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BENTOM, CLARK, missionnaire et chirurgien, né vers 1774 en Angleterre, vraisemblablement près de Londres ; décédé à la Jamaïque, probablement au début de 1820.

Le peu que l’on sait de la vie de Clark Bentom vient surtout de ses propres écrits. Peut-être orphelin dès son enfance (car il ne mentionna jamais ses parents), il devint, à l’âge d’environ 19 ans, valet de l’abolitionniste britannique William Wilberforce, qui, apparemment, l’influença beaucoup. Vers l’âge de 24 ans environ, Bentom fut accepté comme missionnaire au sein de la Missionary Society, créée en 1795 et connue plus tard sous le nom de London Missionary Society. Il fut ordonné ministre le 13 novembre 1798 et, le 20 décembre, en compagnie de 27 autres missionnaires, il fit voile vers « Otaheiti [Tahiti] ». Mais le navire qui transportait le groupe, le Duff, fut pris par un corsaire français au large de Montevideo (Uruguay), et c’est seulement en octobre 1799 que les missionnaires purent rentrer en Angleterre, via Lisbonne. En 1800, faisant rapport à la société sur la conduite des missionnaires, le philanthrope britannique Zachary Macaulay affirmait que Bentom « était assez bien renseigné, mais [qu’il] était vaniteux, arrogant et autoritaire », et qu’il avait insulté un membre du groupe en le traitant de « lâche en matière de religion parce qu’il avait refusé de chanter à bord du navire de course ». Pendant sa captivité, Bentom avait été impressionné, à ce qu’il semble, par un compagnon de prison, le docteur Samuel Turner, et, de retour à Londres, il étudia la chirurgie au Lock Hospital, considérant sans aucun doute la médecine comme un autre moyen de gravir l’échelle sociale.

De Québec, une petite congrégation avait sollicité de la société l’envoi d’un missionnaire, et celle-ci fit appel à Bentom. Le 24 mars 1800, en compagnie d’un autre missionnaire, John Mitchell, Bentom quittait Liverpool à bord de l’Ephron. Si, au cours de la traversée, on ne rencontra pas de navires de course français, on connut par deux fois des moments d’angoisse en apercevant au loin des navires non identifiés. Bentom et Mitchell débarquèrent à Québec le 1er juin et trouvèrent la colonie agitée par les rumeurs voulant que Napoléon Bonaparte eût le dessein de la reconquérir. « Notre arrivée ici a donné occasion à toutes sortes de gens de beaucoup parler », écrivait Bentom dans son journal. « Certains disent que nous sommes des étrangers et peut-être des conspirateurs ; d’autres nous demandent si nous sommes gens respectables, si nous avons apporté des lettres de recommandation pour ceux de la « gentry », c’est-à-dire ceux qui fréquentent le château, résidence du gouverneur. On juge fort présomptueux [...] d’inviter des prédicateurs d’Angleterre sans l’assentiment des « classes supérieures. » La petite congrégation demanda à Bentom de rester à Québec ; Mitchell se rendit à Montréal. La congrégation de Bentom était surtout formée d’anciens membres évangéliques de l’Église presbytérienne d’Écosse. Une demande en vue de partager le local de cette congrégation au collège des jésuites – local qui servait de cour de justice durant la semaine – fut rejetée par le ministre presbytérien Alexander Spark. En juillet, on avait loué d’un des conseillers presbytéraux de Spark, qui assistait aussi aux services de Bentom, une salle pouvant contenir 200 personnes ; pendant quelques mois, au début, elle fut remplie à pleine capacité par les curieux. Ces derniers cessèrent bientôt d’y aller, et la congrégation était tombée à 37 membres en janvier 1801, quand, à la requête de ses fidèles, Bentom « forma une Église aussi proche du presbytérianisme que le permettaient les circonstances ». En octobre 1801, il déclarait avoir de 50 à 60 communiants. Pour arrondir ses maigres revenus, il exerçait occasionnellement la chirurgie.

