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BEAUSOLEIL, CLÉOPHAS, journaliste, propriétaire de journaux, fonctionnaire, avocat et homme politique, né le 19 juin 1845 à Saint-Félix-de-Valois, Bas-Canada, fils de Joseph Silvestre, dit Beausoleil, cultivateur, et de Rosalie Charron, dit Ducharme ; le 29 janvier 1868, il épousa à Québec Henriette Lapointe, fille de feu François Audet, dit Lapointe, et de Rebecca Blakiston, et ils eurent deux filles et trois fils ; décédé le 4 octobre 1904 à Saint-Gabriel-de-Brandon, Québec.

À l’âge de dix ans, Cléophas Beausoleil entreprend son cours primaire au collège Saint-Joseph, à Berthier-en-Haut (Berthierville, Québec). En 1857, il entre au collège Joliette où il poursuit de brillantes études classiques jusqu’en 1862. Il porte ensuite la soutane durant deux ans puis, en août 1864, part pour Montréal afin d’étudier le droit et de faire son stage de clerc dans le cabinet Bélanger et Desnoyers. Attiré davantage par le journalisme, il y fait ses premières armes en 1866 à titre de rédacteur au journal l’Ordre, fondé en 1858 par Cyrille Boucher* et Joseph Royal. En 1867, il s’installe à Québec, où il suit Hector Fabre qui fonde l’Événement. Avec Auguste Achintre*, il assiste Fabre à la rédaction.

Après un séjour de près de six mois à l’Événement, Beausoleil retourne à l’Ordre. Peu de temps après, toujours en 1868, il devient rédacteur au journal ultramontain le Nouveau Monde dont il est le correspondant parlementaire à l’Assemblée législative de Québec et à la Chambre des communes à Ottawa. À la fin de l’année 1873, Beausoleil quitte ce journal. À partir du 19 février 1874, il est propriétaire avec Louis-Édouard Morin du Négociant canadien, qui s’intéresse à l’activité commerciale. Afin d’augmenter leur capital pour transformer leur hebdomadaire en quotidien, ils se cherchent un associé. Laurent-Olivier David* se joint à eux. Ainsi naît en avril 1874 le Bien public. Le nouveau quotidien devient en outre l’organe officiel du Parti national fondé trois ans plus tôt. Cette collaboration se poursuit dans le Courrier de Montréal, publié et rédigé par David et Beausoleil à compter d’octobre 1874. En raison notamment de ses prises de position sur les relations entre l’Église et l’État, le Bien public est dénoncé du haut de la chaire. Dès lors son tirage diminue, la fin est proche. Beausoleil le quitte quelques mois avant sa disparition. Sa carrière journalistique est terminée. Durant toutes ces années consacrées au journalisme, Beausoleil est passé de l’ultramontanisme du Nouveau Monde au libéralisme du Bien public avec une aisance déconcertante.

En 1875, Beausoleil est nommé syndic officiel, chargé d’appliquer la loi des faillites dans le district judiciaire de Montréal. Il occupe cette fonction jusqu’à son abolition en 1880. À 35 ans, il se remet à l’étude du droit puis est admis au barreau le 12 juillet 1880. Six mois plus tard, il s’associe à Honoré Mercier* et à Paul Martineau ; François-Xavier Choquet se joint à eux en 1886. La société Mercier, Beausoleil, Choquet et Martineau est dissoute en 1891. Beausoleil et Choquet gardent le cabinet, qui devient la société Beausoleil, Choquet et Girard. Beausoleil suit Mercier pas à pas. Député de Saint-Hyacinthe à l’Assemblée législative depuis 1879, Mercier est l’étoile montante du Parti libéral provincial. Principal organisateur de Mercier dans la région de Montréal, Beausoleil se spécialise dans les contestations d’élection.

Finalement, son intérêt pour la politique porte Beausoleil à tenter sa chance sur la scène municipale montréalaise. En 1882, il se présente dans le quartier Saint-Jacques contre l’échevin sortant, Louis Allard, qu’il défait par 221 voix après contestation. Réélu sans opposition en 1885, il démissionne cependant trois ans plus tard. Sollicité de nouveau en 1892, il est élu une seconde fois sans opposition échevin dans le quartier Est. Il demeure en fonction jusqu’à sa nomination comme maître de poste. Pendant son passage au conseil municipal de Montréal, l’échevin Beausoleil contribue à l’annulation du monopole des abattoirs, à l’abolition de la corvée pour les ouvriers et à l’annexion des quartiers Hochelaga, Saint-Gabriel et Saint-Jean-Baptiste. Parallèlement, il est membre du Bureau des commissaires d’écoles catholiques de la cité de Montréal pendant une douzaine d’années.

En 1887, Beausoleil fait le grand saut, non pas au provincial avec son ami Mercier, mais au fédéral avec Wilfrid Laurier*, qui dirige l’offensive au Québec contre le gouvernement de sir John Alexander Macdonald* aux élections fédérales. Il se présente comme candidat libéral dans Berthier. Son cheval de bataille est la construction d’un chemin de fer entre Saint-Félix-de-Valois et Saint-Gabriel-de-Brandon promis depuis 1874 et qui sera réalisé en 1888 grâce à son intervention. Dans ses prises de position en tant que député fédéral, il aurait été influencé par Mercier. Certains auteurs soutiennent notamment qu’au moment du choix d’un nouveau chef de l’opposition pour succéder au chef démissionnaire Edward Blake*, choix qui devait avoir lieu au moment d’une réunion du caucus des députés libéraux prévue pour le 7 juin 1887, Mercier aurait enjoint son ami Beausoleil de voter d’abord pour Oliver Mowat, puis pour James David Edgar* et seulement en troisième lieu pour Laurier. Pourtant, quelques années plus tard, le 1er octobre 1890, dans une lettre qu’il fait parvenir à Laurier, Beausoleil écrit : « Vous êtes mon chef et dès la retraite de M. Blake, j’ai déclaré que je n’en accepterais pas d’autre que vous. »

