21 (1927) : 338–340 ; « Adult education », Ontario Library Assoc., Proc. of the twenty eighth annual meeting (Toronto, 1928), 61–64 ; « Ontario libraries », Ontario Library Rev., 15 (août 1930–mai 1931) : 132–138 ; « Publicity for the older books », Ontario Library Rev., 17 (février–novembre 1933) : 5–6 ; « Fort William, Ontario, Public Library », Library Journal (New York), 59 (1934) : 510–511 ; et « The ideal librarian », Ontario Library Rev., 19 (février–novembre 1935) : 125–126.

Avec George Herbert Locke et John Ridington, Mlle Black a fait partie de la commission d’enquête qui a produit Libraries in Canada : a study of library conditions and needs (Toronto et Chicago, 1933). La commission de trois personnes a déclaré que les quatre cinquièmes des citoyens canadiens n’avaient accès à aucun service de bibliothèque et a recommandé que la responsabilité des bibliothèques publiques soit confiée aux ministères de l’éducation provinciaux. Comme symbole de leadership, les auteurs du rapport ont préconisé la fondation d’une bibliothèque nationale comparable à celles d’autres pays. Même s’ils voyaient les avantages de la création d’une association canadienne des bibliothèques (non pour rivaliser avec l’organisme américain, mais en sus), il était impossible, à l’époque, de soutenir une telle organisation.

Une chronologie de la vie de Mlle Black est conservée au DCB.

BCA, GR-2951, no 1939-09-552257.— Private arch., F. B. Scollie (Ottawa), Letter from Eleanor Todd, 11 févr. 1983.— Daily Times-Journal, 1907–1959.— « Ft. William : its art development », Christian Science Monitor (Boston), 5 sept. 1921 : 12.— Morning Herald (Fort William), 1909–1914.— News-Chronicle (Port Arthur [Thunder Bay]), 1920–1928.— Vancouver Daily Province, 4, 6 janv. 1939.— Brook Abbott, « An accidental librarian : Mary Black of Fort William, Ont. governs the destinies of a library whose motto is hospitality », Canadian Magazine, 76 (juillet–décembre 1931), no 5 : 18, 29.— As we remember it : interviews with pioneering librarians of British Columbia, Marion Gilroy et Samuel Rothstein, édit. (Vancouver, 1970).— L. [D.] Bruce, Free books for all : the public library movement in Ontario, 1850–1930 (Toronto, 1994).— « The librarian and library of Fort William », Ontario Library Rev., 1 (juin 1916–mai 1917) : 92–95.— T. M. Longstreth, The Lake Superior country (Toronto, 1924).— J. R. Lumby, « Retirement of Miss M. J. L. Black from the Fort William Public Library », Ontario Library Rev., 21 (février–novembre 1937) : 132.— Madge Macbeth, « A bookish person », Canadian Magazine, 51 (mai-octobre 1918) : 518–520.— Angus Mackay, The book of Mackay (Édimbourg et Madoc, Ontario, 1906).— « Mary J. L. Black dies in Vancouver », Ontario Library Rev., 23 (février–novembre 1939) : 5–7.— Ken Morrison, « Mary J. L. Black of the Fort William Public Library », Thunder Bay Hist. Museum Soc., Papers and Records, 11 (1983) : 23–31.— Eleanor Todd, Burrs and blackberries from Goodwood (Goodwood, Ontario, 1980).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Frederick Brent Scollie, « BLACK, MARY JOHANNA LOUISA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 déc. 2017, http://www.biographi.ca/fr/bio/black_mary_johanna_louisa_16F.html.

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Auteur de l'article:   Frederick Brent Scollie
Titre de l'article:   BLACK, MARY JOHANNA LOUISA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2017
Année de la révision:   2017
Date de consultation:   17 décembre 2017