Comme la plupart des ministres de cette période, Bentom était passablement critique envers ses collègues. Spark, consignait-il dans son journal, apparaît engagé « dans une voie aussi vieille que la révolte de Satan ». De l’évêque anglican de Québec, Jacob Mountain*, il écrivait, dans son journal encore : « Je crains fort que Sa Seigneurie ne soit à présent qu’un serviteur inutile et que, si la miséricorde ne l’empêche, il ne soit jeté pour toujours dans les ténèbres extérieures. Je n’ai réellement jamais vu jusqu’ici tant d’orgueil monter en chaire ; cela est si évident que bien rares sont les gens qui ne s’en rendent pas compte, ce qui fait qu’il est peu aimé et qu’on l’estime peu. » L’évêque ne lui tendait pas, non plus, une main amicale, et il doit avoir laissé percer ses sentiments au sein de la société québécoise. En 1801, à l’archevêque de Cantorbéry, John Moore, il décrivait Bentom comme « un très jeune homme, mais doué d’une remarquable confiance, possédant cette sorte d’éloquence bruyante et creuse qui fascin[ait] les gens faibles et enthousiastes ». Bentom, ajoutait il, « ne s’est pas fait scrupule de contrefaire les cérémonies du mariage en faveur de certains de ceux qui sont dupes de lui ». Pour Mountain, il était inconcevable que l’on confiât les registres de l’état civil à d’autres ministres qu’à ceux de l’Église d’Angleterre, de l’Église catholique et (ici ce n’était pas sans dépit) de l’Église d’Écosse.

Bentom, qui réclamait le droit d’exercer les fonctions normales du ministère, fit des baptêmes, mariages et sépultures, en dépit des pressions croissantes de Mountain et du procureur général Jonathan Sewell*, ami intime de l’évêque. En 1801 et 1802, il réussit à faire autoriser ses registres par Thomas Dunn, juge de la Cour du banc du roi. Mais, en 1803, cette autorisation lui fut refusée. Voyant là une question de conscience, Bentom continua de procéder à ces cérémonies, sans registre ; en mars, Sewell l’accusa d’exercer illégalement les fonctions de ministre. Le procès fut retardé et, en 1804, au cours d’une tournée missionnaire dans l’état de New York, Bentom fit imprimer un pamphlet incendiaire pour expliquer ses vues. Après son retour à Québec, la même année, il perdit son procès et le droit de tenir les registres, et se vit en conséquence interdire l’exercice du ministère dans la colonie. En outre, il fut plus tard trouvé coupable de diffamation envers des ministres de la couronne, dans son pamphlet. Condamné à six mois de prison, du 1er novembre 1804 au 30 avril 1805, et à une amende de £50, il dut de surcroît déposer £300 pour garantir qu’il ne troublerait plus l’ordre public. L’amende fut payée par des « amis chrétiens » de Glasgow, en Écosse, et principalement par le grand philanthrope David Dale. Sa congrégation et d’autres amis lui restèrent fidèles pendant le temps de son emprisonnement, et, après qu’il eut été relâché, c’est un Bentom non repenti qui célébra deux mariages et deux baptêmes au cours de la période de trois mois qui précéda son départ pour l’Angleterre, au début d’août 1805.

En Angleterre, Bentom fut déçu par la réaction de la Missionary Society à son plaidoyer pour obtenir de l’aide. La société ne l’avait pas appuyé à l’époque où il avait des problèmes et n’avait pas l’intention de le faire par la suite. En conséquence, Bentom quitta la Missionary Society, sans doute au soulagement de celle-ci, et s’enrôla comme chirurgien de bord dans la marine royale. Fort vraisemblablement, il alla rejoindre l’escadre qui, sous le commandement de sir John Borlase Warren, contre-amiral, fit voile vers Madère et les Antilles à la fin de janvier 1806. Bentom servit comme chirurgien de bord pendant plusieurs années, et peut-être jusqu’à la défaite de Napoléon 1er, à Waterloo (Belgique), en 1815. Il se retira ensuite à la Jamaïque, où il mourut, probablement au début de 1820.