En tant que député, Beausoleil se fait le défenseur des francophones. Ce n’est pas la première fois qu’il s’intéresse à cette question. Tandis qu’il était journaliste, il avait suivi de très près la situation des francophones du Nouveau-Brunswick. En 1890, quand les droits des francophones de l’Ouest sont menacés, il n’hésite pas à prendre ses distances par rapport à Laurier. Ainsi, le 21 février 1890, il déclare à la Chambre des communes : « je me vois forcé de me séparer de mon très estimé chef ». De même, en 1896, à l’occasion du vote sur le « bill réparateur » au sujet des écoles du Manitoba [V. Thomas Greenway], il se sépare de nouveau de Laurier pour appuyer la mesure du gouvernement conservateur.

Le député de Berthier a toujours été favorable à la réciprocité commerciale avec les États-Unis. Dès 1888, il est conscient de l’importance de cette question. En 1891, au Club national de Montréal, il revient sur le sujet. Selon lui, le marché américain est essentiel à la prospérité de l’agriculture du Canada, à ses produits miniers, à ses pêcheries et à ses manufactures.

Beausoleil est réélu en 1896 dans Berthier, où il s’est représenté en libéral indépendant partisan de la loi réparatrice. Toutefois, les inimitiés soulevées par ses prises de position l’amèneront à quitter la politique. Il aurait mérité un poste dans le cabinet Laurier, mais les points de vue qu’il défend font qu’il doit se contenter de la fonction de président d’un comité parlementaire de la Chambre des communes, le comité des lois expirantes. Le 1er décembre 1899, Laurier le nomme maître de poste à Montréal, où il occupera cette fonction jusqu’à son décès. À la suite d’une longue maladie, il meurt le 4 octobre 1904, à Saint-Gabriel-de-Brandon ; il n’a que 59 ans. Beausoleil a droit à des funérailles officielles en témoignage de reconnaissance.

Cléophas Beausoleil est un personnage peu connu. Ce « conseiller intime, l’ami de cœur, l’agent actif et dévoué » de Mercier a vécu dans l’ombre de son illustre associé. Député fédéral, il était selon l’Opinion publique « la plus grosse tête de l’opposition, la plus solide ». Cette opinion est partagée par Laurent-Olivier David. Sans être l’un des meilleurs journalistes de son époque, ni l’un des plus grands députés francophones à Ottawa, Beausoleil, homme méthodique, exact et rigoureux, a su se distinguer. Il a surtout eu le courage de ses convictions ; il n’a pas hésité à s’opposer à Laurier pour défendre les droits des francophones du Manitoba.

Jocelyn Saint-Pierre

Cléophas Beausoleil est l’auteur de : Conférence de C. Beausoleil au Club national de Montréal : vendredi, 6 février 1891 (s.l., s.d.)

AN, MG 26, G : 829–830, 1016–1020, 1467–1472, 9215–9217, 36523–36526.— ANQ-M, CE5-32, 22 juin 1845.— ANQ-Q, CE1-97, 29 janv. 1868.— AP, Saint-Gabriel (Joliette, Québec), RBMS, 7 oct. 1904.— Le Bien public (Montréal), 10 avril 1874–1875.— Le Canada, 4, 5, 6 oct. 1904.— Le Courrier de Montréal, 17 sept. 1874–sept. 1875.— L’Étoile du Nord, 6 oct. 1904.— L’Événement, 13 mai–oct. 1867.— Montreal Daily Herald, 4 oct. 1904.— Le Négociant canadien (Montréal), 19 févr.–avril 1874.— Le Nouveau Monde (Montréal), 1868–1873.— L’Opinion publique, 5 mai 1893.— L’Ordre (Montréal), 1866–1867.— La Patrie, 4 oct. 1904.— L.-A. Bélisle, Références biographiques, Canada-Québec (5 vol., Montréal, 1978), 1.— Borthwick, Hist. and biog. gazetteer.— Canada, Chambre des communes, Débats, 1888, 1890. 1893, 1895, 1896.— Canadian directory of parl. (Johnson).— « Correspondance autour de la question scolaire du Nouveau-Brunswick, 1873 », RHAF, 4 (1950–1951) : 268–275, 427–431, 568–575.— CPG, 1889.— L.-O. David, Souvenirs et Biographies, 1870–1910 (Montréal, 1911).— J. Hamelin et al., la Presse québécoise.— M. Hamelin, Premières Années du parlementarisme québécois.— Histoire de Saint-Gabriel de Brandon et de ses démembrements [...] à travers les registres et en marge (Montréal, 1917).— Lamothe, Hist. de Montréal.— É.-Z. Massicotte, « les Directeurs des postes à Montréal, de 1763 à 1924 », BRH, 42 (1936) : 519–520.— Québec, Assemblée législative, Journaux, 1880, 1889, 1892.— RPQ.— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec ; Mercier et son temps.— Joseph Schull, Laurier, H.-J. Gagnon, trad. ([Montréal], 1968).

Bibliographie générale

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Jocelyn Saint-Pierre, « BEAUSOLEIL, CLÉOPHAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beausoleil_cleophas_13F.html.

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Auteur de l'article:   Jocelyn Saint-Pierre
Titre de l'article:   BEAUSOLEIL, CLÉOPHAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   26 octobre 2014