Clark Bentom vécut à la fin d’une époque. Ce fut son rôle d’opposer le bon sens à des structures ecclésiastiques et juridiques trop rigides. Il lui eût été facile, après avoir monté dans l’échelle sociale en passant de valet à missionnaire et chirurgien, de se plier aux vœux de Mountain et des « classes supérieures » de la société québécoise. Peut-être alors eût-il été accepté par eux, ou du moins se fût-il épargné leurs tracasseries. Mais cet Anglais indépendant était doué d’un grand courage, qui ne craignait pas de se manifester, et d’une conscience qui ne lui permettait pas de compromis sur les questions de principes. Dans une lettre à la Missionary Society, le 28 novembre 1804, il disait : « Comme homme et comme citoyen, j’ai agi avec droiture. Quant à savoir si [ma conduite] est tout à fait conforme à l’image d’un chrétien doux et humble, ce sera à moi de juger selon ma conscience, quand j’aurai la paix, hors des mains de mes ennemis. Mais quand un homme devient un chrétien parmi nous, doit-il cesser d’être un Anglais ? » Il souffrit pour ses convictions, et, ce faisant, il porta un coup à la prétention de l’Église d’Angleterre d’être considérée légalement comme l’Église établie dans la colonie. Bentom contribua à faire progresser le droit des non-conformistes à prier comme ils l’entendaient, et à être reconnus et protégés par les lois.

Cyril Stewart Cook

Clark Bentom est l’auteur de « Journal and observations on my passage to Québec arrival &c » dont le manuscrit original se trouve aux Council for World Mission Arch., conservées à la School of Oriental and African Studies, Univ. of London (Londres), et une copie sur microfilm aux ANQ-Q. Il a publié Talebearing a great sin, a sermon preached Lord’s Day February 22, 1801 ; to which is added thoughts on the glorious gospel of Christ (Québec, 1801) et A statement of facts and law relative to the prosecution of the Rev. Clark Bentom, Protestant missionary from the London Missionary Society, for the assumption of the office of a dissenting minister of the gospel in Quebec, by the king’s attorney general of Lower Canada (Troy, N. Y., 1804).

AP, Chalmers-Wesley United Church (Québec), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures, 1801–1805. Arch. privées, C. S. Cook (Ottawa), George Spratt, « A history of the church and congrégation meeting for worship in St. John’s Chapel, St. Francis St., Québec ».— School of Oriental and African Studies, Univ. of London, Council for World Mission Arch., Methodist Missionary Soc., Corr., folder 7, nos 1, 3–8, 15, 18, 21–22, 24–28 (mfm aux ANQ-Q ; Candidates papers, 15 août 1798 ; London Missionary Soc., Board minutes, 11 nov. 1799 ; North American corr., 28 nov. 1804. [James Kerr], Letter to MrClark Bentom ([Québec, 1804]). « Religious intelligence», Missionary Magazine (Édimbourg), 10 (1805) : 440–442.— London Missionary Society ; a register of missionaries, députations etc., from 1796 to 1923, James Sibree, édit. (Londres, 1923). Richard Lovett, The history of the London Missionary Society, 1795–1895 (2 vol., Londres, 1899), 1 : 64. Rev. Dr. Bums, « A visit to Québec and Lower Canada [...], Nov. and Dec. 1852 », Ecclesiastical and Missionary Record for the Presbyterian Church of Canada (Toronto), 9 (1852–1853) : 57. W. R. Riddell, « When a few claimed monopoly of spiritual functions : Canadian state trials – the king against Clark Bentom », OH, 22 (1925) : 202–209.

Bibliographie générale

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Cyril Stewart Cook, « BENTOM, CLARK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bentom_clark_5F.html.

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Auteur de l'article:   Cyril Stewart Cook
Titre de l'article:   BENTOM, CLARK
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   24 avril 2014